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 love, death and everything in between (d)

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Poppy Montgomery

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ONCE UPON A TIME
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Emploi: étudiante en médecine, prof de danse à l'Heavenly
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MessageSujet: love, death and everything in between (d)   Lun 7 Mar - 16:54

Poppy avance lentement, dignement, de ses pas légers qui semblent effleurer le sol plus qu'ils ne le touchent. Avec son air grave et sérieux et le bouquet de pivoines immaculées qu'elle tient contre sa poitrine, elle ressemble à une mariée remontant l'allée. On pourrait le croire, d'ailleurs, en se noyant dans le cérémonieux de ses gestes, l'émotion palpable de ses traits et sa grâce de danseuse qui luit faiblement dans l'air. Mais il suffit de prendre du recul, juste un peu, pour que le tableau s'estompe dans une atmosphère plus lourde : ici, il n'y a nulle vie et pas d'union sacrée, juste des morts. Des morts alignés à perte de vue, des pierres froides et des sanglots meurtris, étouffés, hurlés, accrochés ici et là par la souffrance de milliers de proches. Poppy ne fait pas exception à la règle mais si son coeur est lesté de peine, elle ne se dérobe pas à son rendez-vous hebdomadaire, jamais. C'est pour lui qu'elle traverse la ville et même la vie, parce qu'elle a l'impression de s'éteindre à mesure qu'elle pénètre dans le silence solitaire et assourdissant des lieux. C'est pour Aaron, ce frère qui lui manque constamment. Aaron lui manque et chaque semaine, son coeur tangue douloureusement dans sa poitrine, prêt à chavirer, à se saborder parce qu'il n'est plus là et que c'est injuste. Mais Poppy sait que cette injustice originelle est aussi un cadeau, parce que c'est la vie et que la sienne n'a pas encore atteint sa date d'expiration. Alors Poppy s'y abandonne entièrement. Elle noie la tristesse et le désespoir sous l'amour de ses proches, sous les sourires et les éclats de rire, sous cette farandole de bonheur qu'elle s'efforce d'éprouver, de distribuer, de semer derrière elle partout où elle se rend. Pour lui. Pour Aaron, à qui elle dévoue tout. Poppy l'imagine souvent comme un ange bienveillant, là-haut, elle l'imagine l'observer avec son sourire espiègle qui n'annonçait jamais rien de bon et ses yeux pétillants de joyeux luron. Elle l'imagine la guetter en permanence, rire avec elle, sourire à ses côtés, râler et pester quand elle trébuche contre la vie. Alors si elle vit autant, se refusant à la fatalité, c'est pour Aaron, c'est en hommage à ce tourbillon qui n'en avait jamais assez, à ce glouton qui se gorgeait de chaque seconde, de chaque fille, de chaque opportunité. Poppy se rappelle de ce gamin édenté aux cris rauques et bruyants qui criait son nom même lorsqu'elle était tout près de lui, elle se remémore aussi cet adolescent brouillon et maladroit qui portait sur son visage lumineux toutes les conneries qu'il venait d'accomplir. Elle occulte bien volontiers les zones d'ombre de leur complicité sans failles, la souffrance et la maladie, le bruit sourd d'un revolver et une indifférence insoupçonnée. Poppy ne retient d'Aaron que ce qu'il fut, vraiment, ce garçon téméraire et bout-en-train, ce pitre éloquent qui séduisait son auditoire d'un clin d'oeil et brûlait son existence par les deux bouts pour ne rien regretter, jamais. Un gentil gars populaire, un feu follet ou une aurore boréale, un phénomène à lui tout seul, rare, précieux et qui ne laissait rien ni personne indifférent. Alors Poppy déambule dans l'allée et la peine s'allège doucement derrière l'impatience qui la guette. Celle de se confier à lui, de lui parler, de maintenir intacte l'amour inconditionnel qu'ils se portaient, même si elle la seule en mesure de l'alimenter, de l'entretenir. Ca ne fait rien. Ca ne fait rien parce que Poppy refuse de sombrer, de se noyer comme un bateau en détresse. C'est trop facile. C'est trop facile de rester à terre, de s'enfoncer dans les méandres du désespoir, loin, si loin qu'aucune main tendue ne peut nous atteindre. C'est facile de se laisser aller sans se battre, de fermer les yeux et d'attendre la fin alors qu'il est si compliqué de résister, de flotter malgré les tempêtes et de vivre. Mais Poppy est une survivante, elle doit son salut seulement à Aaron alors en échange elle veut le rendre fier, lui montrer qu'on peut sortir de l'enfer et s'acclimater au monde des vivants. Pour autant, son enthousiasme est freiné alors que ses grands yeux mouillés avisent une silhouette recroquevillée près de la tombe. Elle fronce un sourcil surpris et se fige : c'est la première fois qu'elle croise quelqu'un, ici, sur sa tombe. Bien sûr, elle sait que d'autres s'y arrêtent parfois, glissent un mot gondolé par la pluie ou de jolies plantes éphémères mais ce créneau, c'est le sien. Depuis des années. Peut-être que les autres le savent, tous ceux qui aimaient Aaron, sans doute qu'ils sont au courant de l'habitude de Poppy et qu'ils lui laissent le champ libre pour se recueillir. Peut-être que ce n'est que le hasard mais Poppy hésite. Elle devrait faire demi-tour mais quelque chose l'en empêche, un pressentiment qui s'immisce en elle et picote sa nuque. Alors elle s'avance, à petits pas prudents, jusqu'à être en mesure d'identifier l'inconnu. Dorian. Ici. L'espace d'un instant, Poppy plisse les paupières et attend que sa silhouette s'évanouisse, comme si elle n'était que le pur produit de son imagination. Il lui faut la brûlure de ses poumons pour réaliser que son esprit ne lui joue aucun tour : Dorian est ici et elle doit reprendre sa respiration. Sans attendre un quelconque signal, ses jambes s'animent d'elles-mêmes pour la porter jusqu'à lui sous le battement sourd et désordonné de son palpitant en vrac. A l'intérieur, c'est le bordel et Poppy n'est plus qu'interrogations. Depuis quand est-il revenu ? Comment va-t-il ? S'il est ici, c'est plutôt bon signe, non ? Les questions se multiplient et s'entremêlent alors qu'elle se rapproche de lui et se laisse choir, comme une plume, sur le rebord de la pierre froide. C'est sa place habituelle, là où elle offre la clef de son âme à Aaron et parle librement, de tout. Poppy prend le temps de glisser son nouveau bouquet dans un vase, à la place de l'ancien qu'elle retire et conserve entre ses doigts pour les occuper, et repose enfin un regard velours sur le visage de Dorian. Sur ces traits qui lui rappellent tant les siens, ceux d'Aaron. Le même air rieur, le même large sourire fanfaron et les mêmes yeux expressifs, brillants de malice. Regarder Dorian ne fait pourtant pas mal, au contraire, c'est un visage pansement juste assez proche pour aider les souvenirs à perler à la surface mais pas assez pour blesser. Dorian porte en lui une certaine finesse élégante là où Aaron semblait taillé dans la pierre, d'un seul bloc.  « Je ne savais pas que tu étais rentré. » débute Poppy sans cesser de contempler ses traits. Il n'y a nulle animosité dans son ton, aucun reproche, il ne lui doit rien. Et elle ne lui en veut pas. Malgré ses sentiments ébranlés, le silence et le rejet, elle ne peut blâmer Dorian parce qu'elle le comprend. Il a cru la protéger en la privant de lui alors que la vie venait tout juste d'emporter Aaron. Et elle ne s'est pas battue. Elle aurait du, Poppy, elle aurait dit persister, continuer à venir à l'hôpital où personne ne lui aurait barré la route, elle aurait du tenir sa main et s'y accrocher. Mais elle n'a pas eu la force de raviver les souvenirs de la maladie et de la déchéance, d'hanter les couloirs où les rires d'Aaron ne résonnaient plus et de vivre un nouveau coup dur. Parce que Dorian n'allait pas mieux que son ami, même si tous deux déjouaient la mort en refusant de la laisser les atteindre. Il fallait les voir, Dorian et Aaron, avec leur courage érigé comme un étendard, le rire comme épée contre la maladie et la morosité du lieu. Ils étaient émouvants tant dans leur agitation perpétuelle que dans cette volonté de vivre féroce qu'elle leur enviait. Poppy se perd dans leurs souvenirs communs alors elle bat des paupières pour les laisser tomber au sol et sourit. Elle a le sourire renversant et un peu fuyant, parce qu'il est chargé d'espoir. « Tu es... guéri ? » Sa voix menue ne se contrôle plus, elle vibre de soulagement, d'impatience, de curiosité aussi. Parce qu'il est guéri, c'est sûr ! Sinon, que ferait-il ici, loin de l'hôpital, loin des médecins qui le connaissent et le soignent depuis toutes ces années ? Bien malgré elle, son sourire s'élargit et Poppy étouffe difficilement un soupir de soulagement. Elle est heureuse, elle éprouve l'une de ces effusions extatiques, qui grimpe à l'intérieur et explose comme un volcan. Alors Poppy abandonne Dorian pour caresser du regard le visage en noir et blanc d'Aaron qui semble les regarder avec son demi-sourire aux lèvres, comme s'il se marrait sous cape de leur réserves inutiles. Il a raison, elle est ridicule. C'est Dorian, qui lui a si souvent effleuré le coeur, elle le connaît. Alors sa main vient se poser sur la sienne avec la la légèreté d'un papillon pour affirmer ce qu'elle pense. « C'est bon de te revoir. » C'est vrai, ça. Poppy n'oublie jamais ceux qu'elle aime, elle en est incapable. Son coeur est à l'image d'une gigantesque éponge qui gonfle, gonfle, gonfle au fur et à mesure qu'elle se gorge de joies, de bons sentiments, d'amour ou d'amitié. Sauf que le sien, ne se presse jamais pour rendre ou oublier quoi que ce soit, il retient son souffle, grossit à l'infini et se fraye difficilement une place au milieu d'un organisme trop étroit pour lui. « Aaron t'a laissé quelque chose, je n'ai pas osé te l'apporter à l'époque... comme tu voulais pas me voir mais elle est chez moi, tu pourrais venir la chercher un de ces jours. C'est sa boîte à souvenirs, il pensait que ça aurait le don de te rappeler la tienne et peut-être de te faire sourire un peu. Ça comptait beaucoup pour lui qu'elle te revienne. » Elle se souvient encore de la joie presque enfantine d'Aaron en apprenant que Dorian aussi, avait passé son enfance à conserver des trésors sans valeur au gré de ses périples, un peu comme lui.  Sauf qu'il l'avait perdue, là où Aaron conservait religieusement la sienne. Enfin, là où Poppy conservait religieusement la sienne pour éviter à son petit frère tête en l'air de l'égarer, justement. Quand il l'apprit, il supplia Poppy de lui donner la sienne mais elle refusa, toujours, incapable de se résoudre à l'inéluctable : sa fin, très proche, qu'Aaron ressentit bien avant elle. Mais le moment lui paraît approprié. Les affaires de son frère s'entassent dans son placard, elle dort dans ses vêtements, lit même ses BD, elle qui ne leur a jamais trouvé grand intérêt, et se dit que c'est important, de partager, de donner des petits éclats d'Aaron pour qu'il continue à vivre. Pas seulement en elle, mais en eux, toutes les vies qu'il a marquées au fil de sa (trop) courte existence.

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Dorian Chamberlain

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MessageSujet: Re: love, death and everything in between (d)   Lun 28 Mar - 16:57

Le sac sur l’épaule, Dorian traversait le cimetière en observant chaque tombe. Les noms lui étaient parfois familiers mais c’est l’âge des personnes qui reposaient là qui l’intriguait surtout. Il souriait doucement devant les sépultures aux dates très éloignées et cessait devant celles qui, au contraire, avaient été installées pour des gens décidément trop jeunes. Des adolescents, des enfants. Certains avaient été enterrés avec leur partenaire d’une vie et les cheveux blancs qu’ils arboraient sur les photos faisaient naitre une étrange nostalgie chez lui qui se trouvait trop jeune pour l’éprouver. Il passait devant les caveaux familiaux sans vraiment s’arrêter et ne pouvait pas se détacher des stèles de ceux qui étaient partis trop tôt. Pourquoi la mort les avait-elle fauchés ? Était-ce dû à un accident ? Une maladie ? Quelle autre explication trouver à ces morts prématurées ? Dorian avait conscience de la morbidité de ses pensées mais il ne pouvait les chasser lorsqu’elles le suivaient partout. Et pour cause… Sa venue n’était pas innocente et lorsqu’il estima avoir suffisamment trainé, il traça son chemin jusqu’à la pierre tombale qui l’avait attiré là en premier lieu. Il ralentit à l’approche de l’espace soigné qui trahissait l’attention portée à cette victime de la grande faucheuse. Dorian regarda l’endroit pendant de longues minutes, hésitant à repartir d’où il venait, mais ses pas finirent par combler les derniers mètres et il vint se poster devant la stèle où était gravé le nom de son ami. Un sourire vint écorner les lèvres du jeune Chamberlain qui laissa échapper un long soupir avant de s’accroupir pour détailler le portrait et les lettres qui creusaient la pierre. Ce n’était plus que ça : des lettres. Le reste ne subsistait que dans les mémoires et cela lui écorchait le cœur d’y penser. Il se refusait de parler dans le vide, de prétendre s’adresser à Aaron comme s’il pouvait l’entendre. Car malgré son état, Dorian persistait à croire que la mort n’était que ça : la mort. Qu’il n’y avait rien au-delà et que son âme s’évaporerait comme ses cellules se dissoudrait dans la terre lorsque ce serait son tour de quitter ce monde. Il ne pouvait s’empêcher d’éprouver un sentiment profond d’injustice mais il ne pouvait pas le laisser le submerger. Autant abandonner tout de suite, dans ce cas. Mais n’était-ce déjà pas un abandon de sa part que de refuser tout traitement ? Si seulement il avait pu exposer le nœud du problème à son compagnon d’infortune, Dorian était persuadé que tout irait mieux. À deux, ils avaient toujours réussi à remonter le moral de l’autre et à se convaincre qu’ils avaient le courage nécessaire pour vaincre cette plaie qui leur grignotait la santé. Mais Aaron avait succombé et si Dorian avait d’abord cru en réchapper, la vérité n’avait pas tardé à le rattraper. Conscient qu’affronter seul ce coup de du sort n’était pas une solution, Dorian n’avait trouvé comme unique refuge que ce coin d’herbe bien taillé et fleuri. Lentement, le jeune homme se laissa tomber et ouvrit son sac pour grignoter une barre chocolatée en fixant l’unique preuve qu’Aaron avait réellement existé. Il aurait pu élever la voix, lui raconter tout : le manque qui avait suivi son décès, le désarroi d’être désormais seul face à la vie – même si c’était un mensonge -, les jours qui se suivent et ne se ressemblent pas, la lueur d’espoir, si douloureusement éphémère, puis le retour à la réalité, comme si ce mal l’avait rattrapé durant les quelques mois où il avait ralenti l’allure pour reprendre son souffle. Lui raconter le coup que ça lui avait fichu au moral et la lâcheté qui en avait écoulé. Parce qu’il comprendrait, lui, non, que ce n’était pas possible de se remettre en selle après avoir cru que la bataille était gagnée ? Mais le pouvait-il seulement lorsqu’il n’avait jamais connu ce répit ? Dorian savait qu’il aurait dû se montrer reconnaissant d’avoir eu ces quelques mois de liberté, allégés de traitements assommants, dépourvus d’angoisse, teintés de ce que son existence avait été avant la maladie, lorsqu’il n’était encore qu’un adolescent qui ne tenait pas en place et en faisait voir de toutes les couleurs aux siens. Dorian avait cru se retrouver mais ça n’avait été qu’un leurre. Il n’était lui que lorsque le mal sillonnait ses veines. Il avait envie de dire à Aaron qu’il avait presque la sensation de sentir le cancer circuler mais il ne pouvait pas parce qu’il savait ce qu’Aaron répliquerait invariablement : que c’était sa tête qui lui jouait des tours, que c’était le courage qui perlait mais qu’inspirer un bon coup lui ferait oublier, qu’il fallait se concentrer sur ce qui fonctionnait et pas sur ces broutilles qui les épuisaient. À présent, Dorian se voyait mal qualifier de broutille un truc qui lui gangrenait l’âme et le forçait à regarder au loin, ce nuage noir qui n’attendait qu’une chose, l’engloutir. Le seul point positif, c’était qu’en sentant la fin approcher, Dorian avait voulu revenir à la source, tenir sa promesse si longtemps ignorée. Retrouver les siens, les Chamberlain, quand bien même il ne pouvait s’empêcher d’imaginer leur mine décomposée le jour où il faudrait creuser un trou pour lui. Est-ce qu’on le laisserait reposer ici, à côté d’Aaron, s’il en faisait la demande ? Dorian observa les alentours, cherchant un bout de terre qui ne semblait pas déjà recouvrir quelqu’un. À défaut, si on l’incinérait, rien ne pouvait interdire qu’on l’éparpille ici et là. De toute façon, ce n’était pas comme s’il allait réellement retrouver Aaron… Plongé dans ses pensées, Dorian ne devina pas l’arrivée de Poppy. Il aurait difficilement pu l’entendre puisque l’herbe étouffait ses pas légers mais il avait surtout oublié où il était, son regard perdu dans le vague, son esprit tout à la réminiscence de ce passé qui n’était pas si lointain et qui l’habitait encore. L’espièglerie, les rires malgré la douleur, les étreintes dissimulées quand personne ne regardait et que le courage les lâchait. Si Dorian pouvait émettre un souhait, autre que celui de guérir, évidemment, c’était de retrouver son compagnon d’infortune, son frère à la vie à la mort, le seul qui sache réellement ce que c’était de vivre avec cette épée de Damoclès au-dessus de sa tête. L’approche soudaine mais délicate de la jeune femme le tira de ses pensées et il mit quelques secondes à identifier la silhouette, la chevelure, la gestuelle. Comme si deux dimensions se rencontraient enfin, Dorian examina les gestes de Poppy d’un air distrait, témoin involontaire d’un rituel privé et secret. Un bouquet de pivoines remplaça les fleurs défraichies et Dorian réalisa qu’il n’avait même pas noté cette attention particulière. Son regard erra un instant puis se focalisa sur Poppy quand il devina l’intérêt qu’elle lui portait. Un instant, ses yeux chocolat n’exprimèrent rien, comme s’il ne la reconnaissait pas, puis un sourire vint arquer ses lèvres et son visage s’éclaira, retrouvant sa candeur naturelle. « C’est récent » avoua-t-il, une douce chaleur l’enveloppant, un effet immédiat dès qu’il était à proximité de Poppy. Il n’y avait pas besoin de s’appesantir sur l’absence, sur le silence radio. D’ailleurs, il avait la sensation de ne jamais l’avoir réellement quittée et maintenant qu’il la retrouvait, c’était comme si les semaines passées s’étaient dissipées dans l’air. Mais était-ce si simple ? Surtout en sachant ce qu’il se tramait ? Sa seule chance résidait dans le fait que son secret était invisible et que tant qu’il ne l’évoquerait pas, cela resterait du domaine de l’abstrait. Un point c’est tout. Était-il guéri ? Non. Il ne le serait jamais, eut-il envie de répondre mais l’espoir qui transparaissait de ces mots lui ôta le courage de répondre. Il ne pouvait pas lui avouer qu’il avait rechuté, il ne pouvait pas non plus lui mentir alors il écarta les mains, comme pour dire ‘n’ai-je pas l’air guéri ?’ et il agrémenta le geste d’un sourire. C’était son arme secrète, son meilleur allié dans des circonstances pareilles. C’était ce qui avait toujours réussi à le tirer d’affaire ou à lui éviter des ennuis inutiles. On ne pouvait pas en vouloir bien longtemps à quelqu’un avec un sourire aussi désarmant et Dorian avait su cultiver sa faculté à émouvoir ou à décevoir les autres. Même lorsqu’il n’avait plus eu l’énergie de se battre, il avait continué de sourire, dissimulant son désespoir. Seul Aaron avait peut-être pu voir à travers et encore, Dorian n’était même pas sûr de pouvoir l’affirmer. Ils s’étaient jurés de se soutenir, quitte à se mentir pour se redonner courage et Dorian n’avait pas failli à la tâche alors, il ne le ferait pas plus maintenant. Il espérait juste que Poppy opterait pour une interprétation pleine d’espoir, à défaut de pouvoir lui offrir ce réconfort. « J’avais besoin de retrouver ma famille » dit-il plutôt pour éluder la question et expliquer sa présence. Il aurait pu l’appeler, la prévenir qu’il était là, pas loin, mais l’idée de la décevoir lui avait crevé le cœur alors il avait laissé au hasard le soin de mettre les gens sur sa route. Avait-il inconsciemment cherché à la croiser en venant ici ? Il n’en était pas certain. C’était Aaron qu’il était venu voir, sans même savoir ce qu’il attendait d’une telle visite. Visiblement, sa mascarade eut l’effet escompté parce qu’il décela le bonheur qu’une telle perspective faisait naitre chez Poppy et il se sentit coupable de la laisser se fourvoyer de la sorte. Mais ce sourire, cette belle innocence qui rayonnait de son visage, c’était suffisant pour chasser ses tourments et il miroita son enchantement d’un sourire convaincant. Sa pièce maitresse, son assurance de ne pas avoir à porter le désespoir des autres en plus du sien. Il lui serra doucement les doigts en hochant la tête. « Toi aussi. J’aurais dû appeler, je suis désolé » s’excusa-t-il alors qu’il savait pertinemment qu’il n’aurait jamais fait ce premier pas. Il n’avait pas le courage nécessaire, malgré ce qu’il voulait s’imaginer. Il la regarda tandis qu’elle évoquait Aaron et ce qu’il lui avait laissé. Son cœur se serra à la mention de son désir de ne plus la voir mais il savait qu’elle ne le disait pas par rancœur. Poppy n’avait pas une once de méchanceté dans son corps menu et elle ne méritait pas d’être affligée de tels malheurs. Pourtant, le sort semblait s’acharner sur elle. Parce que si Aaron avait été vaincu par la maladie, elle était celle qui devait continuer avec le souvenir et c’était ce qui l’avait initialement poussé à lui éviter une douleur supplémentaire en le regardant dépérir. Il ne comptait pas revenir sur sa décision mais ces retrouvailles lui paraissaient si douces qu’il se dit qu’en profiter un peu ne ferait pas trop de dégâts. « Je crois qu’elle te revient plus qu’à moi » objecta-t-il en laissant son regard se perdre sur leurs mains. Il caressa distraitement les doigts de Poppy en se disant que la vie avait vraiment une sale manière de lui rappeler qu’il avait une date d’expiration. À un moment, il avait cru que c’était la perte de sa propre boite qui avait déclenché la maladie. C’était profondément naïf, surtout pour un jeune homme de son âge, mais il avait mis tant de cœur à collecter les objets qui s’y trouvaient qu’il avait eu la sensation de perdre une partie de lui-même avec elle. Quant à Aaron, Dorian s’était visiblement trompé, il ne subsistait pas uniquement dans leurs souvenirs mais serait dans chaque petit bout d’objet que contenait sa boite à souvenirs. « Mais ça me ferait plaisir d’y jeter un œil » ajouta-t-il, sans trop savoir pourquoi. Quel bien y aurait-il à ressasser le passé quand il n’avait plus d’avenir ? Ne voulant pas se noyer dans les méandres de ses tourments, Dorian inspira profondément et décida d’emprunter une route moins périlleuse : « Qu’est-ce que tu deviens, alors ? J’ai dû manquer pas mal de trucs, non ? » Voulait-il vraiment le savoir ? Avec Poppy, la réponse était toujours oui.

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