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 dust is gone (madison).

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Ksenia Nowakowski

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MessageSujet: dust is gone (madison).   Jeu 4 Juin - 23:45

(madison/ksenia)

UN FEU DISTINCT M'HABITE, ET JE VOIS FROIDEMENT
La violente vie illuminée entière...
Je ne puis plus aimer seulement qu'en dormant
Ses actes gracieux mélangés de lumière.

Ksenia est seule, ce soir, ce matin, elle ne sait pas elle ne sait plus avec tous ces jours qui s’étirent et qui distribuent des rayons plus tôt et plus longtemps, avec ces jours qui s’étirent ou plutôt se répète à l’infini et infiniment semblable à ce qu’ils étaient hier et ce qu’ils seront demain parce que c’est comme ça, c’est comme ça et même elle, elle n’y peut rien. Tout ce qu’elle peut faire, Ksenia, c’est attendre mais attendre quoi ? elle-même ne sait pas, ne sait plus, alors elle n’y pense pas et elle s’assied dans un coin de sa vie qui se fait bougeoir éteint parce que malgré tout et plus que jamais elle est femme-flamme qui ne cesse de s’éteindre encore et encore sans jamais, jamais se rallumer.
Déjà qu’elle ne l’a jamais vraiment fait.
Et puis surtout dans sa nouvelle vie tout s’accorde c’est très joli.
Tout s’accorde à la Ksenia-dedans, celle qui du haut d’un coin de son cœur couvert d’épine regarde défiler et s’échouer les vagues de riens sur les rivages de son estomac toujours un peu trop vide, lui aussi. Avant, il n’y avait qu’à l’intérieur que tout était lisse calme plat que tout brillait pareil et que tout était de la même couleur, laquelle on ne sait pas et on s’en fout, mais gris probablement parce que le gris au fond c’est la couleur des gens éteints c’est la couleur des cendres et c’est la couleur du rien. Ksenia avant elle détonnait au milieu de toutes les putains enflammées qui même si elles brûlaient de travers se consumaient de cette flamme si vive et si froide de ceux d’en bas, de ceux qui vivent à moitié avec un cœur troué, détonnait parmi les gens d’en haut grand feu immobiles et couleur argent ou doré enfin ce genre de flammes gigantesques ou ridicules mais qui brûlaient pour quelque chose (l’argent, les femmes, les enfants et tout un tas de détails qui font de la vie la vie). Ksenia n’a jamais brûlé pour rien, ou rien que pour elle-même et aujourd’hui sa vie est aussi terne qu’à l’intérieur, il n’y a rien qui dépasse et rien qui ne devrait pas être là.
Sauf elle.
Parce qu’elle ne devrait pas être là et même si tout dedans-dehors n’est qu’un océan de gris sa présence qui essaye de s’accorder sait aussi (trop bien) détonner. Elle n’y peut rien et elle traîne ses valises de songes-poussières entre les pièces vides de sa maison qu’elle partage avec un fantôme avec un nom un corps un visage qu’on peut toucher et qu’on pourrait même aimer.
Elle, non.
Elle ne sait pas faire ça, aimer.
Mais ça ne la gêne pas, l’absent et ne pas (l’)aimer, elle connait. Sa vie n’est qu’une suite d’absence, à commencer par ses parents. Mais ça non plus, ça ne la gêne pas. Parfois le fantôme se glisse dans le corps auquel il appartient et vient meubler un peu plus la maison. Parfois aux couleurs de pas souvent. Presque jamais. Et, seule, elle traîne sa carcasse entre les autres meubles et les canapés, elle se traîne dans la moquette et sur le parquet et souvent elle s’ennuie. Alors, Ksenia, c’est ça, ta vie ? L’absence l’attente l’ennui ? oui.
Aujourd’hui encore elle danse sans bouger dans la chambre, en peignoir et le corps humide encore, les mains dans ses vêtements. Il y en a beaucoup mais après tout elle peut, elle peut s’offrir ça aujourd’hui, Ksenia. Avant, elle ne pouvait que les rêver sur les jolies femmes (pas autant qu’elle) et s’en faire offrir. Mais les payer, jamais, ou alors c’était sacrifier un repas une chambre un morceau de vie mais tant pis parce qu’en réalité Ksenia tous ces morceaux d’existence elle les a déjà vendu. C’était aussi se tisser une couverture de dettes et ça aussi, elle l’a très bien fait. Tant pis. Tant pis pour toi, Ksenia.
Pour l’heure elle fouille entre les étoffes qui lui caressent les mains et le bas des bras. Et puis quand elle tire un pull-morceau-de-nuage hors de l’armoire-ventre aux allures de géante de bois un morceau d’étoile lui tombe sur le pied.
Ses yeux-océan-glacé tombent sur le cadavre d’argent qui s’enfonce dans la moquette et elle s’arrête un instant (de vivre de respirer de penser). Le médaillon luit dans les cheveux de laine qui recouvrent le sol comme une pelouse de rêves, qui ne lui appartiennent pas. Puis, reposant délicatement le pull au-dessus des autres elle se baisse et recueille entre ses doigts le vestige d’un passé qui même s’il est sien ne lui appartient pas (lui non plus). Le cœur de métal palpite au creux de sa main et recrache des gerbes de lumière morte qui semblent crier «  c’est tout ce qu’il te restera de tes parents ». On l’a trouvée au milieu d’un bois, Ksenia, dans une couverture de ciel qui s’endort et glissé contre elle le médaillon sans nom sans mot juste avec des souvenirs en kit qu’on lui demanderait de construire plus tard, peut-être, ou jamais. Plutôt jamais d’ailleurs, parce que des souvenirs de ce genre-là, elle n’en a jamais imaginé. Ça ne l’intéressait pas et puis ça ne lui manquait pas, alors elle a dit d’accord, d’accord je n’ai pas de famille pas de parents pas d’histoire et c’est très bien comme ça. Ksenia c’est la fille de nulle part et on l’a même appelée comme ça. Ksenia est étrangère à sa propre vie. Au monde, aussi.
(ce monde-là du moins, même si elle ne le sait pas)
Mais malgré tout ça, Ksenia n’a jamais su se débarrasser de ce bout de ruine alors elle l’a rangé et à moitié oublié, pour mieux le laisser tomber, parfois. Des parfois comme ce moment-là. Pourquoi, Ksenia ? Elle ne sait pas.
C’est pas son genre pourtant de s’accrocher aux choses, aux gens déjà alors les objets n’en parlons pas. Ksenia ne s’attache à rien et même pas à elle, c’est peut-être ça le problème. Non. Pas vrai Ksenia ? Des problèmes, il n’y en a pas.
Mais il est là pourtant, le petit truc d’argent palpitant sur sa paume comme un cœur gorgé d’un sang-souvenirs inexistants. Qu’est-ce qu’on en fait Ksenia ? On l’oublie, c’est très bien comme ça.
Elle referme ses longs doigts par-dessus le pendentif et va accrocher son peignoir dans la salle de bain, offrant le spectacle de son corps nu à son public de solitude puis de retour dans la chambre fait glisser sur sa peau-perle un pantalon et son pull tout nuageux (il fait encore frais le soir, un coup d’œil par la fenêtre et elle a vu le ciel qui déjà se teinte de noir). Puis dévalant l’escalier elle oublie le médaillon au fond de sa poche, enfile une paire de chaussures, sort et ferme la porte dans son dos de papillon sans ailes.
Elle lève les yeux vers le ciel et soupire presque : elle va avoir trop chaud parce qu’en vérité, ce n’est pas du tout la nuit, pas même bientôt (il doit être dix-sept heures). Ça doit être le voile de gris qui a oublié de se barrer de devant ses yeux. Sans doute des restes de rayons du médaillon soleil-d’argent (un peu trop sombre). Elle dévale les rues au ralenti c’est-à-dire sans courir parce qu’à quoi bon ? C’est pas trop son truc de courir, elle préfère laisser ça aux gens léger même s’ils sont pleins parce qu’elle est encore plus légère qu’eux, au fond, Ksenia. Mais si elle ne pèse rien de plus que le poids d’une plume c’est parce qu’elle est (très-trop) creuse. Tant pis pour ça aussi.
Elle marche un certain temps jusqu’aux ruelles qu’elle ne connait pas tellement et devant l’une des innombrables maisons sans vie s’arrête et enfonce la sonnette.
Elle a rendez-vous, ce soir Ksenia.
Pas avec un garçon.
Noah ne serait pas content si c’était un garçon (et pourtant il y en a (eu et il y en aura)). Tant pis pour lui, après tout, ce n’est pas lui son « mari ».
Elle a rendez-vous, oui, avec une femme. Elle a froncé les sourcils, d’abord, Ksenia, quand elle a reçu le premier appel de cette femme-là. Parce qu’il y en a eu d’autres après (quelques-uns). Froncé les sourcils, c’est vrai, mais tout doucement. Jamais trop d’émotions (n’importe lesquelles) ou de question, fais attention, Ksenia. Mais Madison a encore rappelé et elle a fini par accepter.
Accepter quoi ? Et surtout, accepter pourquoi ? Parce que Ksenia les psychologues elle en a rien à faire, elle en a vu des tas, avant ses quinze ans surtout-seulement. Des psychologues et des psychiatres, parfois. Et arrivée ici elle ne se souvient même plus du pourquoi qui l’a poussée entre les bras de l’écouteuses de maux, peut-être Noah. Et puis un jour, comme ça, les séances déjà trop espacées et peu ordonnées ont cessés et Ksenia s’est contenté de faire comme avec tout, faire semblant de les oublier. Elle a coincé Madison entre deux souvenirs à moitié éteints au fond du grand coffre de son esprit qu’elle n’ouvre jamais parce qu’elle n’est pas comme ça, Ksenia. Mais il faut croire que la psychologue se trouvait trop à l’étroit, rangée là. Elle a appelé, alors, plusieurs fois jusqu’à ce que Ksenia lui dise d’accord et plonge la main au fond de la caisse en bois au fond de son crâne pour l’en extirper. Et aujourd’hui elle se tient là, devant chez elle, plutôt qu’à son cabinet, et elle se demande pourquoi. Pourquoi maintenant pour ici pourquoi ça et pourquoi ci puis sentant gonfler le flot de questions au fond de son estomac elle inspire et les noie encore une fois sous les eaux de la non préoccupation.

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MessageSujet: Re: dust is gone (madison).   Dim 21 Juin - 19:40

    Cette pause professionnelle, bien que motivée par un motif plutôt personnel, avait fait et faisait encore le plus grand bien à Madison qui, sans se reconstruire vraiment, profitait de ce temps pour mettre de l'ordre dans sa vie et faire un bilan plus que nécessaire. Terminé les histoires bancales, vouées à lui pourrir la vie et à la ridiculiser encore plus. Terminé les heures au cabinet à s'occuper des problèmes des autres sans s'octroyer de moments en solitaire avec elle-même. Terminé de broyer du noir, ou tout du moins, pour le moment. Car si Madison avait eu quelques... actes fâcheux au début de ce congés sabbatique (sa robe de mariée, ou ce qu'il en restait, pouvait en témoigner), elle semblait remonter la pente et vouloir s'amuser, comme elle l'entendait. Pourtant, si prendre de la distance avec sa profession semblait être une bonne chose et que ses patients ne lui manquaient pas le moins du monde, il y en avait une, une seule, qui revenait parfois hanter son esprit et au sujet de laquelle elle se posait beaucoup de questions. Ksenia. Ksenia Nowakowski, prochainement Goodhart, une patiente pas vraiment comme les autres qui depuis leur première rencontre avait fascinée la psychologue pourtant en général assez détachée quant à l'existence de ses clients. Pourquoi ? Elle ne saurait le dire mais il y avait en elle quelque chose qui l'interpellait, l'attirait même et plus que de raison, elle voulait à tout prix tout savoir sur cette brindille au visage d'ange mais qui semblait pourtant porter sur ses épaules tous les maux du monde. Au fond, peut-être que sa proximité avec les Goodhart, que Madison connaissait bien, tout du moins au travers de Noah, jouait car dans cette famille, rien n'était jamais aussi simple ou limpide qu'il n'y paraissait et l'arrivée de cette inconnue à Fairview avait fait grand bruit. Au départ donc, Madison avait hésité. Elle avait hésité à retourner au cabinet, reprendre ses rendez-vous, seulement pour la voir elle et en savoir enfin plus sur la demoiselle mais aussi sur les derniers événements. Se rendant compte qu'elle n'avait pas du tout envie de reprendre sa routine, elle prit finalement la décision de lui proposer une séance chez elle, tout simplement, en espérant qu'un cadre moins guindé et plus 'chaleureux' la pousserait à se confier, plus que d'habitude. Elle l'avait donc appelé, une fois, deux fois et enfin trois fois avant de finalement tomber sur la voix grave de Ksenia et d'obtenir son accord pour un rendez-vous plus ou moins officiel. Légèrement impatiente, ce qui ne lui arrivait jamais, Madison avait préparé le salon de sa demeure et était entrain de sortir du frigo une eau citronnée maison lorsqu'elle entendit frapper. Sans attendre, elle s'avança dans l'entrée et ouvrit la porte découvrant, comme prévu, cette petite chose pas si fragile que ça sur son perron. Madison lui adressa alors un sourire, se décalant pour la laisser entrer. « Bonjour Ksenia, rentrez je vous en prie ! Je suis contente que vous ayez pu venir à cette séance et je m'excuse du cadre légèrement... familier. Un dégât des eaux m'a forcée à ralentir mon activité et les travaux n'en finissant pas, je reprends petit à petit les séances ici, chez moi. » Si un détecteur de mensonge avait été branché sur elle, il se serait pour sûr affolé, et pas qu'un peu ! Car bien évidemment, il n'y avait jamais eu de dégât des eaux, donc pas de travaux et Madison n'avait pas non plus repris les séances avec ses autres patients, seulement elle. Seulement Ksenia. « Ce n'est peut-être pas l'idéal mais j'espère que cela ne vous dérange pas ! Vous pouvez enlever votre veste si vous le souhaitez et nous irons au salon, à droite. » dit-elle en se dirigeant vers la pièce alors que Ksenia la talonne. « Est-ce que vous souhaitez quelque chose à boire ? J'ai de l'eau citronnée. Ou bien un café ? Je vais aller chercher ça. » Prête à aller répondre à la demande de la petite blonde, Madison attend, comme un enfant impatient d'enfin arriver au cœur du sujet. Elle aimerait la questionner tout de suite, savoir à tout prix mais ne voulait pas l'effrayer, elle se retient, du mieux qu'elle peut...

    Spoiler:
     

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MessageSujet: Re: dust is gone (madison).   Jeu 6 Aoû - 21:49

La porte de la maison s’ouvre sur le visage souriant de Madison qui s’écarte pour laisser entrer Ksenia. Dans son esprit aussi une porte s’ouvre et se referme sans le faire vraiment, claquée toujours par les vents d’indifférence sur un pied de mystère. Madison en soit est un mystère pour Ksenia, ou plutôt, c’est son intérêt qui s’éveille (même à peine) pour elle alors qu’il ne le fait jamais, jamais ni pour rien ni pour personne si ce n’est qu’elle-même, qui l’intrigue. L’intrigue un peu, pas trop fort, parce que malgré tout, Ksenia reste ce qu’elle est et les grands soldats de son esprit sont branchés sur automatique pour ce qui est d’éteindre les braises de son intérêt réveillé (déjà qu’il ne le fait pas souvent).
- Bonjour Ksenia, rentrez je vous en prie ! Je suis contente que vous ayez pu venir à cette séance et je m'excuse du cadre légèrement... familier. Un dégât des eaux m'a forcée à ralentir mon activité et les travaux n'en finissant pas, je reprends petit à petit les séances ici, chez moi. Débite la psychologue avec entrain.
L’autre répond d’un hochement de tête froid en s’engouffrant dans la maison, les yeux balayant l’entrée rapidement, se laissant traverser sans y faire réellement attention par les mots de Madison, puis après un regard rapide vers le visage étrangement enjoué de son drôle de sorte d’hôte, esquisse un sourire moqueur.
- J’espère pour vous que les travaux ne tarderont pas trop ; voir défiler vos patients dans votre intimité après vous être plongé dans la leur ne doit pas être des plus agréables, n’est-ce pas.
Sous ses airs narquois-froids, Ksenia dissimule la réalité de ce que lui inspire Madison, c’est-à-dire : quelque chose, bien que quoi, elle ne sait pas. Mais ça suffit, ou du moins ça lui suffit, à Ksenia, et encore plus à son esprit mangeur de cœur, parce que tous les autres, et encore plus les habitants de cette ville morte, ne lui inspirent rien de plus que du vide. Ca ne la gêne pas. Ca ne la gêne pas, Ksenia, le vide, parce qu’elle connait et ne connait que ça, d’abord le vide de son cœur puis celui de son estomac toujours à moitié vide, ensuite le vide de gens intéressants et le vide d’intérêt pour la vie, le vide de vie, aussi, de sens, d’affection d’amour de peine de sentiments. Le vide de tout le vide fou qu’elle construit et qui s’auto-creuse au fond de son organisme pourri. C’est un énorme gouffre aux bords qui s’effritent, et il s’ouvre comme les pétales d’une fleur quelque part entre son cœur et son esprit, jusqu’à engloutir tout le reste de vie (si seulement il en reste, ou si seulement il y en a eu), et ce que depuis un trop long moment (peut-être toujours). Madison dans son coin ne cesse de parler.
- Ce n'est peut-être pas l'idéal mais j'espère que cela ne vous dérange pas ! Vous pouvez enlever votre veste si vous le souhaitez et nous irons au salon, à droite.
Elle s’éloigne en même temps et Ksenia lui emboite le pas sans répondre, faisant glisser sur ses épaules sa fausse enveloppe de peau en tissus.
- Est-ce que vous souhaitez quelque chose à boire ? J'ai de l'eau citronnée. Ou bien un café ? Je vais aller chercher ça. continue la psychologue, visiblement agitée-impatiente.
Elle a l’impatience des enfants et ça teinte ses traits de diverses facettes enjouées, elle irradie de bonne humeur et de serviabilité : ça effleure un peu Ksenia, qui serre entre ses bras maigres les étoffes pliées machinalement. Son regard navigue de Madison au canapé, du canapé à la table, de la table à Madison, et c’est à peu près pareil pour tous les éléments de la pièce tandis qu’elle répond sans chaleur.
- De l’eau citronnée, s’il vous plait.
Puis s’arrachant à la contemplation d’un objet quelconque sur lequel son attention s’était échouée, faute de mieux, elle reporte sur son hôte ses yeux-billes-glacées et ajoute vaguement un :
- Ne vous embêtez pas.
Elle fait glisser son regard le long des longs cheveux bruns de Madison, dégringole sur ses épaules puis au creux de son dos alors qu’elle s’éloigne, la détaille de haut en bas et lorsqu’elle disparaît dans ce qu’elle imagine être un couloir ou une cuisine, reporte son attention sur le salon. Elle se demande un peu si la pièce, et la maison, sont à l’image de leur propriétaire ; ça lui traverse l’esprit comme une flèche d’intérêt et ça la pique un peu quelque part à l’intérieur.
Elle n’a pas l’habitude.
Elle n’a pas l’habitude et elle n’aime pas ça, ne pas comprendre mais c’est comme ça, elle ne comprend pas, ne comprend pas Madison et ne la connait pas, ne voudrait pas le faire mais pourtant, l’agacement ténu s’éteint presque entièrement et elle se surprend à se poser des questions sur la femme-question qui sait si bien poser celles qui font mal, qui fâchent, qui mettent en face de soi, qui aident, sauvent, ou enterrent, on s’en fout un peu. Ksenia s’en fout, du moins.
Mais ce dont elle ne se fiche pas, Ksenia, c’est des questions qu’elle se pose au sujet de Madison, au sujet de… quelqu’un, parce que Madison est quelqu’un, Madison n’est pas ce genre de personnes qu’elle fréquente, déjà parce qu’elle n’en fréquente pas, et puis parce qu’à part des questions embêtantes elle ne pourra rien lui apporter. C’est qu’une arriviste, Ksenia, une égoïste désintéressée et intéressée par une seule chose : elle. Peut-être parce qu’à elle, on ne s’est jamais intéressée.
Oh, elle ne s’en plaint pas et ne l’a jamais fait, à quoi bon ? elle se fout de tout et des autres surtout, alors qu’on ne s’intéresse qu’à son cul ou à ses seins-citrons, ça ne lui fait rien et elle s’est construite dans une indifférence murée à deux ou à dix mille : elle et le reste du monde. Mais aujourd’hui les choses changent et elle n’aime pas ça, Ksenia, parce qu’elle ne comprend pas et ne contrôle plus ce qu’avant elle savait si bien éteindre : l’intérêt, la compassion, toutes ces sortes de drôles d’émotions qui font vibrer les humains. Ce n’est, et n’était rien qu’un pantin avec un cœur de pierre ou de glace, ça dépend des gens, mais un cœur inerte et froid, et voilà qu’aujourd’hui elle s’intéresse (presque) à quelqu’un. Elle sent tout doucement sa barrière de béton s’effriter (très peu, juste assez) et elle peut presque voir Madison taper dessus à grands coups de marteau-questions et de pioche-elle-même parce qu’elle est là la réalité, il n’y a pas que ses questions qui éveillent en Ksenia quelque chose (trois fois rien, rien de grave) mais bel et bien la psychologue elle-même.
Pas un éveil du cœur genre sentiments tout ça, juste un éveil d’esprit, et encore, une flamme d’intérêt qui se rallume quelque part au fond de la cave aux souvenirs éteints. Il ne faudrait pas que ça rallume le reste, n’est-ce pas.
Mais Ksenia si elle ne comprend pas, et peut-être ne réalise même pas qu’à l’intérieur de son corps l’un des interrupteurs de ses pensées s’actionnent sur autre chose que de l’agacement, du mépris ou de choses comme ça, elle ne s’inquiète pas vraiment. C’est pas grave, et puis, ça n’arrive pas souvent.
C’est pas grave, et puis, ça ne dure pas longtemps.
Ce n’est rien qui ne se rebouchera pas parce que Ksenia ne changera pas et qu’au fond de son cœur il n’y a rien d’autres qu’un tas d’artères-à-émotions bouchées, avec de temps en temps (vraiment rarement, presque jamais) un joint qui saute et qui libère des choses qui de toute façon seront bloquées un peu après.

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MessageSujet: Re: dust is gone (madison).   Mar 29 Déc - 12:19

Madison a les mains moites, c'est un fait. Elle est impatiente, presque excitée et puis il y a aussi cette boule au ventre, massive, sinueuse, qui s'installe et la travaille au corps comme si elle était sur le point de passer un examen ou de prendre la décision la plus importante de sa vie. Le fait est cependant que... non. Rien de tout ça. Elle est seulement là, chez elle, avec Ksenia. Ksenia Goodhart d'ailleurs, si elle ne se trompe pas. Un nom qui lui est bien plus familier que le précédent mais qui ajoute pourtant une nouvelle part de mystère à la jeune blonde. Une partie de la psychologue a hâte, une autre regrette. Regrette de l'avoir fait venir ici, regrette de lui mentir et regrette car elle ne sait finalement pas trop quoi dire sans paraître indécente, trop curieuse, sans lui faire comprendre la supercherie et la faire fuir à jamais. Pourquoi ? Pourquoi réagit-elle ainsi, pourquoi cette jeune fille lui a finalement manqué, un peu, pourquoi elle se surprend à y penser, comme ça, quand rien ne l'explique ? Madison n'en sait rien, elle ne comprend pas, comme si cette jeune fille l'obsédait depuis leur première rencontre, leur première conversation pourtant si peu fructueuse. Ksenia est rentrée et s'avance vers le salon, s'inquiétant presque pour Madison alors qu'elle lui pond son premier mensonge. La psychologue sourit, nerveusement. « Les travaux ne devraient plus être longs maintenant, merci. Il est vrai qu'il est plus pratique d'exercer là-bas plutôt qu'ici. » Mensonge numéro deux, et certainement pas le dernier. Histoire de souffler, déjà, Madison propose alors de quoi boire à son invitée, ou patiente, la différence lui semble mince en ce jour. Ksenia quant à elle semble tout aussi intriguée par cette rencontre à domicile, alors qu'elle scrute tous les objets présent dans le salon avant de reporter son attention sur sa psychologue. « Oh non, pas de soucis, je vais vous chercher un verre. » Madison est différente, on dirait presque se trouver en compagnie d'une bonne ménagère des années 50, ce que la jeune femme a toujours détesté au plus haut point. La bobonne dévouée à son mari et sa famille, ce n'était pas tellement l'idéal de Madison. Bonne chose, elle n'avait ni mari, ni famille. Laissant Ksenia s'installer où elle le souhaite au salon, Madison se rue donc à la cuisine, sortant de son placard deux grands verres qu'elle place sur un plateau puis sort la carafe de son réfrigérateur. Elle repart finalement, le plateau dans ses mains, souriant au passage à Ksenia et posant le tout sur la table basse devant le canapé. Dans le silence, elle sert deux verres puis se redresse et s'assoit finalement sur le fauteuil, face au canapé. « Je vous en prie, servez-vous ! » L'ambiance est étrange, trop étrange au fond et plus le temps passe, plus Madison se demande si tout ceci est une bonne idée. Rien n'est conventionnel dans cette rencontre et si Ksenia s'en rend compte, elle pourrait facilement et à raison prendre Madison pour une folle, voir une sorte de harceleuse. Mais il est trop tard et à présent, il faut continuer de faire illusion... « Alors Ksenia, quoi de nouveau depuis notre dernière rencontre ? Un mariage au moins si je ne me trompe pas, vous devez être aux anges, non ? » C'est en effet la réaction normale d'une femme après un mariage mais il existe parfois des situations bien plus complexes qu'il n'y paraît, Madison est bien placée pour en parler. Et puis cette question n'est pas innocente, Madison connaît les Goodhart et sait certaines choses, sur Noah, Molly... et Adrian. Ce nouveau mariage sonne donc d'une tonalité assez étrange à ses oreilles, sans parler de l'arrivée imprévisible d'une Ksenia dans l'équation Goodhart. Pour autant, ce n'est pas cette famille qui l'intéresse, elle ne se permettrait d'ailleurs pas tant de curiosité envers eux de par son amitié avec Noah. C'est plutôt Ksenia qui remplit ce rôle et il semblerait que Madison ne soit pas la seule dans cette ville qui soit intriguée par la jeune étrangère...

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