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 encounter of the third kind.

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Jim Rysdall

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ONCE UPON A TIME
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MessageSujet: encounter of the third kind.   Mar 28 Juil - 14:27


faye + jim


Il s'assit sur les marches du motel, alluma une cigarette, passa en revue son environnement.
Il avait appris à faire ça à l'armée. C'était le premier truc qu'il fallait faire. Repérer les angles, les murs, anticiper le danger. Lever la tête en l'air, pour voir si d'éventuels connards auraient eu l'idée de se planquer sur les toits des petites maisons branlantes. Se demander ce que chaque porte, chaque fenêtre pouvait cacher. Le danger était partout. La mort attendait au tournant. Là-bas, en tout cas. Mais à Fairview ?
Jim leva les yeux. La rue qui bordait le Red Rose Motel, Lakeside Street, ne ressemblait à rien de ce qu'il avait connu. A Détroit, il vivait dans un immeuble sale et usé, dont la tour vétuste montait dans les nuages pollués. En Irak, une base préfabriquée constituait sa tour d'argent. Il ferma les yeux, se rappela la base un instant. La chambre qu'il partageait avec Dolliver. Le vent chaud sur son visage. Le TAC-338.
Ses mains tremblaient. Où était son gel ? Il avait dû l'oublier là-haut.
Avec tout ça, il n'avait toujours pas évalué les dangers de Lakeside Street. S'il pouvait se concentrer sur ça, peut-être que ses mains arrêteraient de trembler comme s'il grelottait ? Pourtant, on était pas en plein hiver, il savait ce que c'était le froid, la neige humide, les vêtements glacés. Il savait aussi, qu'on tremblait pas forcément de froid, de peur aussi, que c'était une réaction normale, c'était ce qu'on lui avait répété au retour. Que c'était normal. Qu'il avait le droit. Il regarda ses mains, calleuses, éraflées. La peau avait pris une couleur grise, délavée. Comme tout son être.
La rue, donc, se concentrer sur la rue. Toute crevassée, remplie de la pluie d'hier. Ca dégoulinait de partout. Les gouttes s'éclataient par terre, aussi bruyantes qu'une explosion dans le silence du matin.  Il s'était levé tard, parce qu'endormi tard. C'était dur de trouver le sommeil, même ici. Les cauchemars qui peuplaient son être rampaient vers son lit, agrippaient ses bras, le maintenaient contre l'oreiller pour l'étouffer. Il se réveillait les poumons en feu, le dos glacé. Des griffures apparaissaient sur ses joues mal rasées. Ce sera long, lui avait-on dit.
Pourquoi il n'arrivait pas à se concentrer sur cette putain de rue ? Passer en revue son environnement, putain, c'était quand même pas compliqué. Lakeside Street. La rue du côté du lac. Peut-être qu'il devrait aller voir le lac ? Il aimait bien l'eau. Il avait toujours l'impression d'en manquer en Irak... Ses mains tremblaient. Elles faillirent perdre la cigarette, et il la rattrapa à temps avant qu'elle ne termine dans le caniveau. Pas comme lui, et la pensée l'fit sourire, ce sourire qui en disait long sur le monde et l'univers, ce sourire typique, à la Jim. Il avait toujours l'air d'en savoir plus que tout le monde, Jim, c'était ce qu'on lui répétait toujours. Ca l'perdrait, selon son père, mais là encore, son père avait peur de tout, se méfiait de tout et surtout de ceux qui en avaient plus dans la caboche que lui, c'est-à-dire pas mal de monde. Sacré Jim... Foutu Jim, plutôt. Lui, le caniveau, il nageait dedans.
Un bruit lui fit lever les yeux du caniveau, son milieu naturel. Le bruit métallique, caractéristique des poubelles qu'on bouscule sans le vouloir. Il resta calme. C'était rien. Juste un bruit de poubelles dans le silence. Rien du tout. Un erzast infime, insignifiant, qui pouvait rappeler d'autres bruits, mais qui ne l'étaient pas. Bien sûr qu'il n'était pas là-bas. Pas du tout. Il était à Fairview, Lakeside Street, et il regardait la passante s'approcher. Jim, il avait une bonne vue. Une gamine, rien de plus.
Un gamin, rien de plus. Le bruit du TAC-338.
Un autre bruit, dans l'autre direction, attira son regard vide. Une voiture zigzaguait entre les crevasses de la rue mal entretenue. Il se leva, ne voulant pas être éclaboussé. Par réflexe, il voulut repérer la position de la civile.
Au milieu de la rue, elle semblait danser. Elle avait de longs cheveux qui lui cascadaient dans le dos, et sa veste était un poil trop courte pour elle. Elle avait les yeux fermés et semblait légère comme une plume. Elle tournait sur elle-même. Elle ne voyait pas la voiture. Elle s'en fichait complètement, parce qu'elle avait compris que la vie ne tenait qu'à un fil, et qu'elle était trop courte pour ne pas danser dans la rue les yeux fermés un matin d'été.
Mais elle était aussi enceinte, et la voiture arrivait trop vite pour qu'elle puisse s'écarter. Alors, Jim fit la seule chose qu'il avait à faire. Il passa en revue son environnement.
Trois pas, en sautant, pour choper la fille. Deux pas de plus pour atteindre le trottoir d'en face. Faire attention à la crevasse dans le béton qu'il allait forcément devoir sauter. Ne pas faire tomber la fille sur le ventre, ni sur le dos. Protéger, servir. Sauver.
Il bondit et sentit la chaleur de la voiture derrière son dos, entendit le klaxon strident, mais ne cria pas. Ses bras pouvaient envelopper la gamine au moins deux fois et il la souleva, lui faisant quitter le sol, comme pour la faire s'envoler, puisqu'elle semblait en avoir tellement envie. Au moment où il atteignit l'autre trottoir, la voiture zigzagante était déjà loin. Dans ses bras, la gamine, rien de plus, pesait plus lourd qu'il ne l'aurait pensé. Le petit ventre rebondi perçait sous la veste courte. Par automatisme, Jim se défit de la sienne et la posa autour des épaules de la gosse. « T'as eu chaud. » marmonna-t-il, en cherchant une autre cigarette dans sa poche. Avant de se rappeler que ce n'était forcément approprié.

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Faye Chamberlain

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MessageSujet: Re: encounter of the third kind.   Sam 15 Aoû - 1:26

La chute avait été saisissante, brulante, déchirante, détruisant tout sur son passage. Les cieux avaient décidé qu'ils en avaient assez. Que  trop de temps était passé. Que son heure était venue. Les anges ne peuvent vivre éternellement, du moins, sans chuter. Et la chute avait été brulante, déchirante, vertigineuse, puissante, mordante et en même temps si satisfaisante. Une chute dans laquelle elle s'engouffrait, un peu plus, à chaque pas. Invisible perdition qui l'accompagnait un peu plus chaque matin jusqu'à devenir son pain quotidien. Oh, personne ne pouvait saisir la différence. Parce qu'elle était délicate et insidieuse. Parce qu'elle était physique tout en ne l'étant pas.  Elle était cette chose qui grandissait chaque jour un peu plus en elle. Prenant de plus en plus de place, comme pour marquer son territoire. Comme pour se rappeler chaque jour un peu plus à son bon souvenir. Un souvenir avec lequel elle tentait de vivre bon gré malgré. Certains jours avec beaucoup plus de difficultés que d'autres. L'enfant se plaisait à laisser son corps être sans penser à ce qui devrait peut-être se retrouver dissimulé. Elle n'en avait que faire et surtout ne comptait pas changer son style vestimentaire pour un quelconque désagrément passager. Si les vêtements avaient bien dû s'agrandir pour les besoins d'un corps changeant, leur excentricité ne s'était pas étiolée. Elle avait simplement dû s'adapter aux changements physiques. Elle laissait de côté tout ce qui pouvait être oublié même l'espace d'un instant. Parce que cette chose était un poids. Une sensation de toujours là qu'elle tentait par chacune de ses actions de réduire à néant. Parce quele ça en elle faisait mal, amenait son lot de dégâts, de cris, de malheur et surtout de tristesse. L'enfant fuyait la tristesse comme une arme pesante et douloureuse. Comme un meurtrier se lançant à sa poursuite pour tout détruire sur son passage, pour ne laisser de son être qu'un corps vide, sans vie, sans âme, sans tout. Alors, chaque situation n'était devenue qu'une fuite beaucoup plus grande. Fuir ses parents qui tentaient de la protéger comme un animal fragile. Comme une rose sur le point d'éclore et demandant de trop nombreux soins. Mais l'enfant avait toujours été l'aventureuse, la discrète disparation qui n'inquiétait pas. Et l'enfant ne voulait pas changer, pas maintenant, jamais. Elle fuyait aussi le Rabbit Hole et l'homme dont elle pourrait croiser la route. Plus jamais lui, plus jamais ça. Plus jamais… Rien que les pensées resserraient sa gorge comme tant un flot de malheur cherchant une voie de sortie. L'enfant se moquait de la pluie qui était tombée, des heures qui passaient ou même de l'endroit où elle finirait par se poser. Non, tout était devenu une éternelle fuite. Une fuite de soi, de cet être au fond d'elle qui ne ferait que grandir encore et encore. Eviter d'y penser. Besoin de s'évader. Tout d'abord, oublier le paysage, ne plus rien voir d'autre qu'un néant d'une beauté absolue, un coin de paradis où rien n'y personne ne pourrait venir la chercher. Et puis, il y avait la mélodie, les douces notes qui s'insinuaient dans sa tête. Une musique faite de quelques brides de silence. Plus de bruit, plus de rue, plus de restes de pluies, plus rien qu'un cœur gros et une peine à expier. Alors, elle dansait, encore et toujours comme si le monde ne se résumait plus qu'aux tours qu'elle arrivait à faire sur elle-même. Oui, c'était bien ça la vie non ? Danser jusqu'à avoir mal aux pieds. Danser jusqu'à s'envoler. Jusqu'à toucher les étoiles. Quitter un monde pour un petit instant de paradis. Un paradis qu'elle aurait tôt fait de trouver si l'enfant ne prenait pas garde. Le monde voulait reprendre ses droits, se rappeler à elle à sa drôle de manière, douloureuse et inévitable. Il y avait son corps, ses pas et finalement la voiture qui arrivait. Quelques secondes pour un impact semblant inévitable. Des cris, des larmes, une vie qui se finissait, vite, sans doute bien trop, le bonheur aux lèvres. Le choc arriva, perturbant, déroutant, saisissant et en même temps loin d'être aussi douloureux que prévu. Non elle s'envolait serrée par les bras d'un ange qui l'emmenait loin de tous ses tracas. Un bruit de klaxon et puis deux yeux qui s'ouvrirent face à une silhouette inconnue. « Un ange. » Qu'elle murmurait. Comme si c'était la seule explication possible. Elle devait bien se trouver au paradis non ? Mais non, la rue était semblable à celle où elle marchait auparavant. Le paradis ne pouvait pas ressembler au monde réel, cela était trop douloureux, trop déroutant, trop tout. L'être avait parlé, la remmenant encore davantage à la réalité. Il y avait quelque chose d’intrigant chez l'être, comme s'il était là tout en ne l'étant pas. Comme si sa vie se perdait petit à petit, comme un trou qui ne pouvait pas se refermer. Il était là mais pas totalement. Et elle ne comprenait pas. Pourquoi avait-elle eu chaud ? Quelle bêtise avait-elle encore failli causer ? Un aimant à conneries. Se reconnectant davantage à la réalité, elle remarqua une veste qu'elle ne connaissait pas autour de ses épaules et puis, elle n'était plus du même côté de la rue. Est-ce qu'il l'avait sauvé ? Sans doute. « J'attire les problèmes… » Qu'elle lui répondit, comme pour trouver une explication, comme pour savoir le pourquoi du comment, comme pour comprendre ce qui s'était passé. « Mais c'est gentil de me sauver. » Elle voudrait lui dire qu'au fond, il ne pourra pas la sauver de ce qui brise son cœur. Parce que personne ne peut. Parce qu'il y a cette être dans son ventre qui grandit encore et encore, toujours top, bien trop pour son petit corps, bien trop pour son petit être, pour son âme pour son envie de vivre. Avec ce naturel dont elle était faite, elle embrassa sa joue, rapidement, sans lui demander son avis. Un geste de Faye. Un geste de gamine qui voulait simplement remercier son sauveur même si elle ignorait de quoi il avait bien pu la sauver. Elle n'avait pas envie d'y penser. Garder le bien et chasser le mal comme si souvent. « C'est vraiment très gentil » Et dans ce bordel sans nom qu'était devenu son existence, elle avait bien besoin d'un peu de gentillesse.

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Jim Rysdall

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MessageSujet: Re: encounter of the third kind.   Sam 5 Sep - 20:18

Cette fille était tombée d’on ne sait quel météore. Elle avait de la poussière d’astre plein les cheveux, des restes de galaxie plein les yeux, c’était une fée sans ailes arrivée là par hasard. Elle était toute menue, à peine plus grosse qu’un atome qui se serait perdu dans les méandres de l’univers. Et puis, elle avait la tête dans les nuages. Elle était là sans l’être, sans doute encore un peu perdue dans l’ailleurs d’où elle avait été catapultée. Ce monde auquel elle semblait encore un peu appartenir, il était facile à reconnaître : c’était l’enfance. On le quittait tous à un moment ou un autre, certains plus tôt que d’autres. Pour Jim, ça avait été dix-huit ans, l’âge de son premier déploiement ; première fois qu’il prenait l’avion, première fois qu’il voyait un autre pays, première fois qu’on lui mettait une arme entre les mains. A regarder la petite nymphe d’à peu plus près, il la soupçonnait d’être du même âge. Il revoyait dans ces traits la tendresse qu’il voyait sur les rares photos qu’il n’avait pas détruites, le doux contour des joues, l’innocence d’un regard absent, ses gestes insouciants. Vêtue d’une veste trop grande pou elle, de loin, on l’aurait prise pour une sorte de Gavroche, gamine des rues, errant au fil de ses découvertes. Jim n’était pas né de la dernière pluie ; les premières fois d’une fille de dix-huit ans étaient celles auxquelles on s’attendait, et il en avait la preuve sous les yeux. Elle était enfant mais plus tout à fait, elle avait déjà une avance – quatre mois ou presque, si son observation était juste – dans le monde des adultes et c’était ce qui la rendait si fascinante. Jim, lui, il n’avait jamais eu l’occasion de faire partir de deux mondes à la fois. De gamin, il était passé à homme, on ne lui avait pas demandé ni pourquoi ni comment, on lui avait filé cette arme entre les mains et on lui avait dit de tirer, et cet acte l’avait fait grandir tout à coup, pas en taille ni en poids mais en conscience, la conscience que le monde était encore pire qu’il ne l’imaginait et que personne ne serait là pour lui tenir la main quand il se prendrait cette claque dans la gueule. Il se demanda si quelqu’un était là pour elle. Si, quand elle avait fait le test ou qu’elle s’était simplement rendue compte que son petit ventre commençait à s’arrondir, quelqu’un avait été là pour lui caresser les cheveux, lui dire que ça irait et qu’elle ne foutait pas sa vie en l’air. Il l’espérait. C’était une gamine, rien de plus, et quand bien même il n’avait pas – n’aurait jamais – la moindre idée des changements que sa condition impliquait, il avait suffisamment suivi les cours au lycée pour savoir que c’était fragile, ces petits choses-là. C’est pourquoi il voulait s’assurer que la veste ne tombe pas, qu’elle reste bien droite et bien plantée sur les épaules minuscules de la petite fée. Un ange. Le murmure lui fit relever les yeux. Au début, il crut avoir mal entendu, peut-être même que c’était l’une des voix qui avait élu domicile dans son crâne qui lui jouait un tour, mais aucune n’avait ce timbre de cristal qui souffla sur lui comme une neige tiède. L’ange. Comme ça qu’on l’appelait, il y a longtemps – ou était-ce si éloigné ? L’ange. Malachi, en hébreu. La langue d’un de ses coéquipiers qui s’était amusé à renommer toute l’équipe, comme s’ils étaient partis pour une mission divine, ordonnée par une mystérieuse entité qui aurait habité les nuages. Jim ne dit rien, y avait rien à dire, il voulait pas la souiller de ses souvenirs et de ses fantômes et de ses peurs et de tout ce qui commençait à grandir à l’arrière de sa tête, alors il déglutit, il fit comme s’il avait pas entendu, il essaya même de sourire comme si ses muscles étaient pas atrophiés à force de plus savoir comment bouger. « Y a pas de quoi. » murmura-t-il, embarrassé, comme s’il savait plus où se mettre, et les lèvres sur sa joue mal rasée enflammèrent son visage émacié, comme si tout à coup, il s’illuminait de l’intérieur. Y avait bien longtemps qu’on s’était pas montré aussi... bienveillant. Tout un monde de psychiatres, de conseillers, de compagnons de sobriété et voilà qu’une gamine de dix-huit ans à peine venait l’embrasser et ça lui plantait une graine de bonheur dans le cœur, comme ça. Sans rien demander, sans prévenir. « Je t’assure... Y a pas de quoi. » répéta-t-il, la voix enrouée. Il se racla la gorge et se passa la main dans les cheveux. Il pouvait pas la laisser là sur le trottoir, pas quand il venait de voir ça. Alors il la prit doucement par les épaules et la fit reculer de quelques pas, juste pour l’écarter de la rue. Pas qu’il se méfiait, mais un peu quand même. Les petites renardes comme elle se glissaient entre toutes les barrières et toutes les cages ; un regard de côté et hop, elles s’échappaient comme si elles n’avaient jamais existé. Alors Jim posait sur elle un regard de père loup, ses pupilles grises et délavées par les nuits d’éveil forcé fixant le petit visage fatigué. La fée, elle n’était pas fatiguée de ne pas dormir, ou de ne pas manger, pas de cette fatigue non plus qu’elle fumait exprès. Elle était lasse d’un mal qu’il connaissait bien ; c’était le mal de vivre, qui frappait qu’importe la couleur, le sexe, la géographie, les circonstances. Il le savait bien parce qu’il l’avait aussi, cette drôle de maladie un peu pâle qui frappait dans les moments les plus inattendus : aux anniversaires, aux mariages, dans une fête avec des amis, lors d’une après-midi de printemps. Dans les moments les plus attendus, aussi : les nuits sans sommeil, les soirs pluvieux, les matins froids. C’était là, ça alourdissait le corps et l’esprit, ça vous mangeait une partie de vos pensées pour les remplacer tout un tas de symptômes qui variaient d’un individu à l’autre. Les uns brûlaient, les autres étaient glacés, pour certains ils suffoquaient, pour d’autres encore ils avaient les poumons crevés à force de crier. Et d’autres, comme la petite renarde, eh bien, ils dansaient. Et Jim, lui, il écrivait. Un mal très humain, oui. « Tu vas prendre froid. Je suis pas sûr que ce soit très indiqué dans ta condition. » souffla-t-il presque sur le ton d’excuse, et il remonta la fermeture éclair de sa grosse veste jusqu’au bout, afin de bien couvrir le cou de la jeune fille. Il mâchonna ses lèvres un instant, tapota les épaules de la petite comme pour faire gonfler le tissu en-dessous et se recula d’un pas. « Peut-être que tu attirerais moins les problèmes si t’essayais pas de les provoquer. » Un autre murmure embarrassé, mais il n’aurait pas pu s’empêcher, Jim. Protéger, c’est dans sa nature, il sait faire que ça. Même pas des moyens détournés. « C’était pas très prudent, ta petite danse... Enfin, je dis ça... » Il ne savait même plus où aller, ou si même il y avait une réflexion derrière ses remarques. Mais mieux valait prévenir que guérir, pas vrai ?

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MessageSujet: Re: encounter of the third kind.   Jeu 10 Sep - 0:25

Elle le regardait l'ange. Celui qui avait été choisi pour la conduire au paradis. Parce qu'il ne pouvait faire que cela l'ange ? Il ne pouvait que l'emmener vers d'autres lieux. Et elle souriait la gamine, encore un peu secouée. Elle qui ne croyait pas en dieu ne pouvait s'empêcher de voir en son sauveur un ange tombé du ciel. Parce que ça n'existait pas les types qui fonçaient au milieu de la rue pour sauver une fille, pas des drôles de phénomènes comme elle. Pas dans la vraie vie. Dans les films, cela arrivait souvent, enfin c'est ce qu'elle avait entendu, la télé n'avait jamais sa préférence. Elle était bien incapable de passer une soirée assise dans une salle de cinéma sans pouvoir bouger, sans laisser son être s'exprimer. La vraie vie n'offrait pas d'ange et le sien venait pourtant d'apparaitre. Il n'avait pas d'ailes blanches.  Aucune bouclette ne se posait contre son visage. Il n'avait vraiment rien du petit chérubin nu aux fesses potelées. Il y avait plutôt cette ombre sombre dans son regard. Cette sensation de perdition qui salissait une grande partie de son être. Ses yeux qui semblaient avoir tant vu. Il était étrange son ange mais elle n'était pas la fille normale. Elle souriait à son sauveur parce qu'elle n'allait pas pleurer. Peut-être qu'une fille normale se serait retrouvée ensevelie par un choc si grand qu'elle n'aurait pu s'empêcher de pleurer. Une réaction normale pas vraie ? On ne pouvait ressortir d'une rencontre, même brève avec madame la mort sans en éprouver la moindre sensation d'effroi. Mais pas pour elle. Pas chez Faye. Elle en ressortait comme si rien n'avait changé. Comme si cette mort presque certaine qui l'avait simplement effleurée était déjà oubliée. Et malheureusement, c'était à peu près le cas. L'inconscience même ne pouvait commencer à agir en grande dame. Elle n'était pas la petite pleurnicheuse. Peut-être qu'elle ne tenait pas assez à la vie pour craindre de rejoindre la mort. Peut-être qu'elle ne considérait pas la possibilité de faire le grand saut. Que du haut de ses 18 ans, continuer à vivre était la seule solution possible et imaginable. Peut-être qu'elle était tout simplement trop elle-même pour comprendre le tout, pour accepter d'agir comme une personnelle normalement constituée. Une personne qui aurait senti son cœur battre plus fort, aurait aperçu des tremblements dans son corps plutôt que ne pas détacher ses yeux de l'inconnu. De ne rien faire d'autre que de sourire à l'ange qui venait d'allonger son existence. Chasser le naturel et il revint au galop. Elle l'avait embrassé sans réfléchir à ce que pourrait dire les autres. Sans s'imaginer ce qu'il pourrait y avoir de mal là-dedans. Ce n'était qu'un simple remerciement. Elle aurait pu le couvrir de baiser pour ce qu'il avait fait. Pour la gentillesse dont avait fait preuve l'ange. La veste trop grande qui ornait ses frêles épaules en était une autre preuve. Elle n'avait pas froid la gamine et pourtant, la sensation de cette couche supplémentaire la réchauffait, un peu comme si son intérieur retrouvait de la chaleur humaine. Si elle n'avait pas eu peur de le voir partir en courant, peut-être même qu'elle se serait faufilée tout contre lui, requérir un peu de la chaleur humaine d'un ange. Une sensation qui lui manquait tellement. Les gens ne la touchaient plus, pas depuis que la chose vivait en elle. Comme s'ils allaient la briser, pas elle, mais l'être en elle. Le ça qui rendait son existence bien plus douloureuse. Mais elle ne voulait plus penser à la chose quand l'ange veillait sur elle. Quand il lui apportait un peu de cette chaleur manquante. La voix était belle, correspondait à celle d'un ange. Elle éclairait son regard de milles et une couleur. Il était humble l'ange. Il lui lançait des y'a pas de quoi comme s'il sauvait des filles dans son genre tous les jours. Peut-être que c'était le cas. Peut-être que c'était la mission qui lui était assignée, empêcher les filles un peu trop paumées d'en finir trop rapidement, sans vraiment se rendre compte de combien la vie peut-être brève.  « Mais c'est quand même très gentil. Peu de gens auraient agi comme vous. » Elle ne voulait pas laisser passer son genre pour un acte banal. C'était la première fois qu'on la sauvait de la sorte. Peut-être parce qu'elle n'avait jamais risqué sa vie à ce point. Parce qu'elle n'avait jamais été aussi remplie de profil. On ne pouvait plus la manquer, elle qui aimait cette sensation d'invisibilité qui lui permettait d'aller où elle voulait. Maintenant, elle avait un radar, planté au plein milieu de son ventre. Pas besoin de lumière, suffisait de suivre la cible, ce n'était pas très compliquée. « Peut-être que c'est votre mission d'ange, sauver les gamines dans mon genre. » Elle parlait à voix haute peut-être plus pour elle que pour lui. Parce qu'elle n'imaginait pas un ange dévoiler sa mission. Qu'il n'avait peut-être pas envie de parler de cela. Qu'elle le retenait contre son gré. Pas qu'il ait l'air d'avoir envie de partir, pas vraiment, pas du tout même. Au contraire, il semblait continuer de veiller sur elle, l'entraînant à l'écart du trottoir, tentant de la mettre un peu plus à l'abri. Elle aurait pu s'époumoner contre cette attitude. Elle l'aurait fait s'il n'y avait pas tant de gentillesse derrière cet acte. Il voulait la protéger, elle tout entière, pas seulement une partie d'elle-même. Et puis, il la regardait, pas comme les autres, différemment, comme si une partie d'elle comprenait une partie de lui, qu'ils se retrouvaient reliés par un quelque chose qu'il ne fallait pas nommer. Qu'elle ne savait pas nommé. Il avait pourtant si bien commencé l'ange. Il avait pourtant réussi à déjouer les pièges du départ. Mais il venait de perdre ses ailes. Par ce mauvais élan de gentillesse. Il ne comprenait pas combien elle avait envie de les envoyer à la merde, tous ses biens pensants qui étaient persuadés qu'elle allait crever. Que si elle n'obéissait pas à leurs règles stupides son corps ne s'en remettrait pas. Mais elle était forte Faye, bien plus qu'ils ne le pensaient. Bien davantage que l'image qu'ils pouvaient posséder de sa personne. Elle était entière. Elle pouvait continuer d'avancer sans risquer de mourir pas vrai ? Elle n'allait pas frôler la mort une fois encore, une fois de plus, peut-être la fois de trop. Son regard se fit moins tendre, comme si toute la magie du moment s'était envolé par quelques mots. Quelques mots accompagnés d'un geste qu'elle n'avait pu empêcher. L'inconnu la transformait en une petite fille, tentant de la couvrir un maximum pour la protéger d'un mal imaginaire. Elle n'avait pas froid Faye, pas le moins du monde. Elle se sentait poupée la demoiselle quand il la couvrait, quand il tapotait ses épaules pour tenter de faire mieux. Et les mots se faisaient encore pires. Une phrase comme elle en avait si souvent entendu. Incapable de ne pas provoquer les emmerdes. Elle ne le faisait pas exprès, c'était ainsi, c'était elle, c'était sa manière d'être même quand elle ne le voulait nullement. Alors, elle haussait les épaules. Pour ne pas se montre trop désagréable avec celui qui venait de la sauver. Celui qui perdait son statut d'ange à chaque seconde qui passait, à chaque parole qui sortait de ses lèvres. Mais il ne savait pas se taire. Il continuait de la surprotéger, de ne voir que la frêle gamine. Elle aurait pu lui faire mal si elle l'avait voulu. Elle aurait pu l'attaquer, sans la moindre hésitation. Lui griffer le visage, lui donner un coup de pied mal placé. Elle n'était pas la fragilité à surprotéger.  Pour ne pas dire de méchancetés, pour ne pas être désagréable, elle se contenta de rouvrir la veste. Un premier geste de rébellion, une première manière de lui montrer qu'elle n'était pas une poupée qu'il pouvait habiller. « Je ne vais pas me transformer en statue de glace. Je ne suis pas si fragile. Je n'ai pas froid. Je… » Elle voulait en dire encore bien davantage mais en même temps elle n'osait pas. Elle ne voulait pas se mettre à crier. Elle ne voulait pas laisser le volcan revenir à la charge. Non, il devait rester loin, si loin. « Vous pensez que je fais exprès de tout foirer ? Vous me voyez comme ça ? Comme celle qui veut provoquer les problèmes ? » Il ne la connaissait pas l'inconnu, elle ne devrait pas lui demander cela mais elle le fait. Parce qu'elle était bien incapable de se taire… Parce qu'un inconnu pouvait peut-être mieux lire en elle que toutes ses personnes qui la connaissaient par cœur. Un peu beaucoup non ? Il continuait de vouloir la protéger l'inconnu. Annonçant combien danser en pleine rue ce n'était pas prudent. Elle ne l'avait pas fait exprès. Elle s'était laissée guider par la musique, elle en avait eu terriblement besoin. Oublier les soucis pour se concentrer uniquement sur les gestes tout en oubliant les paroles, tout en oubliant la vie qui brisait son existence, petit à petit. « Sans doute, mais ça permet de tout oublier. De ne plus penser à ce qui fait mal. » Elle en disait beaucoup tout ne dévoilant pas trop. C'était ainsi, dire tout sans rien dire quand le flot de pensées continuait de bousiller son esprit. Il l'avait sauvé l'ange mais il ne la sauvait plus. Il la ramenait sur cette terre où la chose continuait d'exister. Où le monde l'observait comme un élément fragile. Comme l'être à protéger pour la chose qui vivait en elle. « Ramène-moi dans le ciel. » Elle voulait tourner, continuer de perdre la tête, d'arrêter le monde pour laisser cette joie la recouvrir, encore un peu plus longtemps.

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MessageSujet: Re: encounter of the third kind.   Sam 24 Oct - 22:49

Jim n'avait pas pensé à mal. C'était pas sa faute, après tout. Qu'est-ce qu'il y connaissait, lui, aux états d'âme d'une gamine catapultée dans le monde des adultes, presque par hasard, presque contre elle-même ? Peut-être plus qu'il n'y pensait. Dix-huit ans. A cet âge-là, il avait les joues mangées d'un début de barbe dorée, son corps était couvert des bleus qu'il se faisait à l'entraînement de football et il noircissait les pages de ses cahiers de croquis et d'esquisses plutôt que d'y noter des cours auxquels il ne prêtait qu'une vague attention. Intelligent, le gosse, assez pour savoir qu'il n'aurait jamais l'argent pour aller à l'université, encore moins pour aller étudier poèmes et ritournelles. Son avenir se perdait dans les rues désertées de Détroit, comme les courants d'air qui faisaient siffler les vieilles pierres des usines en ruine. Il n'y avait rien ici pour lui, et pourtant, c'était là qu'il semblait être condamné à vivre toute sa vie. Il n'avait jamais rien vu d'autre que ça. Alors, comment pouvait-il se douter de ce qui l'attendait quand il entra dans ce petit bureau, coincé entre un McDo décrépi et une usine condamnée, et qu'il signa des papiers sans rien vraiment y comprendre, seulement qu'on allait lui donner un job et un but dans la vie ? Du moins c'était ce que lui avaient vanté les hommes en uniforme. Ils avaient tout compris, ceux-là, n'est-ce pas ? Ils avaient tout décidé, tout fait, tout vu. A les entendre, leur vie n'étaient que voyages, découvertes, camaraderie et aventure. Ils se battaient pour le bien, la démocratie et la justice. Ceux d'en face avaient toujours tort, et ils étaient des chevaliers des temps modernes, justes et droits. Ils oeuvraient pour le bien. N'était-ce pas là une existence qu'il voulait mener ? S'évader de Détroit et faire quelques choses de ses dix doigts ? L'officier lui avait claqué l'épaule et tendu le stylo. La suite appartenait à l'histoire. A dix-huit ans, Jim lui aussi s'était égaré dans le monde des adultes. C'était un monde qui sentait la fumée, où l'on devait attendre longtemps des choses qui parfois n'arrivaient pas, où l'on courait après des mensonges, et où les erreurs se payaient au prix fort. « J'ai jamais sauvé personne. » Il n'avait pas pu sauver ce gamin. Il n'avait pas pu sauver Kowalski, qui s'était pendu dans sa cellule. Et il n'avait pas pu se sauver lui-même. Il avait sauté pieds et poings liés dans l'océan de ses angoisses. Pilules et alcool n'avaient fait que rendre la chute plus douloureuse, et désormais, les démons de l'addiction s'étaient ajoutés à ceux qui venaient le sortir de son sommeil erratique. Alors là, ce qu'il venait de faire ? C'était rien. Et de toutes façons, vu la tête qu'elle faisait, il venait de trouver le moyen de tout gâcher. Jim ouvrit ses grands yeux délavés, pris au dépourvu par les soudaines récriminations. La petite fée fronçait les sourcils, babillait des reproches auxquels il ne comprenait pas grand-chose. Mais si elle était en colère, c'était qu'il avait foiré quelque part, non ? Penaud, il se voûta et mâchonna dans le vide. « Je pensais pas que... » Que quoi ? Tu pensais pas à quoi, Jim ? Les voix pernicieuses revenaient à la charge, se faisant un plaisir d'égratigner son estime. Il échouait, tout le temps. « J'ai pas dit ça, je voulais juste dire que… Que… Enfin, c'est pas comme s-si t-t-t-évitais les problèmes non plus... » Les mot ne sortaient de sa gorge étranglée qu'avec difficulté, et encore. Il avait réussi à relever les yeux sur la petite fée mais c'était tout ce qu'il parvenait à faire pour le moment. Elle était si vive, si nerveuse, cette gamine. Mais qu'elle le veuille ou non, son état faisait d'elle une fille fragile, vulnérable. Elle ne le savait pas encore. Ou peut-être en avait-elle trop conscience, après tout ? Peut-être savait-elle trop ces choses-là, et c'était ce qui la rendait si insouciante du danger. Elle rappelait à Jim certains soldats qu'il avait connus. Des membres de son unité. Le visage de Kowalski, ses mains couvertes de sang, lui sautèrent à la gorge et il ferma les yeux pour chasser le regard pétrifié. « T'es pas la seule à vouloir oublier. » croassa-t-il d'une voix rauque. La remarque avait surgi, venue de nulle part, et il espérait qu'elle laisserait passer sans relever. C'était trop récent, trop cru, trop là encore pour qu'il en parle. Si jamais il pourrait en parler un jour. « Le ciel, une fille comme toi s'y ennuierait ferme. » fit-il remarquer doucement. Il voulait l'apaiser, chasser l'hostilité de son visage doux comme celui d'une madone. Il avait vu trop de guerres, trop de souffrances, trop de batailles sur les visages des êtres qui avaient hanté son retour au pays. Il ne supportait plus ce genre d'expressions. Parce qu'il s'y voyait trop et se retrouver confronté à son propre désespoir le ramenait sans cesse vers le fond. « Qu'est-ce qui te fait mal, p'tite fée ? » Machinalement, il sortit une cigarette et s'écarta d'un pas. Qu'importe ses protestations. « J'sais pas parler, comme t'as remarqué, mais j'sais bien écouter. » Il tira sa première taffe et la regarda dans les yeux. Peut-être que si elle regardait bien, elle y verrait un peu de sa guerre à lui.

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Faye Chamberlain

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MessageSujet: Re: encounter of the third kind.   Dim 25 Oct - 20:15

Faye savait que son sauveur n'était pas la cause de son énervement. Il n'était qu'un maillon de la chaine. Une chaine qui ne faisait que s'allonger. Tout le monde aimait lui dire quoi faire, comment agir, mettre son petit grain de sel dans son existence parce qu'elle attendait un môme. Ils ne pensaient jamais à mal mais le résultat ne changeait pas pour autant, ils la coupaient de sa liberté. Ils faisaient d'elle un animal en cage et cela ne lui convenait pas. Elle ne désirait pas s'en prendre à lui et elle le regretta presque aussitôt. Cela avait tout simplement été plus fort qu'elle. Finalement, son ange gardien ne faisait qu'agir en gentil homme. Mais il prenait les mots des autres, de ces autres qu'elle pouvait de moins en moins voir. Et puis, il ne pouvait pas savoir pour la fêlure de son cœur. Personne ne savait, elle gardait ce renseignement au fond de son être. Parce qu'elle était la fleur du matin, la présence douce et souriante. Elle voulait rester ce bonheur constant et ne pas laisser ce petit détail la changer totalement. Malheureusement, les choses bougeaient, même un peu trop vite pour elle… Le volcan devenait de plus en plus brulant, comme une rage intérieure qu'elle n'avait jamais connu, qu'elle espérait voir disparaitre en même temps que la chose qui vivait en elle. Parce qu'elle n'aimait pas cela, pas elle la pacifiste… Son regard se fit étonné en entendant les propos de l'homme. Pourquoi ne voyait-il pas le sauveur qui vivait en lui ? Celui qui avait fait tellement de bien à son petit être ? Pourquoi passait-il au-dessus de cela ? Elle ne comprenait pas la gamine. C'était idiot de ne pas reconnaitre ce qu'il était et en même temps, elle ne pouvait s'empêcher de s'interroger. Pourquoi un sauveur ne voulait-il pas l'être ? « Si, vous m'avez sauvé. » Elle énonçait les faits avec douceur parce que c'était elle et qu'elle n'avait envie que de douceur aux côtés de son ange gardien. « Et à partir de maintenant vous avez le droit de dire que vous avez sauvé une drôle de gamine du nom de Faye Chamberlain et le truc qui vit en elle. » Elle rigolait. Pour pas ne pas faire mal passé ses mots. Pour qu'il ne remarque pas trop les termes qu'elle employait pour définir la chose en elle. Non, elle n'arrivait pas à l'appeler bébé. Elle ne supportait pas ce terme comme si cela ramenait trop de réalité dans sa situation et c'était sans nul doute le cas. Faire semblant n'était pas dans les capacités de la demoiselle. Si quelqu'une chose n'allait pas comme elle le désirait, il était impossible de ne pas le remarquer et si elle s'était énervée sur Jim, il n'était toutefois pas le plus grand responsable. Et en voyant l'air penaud qu'il prit, elle regretta aussitôt. Elle ne voulait pas rendre malheureux son ange gardien, il ne savait malheureusement pas dans quel mentir il venait de mettre les pieds. Elle l'écouta parler, tenter de démêler les mots. Elle n'appréciait pas cette sensation étrange. Non, elle ne voulait nullement qu'il croie qu'elle lui en voulait vraiment. Il avait juste insisté sur le mauvais point. Comme pour montrer qu'elle ne lui en tenait nullement rigueur, la demoiselle vint doucement lui faire un petit câlin, sa méthode personnelle pour lui faire comprendre les choses, la seule qu'elle connaissait. « Excusez-moi… Ce n'est pas vous, c'est le monde. Je ne veux pas devenir une petite chose fragile à protéger, à enfermer parce qu'il y a un truc en plus en moi… Je veux garder ma liberté… » Elle ne savait pas pourquoi il lui semblait si évident de se confier à cet inconnu. Il lui inspirait une confiance étrange mais apaisante. La suite de ses propos ne lui donnait nullement tort. Elle était une source d'ennui continuelle pour les autres. Mais elle ne faisait pas exprès, c'était au-dessus d'elle, comme si quelqu'un c'était penché sur son berceau pour lui donner le pire des dons.  Même quand elle voulait bien faire, cela finissait souvent dans les emmerdes, mais il ne fallait pas lui en vouloir. « Je les attire sans le vouloir vous savez… Ils viennent à moi ou je cours à eux, on se retrouve toujours mais je n'en ai pas envie… » Elle parlait tout doucement, comme si prononcer ces mots pouvaient amené de grands malheurs. Et c'est un peu ce qu'elle pensait en ne lâchant pas l'ange gardien du regard. Elle lui criait intérieurement de fuir avant de lui aussi se retrouver toucher par ses emmerdes à elle. Comme toujours, comme si souvent, parce que personne ne pourrait jamais s'en sortir indemne de la fréquenter même un peu pas vrai. Elle ruinait les choses sans vraiment le vouloir,  Mais cette fois-ci elle avait fort, sans doute un peu trop… Cette fois-ci les choses ne s‘arrangeraient pas avec quelques-uns de ses beaux sourires. Son regard se fit une nouvelle fois interrogatrice en entendant ses propos. Son ange gardien était un océan de secret et de mystère. Mais ils faisaient la paire, l'un comme l'autre avec des envies d'oubli,  de rêver d'un autre monde, où les choses pourraient être meilleures. Elle attendit quelques minutes, peut-être qu'il voulait en dire plus, peut-être que pas. Mais à partir de cet instant, elle pouvait devenir une personne de confiance, quelqu'un qui sera là pour l'écouter s'il avait besoin de se confier. Elle ne put s'empêcher de rire en entendant la suite de ses propos. Il n'avait pas tort, le paradis serait peut-être un peu trop calme pour elle. « Vous avez sans doute raison. » Elle ne voulait pas quoi dire d'autres. Elle ne connaissait pas le paradis, elle savait juste que c'est là qu'allaient les personnes gentilles, enfin c'est ce qu'elle tendait dire, elle n'était pas vraiment des plus croyantes, elle n'avait rien d'une vierge Marie, pas le moins du monde. Faye se moquait bien de voir son ange gardien fumer, elle n'était pas assez responsable pour s'imaginer ce que cela pouvait entrainer et puis il s'était éloigné un peu, c'était gentil de sa part. Elle aimait sa gentillesse, ses propos, cette manière de l'appeler petite fée. Elle appréciait son inquiétude mais elle ne savait pas comment parler de tout cela. Comment raconter à un inconnu qu'elle n'était pas une file très bien, qu'elle n'avait pas agi comme il fallait et que maintenant elle payait les conséquences. Comment tout dire tout en ne disant pas trop ? Elle ne savait pas faire cela et pourtant, elle avait envie de se confier à lui, en cet homme qui lui inspirait tellement de confiance. « Les autres, ce sont les autres qui font mal… » Et elle n'avait pas tort,  Pas totalement, surtout quand l'image de Caleb s'imposa à son regard. « Et puis ça. » Elle hésita longuement avant de mettre sa main proche de son ventre. Elle ne voulait pas passez par la plus mauvaise personne de la terre mais oui cette chose faisait mal, pas par elle-même mais par toutes les complications qu'elle entrainait. « Et vous, c'est quoi qui vous fait mal ? » Il n'avait sans doute pas très envie d'en parler, elle ne pouvait que le comprendre sur ce point. « Je ne suis pas douée pour beaucoup de choses vous savez, mais je suis assez douée pour aider les gens à oublier. » Et délicatement elle se rapprocha de lui, délicatement elle se saisit de sa main libre comme pour lui montrer qu'elle était là et qu'elle n'avait pas envie de le quitter.

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MessageSujet: Re: encounter of the third kind.   Mer 13 Avr - 18:15

Jim regardait l'échappée sans rien dire. Il voulait pas la contredire. Il voulait pas à avoir à expliquer en quoi elle avait tort. Il n'était pas un sauveur. Il était un destructeur, c'était tout ce qu'il savait faire.   Il était le messager de puissances sombres qui le dépassaient encore aujourd'hui. Il leur avait tourné le dos, mais qui lui disait qu'elles n'étaient pas à sa recherche, là, en ce moment même ? Que Fairview n'était pas sur le point de basculer dans le même enfer, celui qu'il amenait partout avec lui ? Le sable et le sang, il avait l'impression d'en avoir encore plein les chaussures, malgré tous les efforts pour noyer les cris et les corps dans un verre, puis un autre, et encore un autre… Il avait peut-être couru jusqu'au bout du monde. Il avait peut-être mis un océan entre lui et cette foutue vallée. Il s'était peut-être défait de l'uniforme. Mais la guerre était encore dans sa tête, et aucun whiskey, aucune pilule, aucune seringue n'était parvenue à lui faire oublier. Le plus étrange, c'est que sur le terrain, il ne s'était jamais posé de question. Il était un soldat. Réfléchir, c'était désobéir. Il fallait suivre les ordres ; selon ses supérieurs, c'était la manière la plus simple et la plus sûre de rester en vie. Et la vie, il s'y était accroché, comme un chien teigneux. Il était là aujourd'hui, mais que possédait-il de plus que tous ceux, amis et ennemis, qui étaient tombés au combat et pourrissaient six pieds sous terre pour une guerre qui n'avait fait qu'engendrer des enfants encore plus monstrueux ? Il ne lisait même plus les journaux, n'allumait plus la télé par peur d'y apercevoir le passé : la ligne du temps s'était brouillée, et les mêmes événements, les mêmes endroits, les mêmes personnes semblaient semblaient souffrir encore et encore. Et il avait été une part de ça. Non, il n'avait jamais sauvé personne. Il avait été l'instrument du chaos, et il comptait bien le payer jusqu'à la fin de sa vie. « Comme tu veux, Faye Chamberlain. » murmura-t-il. Ce fut son rire qui le tira de ses réminiscences morbides. Il la regarda comme on est témoin d'un miracle surnaturel : il ignorait qu'il était encore possible de faire preuve de tant d'innocence. Etait-elle une émanation de son esprit blessé ? La personnification d'un souvenir éteint, tiré d'une époque révolue où il pouvait encore rire sans avoir l'impression que sa poitrine s'ouvrait d'un coup tranchant ? Voilà où il en était : Faye était si loin de ce qu'il incarnait, de ce qu'il avait vu, qu'elle ne pouvait pas être réelle. Mais son babillement d'adolescente, son ventre rond et ses grandes prunelles claires le contredisaient. Faye s'inscrivait dans une réalité qui n'était tout simplement pas la sienne, et à laquelle il aspirait. Et pour la première fois, le mur transparent qui le séparait du reste du genre humain, puisqu'humain il n'était plus, semblait tomber, abattu par la douceur qui irradiait de cette gamine. Osant à peine y croire, Jim restait pétrifié, mâchonnant sa cigarette pour ne pas oublier de respirer de temps à autre. Il l'observait se débattre, le bel oiseau, agiter frénétiquement les ailes pour pouvoir s'envoler. Et il n'aurait rien voulu de plus que de l'aider. Mais lui, il était condamné à errer sur cette terre jusqu'à ce que le destin, ce dieu cruel, estime qu'il avait payé ses dettes. Et même si pour Jim il n'avait pas assez d'une seule vie pour le faire, il se levait parfois avec l'impression de ne plus en avoir pour bien longtemps. Il oscillait entre vivant et mort, là mais pas tout à fait. Ailleurs. Mais Faye le rappelait sans cesse dans le monde des existants. Ce monde qui lui faisait mal, qui leur faisait mal, à tous les deux. « C'est vrai qu'ils font mal. Mais parfois, ton pire ennemi... » Il se tut un instant, presque choqué de réaliser ce qu'il venait de dire. « Mais parfois, ton pire ennemi, c'est toi. » Une taffe, puis une autre. La nicotine calmait la tempête. Il baissa les yeux sur le ventre arrondi de Faye. Non, ça, ça ferait pas mal. Peut-être au début. Peut-être pendant quelques années. Mais il avait envie de dire qu'un jour, elle se rendrait compte. Mais pas maintenant. Trop jeune, trop en colère pour écouter. Pour comprendre. Doucement, la main de Faye vint jouer avec la sienne. A ça, il ne s'attendait pas et il sentit son corps se tendre au contact étranger, avant de laisser la jeune fille jouer avec ses doigts. La tiédeur réconfortante glissa du bout de ses doigts pour s'étendre au reste de son corps. Jim regarda le ballet de leurs mains pendant quelques secondes, hors du temps, hors de tout, avant de relever les yeux vers elle. Si jeune. Brusquement, comme si on l'avait brûlé, il retira sa main et s'écarta d'un pas. Il jeta sa cigarette au sol et fourra ses mains dans ses poches, bien à l'abri d'un quelconque contact. Bon sang, mais qu'est-ce qui lui avait pris ? « Je ferais mieux d'y aller, angel. » Sa voix était un peu rauque, un peu enrouée. « Garde la veste. Elle te va bien. » Et sans ajouter un mot de plus, sans explication, il lui tourna le dos. Encore une fois, il fuyait.

fin.

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