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 dreams die hard and you hold them in your hands long after they’ve turned to dust

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Roxane Bedelia

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MessageSujet: dreams die hard and you hold them in your hands long after they’ve turned to dust   Lun 10 Aoû - 21:12

WILLIAM + ROXANE

Si quelqu’un l’avait vue dans son attirail… Roxane était postée devant le miroir et comme à chaque fois qu’elle était venue ces dernières semaines, elle fixait son reflet en peinant à réaliser que c’était bien elle qui se tenait là, un seau à la main, des gants en caoutchouc coincé dans les poches arrières de son jean élimé. Oh oui, si quelqu’un l’avait vue… Mais c’était justement parce que les chances qu’elle croise quiconque dans cette demeure semi-abandonnée étaient nulles qu’elle avait pris les devants pour obtenir ce job. Si ça se trouvait, elle était la seule à avoir postulé, raison pour laquelle elle l’avait remporté. Il n’y avait probablement pas eu de concurrence mais ça lui était égal. C’était un moyen de gagner de quoi retrouver une réelle autonomie et, un de ces jours, commencer à rembourser Eliott. Elle avait pourtant commencé à désespérer, ses petits-déjeuners au Love Filter Diner ne se concluant jamais sur une note un peu optimiste. Toutes ces annonces épluchées, tous ces numéros soigneusement mémorisés, toutes ces lettres de motivations qu’elle avait déposées. En vain. Jusqu’à ce qu’elle tombe sur cette drôle de chronique. Peu engageante, elle avait pourtant attiré l’attention de la jeune femme qui avait hésité quelques jours seulement avant de contacter le maitre des lieux. Que dirait Eliott s’il la voyait là, comme une étrange petite femme de ménage peu expérimentée ? Elle pouvait voir son visage de grand gamin se voiler d’incompréhension, sa voix virer dans les aigus en lui assurant qu’elle n’avait pas besoin d’en arriver là, qu’il ne voulait pas qu’elle s’embête à le rembourser comme ça, qu’elle pouvait prendre son temps. Mais il ne comprenait pas, qu’elle n’en voulait pas de ce temps. Elle, elle voulait se délester de sa dette, se remettre sur les rails et partir. Pour de bon, cette fois, et de son plein gré. Elle voulait décider de sa destination et plus elle serait éloignée mieux ce serait. Mais pour l’heure, elle ne pouvait envisager de se volatiliser sans avoir rendu à Eliott ce qu’il lui avait donné, quand bien même elle ne lui avait rien demandé. Il pourrait le comprendre, ça, non ? Que malgré sa pauvre réputation, elle avait un certain égo ? Qu’elle ne supportait pas d’être la victime, qu’elle ne voulait plus être étiquetée comme la paumée de service ? Peut-être que non. Peut-être qu’Eliott ne pourrait jamais la comprendre mais qu’est-ce que ça pouvait lui faire ? Elle ne le comprenait pas plus. Elle n’arrivait pas à se figurer pourquoi il se donnait tant de mal, même pour quelqu’un d’aussi adorable que Ginger. Mais c’était peut-être sa faute, ça. Ce n’était pas parce qu’elle était incapable de nouer des liens profonds avec le reste du monde qu’Eliott était pareil. Il était certes maladroit mais il avait fait germer des relations qui avaient du sens et elle pouvait l’admirer pour cela même si elle n’en montrait rien. Alors la voilà, sa solution : une grande maison désertée, un être solitaire qui hantait les lieux mais qu’elle ne croisait qu’à de très rares occasions. La preuve, elle n’avait vu M. Drusten que trois fois depuis qu’elle avait commencé à travailler pour lui et l’une de ces fois était parce qu’il lui avait expliqué le fonctionnement du boulot, les autres étaient des rencontres inopinées au détour d’un couloir. Quand elle le voyait, Roxane se faisait toute petite, comme si elle cherchait à se faire oublier, se rendre invisible jusqu’à se mouvoir sans faire bouger l’air. Mais ça n’était pas comme s’il lui prêtait une réelle attention, de toute façon et il lui semblait parfois que ses efforts étaient inutiles et qu’il avait oublié sa présence et la raison de sa venue. Elle ne croiserait probablement pas aujourd’hui et ce n’était pas plus mal. Roxane aimait la quiétude de ces heures de travail. Elle variait les tâches, s’attaquait à une pièce puis une autre, s’efforçait de planifier les corvées pour que tout soit à peu près présentable à toute heure de la journée. Si quelqu’un l’avait vue… il se serait bien marré. Parce qu’elle n’avait rien d’une fée du logis, Roxane Bedelia, et pourtant c’était l’air qu’elle se donnait en trimballant son seau rempli d’eau jusqu’à l’étage, soufflant à chaque marche gravie. Aujourd’hui, ce serait au tour des vitres d’être lavées convenablement. La lumière aurait ainsi tout le loisir de pénétrer les pièces et peut-être que cela donnerait un souffle de vie à la demeure. Parvenue dans un long couloir, Roxane soupira longuement, les muscles encore endoloris de ce qu’elle avait fait la veille. Le rythme serait-il toujours aussi effréné ou pourrait-elle un peu se délasser quand les lieux auraient repris un peu vie ? Rien n’était moins sûr et elle se demandait parfois à quoi servaient ses efforts quand M. Drusten ne semblait même pas aviser les changements. Reprenant son souffle, Roxane s’avança dans le couloir et tenta de pousser chaque porte. Toutes semblaient cependant fermées à clé et elle se dit qu’elle devrait peut-être demander au propriétaire de lui ouvrir pour pouvoir œuvrer convenablement. Toutefois, alors qu’elle pressait la poignée de la troisième porte, elle sentit que celle-ci tremblait légèrement. Peut-être qu’avec un coup ou deux, elle parviendrait à l’ouvrir. Posant son seau, la jeune femme pressa son épaule décharnée contre le bois et poussa un petit coup pour tester la résistance. Elle dut cependant s’arc-bouter pour parvenir à entrouvrir le battant grinçant avant de pouvoir jeter un coup d’œil à l’intérieur. La pièce était plongée dans la pénombre et il fallut qu’elle se faufile dans l’interstice pour découvrir le spectacle soigneusement dissimulé. Il s’agissait d'une pièce meublée où, à l’évidence, un enfant avait ou aurait dû résider. D’un pas précautionneux, Roxane détailla ce qui l’entourait. S’il n’y avait pas eu la fine couche de poussière, la demoiselle se serait imaginée entendre un enfant gémir mais c’était probablement le vent qui faisait grincer la toiture et elle s’efforça d’ignorer les battements effrayés de son cœur, sans s’imaginer une seule seconde que ceux-ci servaient peut-être de sonnette d’alarme. Car il était évident qu’elle n’aurait pas dû être là, qu’il s’agissait d’une relique religieusement conservée. Rejetant le pressentiment qui lui étreignait la poitrine, elle s’approcha d’une fenêtre et tira sur le loquet pour l’ouvrir. Plus vite elle aurait terminé avec les vitres, plus vite elle pourrait retrouver la sérénité relative de la bâtisse. Enfilant ses écouteurs pour noyer les sons incongrus qui la cernaient, Roxane entreprit de faire briller les carreaux sans se rendre compte que de nouveaux craquements, qui n’étaient pas dû au vent ceux-là, venaient de réveiller les fantômes de la chambre d’enfant.

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William Drusten
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MessageSujet: Re: dreams die hard and you hold them in your hands long after they’ve turned to dust   Mer 26 Aoû - 23:59

Etrangement, le trentenaire est parfaitement conscient du temps qui s'égrène lentement, implacablement. Il n'a guère de difficultés à se repérer parmi les heures, les jours de la semaine, quand bien même si peu les distingue, là-bas enfermé dans son bureau, à ressasser toujours les mêmes problématiques. La longue litanie d'une existence déjà vécue, et qui surtout a pris fin. Pourtant, il est conscient de tout. Tel le vieillard qui patiente pour son heure, pour sa mort, et tant pis si sa présence d'esprit est toujours sienne. Cette vérité est d'autant plus troublante, que le mathématicien n’a pas de routine journalière : il mange quand il a faim, il s’extirpe de son bureau quand il en ressent le besoin (c’est-à-dire rarement). Difficile à croire qu’une telle créature de solitude ait un jour pu se doter d'une vie de famille. A l’époque, c’est tout juste s’il pouvait s’offrir deux heures de répit ; mais aujourd’hui, depuis combien de temps déjà n’a-t-il pas eu à s’accommoder d’une autre compagnie que la sienne ? Il a bien récemment engagé une femme de ménage, mais qu’il n’a plus revu depuis. Oui, c’est tout à fait possible, même sous son toit. Il faut dire que le manoir est si grand, et surtout l'homme s’aventure si peu au-delà de son bureau. Non pas qu’il évite intentionnellement la jeune femme, en se cloitrant dans cette pièce stratégique aux heures où elle officie. A dire vrai, il a même oublié qu’elle était censée venir aujourd’hui. Une aubaine pour cette dernière dans le cas où elle n'est pas l’employée du mois, mais plutôt du genre à se pointer quand l’envie lui prend, ou encore si elle met si peu de cœur à l’ouvrage. William n’aurait pourtant pas manqué de lui témoigner franchement sa pensée, mais encore fallait-il qu’il s’en rende compte, lorsqu’il prête si peu volontiers de l‘attention aux autres - et ce, même à ceux dont il alimente le compte en banque. Ce jour-là est une exception à cette régle qui n'en est pas une. Le trentenaire s'aventure de son pas lourd à l'étage, une boîte en fer sous son bras, quand il se retrouve interpellé par la luminosité troublant un couloir habituellement sombre. Son front se plisse sous le poids de la contrariété, lorsqu'il pénètre dans cette chambre égarée pour la première fois depuis quatre ans. « Qu’est-ce que vous fichez ici ? » Qu’il siffle entre ses dents, lorsque ses yeux ont effectivement une lueur reptilienne. Mais la femme, l'intruse, ne réagit pas, trop occupée à nettoyer ces vitres. Pourtant, paradoxalement, quand bien même elle s'évertue à faire le ménage, il a plutôt le sentiment qu'elle salit la pièce de sa présence. Et sa machoire se crispe davantage, face à ce spectacle. Son esprit, impérial, tente pourtant de reprendre le dessus. Seulement s'il aurait pu faire preuve de patience, lui laisser le temps de réaliser sa présence, pour enfin lui témoigner le fond de sa pensée, il s'en retrouve bel et bien incapable. Il se surprend même à s'indigner d'une vue qui lui est intolérable, lui, la statue de marbre. Si bien qu'en deux pas il anéantit le peu de distance qui les séparait encore, et s'octroie même la permission d'embarrasser son avant-bras de sa main, tout comme elle s'est octroyée la permission d'entrer dans cette pièce, de s'offrir une visite parmi son passé, et d'ainsi dépoussiérer la perte tragique de son existence. « Dites-moi mademoiselle… » Réalisant qu’il n’a pas idée de son nom (ni de son prénom, pour ce que ça change), il corrige son ton. « Mademoiselle, depuis que vous êtes entrée en fonction ici, avez-vous eu l’occasion d’apercevoir sous ce toit une âme d’enfant dont je n’aurais pas connaissance ? Je vous écoute, parlez. Eclaircissez-moi, d’où vous vient votre besoin de gaspiller le temps que je vous paye à nettoyer les fenêtres de cette chambre fantôme ? » Sa verbale use peut-être de jolis mots, qui se voudraient courtois, mais le ton n'en est pas moins dur, implacable, et son regard la condamne. Car les points d'interrogation, ils sont de trop, à la fin de ses phrases. Quand bien même sa voix ne manque pas de les matérialiser, histoire que la rhétorique ne soit pas bafouée. « Et si pour une raison quelconque, je dois m’enquérir de votre présence durant votre service, dois-je m’essouffler à travers toute la demeure parce que vous aurez eu l'idée d'obstruer vos oreilles ? » L'évidence fait de l'homme Drusten une proie de l'agacement. Mais la demoiselle a bon dos, lorsque ce qui provoque également son courroux, et qui n’est pas causé par la jeune femme cette fois-ci, tient à ce qu’il est incapable de dire s’il parvient à planter son regard dans le sien, ou si son handicap lui donne des allures d’idiot pathétique. Et puis c’est qu’il voudrait pouvoir jauger de la réaction de son employée, mais à la place de ça, il s’exaspère de son incapacité. Il a beau orienter sa tête, la tâche noire, elle, ne disparaît pas du milieu de son champ de vision. Alors si près, qui sait si son regard ne se plante pas sur le sommet de son crâne, ou bien sur son menton, plutôt que dans ses yeux. Et sa mâchoire, elle, se tend un peu plus en retour. Pourquoi a-t-il fallu qu'il déserte son bureau ?

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Roxane Bedelia

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MessageSujet: Re: dreams die hard and you hold them in your hands long after they’ve turned to dust   Lun 19 Oct - 19:40

Si elle n’avait rien de la fée du logis, Roxane devait admettre que les tâches lui permettaient de laisser de côté ses malheurs pour ne penser à rien. La musique l’accompagnait partout et elle perdait toute notion du temps. De plus, elle rentrait si épuisée à la fin de sa journée qu’elle tombait comme une masse et ne se réveillait que le lendemain. Cela lui évitait de tourner en rond, sans but, à ne savoir que faire de son corps tout en angles et en os. Quant à son errance dans la vaste demeure, elle l’éloignait de la réalité et elle en oubliait momentanément cette impression lancinante d’avoir cessé de vivre il y a bien longtemps. C’était une parenthèse plus que bienvenue, bien loin de ce qu’elle avait imaginé en postulant pour l’emploi. D’ailleurs, à bien y réfléchir, Roxane ne savait plus ce qui l’avait poussée à poser sa candidature mais le fait était là : elle était désormais un élément à part entière de cet endroit hanté, même si elle n’y appartenait pas. Chaque jour qui passait lui donnait moins la sensation d’être une intruse. Mais pour combien de temps, encore ? Car si elle avait évolué au gré de ses corvées ces dernières semaines, elle n’avait pas franchi de limite interdite et même si elle n’avait pas conscience de l’avoir fait en passant le seuil de cette chambre, son intrusion sonnait bel et bien le glas de sa tranquillité. La brise douce et matinale lui effleurait le visage tandis qu’elle se hissait sur la pointe des pieds pour atteindre les carreaux supérieurs. Son bras lui faisait mal à force de frotter, car la couche de saleté semblait incrustée dans les coins. Il faudrait qu’elle pense à aérer plus souvent, songea-t-elle, les sourcils froncés, parce qu’il était hors de question qu’elle esquinte ce corps déjà mal en point. Insensible à la présence intrusive et sourde à la question, Roxane avait le nez levé et ne risquait dès lors pas d’apercevoir le reflet mouvant du propriétaire des lieux. La surprise de la poigne soudaine sur son bras lui fit pousser un cri de surprise, elle qui n’élevait jamais la voix et elle sursauta, le cœur battant, en tournant brusquement la tête vers le nouvel arrivant. « Qu—quoi ? » Elle peina à laisser les mots lui échapper et ôta machinalement ses écouteurs en voyant les lèvres de William Drusten remuer. Encore tétanisée par l’approche soudaine, elle n’arrivait pas à respirer et son regard effrayé scannait chaque détail de ce visage trop proche pour son bien-être. La panique était maitresse et les mots qu’il lui soufflait à la figure n’avaient aucun sens. Pourtant elle fut incapable de répondre quand l’évidence était frappante. Elle aurait dû savoir, évidemment, à son entrée, qu’il valait mieux passer son chemin, que cet endroit n’avait nullement besoin d’être aéré, que chaque chose reposait à sa place et ne devait pas en bouger. Déglutissant difficilement, Roxane secoua la tête, sans savoir ce que signifiait ce non muet alors qu’elle pinçait les lèvres. Qu’il la lâche, vite. Qu’il la libère de cette proximité intime, de ce malaise contagieux. « Je—Je ne— » Ses poumons comprimés empêchaient l’air de se renouveler et elle crut un instant qu’elle allait perdre connaissance, tant la frayeur l’avait balayée. Habituée à s’isoler, à fuir le contact des autres, elle en avait oublié la singularité du vrai toucher, du corps en possession d’un autre, de la réalité des existences qui se heurtaient l’une à l’autre. Il ne devait pas se rendre compte du chaos qu’il provoquait à s'imposer ainsi, à la tenir fermement quand il lui semblait que cela faisait une éternité qu’elle n’avait plus été effleurée. « Je suis désolée » souffla-t-elle enfin avant de remarquer l’étrangeté du comportement de son bourreau. Elle avait été prise de court, par se venue, par sa réaction brutale et elle ne voyait que maintenant cette façon anormale qu’il avait de la regarder, comme s’il ne la voyait pas réellement, comme s’il tentait de la distinguer à travers une vitre particulièrement sale – aussi sale que les fenêtres de cette pièce. « Vous me faites mal… » finit-elle par dire en posant ses doigts humides sur ceux de son employeur. Elle avait lâché son chiffon au moment de sa surprise et son cœur persistait à battre comme un fou qui sonne l’alarme, rebondissant contre ses côtes et son sternum. Lentement, presque en douceur, elle força la prise à se relâcher et elle recula d’un pas dès qu’elle se sentit libérée. « Je ne voulais—je ne cherchais pas à m’immiscer, je—je n’ai pas réfléchi » dit-elle en guise d’excuse en se massant le bras. « Je n’ai pas fait attention, j’aurais dû… J’aurais dû regarder plus attentivement ». Son regard incertain caressa les meubles et devina les souvenirs douloureux enfouis sous la couche de poussière. « Je vais remettre tout en place, je vous le promets. Et je ne reviendrai plus ». Allait-il la congédié sur-le-champ ? Estimer qu’elle fouinait quand, vraiment, ce n’était pas dans sa nature de se mêler de ce qui ne la regardait pas ? Elle aurait peut-être dû être soulagée, puisque le travail était exténuant et solitaire et qu’il ne la mènerait nulle part. Mais en un sens, elle redoutait cette éviction parce qu’elle s’était prise d’affection pour cette demeure à l’abandon. Elle ressemblait à son cœur délabré, elle s’y sentait un peu mieux, à défaut de bien. Elle scruta l’expression sur le visage de son interlocuteur sans savoir ce qu’elle y voyait exactement, la faute à ce regard vague, presque aveugle, qui ne semblait pas capable de se focaliser sur elle.

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William Drusten
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MessageSujet: Re: dreams die hard and you hold them in your hands long after they’ve turned to dust   Lun 26 Oct - 23:57

L'homme est contrarié. Il l'est d'autant plus, que l'ignorante l'a contraint à des retrouvailles avec un lieu destiné à être délaissé. Abandonné, tout comme elles l'ont abandonné. Et le voilà à présent à dépoussiérer des souvenirs appartenant à la chambre, à cause d'elle, de la sotte. L'évidence ne l'a-t-elle donc pas frappé ? N'y-a-t-il que ses yeux qu'elle crève ? Ses yeux qui errent, cherchent à contourner cette tâche sombre qui les trouble, sans que jamais ils ne parviennent à s'en libérer. Cet handicap aussi, le contrarie. Enfin un désagrément qu'il ne doit pas à sa jeune femme de ménage. Il n'avait pourtant pas conscience qu'il lui en demandait tant, mais son flagrant désintérêt pour les tâches qu'il lui a confié ne l'aura certainement pas aidé à s'en faire une honnête idée. Cependant, son empathie pour la jeune femme est plus que limitée, lorsqu'il regrette déjà bien assez de s'être embarrassée d'une femme de ménage. Cette employée qui, qui qu'elle (ou qu'il) soit, ne représente à ses yeux qu'une probabilité accrue de se voir dérangé sous son propre toit. Malgré tout, c'est aussi un confort que de gagner ce temps qu'un autre passe à rendre présentable sa demeure, pour mieux s'en tenir aux seuls quatre murs de son bureau plus longtemps encore. Pourquoi a-t-il seulement fallu qu'il s'en extirpe ? Cette boîte en fer calé sous son bras, en est la seule justification. Un chiffon à terre. La voilà surprise : ils sont deux. Se retrouve-t-elle, elle aussi, contrariée par cette intrusion ? William n'avait pourtant pas même eu l'intention de se montrer désagréable par sa poigne, lorsqu'il s'est seulement vu porté par son indignation. Et encore troublé par la gêne qu'elle lui occasionne, il n'a pas davantage l'initiative de la délester de sa main. Malgré la rhétorique de ses interrogations, il attend d'elle qu'elle lui réponde de ses mots, et non d'un simple signe de tête lui offrant une négation. Et si l'évidence lui indique ensuite qu'elle peine à formuler une phrase, le mathématicien est néanmoins connu pour faire preuve d'intransigeance. Son effroi ne le frappe pas, lui qui a tant l'habitude de l'indifférence vis-à-vis de ses semblables. Elle est désolée. Une formule comme je vous prie de m'excuser ou veuillez accepter mes excuses aurait eu sa préférence, mais elle se contente du minimum de ces trois mots penauds. De toute façon, ni l'un ni l'autre n'aurait fait de miracle sur son tempétueux sentiment. Il ne s'offusque ni ne s'entête lorsqu'elle se libère de son emprise, ni même ne le remarque pleinement (trop occupé à patienter pour des explications). Il demeure à sa place, la boîte en fer toujours fermement calé sous son bras, lorsqu'elle recule. Seul son regard s'acharne à la suivre – il l'espère. Elle le lui disait pourtant, qu'il lui faisait mal, mais son affirmation lui a donné le sentiment d'être celui d'une enfant feignant sa peine. S'est-il fait prendre au piège par le décor trompeur des lieux ? « Et bien réfléchissez, la prochaine fois » Pour que, justement, il n'y ait pas de prochaine fois. Regarder plus attentivement, ça, non. Cela suffit de satisfaire la curiosité gourmande de son œil. Tout comme elle le fait présentement, à s'octroyer le droit d'importuner la chambre de son regard en plus de sa présence, quand elle devrait plutôt se retrouver embarrassée comme si c'était la nudité d'une personne qu'elle surprenait ainsi. La nudité de souvenirs dans le plus simple appareil. L'idée qu'une intruse côtoie ce passé en s'affranchissant de toute permission le dérange, et le fait qu'il s'en retrouve dérangé le dérange plus encore. « Non » Implacable, froid, et dur. Seule une certitude peut motiver un ton si impitoyable. La certitude que, contrairement à ce qu'elle propose, lui ne tient aucunement à ce qu'elle s'attarde davantage. « Vous en avez assez fait, vous ne croyez pas ? » Encore une fois, la rhétorique répond présente. Pourtant, il laisse assez de place à ce silence pour s'installer, mais il ne faut pas s'y tromper : il ne cherche qu'à la condamner, par le biais de celui-ci. Et puis finalement, il reprend. Qui du silence ou de ses mots sont le moins pire ? « N'omettez pas que vous êtes ici pour faire votre travail, et non pour satisfaire votre curiosité » Peu importe si les conclusions paraissent hâtives, lorsqu'il n'en tire en vérité aucune, et qu'il ne demande seulement qu'à la voir débarrasser le plancher, pour que lui aussi puisse à son tour quitter les lieux. D'ailleurs, si depuis son entrée il n'a pas quitté la jeune femme du regard au détour d'une détermination redoutable, qui sait si celle-ci n'est pas motivée, en plus de sa contrariété pour moteur, par sa crainte de s'attarder davantage sur le décor du lieu – qu'il relègue ainsi à l'arrière-plan de son champ de vision. Elle ne reviendrait pas, non. « Que je ne vous y reprenne plus, en effet. Et rangez-moi ceci, je ne veux plus les voir une fois que vous passez cette porte » Il peine alors dans un même temps à débusquer et désigner ses écouteurs de son regard. De quoi ne pas l'apaiser. Et alors qu'il y a été aveugle jusqu'à présent, il remarque (enfin ?) que son avant-bras fait l'objet d'un massage de sa part. Et s'il est si prompt à se montrer intransigeant, il est moins coutumier de la mauvaise foi. « Veuillez m'excuser pour votre avant-bras. Maintenant, sortez » Ces deux derniers mots, sifflés entre ses dents, ne lui laissent aucun choix. C'est tout juste s'il lui laisserait le temps de ramasser ses outils de travail. « Et la prochaine fois habillez-vous correctement, vous n'êtes pas chez vous ici »

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Roxane Bedelia

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MessageSujet: Re: dreams die hard and you hold them in your hands long after they’ve turned to dust   Sam 21 Nov - 15:45

Dans des moments comme celui-ci, Roxane regrettait ses tentatives de mettre un pied devant l’autre. Si elle était restée chez elle ce matin, rien de tout ceci ne serait arrivé. Elle n’aurait pas le cœur qui bataillait, elle n’aurait pas perturbé l’équilibre fragile de cette demeure, elle n’aurait pas contrarié le propriétaire des lieux. Car, assurément, elle venait de faire basculer quelque chose, sans prendre conscience de la gravité de son geste. Et à y regarder de plus près, elle se sentait bête de n’avoir pas ouvert les yeux, de n’avoir pas prêté attention à ce qui l’entourait. Comme pour le reste, elle s’était contenté de baisser la tête, de se faire toute petite, pour provoquer le moins de remous possible. Mission qui avait visiblement échoué puisqu’elle avait touché à un secret enfoui entre les murs de la maison en perdition. Qu’aurait-elle fait si elle avait décelé ce qui se cachait sous la couche de poussière, derrière ces vitres crasseuses, à travers ce silence désormais oppressant ? Aurait-elle pu deviner le deuil mal engagé qui se dissimulait dans ce tableau désolé ? Roxane ne savait pratiquement rien de son employeur et elle ne le réalisait que maintenant qu’elle ignorait comment se comporter avec lui. Elle aurait voulu adopter l’attitude adéquate, trouver les mots justes, se dépêtrer de la gêne qui planait au-dessus de leur tête, mêlée à la colère du maitre des lieux. Mais elle n’avait jamais vraiment pu s’adapter au monde qui l’entourait, n’est-ce pas ? Son passé n’était-il pas la preuve criante que Roxane Bedelia était en mauvaise posture dès qu’elle interagissait avec autrui ? Pourtant William ne se montrait pas réellement violent. Si son geste brusque l’avait prise par surprise, elle sentait bien qu’il était plus révolté que furieux après elle. Elle ne pouvait que comprendre sa réaction même s’il était trop tard pour faire disparaitre son erreur, à présent. Roxane ne pouvait que s’excuser, assurer que cela ne se reproduirait plus. Elle ne pourrait pas vraiment faire disparaitre les signes de son intrusion, de son manque d’attention. Pinçant les lèvres, elle se soumettait entièrement au jugement de son employeur, ignorant si sa préférence allait à une sentence finale – le renvoi immédiat – ou un sermon et l’assurance qu’elle ne commettrait plus d’impair. Et bien réfléchissez, la prochaine fois. Que pouvait-elle répondre à cela ? Rien. Alors elle resta muette malgré l’attention qu’elle portait au comportement étrange de son interlocuteur. Si elle fut tentée d’avancer la main devant son regard presque aveugle, elle s’en abstint toutefois. S’il devait remarquer son geste, il était certain que cela n’allait qu’accentuer sa colère. Alors elle proposa de tout remettre en place et de disparaitre comme si elle n’avait jamais foulé ce terrain sacré, comme si elle n’avait jamais sali la pièce de sa présence sacrilège. Non. Vous en avez assez fait, vous ne croyez pas ? Roxane était si perdue qu’elle n’eut même pas l’idée d’être vexée par l’accusation et le ton péremptoire utilisé. Elle ouvrit la bouche comme pour répliquer mais sa ravisa. Car qu’y avait-il à dire ? Elle ne pourrait que répéter combien elle était désolée mais ça n’apaiserait pas le ressentiment de William, elle le savait, elle le sentait. Alors que devait-elle faire pour effacer son faux pas ? Qu’attendait-il, au juste, d’elle ? Mais l’insinuation finit par la sortir de sa torpeur et elle fronça les sourcils, cherchant un sens aux mots pourtant évidents de l’homme esseulé. « Je ne cherchais pas à satisfaire ma curiosité ! » se défendit-elle, plus vivement qu’elle ne s’y était attendue. Il pouvait la blâmer, lui reprocher son manque d’attention, son intrusion, mais pas une curiosité malsaine qu’elle n’éprouvait pas. Roxane ne cherchait pas à s’immiscer dans la vie des autres parce qu’elle aurait détesté qu’on s’incruste dans la sienne. Alors si elle pouvait concevoir qu’il lui en voulait d’avoir franchi le seuil d’une pièce qui appartenait visiblement au passé, en aucun cas elle ne pouvait le laisser penser qu’elle l’avait fait exprès. Que je ne vous y reprenne plus, en effet. Et rangez-moi ceci, je ne veux plus les voir une fois que vous passez cette porte. Décontenancée, Roxane baissa les yeux pour découvrir les écouteurs qui pendaient tristement, oubliés depuis qu’elle avait été interrompue dans sa tâche. « Je n’aime pas le silence » souffla-t-elle en prenant les fils désignés comme pour les protéger de son interlocuteur. Elle n’aimait le silence qu’entre les murs rassurants de son appartement. Mais ici, les sons prenaient une autre ampleur. Le vent soufflait parfois si fort qu’il sifflait sous les tuiles, qu’il faisait bruisser les rideaux et dansait sur le sol. Même si elle ne croyait pas aux châteaux hantés, Roxane ne pouvait s’ôter l’idée de la tête qu’elle n’était pas tout à fait seule – et elle ne comptait pas le propriétaire des lieux reclus dans son bureau, la plupart du temps complètement absent de son paysage. Il y avait comme une complainte dans le bois qui grinçait, dans les portes qui claquaient. Une présence irréelle qui ne l’effrayait pas vraiment mais ne la rassurait pas non plus. Veuillez m'excuser pour votre avant-bras. Maintenant, sortez. Soupirant, Roxane obéit, se penchant pour récupérer seau et éponge. Elle n’était pas du genre à discuter et il était évident qu’il n’était de toute façon pas le genre à écouter. De plus, il n’avait apparemment pas décrété que cette intrusion méritait un licenciement immédiat et elle estima qu’elle était chanceuse, vu l’importance que William accordait à cette pièce délaissée. Roxane se dirigea vers la porte et avait atteint le seuil lorsqu’il émit une remarque sur sa tenue. Perplexe et encore sous tension, elle tressaillit et baissa les yeux sur son jean abimé et son haut informe. « Et que suis-je censée porter ? » s’enquit-elle d’une voix lasse. Elle l’imaginait mal imposer un tenue de soubrette mais elle ne voyait pas quel uniforme pouvait satisfaire cet employeur le plus souvent absent. Savait-il seulement ce qu’elle fabriquait chez lui, la plupart du temps, lorsqu’ils ne se voyaient que par courtes entrevues, principalement au moment de la payer ?

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