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 quand le jour se lève (icare)

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Lizzie Moore

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MessageSujet: quand le jour se lève (icare)   Mar 26 Mai - 11:45

icare + lénore

~
❝ Je ne dors pas, je suis tombée, j’ai trébuché sur ton absence ❞




    La nuit tombée, tout lui revient avec violence. Les souvenirs déferlent sur Lénore avec une insoutenable brutalité. Dans l'obscurité, une mélodie s'élève dans son esprit, lancinante, maléfique et doucereuse, lui fredonnant ses plus grands doutes et les terreurs qui lui lacèrent les entrailles. La nuit, Lénore s'effrite. Lorsque ses angoisses la rattrapent et noircissent son cœur, l'ancienne sirène imagine les pires scénarios. Elle se rassure, habituellement, de sentir Icare à ses côtés. Lénore a besoin d'un corps à côté du sien, d'une main sur ses hanches, de baisers dans son cou et d'un cœur battant au rythme du sien. Parce qu'il est épouvantable pour elle d'être seule lorsqu'on a été deux. Après avoir chassé John, Lénore n'a pas dormi pendant de longues nuits, des nuits interminables, à se tourner et se retourner, à regarder le plafond, à avoir chaud, froid, à pleurer contre l'oreiller, hurler contre la vie, crier et chialer à s'en étouffer, faire les cents pas dans la chambre, regarder le soleil se lever, épuisée, des cernes bleutées sous ses yeux fatigués. Serait ce sa punition pour avoir entraîné tous ces marins, tous ces corps, tous ces hommes, dans les bras de la mer ? Elle a rencontré Icare au bon moment, avant que la haine, la vengeance et la folie ne la bouffent toute entière. Il la comprend, à lui elle peut raconter ce sentiment de ne pas être comme tous ceux qu'elle côtoie, ce sentiment de n'être ni sirène ni humaine, de flotter entre deux mondes, à la dérive. D'un geste de la main il efface ; Icare est un magicien. Elle a déposé ce qui lui reste encore d'amour entre ses mains expertes, elle a offert tout ce qui la raccroche à l'humanité, elle lui a donné ce petit bout de confiance qu'elle peut encore accorder, minuscule, fragile, sur le fil. Elle ne lui laisse aucune place pour l'erreur. Et cette nuit le magicien n'est pas là, Lénore est seule dans un lit vide et froid. Les battements de son cœur s'amplifient, les bruits de son palpitant deviennent insupportables. Alors, elle s'extirpe hors des draps et se dirige d'un pas gracile vers la grande fenêtre. Elle bouge lentement, ses pas sont une danse, une valse avec le sommeil sur le parquet de la nuit. Lénore sent la présence d'Icare derrière elle, elle reconnaît ses mouvements, sa respiration, le battement à peine audible de ses ailes. Mais ses yeux restent figés sur le spectacle du soleil baignant la capitale d'une lumière dorée. Elle n'a pas le courage de se retourner tout de suite, de lui faire face. Elle n'est pas sûre d'être capable de soutenir son regard, de peur de trouver dans ses yeux quelque chose qui la ferait chuter. « Où étais-tu ? » Sa voix, comme un tremblement, s'élève. Sa voix, accusatrice, transpire l'amertume. Ses yeux brûlants le dévisagent et elle trébuche dans son regard. « Ne me mens pas Icare. » Ses mots sonnent tantôt comme une supplication, tantôt comme un ordre. Ses mots résonnent dans le silence de cette maison qui, il y a peu, abrita le drame de son cœur brisé. Sur son cœur, Lénore collectionne les cicatrices, jamais elle n'apprend de ses erreurs, jamais elle ne protège son palpitant de peur d'en ressortir une nouvelle fois atrophiée. Après John, Lénore a fait la seule chose qu'elle savait faire pour panser ses plaies, elle s'est jetée dans les bras d'un autre homme. Mais elle n'a plus confiance. Ni en Icare, ni en personne. Elle vit avec la peur au ventre de tout perdre à nouveau. A présent le silence l'effraie et les mensonges lui donnent la nausée. Sybille avait menti à Silver, tout ira bien je te protègerais je te le jure, John avait menti à Lénore, il n'y a que toi. « Je voudrais que tout le monde arrête de me mentir. » Les bras croisés contre sa poitrine, dans une tentative inutile de se protéger contre la rage qui se propage en elle, les lèvres pincées et une moue boudeuse trônant sur son visage, Lénore exige, comme un enfant ferait un caprice. Elle se tient face à Icare avec toute la naïveté et la candeur de ses vingt ans à peine. Il est facile d'oublier, parfois, la jeunesse de cette femme puisqu'elle a tant vécu. Mais Lénore, au fond, n'est qu'une petite fille capricieuse, une jeune fille au cœur trop grand, une femme bafouée.


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Brandon Rose
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MessageSujet: Re: quand le jour se lève (icare)   Dim 31 Mai - 22:08

Encore une fois, Icare s'est envolé. De la fenêtre de la chambre qu'il occupe avec Lénore, il a sauté et est retombé sur ses pattes avec souplesse, sa chute amortie par le bruissement léger de ses ailes. A part un clochard qui lui a lancé un regard surpris, personne ne semble l'avoir remarqué. Peut-être parce qu'il est tard, et que ces quartiers de la cité royale ont les yeux fermés - de sommeil ou de vin. La nuit est encore jeune, mais déjà, les clameurs des bas-fonds ont pris ce qui leur appartient de droit. Le royaume de la nuit est un pays dangereux en ces ruelles étroites qu'il faut connaître pour pouvoir échapper aux dagues affûtées. Icare, lui, n'a pas ce problème. Il ébroue ses ailes, ébouriffe ses plumes. Elles sont blanches, désormais, immaculées. Plus jeune, elles étaient grises. A la manière d'un cygne, il s'est embelli. De monstre que l'on montrait dans les foires, il est devenu créature enchanteresse. Il savoure cette victoire alors qu'il tape le sol du pied pour prendre de l'élan et s'envoler. Il fait frais mais il a l'habitude. C'est grisant, de voler. Solitaire, aussi, mais on l'oublie très vite quand la cité royale s'étend sous le regard comme une fleur dorée. Ce soir, pourtant, il n'a pas le temps de traîner. Il a quitté Lénore alors qu'elle a à peine pénétré les méandres du sommeil, et il doit faire vite pour rentrer à temps - ou du moins, ne pas attiser ses reproches. Il a un message à porter. Une enfance de misère a pour toujours creusé son ventre : il a faim, de tout, et tout le temps. Et qui d'autre que les riches et les puissants pour le nourrir, avec leurs secrets, leur avidité, leur ignorance crasse du reste de ce bas monde ? Icare les méprise tout en enviant en leur aisance et c'est pour ça qu'il se fait un plaisir de jouer avec leurs stupides existences. Avec élégance, il amorce une descente, ralentit et la ville redevient précise et familière. Il pose les pieds sur un toit aux tuiles vertes, dévale les gouttières et finit par voleter devant une fenêtre laissée ouverte, comme prévu. Bonne chienne, songe-t-il avec un cynisme assumé. Sans un bruit, il s'engouffre. A l'intérieur, le bureau d'un riche marchand se découvre dans la lumière vacillante d'un feu qui meurt. Les draperies de Sandstone lui rappellent son enfance, et il s'en détourne pour s'intéresser - enfin - à la personne avec qui il a rendez-vous. « Bonsoir, Icare. » Lady Dalton a la voix aussi sirupeuse que les sucreries qu'elle lui propose sur un petit plateau d'argent. Jolis, ces petits couteaux brillants comme des miroirs. Il en saisit un, et joue avec sans y penser. Le geste a été si rapide que la vieille dame à la vue trouble n'a rien vu. « Milady. » répond-il avec un sourire onctueux. Lady Dalton est une curieuse femme, belle même dans la vieillesse, intelligente, élégante. Veuve depuis longtemps, elle dirige les affaires de son défunt mari avec une main de fer dans un gant de velours. Au point d'en oublier certaines civilités élémentaires. « Je crois comprendre que vous avez pour moi un message de la part de Maître Valence, à propos de ce chargement de nacre en provenance de Moonbeach. » Ah, Maître Valence. Depuis des années, Lady Dalton et le vénérable marchand sont en guerre pour ces fameux chargements de nacre, et tous les bénéfices lucratifs qu'ils peuvent bien apporter. Une guerre de tranchées, si l'on puit dire. C'est à celui qui coulera le plus de bateaux, qui engagea le plus de mercenaires et qui se montrera le plus fielleux lors de réceptions mondaines. Icare se compose un visage contrit. « En effet. Mais je crains que la réponse ne vous déplaise, Lady Dalton. » L'honorable lady hausse un sourcil, et son visage se durcit. Elle s'approche, prête à en découdre. « Dites toujours. » Icare soupire. Entre ses mains, le petit couteau en argent brille d'un éclat dangereux. « Maître Valence a insisté pour que je fasse part de ses plus profonds regrets, mais... » C'est là que tout va très vite. Icare n'a qu'un pas à faire. Il bondit, et ses ailes entourent Lady Dalton, comme une prison de plumes. « Les affaires sont les affaires. » souffle-t-il alors que le couteau traverse le tissu de la robe avec aisance et perce la chair avec facilité. Bientôt, l'étoffe vert sombre se colore d'un rouge presque noir et Lady Dalton s'écroule au sol lorsqu'Icare consent à la relâcher. Il la regarde sans s'émouvoir. Depuis qu'il est enfant, il n'a assisté qu'à la cruauté. Devrait-il se sentir coupable ? Il n'y parvient pas, en tout cas, et se baisse pour arracher le collier de Lady Dalton. Une pièce d'orfèvrerie bien trop belle pour son cou gras. La couleur mordorée des pierres lui faisait penser à la peau de Lénore, et c'est avec elle au coeur qu'il s'envole, couteau lâché au détour d'une ruelle, le collier dans la main. En quelques battements d'elle, il est de retour chez eux. En voyant Lénore debout, il a un battement de coeur plus haut que l'autre, mais il se compose un visage de marbre. Elle ne doit rien savoir. Ni de ses machinations, ni des plans qu'il fait - sur elle, surtout. Personne n'est à l'abri de l'ambition d'Icare, même pas celle pour laquelle son coeur s'émeut. « Nulle part. Dehors. » répond-il sans avoir l'impression de mentir. Icare observe Lénore, son corps gracile qui se tend sous ses baisers, sa peau couleur sable d'or, ses cheveux qui cascadent le long de son dos, les formes qu'il devine sous la délicate chemise. Il y a chez Lénore des courbes qui rappellent invariablement l'eau et son pouvoir nourricier. Comme il aimerait se nourrir d'elle, là, tout de suite... Mais la détresse de sa belle empêche toute forme de rapprochement. Pour le moment. « Comment puis-je mentir, si je n'ai rien à confesser ? » murmure-t-il en s'approchant. Il tend sa main et l'ouvre sur le collier. Les pierres plates changent de couleur dans la pénombre de leur chambre, or, vert d'eau, bleu sombre, mauve. Un cadeau à la hauteur de la beauté de Lénore. A la beauté de sa tragédie. « Pour toi. » souffle Icare, comme s'il ne s'agissait pas d'une évidence. Que dirait Lénore, si elle savait que la main qui lui offrait ce collier avait tenu, quelques heures plus tôt, la lame de la mort ?

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MessageSujet: Re: quand le jour se lève (icare)   Mer 22 Juil - 21:10

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❝ I don’t care what you do to me, but I don’t want you to hurt me. I’ve had enough hurt already in my life. More than enough. Now I want to be happy. ❞





    Elle regarde par la fenêtre et elle pense à Lili. Lili sur la plage, dans la forêt ou les pieds dans l'eau. Lili aux mots enfantins et aux remèdes doux. Elle se demande si la mer meurtrière l'effraie désormais ou si elle est parvenue à oublier qu'elle a mangé Silver et a offert à la terre ferme une petite chose trop fragile que Lili nomma Lénore. En contemplant le ciel saignant, les étoiles et la lune, elle laisse son esprit voguer jusqu'à Lili, à cette petite indienne, à cette grande fille pétrie de courage, surtout lorsque le prénom qu'elle lui a donné traîne sur la langue des autres et éclate au bout de leurs lèvres. Icare rentre dans son champ de vision et efface Lili d'un simple battement de cils, d'un seul battement d'ailes. Elle manque de rigoler, un peu, amère et sèche, cassante et vipère mais son visage reste de marbre, statue de pierre fissurée par endroits. « Tu te moques de moi. » Ses yeux défient Icare de la contredire et son corps, comme exaspéré, se tend sous sa chemise de nuit en soie. Elle sait reconnaître les mensonges à présent, elle les devine, les traque et les fait éclater. Elle leur invente parfois aussi des faux problèmes, décèle un regard fuyant là où il n'y a pas et se referme sans crier gare. Elle s'est jetée sans réfléchir dans une nouvelle histoire sans être guérie de la brûlure des précédentes et elle en paye le prix. Elle voudrait pouvoir tout brûler : ses souvenirs, ses erreurs, ses blessures, Silver et puis Lénore. Un grand feu de joie dans lequel elle pourrait cramer sa vie - ses vies. Lénore, malgré son jeune âge, a traversé tellement de vies que, parfois, par mégarde, la fatigue des vieillards se pose sur ses épaules et enlace son coeur. Elle est de ceux qui ont vécu mais qui ne savent pas raconter alors les histoires restent blotties en elle. Ces mêmes histoires qui finissent par la ronger par petit bout. Elle aurait tellement de choses à conter pourtant : la vie, la mort, la survie, dans tout ce qu'elles ont de plus beau, de plus terrible et de plus fragile. Mais Lénore ne sait pas alors elle se noie. Le soir, parfois, dans le noir, elle a su ouvrir pour Icare une porte jusqu'alors fermée à double tour. Elle a semé en lui des bribes de son histoire, a mis de côté des chapitres et des paroles mais elle a étalé devant cet homme sa tragédie. Elle a imaginé qu'il comprendrait, lui, ni homme ni oiseau, son drame à elle, ni femme, ni sirène. Icare ouvre ses mains sur un collier aux pierres couleurs arc-en-ciel, soirées d'été, dansant dans son regard. Elle fait un pas en avant, rapproche sa main droite de celle d'Icare dans laquelle le bijou l'attend et au lieu de saisir le collier, Lénore pose sa main juste au dessus pour le recouvrir, comme pour le cacher, le faire disparaître. « On ne m'achète pas Icare. » Sa voix est ferme mais s'agrémente de notes de douceur. Lénore se persuade qu'Icare n'est pas John, ni Sybille, ni Thorn et se raccroche à l'illusion que cette histoire là pourrait être différente. Il est sa dernière chance, sa rédemption amoureuse, le minuscule pansement tentant de cacher la plaie encore ouverte. Mais plus les jours passent plus l'ancienne sirène doute, lorsqu'il disparaît dans la nuit, lorsqu'il élude ses questions en glissant un baiser dans son cou. « Tu n'as pas assez confiance en moi ? » Car elle pourrait tout accepter, tous les secrets qu'il daignerait lui glisser à l'oreille. Tout sauf une autre femme. Elle ne veut pas d'un amant qui ment et qui fuit, qui court dans la nuit et s'allonge à ses côtés comme si de rien n'était. Elle a assez donné. Lénore sourit et dans ses yeux sombres souffle le vent. Le vent et l'océan.

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MessageSujet: Re: quand le jour se lève (icare)   Jeu 25 Fév - 0:44

Il se demande ce qu'elle en penserait, Lénore, de tout ça. Si elle savait ce qu'il était. Elle pense savoir, mais elle se fourvoie. Ils sont tous dans l'erreur, et quelque part, Icare s'en régale, sans réaliser que chaque mensonge qu'il profère est une brique de plus ajoutée à la construction de sa forteresse de solitude. Pour l'instant, il observe Lénore du coin de l'oeil. S'il lui envie son ignorance ? Il ne saurait pas répondre. Il n'a jamais eu connu le privilège de la bêtise : tout de suite, il a compris que pour vivre en ce monde, il faut avoir un, deux, trois temps d'avance. Icare danse avec le danger, s'envole à tire-d'ailes dès qu'il approche, mais avec Lenore, il reste encore un peu, jusqu'à ce que vraiment, il doive s'en aller. Pour le moment, il profite. Lénore le surprend. Elle vient d'un monde opposé aux siens, celui des profondeurs. Néréide gracile, elle possède pourtant la force des lames de fond et Icare sait qu'il n'a pas intérêt à provoquer la tempête. Alors, quand elle approche, il retient son souffle, se prépare à recevoir la gifle qu'il a mérité. Mais elle ne fait que poser sa main sur la sienne et c'est tout son corps qui frémit, transporté par le simple contact. Il le ressent dans la moindre de ses plumes et ses ailes s'ébrouent imperceptiblement. Elle a ce pouvoir-là, Lénore, ce pouvoir de l'atteindre quand bien même elle reste un pion sur l'échiquier de sa vengeance sans destinataire. « Je ne t'achète pas. Je te pare. Je n'ai pas le droit ? » répond-il avec un aplomb mesuré. La beauté de Lénore est incomparable. Et Icare est exigeant. Il ne se contente, pour amant ou maîtresse, que des créatures les plus exotiques, les plus surprenantes, celles, en vérité, qui sont dignes d'un être tel que lui. Lénore, il doit l'avouer, est proche de le surpasser en beauté et en grâce ; sa force est celle de la mer, sa majesté, celle de l'océan, sa passion, celle de la tornade. C'est justement cette passion qu'il cherche à déclencher ce soir, pour mieux éviter les questions et les débats, pour éviter de se perdre dans ces grands yeux sombres qui pour un peu le feraient trébucher. Pourtant, il se l'est promis : au moment venu, il divulguera la présence de Lénore et la vendra au plus offrant. Mais pour l'instant, la sirène le paralyse étrangement. Comme il se voit en elle, comme il peut entendre dans sa voix les mêmes accents lointains que sa peine ! Lénore et lui ne s'appartiennent pas comme ils n'appartiennent pas à quoi que ce soit. Ils sont hors du monde, condamnés à vivre dans des enveloppes qui ne sont pas les leurs. Et Icare sait qu'elle en souffre autant que lui. « Bien sûr que si. » réplique-t-il en fronçant les sourcils, presque outré qu'elle émette une telle réserve. Icare n'est pas à une contradiction près. Sa main se dérobe et dépose le bijou sur un meuble – sur le bois brut et grossier, l'écrin a l'air d'une étoile que les dieux-orfèvres de Sandstone auraient taillé. Icare se rappelle de quelques histoires, celles que les monstres du cirque racontaient le soir, après les représentations. Roulé en boule, dévorant sa maigre pitance, l'oisillon écoutait alors, avide comme peuvent l'être les enfants de ces contes de bonimenteurs. De toutes les régions que comptaient le vaste monde, Sandstone était la favorite des habitants des astres, tant et si bien que son sol avait été parsemé d'étoiles, qui au fur et à mesure d'avoir été foulé par les hommes, s'était transformé en sable. Une bonne raison de plus pour Icare de ne plus effleurer le sol, de crainte d'offenser l'oeuvre divine. Mais il avait appris que le monde était un endroit sans dieu. Surtout pour des gens comme eux. « Il y a des choses que je ne peux pas t'expliquer. » finit-il par avouer. Il pense que s'il concède sans dévoiler, il s'attirera peut-être ses faveurs. Un geste tendre l'amène à caresser la joue de Lénore, et il oppose son regard aérien à aux abysses de ses prunelles. « Comme je sais qu'il y a chez toi des mystères que je n'oserais pas effleurer. » Et c'est vrai, cette fois, Icare ne ment pas. Il ose un sourire, en réprime l'arrogance qu'il sait parfois être le synonyme de ses rictus, et se rapproche de Lénore. Elle sent la mer et la liberté. Serait-ce une once de culpabilité qu'il ressent, quand il sait que bientôt, cette insouciance qu'elle croit être sienne lui filera entre les doigts ? Si c'est ce le cas, alors Icare la réprime aussitôt. « Lénore, si tu crains que je m'envole pour aller rejoindre une autre femme... » Il sait que c'est la grande peur de Lénore, sa grande blessure. S'il en joue ? Peut-être un peu. Après tout, les conquêtes d'Icare et les faveurs que lui accordent les puissant(e)s de ce monde ne sont un secret pour personne. « Comment puis-je te prouver ma fidélité ? Tu es la seule. Dans mon lit... » Il prend sa main, joint leurs doigts et les pose sur sa poitrine, là où ne bat plus qu'un coeur froid et lacéré par les années. « Et ailleurs. » Jamais il n'a si bien imité le son de la vérité. A croire qu'il s'agit peut-être de cette denrée trop rare en ces temps qui courent.

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MessageSujet: Re: quand le jour se lève (icare)   Mar 8 Mar - 19:31




    Elle craint de se brûler les ailes - encore fragiles - en s'approchant trop près d'Icare. Lénore lui a offert cette faculté là, ce pouvoir : la possibilité de piétiner sa dernière chance, son dernier essai. De tout cramer. Un petit rire moqueur s'échappe de ses lèvres avant qu'elle n'ait le temps de le rattraper. Un rictus détestable. Elle se fait amer, méfiante et distante, effrayée à l'idée de se laisser dévorée par les mots doux d'Icare, puisque de ses lèvres glissent des promesses déguisées, des chimères, des créatures dangereuses. « Il n’y a qu’un pas entre les deux. » finit-elle par répondre. Lénore se crispe et se raidit, tandis que ses lèvres se pincent et qu’elle ne fronce les sourcils. Elle peine à discerner le mensonge de la vérité lorsque les mots sortent de la bouche de ce mi-homme mi-oiseau, et se perd dans une relation dont elle peine à comprendre les règles. Elle aurait aimé être de ces femmes heureuses seules, contentées par leur célibat. Lénore, bien qu'indépendante et fière, se fait grignotée encore et toujours par le besoin de sentir des bras entourer son corps, de tenir une main dans la sienne, de pouvoir ressentir la chaleur d'une silhouette assoupie à ses cotés. C'est là sa faiblesse. Peut-être ne recherche-t-elle que la sensation de plénitude que seul pouvait lui procurer l'océan. En vain. Ces échecs amoureux ne lui ont pas ôté l'idée naïve qu'elle mérite une jolie histoire en marge d'un monde incapable jusqu'à là de lui offrir la paix. Icare vient faire glisser sa main sur la joue de Lénore, à son contact, elle fond presque. Il a ce pouvoir détestable et enivrant à la fois, lui faire tout oublier d'un regard avant de lui rappeler ses insécurités. « Ce n’est pas ça. » Elle refuse de le laisser jouer de ce défaut dans son système, de rouvrir la plaie encore fraiche. Elle refuse, surtout, qu’il se joue d’elle. Elle refuse d’être un pion ou un jeu divertissant dont il finira par se lasser tôt ou tard : elle vaut mieux que ça. « Ce-n’est-pas-ça.» Entre ses dents, Lénore se répète, un peu plus fort cette fois. Contre son corps, l'ancienne sirène serre ses poings. Fort. Si fort. Ses ongles plantés dans sa peau. Jamais n'a-t-elle autant ressemblé à une adolescente. Il vient chercher sa main, desserre son poing comprimé pour venir l'entrelacer avec sa main à lui, avant de la poser sur sa poitrine. « Explique moi, alors ! Explique moi tout ça, tout ce que tu ne dis pas. Je ne suis pas stupide. Je ne suis pas une enfant. Parle moi, explique moi. » On trouve dans ses mots le poids de nombreuses années de déceptions et de rêves sacrifiés - par les hommes autant que par les femmes - sur l'autel de leur égoïsme. Sa voix vacille, une seconde tremblante et l'autre inébranlable, solide comme seuls le sont les guerriers. Un cri, puis un murmure. D'Icare, elle ne connaît que quelques bribes, des histoires qu’il a bien voulu lui conter ici et là, les miettes qu'il s'autorise à semer sur son passage. De lui, finalement, elle sait si peu de choses. Elle devine pourtant qu’il est comme elle : inadaptée à la terre ferme, entre deux mondes. Lénore, elle, ne lui a jamais conté Sybille ou Thorn, ne parle qu'en pointillé de John, n'aborde jamais ses envies dangereuses de vengeance. Pourtant, d'elle, il connaît le plus grand secret, celui qu'elle se refuse toujours à dévoiler, celui qu'elle garde verrouillé à double tours dans sa poitrine. Lénore a raconté Silver à Icare. Cette fille qu'elle n'est pas, cette enfant de l'océan, celle qu'elle ne sera plus jamais. Celle dont elle assure avoir fait le deuil mais qui la hante sans crier gare dans l'obscurité. Silver est son fantôme, une ombre lourde qu'elle traîne derrière elle et dans ses entrailles, une partie d'elle que personne, jamais, ne pourra recoller. Sa main est restée là, posée contre les battements du cœur d'Icare qu'elle peut sentir sous sa paume. Souvent, elle lui offre des tempêtes, des ouragans et des tornades provoquées par ses propres insécurités, par les mensonges qu’elle croit déceler en Icare – à tort ou à raison – par un mot ou un regard. Mais de ces scènes, c’est elle qui, toujours, en ressort affaiblie, comme amputée d’une partie de cette force qui la caractérise. Elle hait cette faiblesse causée par ses passions et ses attaches. Par-dessus tout, elle hait paraître ainsi devant lui : blessée et ébranlable – humaine, lui qui semble la préférer lointaine et sirène.

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