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 against all odds. (rhys)

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Daisy Young

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MessageSujet: against all odds. (rhys)   Mer 11 Nov - 18:30

En dépit de nombreux défauts soigneusement camouflés aux yeux du reste du monde, Daisy possédait une qualité que personne ne pouvait lui enlever : elle aimait son fils. Dès la première seconde où il avait vu le jour, elle avait pris conscience que plus rien d’autre n’aurait jamais d’importance pour elle que lui, ce nourrisson s’époumonant, au crâne clairsemé de cheveux d’un noir des jais et des yeux dont elle aurait juré qu’ils étaient siens, et qu’elle n’aimerait d’un amour inconditionnel qu’Isaac, vestige d’une histoire tout juste terminée, annonciateur des prémices d’une nouvelle. Dans le tumulte qu’était alors sa vie, son fils était devenu une constante, un refuge, un nouvel espoir. Elle le chérissait bien au-delà d’un simple amour maternel, elle le chérissait parce qu’à travers lui, elle discernait le fruit d’un amour interdit qu’elle pouvait prolonger encore un peu. Alors, comme toute mère démesurément protectrice, l’idée de le voir lui être enlevé, même pour quelques heures, la rendait folle d’inquiétude. Et même s’il avait sept ans, qu’il grandissait si vite et devenait un petit garçon plein de vie, intelligent et curieux comme son père, aimant et mature comme sa mère, Daisy ne le verrait jamais que comme la chair de sa chair, provoquant un furieux désir de le protéger à tout prix. Il n’y avait rien qu’elle n’aurait été capable de faire pour lui, pas même lui cacher l’identité de son véritable père, si bien qu’elle persistait à mentir aux autres : Graham était le père d’Isaac, bien sûr qu’il l’était. Isaac était arrivé un peu trop vite dans leur histoire mais elle ne regrettait évidemment pas cette preuve d’un amour déjà très fort, que les années n’avaient pas fait disparaître (au moins pour elle). Tant pis si ce n’était qu’une parcelle de la vérité, le constat restait le même : Graham l’avait élevé comme son fils, et n’avait jamais remis en question sa paternité. Et cela, bien qu’il ressemblât de plus en plus à Rhys, au point de trouver de plus en plus difficile le fait de cacher le lien de parenté qui unissait le neveu et son oncle. Daisy soupçonnait Rhys de s’en douter, car comment justifier autrement qu’il pût passer tant de temps avec l’enfant qui lui rappellerait toujours qu’il l’avait quittée, elle ? Par culpabilité, mais aussi pour ne pas priver Isaac de la possibilité de créer un lien profond avec Rhys, elle les laissait passer des journées entières ensemble, des journées durant lesquelles elle se rongeait les sangs en attendant le retour de son fils. Et aujourd’hui encore, elle continuait de le faire en observant l’horloge murale de sa cuisine toutes les cinq minutes. Elle avait confiance en Rhys. Si elle avait du remettre sa vie entre les mains de quelqu’un, il aurait indéniablement été son premier choix. Mais lorsqu’il s’agissait d’Isaac, le bon sens n’existait plus, et elle ne se sentirait rassurée qu’au moment où elle pourrait le serrer contre elle en ignorant ses protestations. Graham se reposait à l’étage, épuisé par une journée trop intense pour sa mémoire encore récalcitrante, et elle n’avait pas eu le cœur de le trouver pour partager les angoisses que seule une mère pouvait éprouver. Lorsqu’enfin, des coups retentirent contre la porte, elle cessa de retenir son souffle et sentit enfin ce soulagement bienheureux l’envahir. Elle alla l’ouvrir et fit face à la vision de Rhys et de son fils, riant aux éclats. L’étrange sensation qui l’envahissait en présence de cet homme devenu frère revint à la charge et Daisy perdit tout son naturel. C’était à cela, maintenant, qu’elle était confrontée : la gêne et le manque. Sept longues années de gêne et de manque de lui, qu’elle s’efforçait de maintenir dans sa vie sous les prétextes les plus faux. « Vous avez l’air d’avoir passé une bonne journée » entama-t-elle de son timbre doux avant de caresser les cheveux de son fils. Isaac était hilare, avec un sourire s’étalant d’une oreille à l’autre. « Oncle Rhys m’a emmené voir un match de baseball ! Et j’ai récupéré la balle, regarde ! » Daisy feignit de s’y intéresser pour ne pas se laisser la possibilité d’observer Rhys trop longtemps sans que ce soit déplacé. « C’est génial, mon chéri » s’extasia-t-elle sans l’enthousiasme qu’elle aurait normalement mis dans ses mots. Elle releva le regard sur son frère. « Bon… et bien merci d’avoir passé la journée avec lui, il a apprécié, visiblement. » Ses lèvres se fendirent d’un sourire gêné et elle resta là, plantée devant lui. Isaac avait l’avantage d’être encore trop jeune pour réellement comprendre les malaises des adultes, si bien qu’il ne lui fallut pas longtemps pour les soulager tous deux du fardeau du silence. « Maman, il peut dîner avec nous Oncle Rhys ? Allez, s’te plaît ! Comme ça on te racontera toute la journée ! » Son premier réflexe fut de secouer la tête en signe de dénégation. « Allons, Isaac, tu as déjà eu ton oncle toute la journée pour toi, je suis sûre qu’il doit avoir un tas de choses prévues pour ce soir, pas vrai Rhys ? » Elle sonda son regard pour y chercher l’aide nécessaire, mais ne se confronta qu’à des traits neutres. « Non, je lui ai demandé tout à l’heure et il m’a dit qu’il avait rien de spécial à faire. Allez maman, ce serait trop bien ! » Elle ferma les paupières quelques secondes, juste assez pour constater à nouveau combien elle était impuissante face à son fils. Oeuvrant pour son bonheur avant toute autre chose, elle n’eut d’autre choix que de céder à nouveau à ses demandes. « Et bien je… si ton oncle n’y voit pas d’inconvénient je suppose que ça peut se faire. »

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Rhys Hastings

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MessageSujet: Re: against all odds. (rhys)   Sam 21 Nov - 19:11

Rhys ne désirait pas d’enfant, jamais. C’était un constat profondément ancré en lui, une idéologie d’idéaliste lucide, malheureusement profondément conscient de la société qu’il laisserait derrière lui, bien loin de ses aspirations utopiques. Alors pourquoi ? Pourquoi infliger ça à quelqu’un, volontairement ? Une société malade, une planète en perdition et cette violence inextricable, partout, sans cesse plus terrible. A ses yeux de penseur, un désir d’enfant dans un tel contexte relevait de l’aberration, preuve de l’égoïsme désespérant de l’être humain qui éprouve de tout temps, en dépit de toute logique, de tout bon sens, la soif d’une descendance, d’une lignée, de sa propre postérité à travers un fils ou une fille. Rhys n’avait pas besoin de ça, il ne supporterait pas l’inquiétude constante, la culpabilité de laisser un monde en ruines à une génération perdue, sacrifiée. Bien sûr, son raisonnement n’avait rien à voir avec une envie présente ou absente d’avoir un enfant. Parce qu’il aurait pu aimer en avoir un, reproduire sa propre enfance heureuse et insouciante au sein d’une famille aimante. Mais à quel prix ? L’incertitude d’un avenir au mieux morose, au pire apocalyptique pour le fruit d’un amour qui n’a rien demandé le freina et toujours, Rhys maintint cette conviction. Il n’aurait jamais d’enfant. Et pourtant ce fils, il était né quand même en dépit de tout et surtout en dépit de lui. Il avait réussi à s’épanouir et à fleurir malgré la graine corrompue de l’inceste et la terre aride des jugements et de la culpabilité dans un ventre qui ne le désirait pas. Comment Daisy aurait-elle pu, alors qu’elle se montrait bien plus ébranlée que lui par leur filiation, écoeurée par ses propres sentiments, ravagée de l’intérieur entre ce que lui dictaient son cœur et sa raison ? Ce fils qu’il n’avait pas demandé, Rhys l’aima, instantanément et c’est sans doute sa plus grande souffrance, sa pire douleur, plus forte encore que la perte de la femme de sa vie. Comment supporter l’idée que son enfant fut élevé par un autre ? Comment ne pas hurler en l’entendant l’appeler papa quand il n’a droit qu’à des tontons minables ? C’est Isaac qui fragilisait les fondations de sa dévotion envers Daisy, qui rongeait doucement son piédestal de perfection parce qu’elle s’enlisait dans un mensonge qu’il savait faux, au fond de ses tripes. Il savait qu’il était son père, il l’avait su dès les premiers jours, sans aucun doute possible. La chair appelle la chair et Rhys sentit, au premier regard échangé avec cette minuscule tête de gnome fripée aux grands yeux gris – si familiers – qu’il ne pouvait en être autrement. Il n’avait jamais confronté Daisy, par amour mais aussi par conviction. Rhys s’était convaincu qu’elle nécessitait juste un peu de temps et qu’elle finirait par lui avouer. Mais ce moment ne venait pas et au fil des semaines et des années, une faille s’est créée dans ses sentiments inaltérables. Une minuscule faille de rien du tout qui chaque jour, insidieusement, gagne du terrain pour creuser des fissures et des accrocs dans son amour et son respect. Pour autant, Rhys continuait à jouer le jeu, à jouer l’oncle, à profiter d’Isaac pour que dans un futur qui lui paraissait de plus en plus hypothétique, quand il apprendrait la vérité, il n’ait pas à reconstruire toute une relation complice avec un parfait inconnu. Alors il traitait le garçonnet comme un fils et en arrivait presque à gommer ses préceptes. Bien sûr, qu’il ne désirait toujours pas d’enfant mais c’est parce qu’il comprenait au fil des années que Daisy était la seule à pouvoir le changer, à lui faire entrevoir le monde de ses yeux à elle et plus des siens têtus et trop réfléchis. C’est ce à quoi il pensait alors que son regard paisible suivait Isaac qui pédalait maladroitement, entre lui et le trottoir, sa balle exposée comme un trophée dans son petit panier. « Allez bonhomme, on arrive, c’est l’heure de remonter derrière si tu ne veux pas affoler ta maman. » Comme tous les non-parents, Rhys se montrait plus détendu avec Isaac que sa propre mère et s’il l’attachait toujours sur le siège arrière de sa bicyclette, le garçonnet possédait son propre vélo dans son garage et à chaque fois qu’ils quittaient Daisy tout sourire, ils faisaient un crochet nécessaire pour libérer Isaac et le laisser pédaler tranquillement. Bien sûr, que Rhys veillait sur lui, il tentait seulement de ne pas l’infantiliser pour son propre développement personnel. « Mais j’suis un grand maintenant, j’ai le droit de faire du vélo sans roulettes ! » Il lui sourit de sa bouche édentée de môme et Rhys lui répondit, avec la même esquisse espiègle qui creusait leurs fossettes. Oui, il avait le droit de faire du vélo, mais pas sur la route et Daisy se montrait intraitable. Isaac finit par s’exécuter, ils déposèrent l’engin dans son garage et poursuivirent les derniers mètres sous les bavardages extatiques du petit qui envisageait déjà une carrière dans le baseball alors que la veille, il voulait être astronaute et toucher les étoiles. Rhys, lui, l’écoutait à moitié, ses entrailles prises en tenaille par l’appréhension. Il n’arrivait pas à la fréquenter, malgré le manque d’elle, constant, il ne pouvait pas la voir, lui parler, être témoin du délitement de leur relation jusqu’à cette écoeurante banalité, ces mots échangés pour combler le silence mais qui ne veulent strictement rien dire. C’était dur, d’être face à Daisy et de respecter ses désirs à elle au lieu des siens. C’était douloureux de taire tout ce qu’il éprouvait pour elle, de ne pas la prendre dans ses bras, de ne pas la toucher, l’embrasser, promener ses lèvres sur sa peau. Parce que la peau, les sensations, disposaient elles-aussi de leur propre mémoire. Une mémoire sensorielle qui animait son épiderme dès qu’elle était trop proche de lui. Rhys ne serait jamais son frère et n’essayait même pas parce que cette conviction était plus forte que les autres, elle coulait si bien de source que nul bouquin, nul essai ne saurait l’argumenter mieux que son corps ne le faisait. Il l’aimait, en dépit de tout et Rhys n’éprouvait aucune envie de cesser. Elle était son tout. Et ça faisait mal, de la voir devant lui avec son sourire lumineux et cette tendresse qu’il admirait tant. Une tendresse constante, pour tout le monde et personne à la fois, une douceur merveilleuse qu’elle distribuait sans compter, sans crainte qu’elle ne tarisse un jour et qu’il ne lui en reste plus. Daisy babillait maladroitement, elle serrait Isaac dans ses bras et lui restait là, silencieux et absorbé par la contemplation de ses traits, par ce qu’elle dégageait et faisait naître en lui. Rhys mit quelques longues secondes à comprendre qu’on s’adressait à lui et il s’extirpa douloureusement de ses songes pour voguer un regard placide jusqu’à ses opales qui le flinguaient pourtant. Isaac venait-il de l’inviter à dîner ? Incapable de refuser quoi que ce soit à ces grandes billes claires qui le fixaient pleines d’espoir, Rhys adressa l’ombre d’une esquisse à Daisy et hocha la tête, masquant la chape de plomb qui venait de s’abattre sur son visage, assombrissant ses traits. « Ou alors… Isaac peut venir manger à la maison. On fera des spaghetti bolognaises, qu’est-ce que t’en dis, c’est toujours ton plat préféré ? » Les yeux du petit garçon brillèrent de convoitise un instant, avant qu’il ne se renfrogne immédiatement. « Mais ici y a maman et papa alors c’est mieux ! » Rhys capitula, comme Daisy avant lui et il suivit le garçonnet du regard alors qu’il grimpait les marches quatre à quatre pour aller montrer sa balle à cet imposteur qu’il appelait papa. Il n’y eut plus que lui, plus qu’elle, un fossé de sept ans et des sentiments qui persistaient à le torturer, à l’incendier lui qui décortiquait pourtant l’amour avec doigté. Rhys ne cherchait pas à montrer de lui une image parfaite, il acceptait sa sensibilité au lieu de lutter contre comme tous ces hommes primaires aux allures de forteresses qui ne gagneraient jamais rien d’un tel comportement. « Je ne peux pas faire ça Daisy, tu m’excuseras auprès d’Isaac. » avoua-t-il sobrement du timbre limpide et déterminé de l’avocat qu’il aurait pu être, si ses envies avaient été autres. Rhys la dévisagea longuement, sans chercher à cacher ce qu’elle lui inspirait et soupira ce qu’il ne cessait de lui marteler. Mais Daisy ne comprenait pas. Elle persistait à croire que tout pouvait s’arranger, qu’il suffisait de le vouloir très fort pour que leur complicité, leurs émotions ne s’érodent pas et deviennent seulement autres, fraternelles. « Ça ne redeviendra jamais comme avant peu importe tes efforts ou combien tu essayes et au fond de toi, tu le sais. J’en suis désolé, crois-moi, mais je ne serai jamais capable d’être seulement ton frère. Je t’aime trop pour me contenter de cette place là.  » Que ce soit entier ou alors je refuse, disait Antigone. Et si en vieillissant, les discours mollissent et les Antigone deviennent des Créon pragmatiques et raisonnables, il était les deux. Il s’accrochait farouchement à cette flamme de révolte idéaliste sans pour autant perdre la raison. Sauf quand il s’agissait d’elle.

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Tu me laisses inutile, à courir après quoi ? Des bouteilles à l'amer, un effluve de toi.
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Daisy Young

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MessageSujet: Re: against all odds. (rhys)   Mar 1 Déc - 22:36

Savait-il, Rhys, combien elle vivait mal cette proximité relative ? Combien la douleur restait aussi vive qu'au premier jour de leur rupture, et à quel point ses efforts pour le considérer comme le frère qu'il était peinaient à subsister chaque fois qu'il lui faisait face ? Daisy avait l'habitude des façades, celle de la mère forte, de l'épouse dévouée, de la travailleuse acharnée, elle les présentait à la foule, leur offrait ce qu'on lui demandait d'offrir, avec sourire, grâce et douceur. Mais lui, avait-il tout oublié de la gamine qu'elle avait un jour été, et dont les émotions transparaissaient malgré elle ? Rhys la connaissait mieux que quiconque, mieux que Graham, mieux que Sebastian, mieux que ses propres parents, pouvait-il vraiment se laisser berner par la facilité avec laquelle elle prétendait que tout allait bien ? Il ne suffisait pas de vouloir se convaincre qu'il n'était qu'un frère pour y parvenir, et encore maintenant elle se surprenait, jour après jour, à souffrir du manque de lui. De devoir le considérer comme celui qu'il ne serait jamais entièrement à ses yeux, pire encore, de le garder dans sa vie sans plus pouvoir le posséder, le savoir dans une histoire d'amour sans en être partie prenante et le pousser à croire qu'il pouvait à son tour l'envisager comme une simple sœur. Elle lisait la douleur en lui, parce que contrairement à la sienne, elle était marquée sur ses traits d'ordinaire sereins, et parce qu'elle l'éprouvait elle aussi, courant dans chacune de ses veines. Il lui renvoyait le manque, reflétait à l'infini son incapacité à le sortir complètement de sa vie. Daisy était égoïste, mais seulement avec lui. Alors qu'elle aurait pu tenter de lui rendre sa liberté, de le laisser mener une vie débarrassée de son existence, d'enfin essayer de se reconstruire sans l'ombre de leur relation planant au-dessus de lui, elle l'obligeait, l'imposait dans sa vie et celle de son fils. L'idée de le voir capable de vivre sans elle, de rire sans elle, d'aimer sans elle la terrorisait, et elle se dévouait au rôle de sœur à peine crédible, trouvant là le seul moyen de le garder toujours auprès d'elle. Si elle refusait de s'octroyer le mauvais rôle, les faits parlaient d'eux mêmes, une fois de plus. Elle cédait à son fils simplement pour se donner une excuse de l'inviter chez elle et d'assister au bonheur de façade qu'elle entretenait. Elle l'obligeait à s'infiltrer dans une vie dont il n'était plus censée faire partie, à pénétrer dans une intimité qui ne lui appartenait plus, dans une maison qui n'était pas la sienne, auprès d'un homme qui n'était pas lui, et se servait des désirs de son fils pour se justifier. La culpabilité enserrant son cœur, elle préféra garder le silence et laisser Isaac débattre du dîner avec Rhys. Elle se retint de les interrompre à nouveau, à l'instant même où il prononça papa et maman dans la même phrase. Ici, il y avait papa et maman. Une esquisse amère perça ses lèvres et elle jeta un regard à la dérobée à Rhys, sondant dans ses pupilles sombres la moindre réaction qui le trahirait. Savait-il ? Se doutait-il seulement, malgré tous les efforts qu'elle déployait ? Comme pour l'empêcher de fuir, elle s'aventura à contredire son fils. « Papa ne se sent pas très bien mon chéri, il se repose à l'étage » énonça-t-elle doucement, avec l'infinie tendresse qui la caractérisait chaque fois qu'elle s'adressait à la chair de sa chair. Graham ne se joindrait sans doute pas à eux au cours du dîner, mais son existence s'infiltrerait malgré tout entre eux, ponctuant leurs échanges de banalités, de pluie et de beau temps, rendant parfaitement impossible toute idée de relation fraternelle. Il leur rappellerait, même absent, qu'il vivait auprès de Daisy la vie que Rhys aurait peut-être fini par vouloir. Lui qui refusait le mariage, refusait la paternité, aurait-il voulu de cette vie auprès d'elle ? Isaac prit la direction de sa chambre, ne laissant plus qu'un silence pesant entre eux. C'était ces moments-là qui lui rappelaient, si elle l'oubliait, que Rhys n'était pas seulement un frère. Avec un frère, on ne se sentait pas gênée, on trouvait toujours des histoires à raconter, on ne sentait pas son cœur battre démesurément. Il capitula avant elle, et ce même cœur se fissura à nouveau. Si elle n'avait pas été égoïste, elle se serait contentée d'acquiescer, peut-être même d'ajouter qu'elle comprenait. Mais elle l'était, elle l'était profondément lorsqu'il s'agissait de lui, et à nouveau elle se servit d'une excuse qu'elle savait pitoyable, et particulièrement ignoble. « Je ne te demande pas de le faire pour moi, mais pour lui. Il serait tellement déçu que tu t'en ailles... » répondit-elle en se forçant à le fixer d'un regard ferme. « S'il te plaît, Rhys. Isaac a passé une si bonne journée, ne gâche pas tout maintenant. » Elle avait toujours été la plus dure des deux, celle qui parvenait le plus aisément à séparer la raison des sentiments. « Tu ne veux même pas essayer. » A défaut de réussir à le faire culpabiliser, elle pouvait utiliser un autre angle d'approche, plus réprobateur. « Tu ne te donnes même pas la peine de faire le moindre effort, à chaque fois que je suis là, tu prends la fuite, comment tu veux que ça fonctionne ?! » Elle s'obligea à baisser d'un ton, pour ne pas éveiller l'attention d'Isaac et interrompre leur conversation. Pas cette fois. « Qu'est-ce que tu veux que j'invente comme excuse à ton neveu ? Désolée, Tonton Rhys s'est soudainement rappelé qu'il avait un truc à faire ? Tu t'en moques, toi, t'auras pas à le consoler toute la soirée ou à supporter son regard triste. » Elle se détourna de lui, pour ne pas avoir à le regarder dans les yeux plus que de raison. Il était plus facile d'être la plus forte des deux lorsqu'elle n'affrontait pas son regard, et tout ce qu'il semblait lui crier. « Graham ne dînera pas avec nous, si c'est ça qui te dérange. » Comme si la présence ou non de Graham scellait le débat, comme s'il s'agissait du cœur du problème. Une excuse, une de plus, si souvent utilisée qu'elle en devenait galvaudée. Graham, Isaac, les autres. Tout le monde, mais jamais elle. De sa part, il n'obtiendrait jamais que des excuses et des justifications, mais aucune confession. Après tout, c'était elle, la plus raisonnable. « Reste dîner ce soir. Deux heures, c'est tout ce que je te demande. »

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MessageSujet: Re: against all odds. (rhys)   Mer 6 Jan - 22:59

Rhys ignorait comment composer avec Daisy, un tout devenu rien ou si peu, un amour perdu mais terriblement présent. Elle était partout. Dans ses pensées lorsqu'elles cavalaient sans lui, dans ses rêves qu'il ne pouvait contrôler, jusque dans ses moments d'abandon dans d'autres bras où son ombre planait toujours. Son nom dansait au bord de ses lèvres au moment le plus inopportun, ses courbes se dessinaient en filigrane sur le corps d'une autre et surtout, elle était là dans tous les mots d'amour qu'il ne prononçait jamais parce qu'ils lui seraient, à jamais, exclusivement réservés. Savait-elle tout ça ? Imaginait-elle seulement la toxicité de leur relation ? Daisy était inatteignable, elle trônait là-haut quelque part entre la femme de sa vie et son fantasme absolu, là où aucune autre ne pourrait jamais s'élever. Certaines essayaient, d'autres se déclaraient vaincues bien vite car l'on reconnaît instantanément un homme déjà pris, là sans l'être, qui se donne sans s'offrir tout à fait. Rhys était malheureusement de ceux-là, les hommes du vent que personne n'a la force d'aimer. A quoi bon s'éprendre d'un courant d'air, dont même les soupirs semblent appartenir à d'autres. Pourtant Rhys n'avait jamais cru à l'amour monogame, l'amour toujours inventé par les dogmes et la morale et persistait à s'y refuser. Il croyait à la beauté de l'amour libre, de sentiments sans appartenance, jalousie ou soif de possession et puis elle arriva, pour tout foutre en l'air. Daisy était l'antithèse originelle, un foutu paradoxe. Leurs systèmes de valeurs s'opposaient plus qu'ils ne collaboraient, ils étaient souvent en désaccord, pensaient différemment, avaient des envies, des espoirs aux antipodes et pourtant... ce fut elle. Elle qui sut se frayer une place jusqu'à son coeur, s'y lover et le renverser avec un bordel monstre. Elle n'était plus là depuis déjà de nombreuses années mais à l'intérieur, tout était encore en vrac, exactement comme elle l'avait laissé. Tout restait en suspens car il attendait. D'une façon tragique et quelque peu pitoyable Rhys attendait le retour de Daisy, qu'il pensait inévitable. Parce qu'elle était son âme soeur, au sens le plus pur du terme, platonicien. Un être séparé en deux par les dieux pour punir la terrible arrogance humaine qui, toute sa vie durant, cherchait sa moitié, son unique moitié, la part de lui-même qui lui manquait constamment. Daisy lui manquait constamment mais la fréquenter en verrouillant tout ce qu'il éprouvait pour elle était encore plus douloureux. Fuir était sans doute lâche et Isaac serait invariablement déçu, bien sûr, mais quelle résistance avait la déception d'un môme de sept ans ? Il lui suffirait d'un jeu en famille, de son plat préféré, d'une distraction quelconque pour qu'il passe à autre chose. Alors que lui, il lui faudrait des semaines pour reconstruire toutes les fondations qu'elle balayait sans le voir. Il lui faudrait des jours pour recomposer, pierre après pierre, la barrière mentale qu'il érigeait entre eux juste pour apaiser le manque d'elle qui courait dans ses veines et cet affreux sentiment d'injustice qui cisaillait ses entrailles. Rhys détestait la démesure, il méprisait les pleurnicheurs, les plaintifs et tous ceux qui au lieu de penser et réfléchir refusaient d'évoluer murés dans les émotions les plus basses de la nature humaine. La colère, la jalousie, l'envie, ces sentiments dénués de noblesse, de panache et qu'il ressentait pourtant quand il se trouvait en face d'elle, comme maintenant. Rhys n'écoutait que d'une oreille ses reproches. Il était trop occupé à se maîtriser pour répondre à ses attaques puériles. Parce qu'à chaque fois qu'elle lui faisait face, le marasme brûlant de leur histoire inachevée le consumait. Il y avait la morsure du désir dans ses entrailles, la rage sourde de l'injustice qui faisaient vibrer ses veines et le poids du secret, ce terrible secret qu'elle refusait d'avouer et qui venait tâcher, souiller ce coeur qui ne battait que pour elle. Et puis il se reconnecta à la scène, subitement. Il ne faisait pas d'efforts, bien sûr qu'il n'en faisait pas. A défaut de laisser échapper le rire amer qui mourra dans sa gorge, Rhys peignit un rictus sur son visage toujours égal, serein. Le rictus moqueur et un brin supérieur de celui qui sait quelque chose que l'autre ignore. « Pourquoi tu refuses de comprendre ? A chaque fois, tu t'entêtes, je m'explique, tu écoutes mais ne veut surtout rien entendre. » débuta-t-il de sa voix grave et laconique. S'il n'était pas rompu aux grands oraux, aux cours et aux conférences, aux plateaux télé quelconques, Rhys se serait sans doute énervé, il aurait haussé le ton, consciemment ou non. Mais il n'en fit rien, se contentant de la fixer de ses iris enflammées malgré la mer calme, lisse, de ses yeux.  « Parce que c'est plus facile comme ça, n'est-ce pas ? Mais moi je me moque de la facilité. » nota-t-il, un soupçon lapidaire. La vie n'était pas facile, tous autant qu'ils étaient l'aimeraient sans doute bien moins si elle l'était. Alors à quoi jouait Daisy en imaginant qu'ils pouvaient être amants, puis frères ? C'était parfaitement ridicule. « Je ne veux pas essayer, Daisy. Je refuse d'être ton frère, la question n'est pas de savoir si je pourrais éventuellement me glisser dans ce rôle ou non, cela n'importe pas. Je n'en veux pas, tu m'entends ? Je n'ai pas besoin d'une soeur, j'ai besoin de toi. De toi dans toute ta complétude, de toi et de l'entièreté du prisme des sentiments. Je ne veux que ça. Ça, ou rien. » Les valves étaient ouvertes et Rhys ne comptait pas se taire. Il n'avait jamais eu de mal à exprimer ce qu'il ressentait, à convertir en mots ce qu'il éprouvait, à analyser ses pensées, à les travailler, les améliorer. Depuis toujours, il avait été fasciné par l'abstrait. L'art, la philosophie, la littérature, toutes ces gymnastiques de l'esprit qui permettaient de mieux se connaître, de mieux comprendre tout en sachant qu'on ne saurait jamais rien, au fond. « Imagine une chanteuse d'opéra, très douée, à qui l'on arracherait les cordes vocales. Aurait-elle encore envie de monter sur scène, voudrait-elle faire un effort ? Non. Et bien moi, c'est pareil, je ne peux pas. » Le vouloir s'était transformé en un pouvoir indiscipliné, en fourchant sur sa langue. Rhys tiqua, mais ne se corrigea pas : s'il ne le voulait pas, il ne le pouvait pas non plus parce qu'il devait se soigner d'elle. Daisy était un cancer, un cancer dont il ne désirait pas guérir mais qu'il devait au moins museler, tempérer. Et sa présence, sa proximité, sa voix, ses cheveux, ses gestes, tout en elle aggravait son état. Alors il ne pouvait pas rester là, à agir en frère en occultant tout ce qu'ils étaient et qui lui manquait, chaque jour. A ses yeux, ce n'était pas le sang qui primait, mais l'éducation, la famille. Ils n'avaient pas été élevés en tant que frère et soeur, n'avaient pas connu ce lien avant de tomber amoureux et par conséquent, jamais Rhys n'accepterait de se conformer aux dogmes de la société, de ressentir une culpabilité féroce ou de se trouver dégueulasse. L'amour n'était pas et ne serait jamais dégueulasse, tant qu'il était consenti. Peu lui importait le reste. Mais Daisy ne partageait pas son avis et il le respectait comme il lui demandait de respecter ce qu'il ne voulait pas d'elle. Sa sollicitude, sa prévenance, ce mot soeur balancé à tout va qui lui faisait mal. Elle persista, remit le sujet Isaac sur la table pour l'obliger à battre en retraite mais Rhys refusa de céder. Pas cette fois. « Je ne m'en moque pas et tu le sais. Mais il s'avère que ce n'est pas mon fils, n'est-ce pas ? » Le ton plaisant, presque badin, dissimulait l'amertume qu'il ressentit pourtant en prononçant ses mots. Son regard sombre mais dévot toujours rivé sur Daisy, il se montra attentif et but le moindre tressaillement de son visage sans savoir pourtant comment l'analyser. Rhys n'était pas assez rompu au mensonge pour en reconnaître les stigmates alors il abandonna, après avoir tendu une fois encore une énième perche qu'elle ne saisira pas, égratignant un peu plus du piédestal érigé pour elle. Daisy poursuivit son argumentaire et lui persista, têtu, à le démonter avec la même placidité. C'était comme danser, répéter une chorégraphie que l'on connaissait par coeur, encore et encore. Il y avait l'aisance, la fluidité mais il manquait l'envie, la passion. Ils s'enfonçaient dans un ballet sans fin pour une résultat connu d'avance : chacun camperait sur ses positions. « Je me fiche de Graham, il n'est coupable de rien. »  Si ce n'est de l'aimer mais après tout c'est un tort qu'il partageait alors qui était-il pour l'en blâmer ? Si ce n'était lui, elle serait mariée à un autre et au moins cet homme avait le mérite d'avoir du panache, d'être un bon mari et un bon père, Rhys ne lui enlèverait jamais ça. Daisy insista, encore, et Rhys se sentit faiblir devant l'air délicieusement contrit que prenait son visage, oscillant entre cette gamine collante qu'il connaissait par coeur et cette femme mutine et délicate qu'il avait tant aimée. « Mais enfin... » s'emporta-t-il légèrement, prouvant ainsi qu'il ne tarderait pas à céder. Car Rhys ne se faisait jamais tempête puisque ces agissements ne résolvaient rien et de nombreux philosophes l'avaient compris bien avant lui. « Dans quel monde une femme aussi parfaite que toi, bien sous tous les rapports et terriblement consciente du poids du regard des autres, peut-elle inviter son ex à dîner sous le toit de son mari ? Tu me dépasses. » Il n'y avait aucune méchanceté dans son ton, un brin d'ironie pour cet aspect d'elle qu'il n'avait jamais su saisir ou comprendre pleinement mais c'était tout car son but n'était pas, jamais, de la blesser. Daisy accordait une importance démesurée aux autres et c'était ces autres qui étaient à l'origine de leur propre délitement. Elle avait craint les racontars, la méchanceté, l'opprobre jusqu'à crever à petit feu malgré son amour, insuffisant. Lui ? Il s'en fichait. Il ne vivait pour aucun d'eux, seulement pour lui. Bien sûr, c'est son frère que Daisy invitait mais comment pouvait-elle occulter le reste ? Il n'était pas juste son frère, il était une histoire d'amour. Des baisers tendres, volés ou fiévreux, du sexe ivre à quatre heures du matin ou empressé dans une salle de classe, des confidences voilées au creux de la nuit et de grands éclats de rire, il était un regard pesant sur ses courbes ou un sourire réconfortant un jour de pluie. « C'est la dernière fois. » céda-t-il enfin, rompant une partie de la tension qui grondait autour d'eux. Son regard inflexible croisa la beauté du sien. « Promets-le moi Daisy. C'est la dernière fois que tu m'infliges ça. » Que tu me demandes ça aurait été plus politiquement correct, mais plus faux aussi. Car prétendre, se mentir à lui-même, lui mentir à elle, mentir à Isaac, lui était plus douloureux qu'elle ne l'imaginait. Daisy avait subi la pression sociale, de son côté il subissait son indifférence, à elle.

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Tu me laisses inutile, à courir après quoi ? Des bouteilles à l'amer, un effluve de toi.
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Daisy Young

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MessageSujet: Re: against all odds. (rhys)   Dim 7 Fév - 20:48

Malgré les sourires de circonstance qu'elle avait tenté d'afficher, les paroles rassurantes pour qu'on cesse de lui poser les mêmes questions en boucle, dire qu'elle avait mal vécu leur rupture était un euphémisme. Pendant des semaines, elle avait eu la sensation que son cœur avait été violemment arraché de sa poitrine sans possibilité d'un jour l'y remettre, et elle avait pensé qu'elle ne surmonterait jamais la fin de leur couple. C'était Rhys qui avait mis un terme inéluctable à une relation en déclin mais dans le fond, elle savait pertinemment qu'il aurait pu continuer peut-être indéfiniment à ses côtés, et qu'elle était la seule architecte de leur échec. Cela, et le contexte digne d'un mauvais roman à l'eau de rose. Alors elle avait fait ce qu'elle savait de mieux, effacer les larmes, gommer les traits creusés, et s'enfoncer dans un tas d'activités dans l'espoir d'oublier pour quelques heures le chagrin et la douleur. Il lui avait fallu sa rencontre avec Graham pour retrouver enfin une sensation similaire. Similaire, seulement, car ce qu'elle vivait avec lui, même avant son accident, n'aurait jamais rien de comparable avec ce que Rhys avait pu lui faire ressentir. La passion, intense et féroce, le besoin permanent d'être avec lui, de penser pour deux et d'imaginer construire un futur, même s'il n'en avait jamais voulu. La peur, les doutes aussi, en sachant l'homme qu'elle aimait convoité par d'autres femmes, une certaine pointe d'orgueil à l'idée de supposer qu'il lui appartenait irrévocablement. Graham... était différent. Le feu ardent s'était transformé en braises, plus douces, plus apaisantes, mais moins fortes. Il lui avait apporté la promesse d'un futur que Rhys avait toujours été incapable ne serait-ce que d'évoquer, celui d'un mariage, d'enfants, d'une vie rangée et sans doute trop idyllique pour être réelle. Elle avait appris à aimer Graham parce qu'il était tout ce que Rhys n'était pas, tout ce dont elle avait besoin pour surmonter l'échec et enfin tourner la page. Mais même lui n'aurait réussi à supprimer définitivement le point compressant sa poitrine, les battements de cœur effrénés chaque fois qu'elle se trouvait dans la même pièce que lui. Le frère dont elle ne connaissait pas l'existence et qu'elle n'avait jamais désiré, mais qu'elle se trouvait condamnée à aimer comme tel car c'était là la règle. Parfois, elle y parvenait, surtout lorsqu'il ne se trouvait pas avec elle. Il était toujours plus simple de l'aimer quand elle n'avait pas son parfum ou le son grave de sa voix pour réveiller les souvenirs, toujours brûlants, qu'elle avait d'eux. Elle se torturait de l'avoir si près d'elle et de devoir se forcer à contenir le flot d'émotions qu'il continuait de lui inspirer, la jalousie qui la tenaillait de la savoir avec d'autres, la culpabilité aussi, de ressentir ce qu'on ne ressentait pas pour son propre frère. Son ton, dur et tranchant, lui coupa le souffle une seconde avant qu'elle ne reprenne contenance. « Facile... ? » répéta-t-elle, incrédule. Que pouvait-il trouver de facile dans le fait de le côtoyer, de se forcer à le considérer différemment, de l'avoir dans sa vie mais de ne jamais pouvoir en profiter ? Qu'y avait-il de facile dans le fait de devoir l'aimer comme son frère ? « Arrête Rhys. Peut-être que c'est égoïste de ma part de te vouloir dans ma vie à n'importe quel prix, mais ne pas vouloir de moi dans la tienne l'est au moins autant. Si ce n'est plus. L'idée de ne plus t'avoir dans ma vie me tue, c'est ça que tu veux ? Me faire autant de mal ? Parce que tu le sais, Rhys, si tu refuses de te comporter comme un frère, on n'aura pas d'autre choix que de sortir de la vie de l'autre et je ne peux même pas imaginer à quel point ça me briserait. Moi aussi j'ai besoin de toi. Si le prix à payer est de te considérer comme ce que tu es, quelqu'un qui partage mon sang, alors très bien, mais n'imagine pas une seule seconde que c'est facile. » Elle croisa à nouveau les bras contre sa poitrine, profondément blessée par ce qu'il insinuait. Elle avait été confrontée au choix le plus difficile en acceptant d'essayer de l'aimer différemment et lui s'obstinait à la contrer à chaque fois. Je ne veux pas être ton frère, Daisy. J'ai besoin de toi, Daisy. Etait-elle réellement la plus égoïste des deux ? Ne savait-il pas qu'elle ne survivrait pas à son absence ? Que ses silences, lourds de sens, lui fendaient en permanence un cœur qui n'aurait plus dû battre pour lui depuis sept ans ? Qu'elle se sentait même honteuse de penser cela quand son propre mari se trouvait à l'étage, et que c'était à lui qu'elle aurait dû accorder une telle dévotion ? Son cœur se serra à nouveau douloureusement dans sa poitrine, comme à chaque fois qu'il évoquait Isaac. Il ne faisait qu'attiser les suspicions qu'elle nourrissait. Elle le connaissait assez pour savoir qu'aucun mot n'était prononcé sans qu'il en ait d'abord pris la mesure, et la désinvolture de sa voix ne la trompait qu'à moitié. Mais Daisy s'était promis de ne jamais lui dire, pour ne pas lui donner plus de raisons d'échouer à être son frère, et si elle crevait parfois d'envie de tout avouer, elle s'obstinait à tenir bon. « Non, ce n'est pas ton fils » confirma-t-elle d'une voix moins assurée qu'elle ne l'aurait voulu. « Mais il t'aime énormément, et je sais que toi aussi. Il a déjà vécu tant d'épreuves, je ne supporte pas de le voir souffrir. » Elle se mordit la lèvre, se remémorant toutes ces fois où, poussé à bout, Graham s'était énervé contre eux et où elle avait passé des heures à consoler et rassurer un fils déboussolé. Alors oui, il se remettrait du départ précipité de son oncle, mais cela ne ferait qu'ajouter à l'incompréhension générale dans laquelle il était plongé depuis des années. « Ce n'est pas ce que j'ai dit » rétorqua-t-elle. « J'ai simplement pensé que c'était peut-être ça qui te posait problème. » Elle disait cela avec l'aisance de ceux qui se mentent à eux-mêmes. Daisy savait que le problème ne serait jamais d'être avec un autre homme, mais de ne pas être avec lui, mais il était plus simple de continuer à se voiler la face pour reconstruire un semblant de relation avec Rhys. Et tant pis s'il n'en voulait pas, de cette relation-là, car elle pouvait se montrer au moins aussi entêtée que lui... et peut-être plus insensible. Elle laissa échapper un rire plus nerveux qu'amusé au portrait si erroné qu'il persistait à dresser d'elle. « Mais... tu es complètement à côté de la plaque ! » Elle sentit sa voix s'emporter un peu, et s'obligea à la baisser pour ne pas alerter ni son fils, ni son mari. « Peut-être que c'est ça le problème, Rhys ! Peut-être qu'il serait temps que tu arrêtes de me mettre sur ton foutu piédestal et de me voir comme tout ce que je ne suis pas. Je ne suis pas parfaite. Je ne le suis pas, je ne le serai jamais, et je suis condamnée à te décevoir parce que je ne peux pas être à la hauteur de telles attentes. » Elle laissa échapper un soupir, incrédule et las. Le poids du regard des autres avait été l'élément déclencheur, rien de plus. Ce n'était pas seulement pour eux qu'elle n'avait pas pu poursuivre un couple voué à l'échec par nature. C'était pour elle, pour les valeurs dans lesquelles elle avait grandi, qu'elle avait adoptées à son tour, pour toutes les raisons qui interdisaient à un frère et une sœur de s'aimer autrement que d'un amour fraternel. « Je ne peux pas être parfaite et je ne vais pas m'excuser de vouloir que tu restes dîner ici, même si ça contraste avec l'image que tu te fais de moi. J'ai besoin de toi, pas de la même façon que toi, mais ça ne change rien. Peut-être que je n'ai pas envie d'être une femme bien sous tous rapports, et que j'ai aussi gagné le droit de ne pas devoir tout contrôler en privé, en plus de le faire en public. » Le silence s'installa dans l'écho de ses paroles, et pendant un moment qui lui parut interminable, aucun ne le brisa. Ils contentaient de se regarder, de se sonder, attendant sans doute que l'un ou l'autre finisse par craquer, et enfin céder. Mais Rhys avait toujours été le moins entêté des deux, et il fut le premier à le rompre. Un soulagement indicible l'envahit, bientôt remplacé par la culpabilité. Elle ne pouvait pas faire ce genre de promesses. Elle ne pouvait pas lui dire qu'elle ne lui demanderait plus jamais de lui faire une place dans sa vie, ni qu'elle ne lui demanderait plus d'essayer. Et si elle n'était plus à un mensonge près, elle eut le sentiment qu'elle lui devait d'être honnête, pour une fois. « Je ne peux pas, Rhys. Je suis désolée. Je voudrais te dire que j'en suis capable mais ce n'est pas vrai. » Elle avait conscience de l'effort colossal qu'elle l'obligeait à faire et savait combien il lui en coûterait, mais elle était incapable de se résoudre à une promesse si douloureuse. « Je ne sais pas s'il y a une solution, un compromis qu'on pourrait trouver, mais je refuse de te considérer autrement que comme mon frère, et je refuse de ne pas t'avoir dans ma vie en tant que tel. » Les pas d'Isaac résonnèrent dans l'escalier et quelques secondes plus tard, il revint auprès d'eux. Daisy caressa tendrement le sommet de son crâne avant de plonger son regard dans celui de Rhys. « Tonton Rhys a dit oui pour dîner ce soir, mais c'est uniquement pour te faire plaisir. » Isaac hocha la tête avec un sourire rayonnait que seul un enfant pouvait encore arborer. « Trop cool ! » fit-il, et elle sut en croisant le regard de son frère qu'ils pensaient la même chose. Il y avait beaucoup de qualificatifs possibles pour désigner la soirée qu'ils s'apprêtaient à passer, mais cool n'était définitivement pas l'un d'eux. « Oui, c'est trop cool » répondit-elle finalement, incapable de se risquer à gâcher le plaisir de son fils. Et, elle devait le reconnaître avec cette insupportable culpabilité, le sien.

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Le problème c'est que ma tête n'est jamais reposée. Mon cerveau est une maison de campagne pour démons. Ils y viennent souvent et de plus en plus nombreux. Ils se font des apéros à la liqueur de mes angoisses. Ils se servent de mon stress car ils savent que j'en ai besoin pour avancer. Tout est question de dosage. Trop de stress et mon corps explose. Pas assez, je me paralyse.
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