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 we've got fire for hearts.

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Brandon Rose
FIRE WALK WITH ME.
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ONCE UPON A TIME
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MessageSujet: we've got fire for hearts.   Dim 20 Sep - 1:45

JAX + BRAN
And I've got my mind, made up this time.
Go on and light a cigarette, set a fire in my head.
Set a fire in my head tonight, tonight, tonight.
Set a fire in my head tonight.
halsey ~ trouble

Un observateur novice n’aurait rien trouvé à redire s’il avait eu le loisir d’explorer la maison dont le silence était à peine troublé par le rythme régulier, presque lancinant, d’une ligne de basse techno. Le salon, minimaliste et immaculé, ne comportait qu’une touche de couleur : une couverture noire jetée en travers du canapé blanc sur lequel reposait un ordinateur portable (un regard furtif aurait appris à un curieux que l’habitant de la maison était en plein visionnage d’un épisode fatidique de House of Cards). La cuisine était vide, hormis pour un bol et un paquet de céréales sorti sur le comptoir en bois clair. Il y avait également un bol de croquettes posé près du frigo, mais le compagnon à poils pour lequel on avait eu cette délicate attention n’avait pas touché à son met quatre étoiles. Le seul détail qui aurait pu intriguer, c’était l’absence de photos personnelles : il n’y avait aux murs que des tableaux ou des photographies qui témoignaient d’un goût certain pour la dichromie noir/blanc (ou d’une prétention qui conférait à l’obstination). En montant à l’étage, on découvrait une chambre d’ami, qui n’avait d’amical que le concept, et enfin on se heurtait à une porte fermée. On pouvait entendre la musique se mêler aux bruits caractéristiques de la douche, et si on tendait bien l’oreille, on pouvait même discerner une voix par-dessus la cascade, la voix harmonieuse d’un chanteur qui connaissait visiblement par cœur les paroles du dernier tube en date de Calvin Harris. Un observateur novice aurait haussé les épaules – n’importe qui avait le droit de chanter sous la douche. N’importe qui avec un peu plus d’expertise en la matière en aurait conclu que Brandon Rose avait sérieusement pété les plombs. Par chance, le degré d’intérêt que Bran portait à l’opinion de ses concitoyens tombant dans le négatif, il n’avait que peu de chance qu’il prête attention à ces observateurs hypothétiques, il continuait de gratifier son audience inexistante de son interprétation très personnelle de How Deep Is Your Love. Un tantinet obsessionnel, il écoutait la chanson en boucle depuis onze heures ce matin (et il était dix-huit heures passées), heure à laquelle il avait ouvert un œil paresseux, roulé sur le côté et était tombé de son canapé, pensant alors être dans son lit et s’attirant par la même occasion les foudres d’Icare, qui jappa son mécontentement à coups de petits cris aigus avant de venir s’enquérir de la santé de son nouveau maître, à coups de langue cette fois-ci. Etrange, les chemins que la vie prenait. En l’espace de quelques semaines, il avait profité de l’expérience d’un inconnu dont le CV se composait très certainement de braquages, intimidations et autres crimes, appris qu’il avait été le père d’un enfant hypothétique, s’était battu en public, et tout cela avait mené à une seule conclusion véritable : il était devenu le parent de substitution du chiot le plus désobéissant de la terre. D’ailleurs, il était certain que lorsqu’il ouvrirait la porte de la salle de bain, il trouverait Icare les quatre fers en l’air, endormi sur son lit, plutôt que dans son panier, comme il avait (lamentablement) essayé de lui faire comprendre. S’extirpant à grand peine de son cocon de chaleur, Bran attrapa une serviette et s’emmitoufla dedans comme s’il s’apprêtait à traverser le Grand Nord. Il y avait bien une heure qu’il était là sous l’eau, et là était un autre signe de changement : en des circonstances normales, il n’aurait jamais pris le temps de perfectionner ses talents de choriste dans la salle de bain. Mais le combat de coq contre Elijah lui avait 1) cassé deux côtes 2) profondément renforcé son aversion pour les êtres humains et tout ce qui s’en approchait. Et comme il n’avait pas pris de vacances depuis que le concept avait été inventé, il avait jugé qu’il était temps de prendre du temps, justement. Ses côtes en vrac n’avaient été qu’un prétexte : jamais il ne s’était senti plus léger depuis qu’il n’avait plus à enfiler cette autre peau. Ses journées s’écoulaient au rythme voulu, aux endroits voulus, dans l’ordre voulu. Il reprenait ses allures de félin, hantant sa maison de ses pas silencieux, et parfois, juste parfois, sans même s’en rendre vraiment compte, il recommençait à danser. Comme maintenant, alors qu’il abandonnait sa serviette pour sélectionner soigneusement sa panoplie de convalescent (qui le faisait plus ressembler à un mannequin sportswear Calvin Klein qu’à un grand malade). Comme il l’avait prévu, Icare avait pris son lit d’assaut et la boule de poil leva une tête intéressée lorsqu’il perçut le mouvement. Bran avait beau lutter, il ne pouvait pas le nier. Il s’était attaché à cet idiot de chien. Icare constituait un public patient, enthousiaste et toujours attentif, et il ne pouvait s’empêcher de lui faire profiter de ses représentations. « Qu’est-ce que tu regardes ? Tu penses que t’es plus fort que moi ? Tu veux danser, toi aussi ? » La réaction du chiot fut sans appel : il bondit sur ses quatre pattes, aboya et vint se frotter aux jambes de Bran. Il leva les yeux au ciel – non, franchement, on ne pourrait rien en tirer - et prit son compagnon à quatre pattes dans ses bras pour descendre à la cuisine, l’endroit préféré d’Icare, bien avant le lit, le canapé ou même au placard à manteaux auquel il vouait un amour incompréhensible. La cuisine était l’objet d’une guerre des nerfs depuis l’arrivée du chiot chez Bran : la boule de poil refusait obstinément les croquettes – pourtant particulièrement onéreuses – que son maître lui proposait et attendait, grands yeux brillants en guise d’arme, que Bran finisse par céder et lui donne une partie de son repas. Aujourd’hui ne faisait pas exception ; il semblait qu’Icare aurait été capable de recourir aux méthodes les plus vicieuses pour obtenir ne serait-ce qu’une seule cuillère de Miel’Pops. Faire semblant de s’intéresser au derrière du paquet n’était pas assez pour ignorer la petite patte quémandeuse qui lui lacérait la jambe, et après deux longues minutes de ce traitement intensif, Bran finit par reposer brutalement son bol. « Mais t’as fini, oui ?! » lança-t-il au chiot qui se contenta de japper avec désespoir, le regard vissé sur la cuillère. « Tu le veux ? Va falloir le gagner. Je vais t’apprendre la vie, moi, tu vas voir ! » Une idée venait de germer en lui, une idée de gosse qui n’avait pas eu assez de temps pour l’être, une idée de funambule malicieux. Attrapant son téléphone, il réenclencha la chanson et poussa le volume au maximum, entonnant la chansonnette, entamant des pas de danse sans grande cohérence, comme s’il attendait que le chien l’imite. Il saisit le paquet de céréales et l’agita pour qu’Icare comprenne où il voulait en venir. « Allez ! Debout ! Danse avec moi ! » Le chiot le regarde d’un air circonspect pendant quelques secondes, puis se mit à s’agiter, à tourner sur lui-même comme si la présence du paquet de céréales agissant comme un interrupteur quelque part dans son esprit de chien, où l’odeur sucrée devait équivaloir à quelque chose proche de l’extase. Bran tendit le bras et par réflexe, Icare parut comprendre et se hissa sur ses deux pattes. Bien évidemment, il ne tint qu’une microseconde mais c’était assez pour que Bran rugisse des encouragements dignes d’un père au premier match de son rejeton. « Danse ! Allez, danse ! C’est bien ! » Et il aurait bien continué comme ça si une sonnerie stridente qui n’avait rien à voir avec la musique les interrompit dans leur ronde folle. Depuis quand sonnait-on à la porte ? Les visiteurs impromptus avaient-ils entendu quelque chose ? Pire, vu ? Un frisson d’horreur le parcourut et il quitta la cuisine précipitamment, faisant tomber le paquet de céréales. Le temps de bouter les intrus hors de chez lui, il serait revenu bien assez vite pour réparer les dégâts. Sauf que les deux visiteurs sur le pas de sa porte n’avaient certainement aucune intention de repartir aussitôt la porte ouverte. « Ah euh... C’est toi. Vous. Enfin vous deux. » Jax et Mia, sur le pas de sa porte, réels, pas une effraction de son imagination. Ca devait arriver un jour ou l’autre – après tout, si Icare était chez lui, c’est parce qu’il l’avait promis à la petite fille, mais il ne l’avait pas prévu comme ça, pas surpris en plein relâchement de pression, la respiration saccadée, les joues roses et les yeux brillants... Et surtout pas en compagnie d’un Icare parfaitement innocent, qui trottina vers les nouveaux venus, la boîte de céréales entre les dents. Bran aurait voulu disparaître sous terre. Mais il fit contre mauvaise fortune bon cœur et arracha la boîte au chiot – par chance, ce dernier n’offrit que peu de résistance. « Comme vous voyez, on travaille encore un peu sur l’obéissance, tout ça. » Bien sûr. Icare n’avait passé une seule nuit dans son panier, et son grand jeu était de se cacher dans les chaussettes de Bran. Et pour le moment, il semblait être très intéressé par celles de Mia. « Tu vois, il te reconnaît. Vous pouvez même aller jouer dans le jardin. Tu verras que ton chien est très... actif. » Il releva les yeux vers Jax, ayant encore peine à croire qu’il soit vraiment là, devant lui. Rester civilisé devant Mia était facile – c’était même une obligation – mais la petite fille n’était pas venue pour rester assise entre eux. Et sans elle pour servir de rempart, il ignorait ce que lui et son amant d’un soir pourraient bien avoir à se dire.

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MessageSujet: Re: we've got fire for hearts.   Dim 1 Nov - 23:49

« Allez Oncle Jax, dépêche-toiiiiiii ! » Mia sautilla sur place tandis que le Louisianais extirpait sa carcasse de la chambre du motel. Il était bien moins empressé de satisfaire l’envie de sa nièce. En fait, il avait regretté d’avoir dit oui dès le moment où il avait cédé. Mais c’était un fait avéré, maintenant : même lui ne savait pas résister aux fossettes et aux yeux de chien battu de Mia. La fillette y avait mis tout son art, ce matin, en plus et il avait eu beau tenter de l’ignorer, de regarder ailleurs, l’enfant trouvait toujours le moyen de se glisser dans son champ de vision à un moment ou un autre – et de préférence par surprise. « J’arrive, j’arrive » maugréa le géant en fermant lentement la porte sur eux. Il fit mine de vouloir fermer à clé mais Mia vint incruster son petit visage dans l’espace qui le séparait de la porte, fronçant les sourcils : « Tu n’as pas besoin de verrouiller, ça se fait tout seul quand tu fermes la porte » lui rappela-t-elle comme s’il était un vieux atteint d’amnésie. Pour toute réponse, Jax posa la main sur la tête de la fillette et la poussa sur le côté, sans brusquerie. La petite émit un gloussement comme si elle savait parfaitement ce qui engendrait cette lenteur mortelle et quand Jax la suivit du regard, il vit qu’elle marchait en sautant comme le ferait un personnage de dessin animé. Un profond soupir gonfla la large poitrine de l’ex-taulard et il emboita le pas à sa nièce, bon gré mal gré. Il ne pouvait de toute façon pas repousser le moment plus longtemps. Il avait déjà trainé en mangeant à la vitesse d’un escargot, avait prétexté devoir se doucher – il en avait profité pour tailler un peu la broussaille qui lui servait de barbe – et s’était vêtu avec toute la circonspection qui convenait à une soirée importante. Or ils allaient juste rendre visite à Icare… qui se trouvait chez Brandon Rose. Il avait pourtant su dès le départ que c’était une mauvaise idée, que ça n’allait engendrer que ce genre de rencontre fortuite embarrassante. Il aurait mieux fait de contrecarrer les plans de Mia – ou étaient-ce ceux de Bran ? – en refusant le chien ou en déclarant qu’il resterait avec eux, même s’il n’avait jamais eu un chien de sa vie. Ça ne pouvait de toute façon pas être bien compliqué… Mais voilà, les deux asticots lui avaient tourné la tête et il avait fini par accepter un marché dont il n’avait pas mesuré les conditions. Et maintenant il se retrouvait à devoir aller sonner chez l’impudent, ce qui lui déplaisait fortement. Mais ce qui l’embêtait le plus, c’était qu’il n’avait aucun moyen d’avertir le dog-sitter de leur venue, ce qui aurait pourtant été la chose à faire. La chose polie à faire. Maintenant, l’autre allait s’imaginer que Jax trouvait la moindre excuse pour se pointer chez lui sans prévenir. Et ça, ça emmerdait profondément Jax qui détestait qu’on lui impute des idées qu’il n’avait pas exprimées et qu’il n’acceptait pas encore. « Oncle Jaaaaaaaaax » La voix enfantine résonna dans le hall et Jax accéléra le pas, n’ayant aucune envie qu’on l’accuse de réveiller les clients – s’il y en avait – du petit motel.
Au bout d’un moment, Mia fut bien obligée de l’attendre parce qu’elle ignorait où résidait Bran. Impatiente, elle revint sur ses pas, passa sa main minuscule dans celle de Jax et s’efforça de le faire aller plus vite en tirant légèrement sur son bras. Mais le jour où l’agneau parviendrait à contrôler le lion n’était pas arrivé et si Jax fit durer le trajet un maximum, vint bien sûr le moment où ils étaient sur le seuil du nouveau logis d’Icare. « Avant de sonner, quelques règles de— » commença le Louisianais d’un ton un peu bourru, dans l’espoir d’empêcher toute effusion inutile, et surtout éviter de s’attarder plus que de raison chez le jeune homme. Mais le doigt de Mia avait déjà pressé la sonnette et Jax ravala ses mots en bougonnant, lançant un regard désapprobateur à la gamine qui lui souriait effrontément et de toutes ses dents. Comme si elle savait pourquoi il se montrait si récalcitrant, comme si elle le faisait exprès. La porte s’ouvrit au moment où Jax menaçait silencieusement Mia de la pire des fessées – sans que cela paraisse émouvoir le moins du monde la fillette – et il darda sur le propriétaire des lieux un regard un peu sombre qui se voulait surtout insensible à cette arrivée inopinée. « Mia mourait d’envie de voir Icare » déclara Jax pour expliquer leur apparition, pour asseoir le fait qu’il n’était pas venu de son plein gré, qu’il se serait bien passé de cette visite, d’ailleurs. Mais Bran saisirait-il seulement la nuance ou s’imaginerait-il qu’il s’agissait là d’un beau mensonge ? À coup sûr, l’imprudent allait considérer qu’il ne pouvait plus se passer de lui et ça ne convenait pas du tout à l’ex-taulard. Il était d’ailleurs tellement obnubilé par son besoin de prouver à son amant d’un soir qu’il n’avait pas cherché à produire ces retrouvailles qu’il ne remarqua qu’après un instant l’essoufflement singulier de Bran. Fronçant légèrement les sourcils, il darda un regard méfiant sur le jeune homme et l’idée qu’il puisse ne pas être seul lui traversa soudainement l’esprit. Se raclant la gorge d’un air bourru, il s’apprêtait à sortir une excuse ridicule pour faire demi-tour quand Mia poussa un couinement aigu avant de se précipiter vers le chiot qui les approchait, une boite de céréales fièrement calée dans la gueule. « Icare, mon beau, mon tout doux » s’exclama la fillette en s’accroupissant près de l’animal sous l’œil circonspect de son oncle. « Ça n’a pas l’air très concluant » remarqua Jax quand Bran prétexta apprendre l’obéissance au petit canidé. « T’as de la chance qu’il soit minuscule » Qui sait la gueule que tirerait le jeune homme lorsqu’il se retrouverait face à un colosse à la mâchoire menaçante ? Pour l’instant, Icare n’avait rien de bien terrifiant mais ses larges pattes et son museau proéminent laissaient présager un adulte de taille impressionnante. Jax n’était même pas certain qu’il oserait laisser Mia approcher la bête lorsqu’elle aurait atteint sa taille maximale mais en attendant, il était quelque peu pris au piège par son propre manque d’autorité. Alors s’il ne savait pas maitriser sa nièce, pouvait-il blâmer Bran d’avoir du fil à retordre avec une bestiole dont l’origine était nébuleuse ? Le jeune homme suggéra à Mia d’aller jouer avec le chiot dehors et si Jax pensa que ce n’était pas la meilleure des idées, il tut son appréhension et se contenta de regarder la fillette disparaitre sans demander son reste. Un moment silencieux, il laissa son regard se promener sur la boite de céréales, sur ce qu’il entrevoyait de l’intérieur puis sur le visage de Brandon. Le trouble le prit instantanément et il réalisa qu’il avait retardé le moment où il le regarderait droit dans les yeux. Mais maintenant que plus aucune distraction ne pouvait prétendre à attirer leur attention sur autre chose que l’autre, Jax haussa les sourcils. « J’aurais bien appelé pour avertir mais… » Mais ils n’avaient jamais vraiment atteint le stade de l’échange de numéro. D’ailleurs, ils étaient bien au-delà du stade initialement imaginé par le Louisianais. Raison pour laquelle il ne savait pas comment se comporter. Sa rétine était imprégnée de l’image de la peau presque satinée du l’imprudent. Il n’avait aucun mal avec la proximité animale, primaire. Mais les échanges courtois ? Les conversations de tous les jours ? Ça n’était vraiment pas dans ses cordes. « Elle sait se montrer persistante quand elle veut quelque chose » lâcha-t-il comme pour se dédouaner de quelque plan foireux qui pourrait effleurer l’esprit de l’équilibriste. « Mais on peut y aller si tu es… occupé » conclut-il en se rappelant la sensation qu’il avait eue d’avoir interrompu Bran dans quelque chose de plus intéressant.
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MessageSujet: Re: we've got fire for hearts.   Dim 29 Nov - 23:00

Il ne savait pas sur quel pied danser, Bran, face aux deux Beauchamp. Il ne s'attendait pas à les voir de sitôt : en fait, leur venue lui était toujours apparue comme une hypothèse. Pourtant, ce n'était pas comme s'il avait pu oublier : la présence d'Icare chez lui était directement liée à l'existence de ces deux êtres, qui avaient croisé son chemin de la plus étrange des manières. Si un jour, on lui avait dit qu'il se serait constitué gardien du chiot d'une petite inconnue, tout ça dans le but indéterminé d'assouvir une fascination (inavouée, inavouable) pour l'oncle mystérieux de cette dernière, il aurait ri au nez du fanfaron et aurait repris sa route. Une route qui l'aurait emmené peut-être vers d'autres rives, d'autres corps, d'autres visages… Ou l'aurait ramené ici, à cet endroit précis, comme si la rencontre était inéluctable dans une vie ou dans l'autre. Bran n'y croyait pas, à l'inéluctable. Sa vie, on la choisissait. Il y avait des conséquences à subir, des choix à faire, des dettes à honorer, mais y avait pas d'inévitable, ça c'était pas vrai, y avait pas de destin ni d'étoile rieuse qui s'amusait à placer les gens sur la route des autres. Il le savait et il se l'était martelé assez souvent pour finir par le croire. Alors pourquoi y avait-il, dans ses tripes, cette impression qu'il ne pourrait échapper à l'équation de ces prunelles claires que s'il avait le courage de s'y confronter, une bonne fois pour toutes ? Jax apportait avec lui cette étrange fatalité qui donnait à Bran l'impression d'être acculé contre un mur. Comme personne avant lui, Jax le poussait dans ses derniers retranchements et Bran n'avait d'autre choix pour rebondir que de prendre appui sur le mur et s'élancer dans la bataille. Heureusement pour lui, il pratiquait la confrontation à un niveau olympique. « C'est pas la taille qui compte. » souffla-t-il entre ses dents, piqué au vif par la remarque de son amant d'un soir, et plus encore par l'embarras dans lequel le mettait le fait d'avoir été surpris dans un moment de vulnérabilité. Par chance, Mia semblait n'avoir rien décelé de la tension du jeu dangereux qui se jouait au-dessus de sa tête et elle disparut dans le jardin derrière, toute occupée à son bonheur. Bran la suivit rapidement du regard, soulagé de ne plus avoir à s'occuper de la présence d'Icare mais c'est en ramenant les yeux sur Jax qu'il se dit que le petit chien, aussi excité était-il, était peut-être une meilleure alternative. « Je suppose que d'avoir du caractère est de famille. » marmonna-t-il dans sa barbe inexistante, avant de relever les yeux vers son ancien amant. « Maintenant que tu le dis, essayer d'inculquer les notions les plus basiques de la politesse est un travail à temps plein. Ca me coûte de le dire, mais tu tombes à pic. Je commençais à perdre patience. » rétorqua-t-il, péremptoire. Aussitôt les mot avaient-ils quitté ses lèvres qu'il se demanda si Jax n'allait pas, exprès ou non, entendre ce que son impulsivité avait sous-entendu. Qu'il l'attendait cette visite, en quelque sorte, pour être tiré de sa retraite paresseuse. Et forcément, Bran ne pouvait s'empêcher d'extrapoler : non, bien sûr que non, il n'avait pas attendu – du moins, pas désespérement – que Jax et Mia passent chez lui, mais qu'en était-il de son étrange vis-à-vis ? L'oeil acéré du danseur avait remarqué la barbe un peu moins broussailleuse et l'allure un peu plus soignée, et stupidement, oh, plus stupidement qu'une jeune fille en fleur, il se demanda si ce face-à-face était la cause de ces changements. L'idée ne dura qu'une seconde cependant, et une piqûre de rappel lui éperonna le derrière du crâne. Il devait se sortir cette sensation de la tête, ce besoin de savoir, de graviter autour de Jax, d'essayer de le décortiquer. Il le devait, il le fallait, mais toutes ces invectives ne l'empêchèrent pas de prononcer les mots fatidiques, des mots qui fissuraient une fois de plus les beaux murs qu'il avait érigés tout autour de sa vie. « Entre. Tu pourras la surveiller de l'intérieur, la cuisine donne sur le jardin. » Pourquoi est-ce que tout ça lui semblait si facile ? Pourquoi inviter Jax à pénétrer son espace sacré ne lui était pas aussi douloureux qu'il ne l'aurait pensé ? Personne, ou presque, ne venait ici. Après l'accident, après que sa vie ait basculé, il avait vendu la maison qui l'avait vu grandir et était venu s'installer ici. C'était son havre, son domaine. Sa chambre, particulièrement, était l'endroit qu'il cherchait à protéger d'une quelconque influence extérieure. Sa maison était sa forteresse ; et aujourd'hui, il laissait y entrer un inconnu dont il ne parvenait pas à comprendre les desseins. Pour un peu, il se serait presque senti nerveux en refermant la porte, le regard posé sur la nuque de Jax. Cette personnalité renfrognée et ce visage comme taillé du granit semblaient dire tout et son contraire, et alors qu'il emboîtait le pas à Jax pour le guider à travers la maison, il se demanda s'il ne refaisait pas la même erreur à chaque fois : s'approcher trop près, trop jouer avec le feu, pousser ses limites. Car avec Jax, c'était ainsi qu'il semblait procéder, sans apprendre de ses erreurs malgré les signaux d'alarme évidents. Signaux qu'il ignorait allègrement. Mêmes joueurs jouent encore. « Comment tu prends ton café ? » demanda-t-il nonchalamment en arrivant dans la cuisine dont les fenêtres laissaient entrevoir Mia et son chiot, sans se préoccuper de si son invité en désirait réellement une tasse. Sur le comptoir, les céréales surnageaient dans leur bol de lait et Bran jeta un coup d'oeil à son compagnon, le défiant silencieusement de faire une seule remarque alors qu'ils se trouvaient sur son territoire. Il déposa le paquet de céréales sur le plan de travail, débarrassa l'assiette et sortit deux tasses, avant de se retourner vers Jax, un sourire aux lèvres un peu trop en coin pour être honnête. « Non, laisse-moi deviner. Noir et amer. Ce qui m'a aussi l'air d'être ton état d'esprit général. » sifflota-t-il. L'oeillade goguenarde qu'il décocha à son amant d'un soir n'avait rien d'hostile – mais face à face, lui appuyé contre le comptoir, les bras croisés, et Jax de l'autre côté de la table, l'échange avait presque l'air d'une confrontation. D'un défi. Et comment en aurait-il pu être autrement, quand Jax en face de lui tordait l'atmosphère autour de lui, quand il faisait crépiter l'univers de cette électricité particulière que Bran sentait au bout de ses doigts ? Tout appelait irrésistiblement au challenge, et Bran, orgueilleux, perfectionniste, arrogant, ne se sentait jamais plus défié que lorsque ce qui s'opposait à lui le faisait avec autant de désinvolture et d'indifférence. Il posa les tasses sur la table, dans un bruit qui fit vibrer un souvenir, un verre qui s'abattait sur une table dans le même geste, lourd de tensions, de sous-entendus, dans ce bar où tout s'était brouillé, les limites et les certitudes, les attractions et leurs lois. C'était comme si l'ambiguïté s’immisçait entre chacune de leur interactions, aussi infimes et sans signification soient-elles, comme si des choses se disaient sans qu'ils ne le veuillent vraiment alors que Bran se retournait vers la machine à café pour l'enclencher et remplir les tasses, comme si même la vie quotidienne, anodine, devait se teinter de cette tension qui électrisait leurs échanges. Sous le regard de Jax, Bran se sentait transpercé et il lui fallait rassembler toute sa mauvaise foi pour passer au travers du crible de ces yeux clairs. « Tiens, voilà pour toi. » dit-il en posant de nouveau la tasse sur la table. Il posa la sienne sur le plan de travail, ouvrit un placard et farfouilla pendant quelques instants avant de ressortir une boîte de sucre. Bran la déposa sur la table et prit deux carrés qu'il fit tomber dans le breuvage corsé. « Si jamais tu changes d'avis... » souffla-t-il. Un ange passa, puis un autre, presque toute une cohorte en vérité. Bran peinait à se faire à la réalité de la situation, et il fallut un petit cri de Mia dehors pour qu'il en prenne pleinement conscience. Il observa la petite fille jouer avec son chien, et la scène lui tira un sourire. Un sourire à l'étrange goût d'amertume, mais ça, personne n'avait à le savoir. Pas même lui, en vérité. « Il a l'air de plus lui obéir en cinq minutes de temps que moi en une semaine. Je crie à l'injustice. » fit-il remarquer en ramenant ses yeux sur Jax. Icare. Un terrain de discussion neutre, sans sous-entendus, sans souvenirs à réveiller, sans sensations enfouies contre lesquelles il fallait constamment lutter maintenant qu'ils étaient tous les deux dans la même pièce. « C'est un bon chien. » ajouta-t-il, un peu hasardeux, un peu hésitant. Et maintenant qu'il en parlait, une question avait surgi des profondeurs, une question dont il avait refoulé la portée parce que c'était plus simple de ne pas s'interroger, de ne pas vouloir voir les choses, de ne pas vouloir comprendre. Sauf qu'être en face de Jax abattait ses systèmes de protection et avec lui, Bran ne parvenait qu'à être à vif. Jax le mettait à nu, et là encore, il ne pouvait pas lutter contre le magnétisme incandescent qui émanait de son étrange invité. « Vous allez le prendre avec vous, quand vous partirez ? J'ai cru comprendre que votre séjour à Fairview n'était que temporaire. » Un temps. Bran but une gorgée de son café comme pour chasser le drôle de goût amer qu'il sentait sur le bout de sa langue et releva les yeux vers Jax. « Tu me diras, cette ville est à mourir d'ennui. » Enterrer la véritable interrogation sous le cynisme. Ca, il savait encore faire.

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MessageSujet: Re: we've got fire for hearts.   Dim 21 Fév - 0:17

Jax n’avait jamais été à l’aise en société, il préférait la solitude aux échanges quotidiens. Il connaissait les regards méfiants qui passaient furtivement en revue son large corps, les ébauches de tatouages qui apparaissaient à la limite des vêtements, cette barbe épaisse et broussailleuse qu’il arborait en tout temps et puis ce regard qui ne flanchait pas, d’un sérieux effrayant comme si le rire n’avait jamais exercé la moindre pression sur sa cage thoracique impressionnante. Il avait développé un talent particulier dès qu’il était question de tenir les gens à distance mais pour une raison qu’il ne s’expliquait pas, Brandon Rose ne se glissait pas dans la catégorie ‘les gens’. Invariablement, comme si le destin s’amusait avec des marionnettes, le jeune homme s’était retrouvé sur la route de l’ermite Louisianais et ça ne plaisait pas du tout au monstre sorti de prison. Quand bien même la simple vue de l’énergumène lui procurait toujours une étrange sensation au creux du ventre. Ils étaient si différents, des opposés indéniables et Jax ignorait d’où sortait cette interaction facilitée. Elle avait beau être faite de sarcasmes et de provocation, elle existait bel et bien. Comme si la réponse aux mots de l’autre était naturelle, instinctive. Jax en avait parfaitement conscience, ce qui le faisait redoubler d’efforts pour se dépêtrer de cette situation embarrassante. Malheureusement pour lui, Mia ne semblait pas se trouver dans son camp dès qu’il était question de Bran – ou d’Icare. Pouvait-il en vouloir à la fillette de ne pas remarquer autre chose que le chiot ? Pourtant, par moment, lorsqu’elle lui adressait un regard en coin avec un sourire taquin, le géant avait le sentiment qu’elle en savait plus qu’il ne voulait bien l’admettre. Mais comment imaginer qu’une gamine de huit ans puisse appréhender le dixième de ce qui tramait entre l’imprudent et lui ? Et si cela semblait évident pour la fillette, l’était-ce encore davantage pour d’autres ? Jax n’aimait pas s’interroger, raison pour laquelle son désir de rappeler Mia était fort. S’éloigner au plus vite du jeune homme lui semblait la meilleure stratégie mais avec sa nièce envolée avec le chien, Jax se trouvait bien malgré lui obligé de se confronter à cet être qui le mettait sens dessus dessous. Il n’y avait qu’à voir comme la réplique de Bran – c’est pas la taille qui compte – lui avait instantanément tiré un léger rictus savamment dissimulé par les poils drus qui ornaient sa mâchoire. « Elle tient ça de sa mère » lâcha l’ex-taulard, l’ironie dégoulinant de ses mots. L’évocation de Tania lui martela le cœur mais il en avait tant l’habitude que rien ne transparut dans son regard d’acier. Seules ses paupières se plissèrent légèrement en réponse à la remarque de son amant d’un soir – mais pouvait-il décemment encore le qualifier de tel quand tout semblait s’être compliqué avec l’apparition inopinée d’Icare ? Se payait-il sa tête, là, encore une fois ? C’était un don inné chez le jeune homme, semblait-il mais Jax se contenta d’un haussement de sourcils peu impressionné. Ce n’était pas encore aujourd’hui qu’il mordrait à l’hameçon. Au lieu de cela, il laissa planer un sous-entendu dans l’espoir – mensonge – que Bran lui indiquerait être effectivement occupé pour l’instant et qu’il valait mieux revenir à un autre moment. Ce serait encore mieux s’il avait la confirmation que le garçon avait quelqu’un dans sa vie : ainsi, toutes les barrières seraient mises en place et Jax pourrait se détourner de cette relation. En réalisant la nature du fil de ses pensées, Jax se rembrunit. Il n’avait pas besoin d’avoir confirmation que l’autre avait quelqu’un pour ne plus le voir puisqu’il n’y attachait aucune importance en premier lieu. Conscient qu’il se bornait à ne pas voir la réalité en face, Jax émit un soupir las qui aurait pu passer pour de l’impatience. Pourquoi s’était-il laissé embarquer dans cette histoire ridicule ? Et pourquoi entrait-il d’un pas pesant dans la demeure alors qu’il aurait suffi qu’il intime – oui, il pouvait avoir de l’autorité sur Mia quand il le voulait, contrairement à ce que pouvait laisser penser l’instant d’avant – à Mia de revenir pour ne pas déranger Bran ? Pourquoi eut-il la sensation d’être un éléphant maladroit qui risquait de tout briser sur son passage ? Il se sentait mal à l’aise, comme si en acceptant de passer le seuil de la demeure de Bran, il signait pour un tout autre contrat, il se lançait dans autre chose qu’une joute verbale avec un gamin dédaigneux qui lui hérissait tous les poils du corps. Lentement, il s’avança dans la maison, marchant dans le couloir en observant les lieux avec méfiance. Il associait aisément l’endroit au jeune homme dans son dos. Il y avait ce goût que les Beauchamp n’avaient jamais eu, il y avait cette espèce de luxe naturel mais pas ostentatoire qui le ramena à cette sensation qu’il avait de se demander ce qu’un homme comme Brandon Rose pouvait bien lui trouver. Ils étaient si opposés que ça ressemblait à une farce, cette attraction qu’ils avaient pour l’autre. Lui, il était simple de voir ce qui l’attirait tant chez le jeune homme : cette assurance, cette impudence, ces mots acérés qu’il lui balançait sans réfléchir. Mais que pouvait donc voir Brandon chez un ex-taulard renfrogné et tatoué ? Arrivé près de la cuisine, Jax se tourna enfin pour observer Bran et avant même qu’il ait ouvert la bouche pour répondre, le propriétaire des lieux répondit à sa propre question. « Tu as la langue trop pendue pour ton bien » répliqua Jax avec un grognement de mauvaise foi avant de se tourner vers la fenêtre pour observer Mia occupée à rire à gorge déployée, coincée entre les pattes du chiot qui s’évertuait à lui laver le visage de sa minuscule langue rose. Cette insouciance lui vrilla le cœur, le ramenant à l’enfance que sa sœur et lui avaient eue. Mia n’avait pas été épargnée non plus par la vie mais elle semblait imperméable aux malheurs, son sourire resplendissant combattant avec force les aléas quotidiens. Même lorsqu’elle s’était retrouvée entre les mains de son oncle, un presque parfait inconnu, Mia lui avait accordé toute sa confiance. Alors pourquoi lui, un homme, n’était-il pas capable de faire de même ? Parce qu’au final, la véritable force, c’était celle de la fillette : celle d’accepter de prendre des risques, de se fier à autrui, de se dire que demain serait meilleur et qu’il ne fallait pas se morfondre à cause du passé. Jax n’y parviendrait jamais. « Tiens, voilà pour toi. » Jax revint à la réalité et posa les yeux sur le liquide fumant avant de les relever vers Bran. Sa main glissa vers la tasse et il la souleva sans pour autant la porter à ses lèvres, son attention retournant à la source de sa venue, à l’origine de sa rencontre avec l’impudent, en un sens. Jax ne réagit pas davantage aux tentatives de discussion du jeune homme. Pourtant le malaise s'était estompé et ne le taraudait plus, lui qui fuyait généralement les silences, l’absence de réponse. Il détestait qu’on attende quelque chose de lui et les conversations occupaient la première place de ses hantises, même si Jax refusait de se l’avouer. Mais quelque chose dans l’instant présent l’empêchait d’être gêné par son mutisme. « C'est un bon chien. » Jax acquiesça distraitement la tête en émettant un grondement en guise d’assentiment. Cette constatation attendait-elle seulement une réponse ? Portant la tasse à ses lèvres dans l’unique but de faire quelque chose à défaut de regarder Bran, Jax se figea lorsque l’interrogation surgit, sans crier gare. La main à quelques centimètres de son visage, Jax s’immobilisa et sentit son cœur dérailler. Il ne voulait pas penser à ça et, en même temps, il n’aspirait qu’à venir au terme de sa mission pour pouvoir fuir au loin, pour ne pas laisser son palpitant entre les mains d’une gamine de huit ans. Sa première idée, en venant à Fairview avait été de lâcher Mia au plus vite et repartir sans demander son reste. Mais le destin avait mis son grain de sel et la quête du géniteur de l’enfant s’était avérée plus compliquée que prévu. Sans compter que d’autres événements – pour ne pas dire personnes – étaient venues se glisser sur leur route… Jax hésita à répondre mais il ne pouvait se défiler, cette fois, et il se força donc à abandonner sa contemplation pensive pour regarder Bran. « Je ne sais pas. Ça dépendra de Mia, peut-être qu’elle voudra le garder avec elle » dit-il d’un ton étrange. Il plongea un instant le regard dans les reflets du café puis ajouta, sans regarder son amant d’un soir : « Elle restera avec son père, quand on l’aura retrouvé. Une fois que ce sera fait, je m’en irai ». Il avait failli dire que plus rien ne le retiendrait en ville mais il avait la sensation que l’imprudent y lirait une quelconque invitation. Mais à quoi, au juste ? Il y avait de plus fortes chances qu’il soit soulagé en apprenant que son calvaire allait prendre fin dès que Jax aurait retrouvé le père de Mia. « J’ai vu pire, comme endroit » se contenta-t-il d’ajouter. Ce n’était pas le mot ennui qu’évoquait Fairview à Jax mais il n’y avait pas sa place, il n’avait jamais vraiment su trouver sa place nulle part et il avait le sentiment que son existence rimerait avec errance. Mais comme l’identité du père de Mia se trouvait toujours être un point d’interrogation, Jax préférait repousser la fatalité un maximum. « Si d’ici là Icare ne t’a pas bouffé tout cru, évidemment » ajouta-t-il en revenant à son ton plus naturel, un sourire narquois venant arquer ses lèvres dissimulées par la tasse.
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MessageSujet: Re: we've got fire for hearts.   Ven 8 Avr - 2:56

Que cherchait-il au juste? A se faire mal ? Jax était l'un de ces hommes aux profondeurs cachées, aux violences promptes à se réveiller, et chaque mot était prononcé sur le fil du rasoir. Bran avait l'impression de prendre un risque à chaque fois qu'il parlait. La preuve : une remarque innocente lui valait le désormais célèbre regard patibulaire accompagné du grognement qui caractérisait forcément Jax lorsqu'ils se trouvaient dans le même périmètre. « On me le dit souvent, mais il faut croire que je n'apprends jamais mes leçons. » répondit Bran avec une candeur si feinte qu'elle en paraissait naturelle. L'auréole dont les couleurs sombres avaient dépéri pour ne plus laisser qu'une trace éthérée autour de son œil témoignait de cette mauvaise foi, de même que les marques qui zébraient ses côtes : Brandon Rose était un incorrigible idiot qui ne savait pas résister à un bon mot, et il emmerdait les conséquences. Mais pas avec Jax. Pas quand l'apparente simplicité de leur équation se compliquait d'une gamine, pas quand le rythme cardiaque de Bran accélérait juste assez pour qu'il en prenne conscience, juste assez pour qu'il se morde la lèvre comme s'il avait pu magiquement posséder une once de contrôle sur le maelstrom qui se jouait en lui à cet instant. Les explications de Jax ne lui apportaient rien : au fond, il savait très bien, il avait toujours su. Jax était de ceux qui survenaient et qui s'en allaient. Il ne restait nulle part parce qu'il ne collait nulle part. Mais s'imaginer une réalité et l'entendre étaient deux choses très différentes, et Bran s'épargna de tout commentaire : il fallait qu'il réapprenne à parler, le temps que sa gorge se desserre. Le seul coup pour lequel Jax ne l'avait pas préparé, c'était ce qu'il comptait faire de Mia. Alors, elle était la raison de sa venue à Fairview ? En ombres chinoises, la pièce de l'histoire familiale se devinait derrière des silences qui criaient. Et les explications taiseuses de Jax, sur son départ, sur d'où il venait, laissaient à Bran le soin de résoudre le mystère. D'autres souvenirs remontaient à la surface, des dessins à fleur de peau, des blessures encore fraîches. Pas les siennes. Ses cicatrices à lui, elles étaient à l'intérieur, corrosives, n'attendant qu'un moment de faiblesse – comme maintenant – pour se rappeler à son bon souvenir. « Mmh. J'imagine que c'est pas à Disneyland que t'as eu droit à ça. » Sur son propre flan, il traça une ligne imaginaire, identique à celle qui zébrait la peau de Jax à cet endroit. Il n'avait même pas besoin d'y penser : la blessure était gravée dans son esprit, au fer rouge. Bran n'était pas idiot, et son occupation particulière l'avait amené à rencontrer autant d'histoires que de corps. Il avait appris au fil des années que la peau était un livre et qu'elle racontait souvent bien plus que les mots. Dans le cas de Jax, ce qu'il avait pu lire ne dessinait pas les contours d'une vie apaisée. Sans pouvoir le ressentir, il imaginait sans mal le couteau traverser la peau, le règlement de comptes ou la dispute, les ombres de la violence qui accompagnait Jax dans chacun de ses pas. Il la portait en lui, dans la façon dont il se déplaçait avec l'air d'avoir le diable aux trousses. Quelles sortes d'actes Jax avait-il pu bien commettre pour qu'il ait l'air de combattre sa propre ombre ? Bran n'était pas sûr de vouloir savoir, mais il ne pouvait s'empêcher de vouloir reconstituer le puzzle, et les pièces s'assemblaient trop lentement à son goût. Et il suffisait que Jax se rende coupable du moindre frémissement, du moindre mouvement, pour que Bran se rende qu'il avait tout faux et que tout était à recommencer. Jax Beauchamp venait-il vraiment de plaisanter ? Et à ses dépens, en plus ? « Vas-y, je t'en prie, n'essaye surtout pas de cacher ta joie quand à ma mort éventuelle, c'est hilarant. » fit-il, vaguement offusqué qu'une telle pensée puisse traverser l'esprit de qui que ce soit. Bran posa sa tasse sur le comptoir et croisa les bras pour marquer sa désapprobation ; malheureusement pour lui, au contraire de Jax, il ne disposait pas d'une barbe fournie pour dissimuler le sourire en coins qui remontait contre son gré les extrémités boudeuses de ses lèvres. « Mais si ça arrivait, 1) Fairview perdrait son principal point d'intérêt et 2) tu n'aurais plus personne sur qui grogner avec tant d'éloquence. Ta radieuse personnalité en prendrait un sacré coup. » répliqua-t-il du tac-au-tac, bien décidé à ne pas se laisser faire. L'erreur fut d'accrocher le regard de son amant d'un soir : tant que Bran évitait les prunelles claires et que son regard se concentrait sur un point moins dangereux, il pouvait prétendre de tenir la distance. Et il savait, pourtant, il savait qu'une seconde dans ces yeux-là foutait en l'air tout ce qu'il s'efforçait de construire comme barrières et murs et même forteresses. Quelques secondes s’égrenèrent ainsi dans le silence presque confortable, avant que le naturel ne revienne au galop et que Bran ne se racle la gorge. « Hey, à propos de Mia... » Il se passa la main dans les cheveux, incertain de comment aborder le sujet. En premier lieu parce que cela concernait une gamine totalement innocente, et en second lieu, parce qu'il avait l'impression de se saboter. Si Jax trouvait le père-mystère, il partirait et quelque chose à l'intérieur de Bran se tordait à cette pensée. Mais l'envie d'être un connard fini ne parvenait pas à l'emporter sur son désir d'être, pour une fois, utile à quelqu'un d'autre qu'à lui-même. C'était l'effet qu'avait cette stupide barbe sur lui. Ou plutôt, le rictus dissimulé sous la susdite barbe. Stupide rictus. Stupide barbe. Et surtout, stupide lui. « Je veux dire, j'ai toujours vécu ici. C'est une petite ville, il n'y a pas grand-monde qui entre, encore moins qui reste. J'ai peut-être croisé ta... » Le mot resta bloqué. Il y avait là une sorte d'intimité dans laquelle Bran craignait un peu d'entrer, comme s'il poussait la porte entrouverte d'une maison inconnue. Mais Jax lui avait donné suffisamment d'indices, après tout. Le puzzle, après tout, se reconstituait, inlassablement. « Ta sœur. » C'était étrange, de se dire que Jax avait une sœur. Ou avait eu. Dans l'esprit de Bran, l'inconnue était à la croisée des chemins ; des milliers de possibilités existaient pour elle. Mais il se doutait que la réalité était moins aventureuse que ne l'était son imagination. Quoiqu'il se fut passé, était-ce la raison pour laquelle Jax semblait écrasé par le poids d'une charge trop lourde, cette charge dont tous les écorchés de la vie tentaient plus ou moins vainement de caler sur l'une de leurs épaules ? Vivre avec le passé, ce fardeau. « Si tu as une photo d'elle, et si je l'ai croisé, je pourrais peut-être vous aiguiller. » offrit-il finalement. Une nouvelle fois, il fit courir sa main dans ses cheveux. Une fois de plus, il ouvrait la porte de sortie à quelqu'un qu'il aurait voulu pouvoir garder proche. C'était presque beau, cette constance dans le désastre. « Tu me remercieras quand tu seras retourné à ta vie de bandit de grand chemin. » ajouta-t-il. Parce qu'il ne fallait tout de même pas qu'on croie qu'il avait le coeur complètement tendre.

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MessageSujet: Re: we've got fire for hearts.   Lun 11 Avr - 21:00

C’était presque instinctif, bien calé en lui, ce besoin qu’il avait de bousculer le jeune homme. Il sentait les petites vibrations de l’excitation le traverser à chaque fois qu’il guettait les réactions de Bran. Ce qui, au départ, avait tenu de l’agacement et de l’impatience s’était lentement transformé en une étrange intimité. Et tout cela à son insu. Parce qu’il n’aurait jamais pris cette liberté avec quelqu’un d’autre. Mia ne pouvait saisir l’essentiel de son caractère – du moins le croyait-il fermement – et les autres n’avaient pas réussi à creuser suffisamment sa carapace pour qu’il se laisse aller à de telles dérives. Mais avec l’impudent, c’était autre chose. Il n’y avait aucun doute à avoir : Brandon Rose avait d’une quelconque manière trouvé le moyen de le décoder et il usait de ce pouvoir comme Jax usait de ses grognements pour maintenir encore un semblant de distance. Mais celle-ci se réduisait à vue d’œil et même l’esprit obtus de Jax ne pouvait ignorer cette réalité. L’instant présent n’en était-il pas la preuve la plus flagrante ? Alors qu’ils partageaient un café chez celui qu’il s’était ingénié à tenir loin de lui ? La seule chose – personne – à sembler les lier poussait des cris d’allégresse dans le jardin. Sa voix fluette de fillette s’efforçait de faire preuve d’autorité mais les jappements excités d’Icare contrecarraient ses tentatives et dès qu’elle tournait le dos en lui ordonnant de rester assis dans un coin, le chiot courait sur ses pattes courtaudes pour atteindre sa jeune maitresse et la faire basculer pour mieux lui donner un bain digne de ce nom. Tant d’insouciance arrachait le cœur de Jax parce qu’il voyait Tania au même âge et elle n’avait rien de la gamine assurée qui s’épuisait avec le canidé. L’ironie du ton de Brandon n’échappa pas à Jax mais il feignit de n’avoir rien perçu. N’était-ce pas, en un sens, cette régularité qui lui permettait de traiter le jeune homme avec le même ton bourru que lors de leur première rencontre ? L’imprudent ne semblait pas lui reprocher son air grognon et c’était précisément la façon qu’il avait de l’asticoter qui avait permis à Jax de s’arrêter plus d’une poignée de secondes sur lui. Assurément, le physique de jeune premier de Bran l’aurait de toute façon attiré un moment mais s’il avait eu autant de charisme que ses précédentes victimes, Jax n’aurait pas donné cher de son intérêt pour lui. Mais voilà, au-delà de toute compréhension, au vu des opposés qu’ils représentaient, ils étaient parvenus sur un terrain neutre qui leur permettait d’être chacun eux-mêmes. Jax savait tout ça. Il avait beau faire montre d’un entêtement sans commune mesure, il avait pris conscience de ce qu’il se tramait depuis quelques semaines et cela ne lui plaisait guère. Il fallait qu’il retrouve le père de Mia au plus vite, qu’il abrège les souffrances, qu’il règle le compte à ce qui essayait de s’insinuer en lui. Et juste pour cela, l’apparition d’Icare était l’élément perturbateur que Jax craignait plus que tout. N’avait-il pas servi d’excuse au géant tatoué pour venir frapper à la porte de son amant ? Car si Mia était la fautive attitrée, Jax ne pouvait nier cette pointe délicieuse qui lui vrillait les entrailles à l’idée de railler Bran. Il n’en montrerait rien, cependant, foi de Beauchamp ! « Je m’inquièterais davantage de l’état de l’autre, si j’étais toi » lâcha-t-il sur un ton inutilement bravache. Il n’avait aucune envie de laisser les images de la prison l’assaillir. C’était un chapitre clos, il n’avait plus sa place dans sa vie, quand bien même son corps couturé suffisait à lui rappeler quotidiennement son passé brumeux. « Généralement, ils avaient plutôt intérêt à s’y prendre convenablement du premier coup » Un rictus lui chatouilla la barbe. Pourquoi disait-il des choses pareilles ? Pour mettre Bran en garde ? De quoi, au juste ? La violence qui les caractérisait était bien différente de celle qui avait teinté ses relations précédentes. « Et puis j’ai été à bonne école » murmura-t-il en observant la bagarre qui se jouait à l’extérieur. L’air absent, il ne voyait plus qu’un jeu de silhouettes floues, son esprit étant trop absorbé par la reconstitution de la maison qui l’avait vu grandir, là-bas, en Louisiane. Sa plaisanterie eut l’effet escompté et il tourna vers le jeune homme un regard où la malice se faisait moins secrète, plus espiègle. S’il n’y avait pas eu sa masse imposante et son physique peu engageant, il aurait presque pu paraitre inoffensif. « Quel petit clown orgueilleux » le railla-t-il, une vague lueur enflammant ses yeux clairs avant qu’il se force à reporter son attention sur Mia pour ne pas laisser à ses sens le loisir de prendre les commandes de son corps. Il savait à quel point il ne pouvait se fier à son instinct dès qu’il était question de Brandon Rose. Alors Mia se révélait le meilleur point d’ancrage, la meilleure façon de lui ramener les pieds sur terre et il porta la tasse à ses lèvres, découvrant que le liquide tiédissait déjà. Lorsque la voix du jeune homme résonna à nouveau dans la pièce, Jax lui jeta un coup d’œil méfiant. Dès qu’on abordait le sujet de sa nièce, Jax ne pouvait s’empêcher d’éprouver un besoin de la protéger. Mais en quoi Bran pouvait-il représenter le moindre danger pour elle ? L’attitude du jeune homme n’arrangea rien et Jax plissa légèrement les paupières en se tournant lentement pour le dévisager. Des idées aussi diverses que saugrenues lui traversèrent l’esprit mais il réalisa trop tard que son cœur trahissait déjà ses doutes et ses craintes. Et quand des mots cohérents parvinrent à franchir les lèvres de son interlocuteur, Jax sentit les crocs de l’angoisse se refermer lentement sur lui. Il ne laissa rien le trahir, toutefois, même si la mention de Tania lui vrilla la poitrine. Il observa les traits de son amant et chercha une explication qu’il ne trouva pas et même la touche d’humour ne parvint pas à le dérider. Pendant de trop longues secondes, il jaugea Brandon comme s’il pesait le pour et le contre d’accepter son aide. Mais pouvait-il décemment refuser quand c’était là son seul but, sa seule raison d’être ici ? Et puis, si ça se trouvait, le jeune homme allait démontrer la même perplexité que tous ces autres à qui il avait déjà montré la photo. Il ne perdait rien à essayer et c’est donc après un grognement sans signification claire qu’il approcha du jeune homme. Sa tasse émit un bruit délicat lorsqu’il la posa sur le plan de travail pour saisir son portefeuille élimé. Il n’y avait pas grand-chose dans celui-ci. Quelques billets froissés, un permis de conduire, un numéro de téléphone, quelques cartes dont il n’avait presque plus aucune utilité. Et puis il y avait la photo d’une jeune femme au sourire éblouissant que même l’état déplorable du cliché ne parvenait pas à ternir. Jax l’observa un instant en se mordant la lèvre inférieure avant de relever les yeux vers le propriétaire des lieux. « C’est Tania » déclara-t-il d’une voix rocailleuse en tendant la photographie. « Je ne sais pas ce qu’elle est venue foutre ici, mentit-il en s’efforçant de ne pas laisser paraitre son malaise. Elle m’en a juste parlé la—la dernière fois que je l’ai vue » Il ne précisa pas qu’il se trouvait d’un côté d’une vitre et elle de l’autre et qu’il n’avait eu aucun moyen de la retenir alors qu’il se désagrégeait de la voir si bouleversée. « C’était il y a un bail » crut-il bon de préciser, comme si ça changeait quoi que ce soit à son malheur et à celui de Mia. Il guetta avec appréhension la réaction de Bran et ne put s’empêcher de demander : « Tu l’as connue ? » Et à ce moment précis, Jax ne savait pas s’il voulait que sa réponse soit positive ou négative. Mais les dés étaient lancés. Si le destin était de son côté, la dernière ligne droite avant son départ se profilait devant lui. Autrement… c’était retour à la case départ.
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MessageSujet: Re: we've got fire for hearts.   Ven 6 Mai - 20:32

Bran savait le danger que représentait une telle offre, mais il l'avait faite quand même. S'il avait réfléchi aux conséquences ? Sans doute pas assez pour son propre bien, mais tant pis, il était trop tard pour reculer. Il avait perçu le changement dans l'attitude de Jax, le malaise qui lui avait couru sous la peau, mais il était également conscient du dilemme auquel le nouveau venu à Fairview était confronté. Bran était peut-être son ultime némésis, l'être dont il avait le moins envie de recevoir de l'aide, mais il n'avait pas le choix. Pour Mia. C'était tout de même l'avenir d'une gosse dont on parlait, et Bran n'avait peut-être pas l'expérience nécessaire avec des enfants, mais il avait observé Jax avec sa nièce. L'ours bourru pouvait jouer au grand méchant barbu autant qu'il voulait, l'amour qu'il portait à cette gosse crevait les yeux et Bran s'étonnait encore que les Beauchamp n'aient pas encore été attaqués par une nuée de jeunes femmes attendries par la petite famille détonnante. Quand à Bran, même pendu par les pieds et chatouillé par une chèvre, il aurait encore préféré voir son entière garde-robe brûler plutôt que d'avouer qu'il trouvait cette affection familiale plutôt assez charmante. Alors, s'il pouvait faire quelque chose pour aider la petite Mia à retrouver son papa, pourquoi pas ? Avec attention, il observa Jax sortir une photo de son porte-feuille et la reçut avec précaution, comme s'il s'agissait d'un cadeau particulièrement rare. La photo entre les mains, Bran fronça les sourcils. Une drôle de sensation s'insinua en lui. D'abord, il l'attribua à la ressemblance qu'il pouvait déceler entre le portrait de la jeune femme et son frère – les mêmes yeux, surtout – mais lorsque la voix rauque de Jax prononça le prénom, il sut. Et un poids lourd tomba dans son estomac, si lourd qu'il aurait pu tomber, briser le sol et être avalé par la terre.

Flash-back. ~ 9 years ago.

Il avançait à l'aveugle, la tête embrumée des vapeurs de la fête, la gorge brûlée par les liqueurs ; il avait trop bu, et aucun des verres qu'il avait sifflé trop vite n'avait réussi à étancher sa soif, ou éteindre sa colère, qu'importe le nom qu'on donnait à ce besoin de s'oublier dans sa propre tête. Il avait mal à la jambe. Les médecins lui avaient dit que ça passerait, que c'était encore le contrecoup de l'accident, mais cette douleur lancinante le poursuivait comme une ombre. Il ne comprenait pas. Il faisait tout, pourtant, pour l'achever mais il ne semblait pas y avoir de plaisir assez fort pour la faire disparaître. Alors, il n'avait d'autre choix que de faire semblant. Faire semblant de vivre, et d'être heureux, et de prétendre que tout allait bien, et de se dire que c'était mieux comme ça. Parfois, il se le répétait si fort qu'il allait même y croire. Mais il suffisait de croiser son reflet dans une fenêtre, ou de goûter son désespoir dans le fond d'un verre, pour que la réalité se rappelle à lui : il n'était plus que l'ombre de lui-même. Il ne pourrait plus danser, et il venait faire mourir ses rêves à l'endroit idéal : le manoir de Mike Mendelsohn. Là où des filles malheureuses se dessinaient des sourires de rouge à lèvres et des garçons insouciants le leur arrachaient sans vergogne. Ce soir, pourtant, Bran avait decidé d'être seul. Il n'avait pas la patience d'inventer des mots qui finiraient de toute façon dans le caniveau. Isolé au milieu du bruit, il avait fini par étouffer et cherchait à s'échapper. Le bout du tunnel prit la forme d'une porte-fenêtre, dissimulée à demi par des rideaux malmenés. Bran n'hésita pas. En une seconde, il s'échappa de la caverne enfumée et sombre dans laquelle il butait à chaque pas pour se retrouver sur une large balcon qui donnait sur le jardin élégant des Mendelsohn. Dans la nuit, les silhouettes végétales prenaient des formes presque humaines, jetant des ombres tordues sur le sol. Au milieu de ce paysage dantesque se tenait pourtant une figure sereine, immobile. Elle était de dos, mais Bran sut qu'il s'agissait d'une jeune femme. Il avança d'un pas hésitant, qu'il aurait voulu silencieux, mais quelque chose dut prévenir l'inconnue de son arrivée et elle se retourna pour lui adresser un sourire aussi triste que charmant. C'est là qu'il la reconnut, la fille venue de nulle part, celle qui avait jeté son dévolu sur le diable en personne. Il ignorait son nom encore, mais sans même lui avoir jamais parlé, il connaissait son histoire. La même que toutes les filles qui étaient tombées sous le charme de Mike. Mais il n'allait pas lui dire. Pas maintenant. La lune l'auréolait d'une façon trop douce pour que la brutalité du monde extérieur vienne troubler leur rencontre. « Qu'est-ce que tu fais là ? » demanda-t-il d'une voix enrouée. Un rire silencieux la secoua et elle ramena une mèche de cheveux derrière son oreille. « Je rêve. Je voyage. » Bran réfléchit à cette étrange réponse pendant quelques minutes, puis décida que ça lui convenait. « Je suis Bran. » Elle lui tendit la main. Elle souriait comme si rien n'avait d'importance. Et elle avait peut-être raison. « Tania. »


Il fallait qu'il dise quelque chose, vite, n'importe quoi, pour éviter ce silence qui allait forcément dire la vérité, et la vérité, il n'était pas sûr que Jax en saisisse les implications, ou peut-être qu'il ne voulait pas que Jax la découvre, en fait, il n'était sûr de rien et… « Je suis désolé, Jax. » Et il l'était, sincèrement. Désolé que l'équation ait été aussi simple à résoudre, désolé que Mike Mendelsohn soit le père de Mia, désolé que cette gamine se retrouve catapultée sans le vouloir d'un système à un autre, désolé, enfin, de ne pas dire la vérité parce qu'il n'était qu'un con égoïste, trop lâche pour jouer le rôle du messager. Bran était désolé de tout ça et ses prunelles azur étaient honnêtement contrites lorsqu'elles se relevèrent vers Jax, tendant la photo de Tania – il en aurait presque frissonné, de penser ce nom – par la même occasion. « Elle ne me dit rien. » C'était pas tout à fait faux, pas vrai ? Après tout, il n'avait fait que la croiser, quelques fois, au bras de son ami. Ils ne s'étaient presque jamais parlés. Et puis un jour, elle avait disparu, sans prévenir. Mike ne l'avait plus jamais mentionnée et il en avait déduit qu'elle avait subi le même sort que toutes les autres – poussée aux oubliettes, effacée au profit d'une demoiselle plus gracile, plus élégante ou peut-être plus riche. Il ne voulait pas avoir à dire tout ça à Jax. Il ne voulait pas lui expliquer que sa sœur avait été le jouet d'une manigance qu'il avait vu maintes fois répétée. Il ne voulait pas qu'il imagine la détresse, la souffrance et tout le reste. Et puis, il voulait l'épargner à Mia, aussi. Bran jeta d'ailleurs un coup d'oeil à la gamine qui s'ébattait joyeusement dans le jardin. Maintenant qu'il savait, il ne pouvait s'empêcher de voir les similitudes entre elle et Mike. Mais si la petite ressemblait en de nombreux points à son père, ce qu'il avait vu et entendu d'elle lui faisait heureusement penser qu'elle tenait plus de sa mère, ou même de son oncle. « Mais si quelque chose me revient, je te le dirai, ok ? En attendant, tu pourrais mettre sa photo dans les vitrines… La mienne, pour commencer.  » Chaque mot lui écorchait la bouche. Pourquoi persistait-il dans le mensonge, quand il aurait été si libérateur de tout avouer ? Oh, au fond, il savait très bien, il avait toujours su, depuis qu'il avait fait l'erreur de poser les yeux sur Jax Beauchamp. Et puis ce silence qui était tombé sur eux, pesant et inattendu, n'aidait en rien. Seulement, Bran n'avait plus rien à dire. Il jeta un dernier regard à la photo défraîchie, qui avait réussi malgré tout à conserver le sourire lumineux de la jeune femme. Si elle n'avait pas croisé la route de Mike… Tout aurait alors peut-être changé. Il n'y aurait pas eu de Mia. Jax ne serait jamais venu jusqu'ici ; sa vie en aurait été peut-être complètement changée. Jamais il ne se serait retrouvé un beau jour dans cette cuisine. Leurs vies ne se seraient jamais entremêlées de cette façon. Et à force de penser au conditionnel, on refaisait le monde, et Bran en avait mal à la tête. Il se détourna de Jax avec souplesse, comme si l'échange qu'ils venaient d'avoir pouvait être laissé derrière eux sans transition. Mais il n'y avait rien à dire, rien à ajouter : il ne voyait pas Jax comme le type à s'épancher, et il était encore trop sous le choc pour réaliser ce que sa décision impliquait. Il se hissa sur la pointe des pieds pour atteindre le dernier étage, et après que sa main eut farfouillé pendant quelques minutes, il s'empara enfin du paquet de cigarettes et du briquet qu'il ne gardait que pour les situations d'urgence. Et s'il évaluait tous les faits présentés ici… Il ouvrit la fenêtre, s'adossa contre elle et alluma l'arme du crime. Bran tira une première taffe et contempla l'embrasement du bâtonnet, puis jeta un regard à Jax. Un sourire incertain flottait sur ses lèvres. « C'est ta faute, ça, tu sais ? » fit-il en désignant la cigarette. Ne quittant pas Jax des yeux, il reprit une taffe et inspira longuement. Quand il la recracha, la fumée disparut en volutes bleutées et le visage de Jax, derrière l'écran, paraissait encore plus surnaturel. Une sensation familière lui roula contra la nuque, le dos, le ventre. « J'avais réussi à complètement arrêter. » Le sourire incertain se fit énigmatique et Bran baissa les yeux, tandis que les cendres en trop allaient mourir dans la tasse de café froid. Mais j'ai jamais réussi à complètement arrêter de penser à toi. « Je suppose qu'une addiction revient toujours nous hanter. » Et ce, quelle qu'elle soit. Un homme, une femme, une substance, un verre. Il n'y avait aucune différence.

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