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 the hottest love has the coldest end (r)

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Ophelia Darmody

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ONCE UPON A TIME
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MessageSujet: the hottest love has the coldest end (r)   Jeu 19 Fév - 20:31


danny + ophelia

Elle avait le cœur lourd mais il fallait qu’elle passe par cette étape. Mais le fallait-il vraiment ? Ou était-ce un moyen désespéré de susciter une quelconque réaction chez Danny ? Ophelia n’était pas dupe, elle avait toujours été parfaitement consciente des remous de son cœur et malgré la rupture, ça n’avait pas changé. Certes, elle ne reconnaissait plus son meilleur ami, son âme sœur, mais pouvait-elle pour autant se mentir à elle-même ? Bien sûr que non. Elle pouvait tout faire sauf ça. Et nourrir un amour non-réciproque était devenu trop dur. D’autant plus dur qu’elle avait connu le bonheur intense, la passion innocente, l’assurance naïve du futur qui l’attendait. Comment aurait-elle pu y renoncer ? Elle ne le voulait pas, ne l’avait jamais voulu mais il fallait bien qu’elle se rende à l’évidence : les choses n’étaient plus telles qu’elles l’étaient et se raccrocher à un souvenir ne lui faisait plus aucun bien. Elle laisserait donc Daniel aux pages de ses journaux intimes, puisqu’il n’y avait que là qu’il était intact et pour le reste, elle se déferait de ce qu’ils avaient été pour mieux se concentrer sur celle qu’elle était supposée être maintenant. Sauf qu’elle n’avait aucune idée de qui était cette nouvelle personne, de quoi était-elle supposée façonner cette nouvelle identité ? Elle n’avait pas été préparée à ça. Elle qui percevait l’avenir comme un horizon radieux observait à présent un paysage gris, sans saveur et brumeux. D’une brume épaisse et opaque qui ne lui laissait pas entrevoir la lueur à l’autre bout. Pourtant elle n’était pas faite pour une telle vie. Elle aimait la couleur, la vie, les traditions, les petits trésors du quotidien et si ça lui avait été cruellement arraché, ça ne voulait pas dire qu’elle n’y avait plus droit. Ce serait juste différent, voilà tout. Oui, avec cette idée en tête, elle parvenait à respirer un petit mieux. C’était minime comme effet mais c’était mieux que rien. Il n’empêchait qu’elle gardait le cœur lourd. Lourd de regrets, de nostalgie. Mais d’appréhension, aussi, comme elle ralentissait et se garait devant chez Danny. Elle coupa le moteur mais ne sortit pas immédiatement, se contentant de regarder avec amertume les murs qu’elle avait considérés comme sa propre demeure. Ça avait été chez elle, à une époque. Maintenant, cette maison n’était que la représentation de tout ce qu’elle avait perdu en chemin. Cette maison, mais également le carton qui reposait silencieusement sur le siège passager. Un voile d’immense tristesse caressa le visage de poupée d’Ophelia qui entrouvrit délicatement les rabats de la boite. Elle entrevit les objets qu’elle avait spontanément associés à Daniel. Des bricoles qu’elle avait accumulées au fil du temps, y raccrochant ses souvenirs, y associant une part de son amour pour lui. Désormais, s’ils évoquaient toujours son adolescence et son innocence, ils représentaient surtout la perte, le chagrin et un deuil toujours en cours. Tout ce qu’il avait pu lui offrir, tout ce qu’ils avaient pu ramasser, tout ce qu’elle avait pu lui chaparder, aussi, se trouvait là, devant ses yeux. Elle trouva désolant qu’un amour si fort puisse être réduit à ça : une boite en carton. Ses doigts glissèrent sur une écharpe qu’elle avait gardée durant son coma, l’enroulant autour de son cou pour pouvoir respirer son odeur quand elle ne pouvait rester à ses côtés à l’hôpital. Si elle pressait le nez dans la laine, elle pourrait sûrement encore déceler Daniel dans les fibres. Mais elle ne le ferait pas. Elle n’était pas venue pour ça et si la tentation fut forte de remettre le contact pour fuir cette confrontation, elle n’y céda pas. Forte de sa détermination, elle attrapa son fardeau et s’extirpa du véhicule pour se diriger vers la maison. Son cœur gonfla au fur et à mesure qu’elle s’approcha de la porte d’entrée et si elle eut la sensation de rétrécir dans le même temps, écrasée par la tension et les larmes qui menaçaient de surgir à tout moment, elle prit une profonde inspiration au moment de presser la sonnette. Elle écouta le son résonner dans la maison et s’il lui vint tout à coup à l’esprit qu’elle pourrait se trouver face à Matthew, ce doute n’eut pas le temps de s’immiscer bien longtemps car la porte s’ouvrit bientôt. Bien malgré elle, Ophelia sentit son cœur flancher en plongeant les yeux dans ceux de Danny. Mais elle serait forte, elle s’efforcerait de voir en lui un étranger, un être dissocié de celui à qui elle s’était donnée corps et âme. « Salut » lança-t-elle sur un ton faussement enjoué. « Je peux entrer une minute ? » Cela ne prendrait-il vraiment qu’une minute ? Pouvait-on expédier un tel amour aussi vite ? Qu’importe. Ça devait être fait, un point c’est tout. Alors elle pria juste pour qu’il ne distingue pas les tremblements dans sa voix.

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Danny Runshell
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MessageSujet: Re: the hottest love has the coldest end (r)   Dim 8 Mar - 15:58

S’il avait su qui l’attendrait de l’autre côté de cette porte, est-ce que seulement il se serait risqué à l'entrouvrir ? Il aurait pu jeter un coup d’œil furtif caché derrière ce rideau pour apercevoir l’intrus(e), comme peut le faire sa mère ; mais il n’est pas comme ça. Il fonce tête baissée, Danny. Qu’importe les ennuis qui l’attendent derrière ce regard azuré. Il pourrait presque prendre un plaisir infini à sa venue. A sa vue. Le mot clé étant presque. Il voudrait presque oublier les odieuses bêtises qui ont su ruiner la beauté, rare, qu’ils ont pu si longtemps faire leur. Il pourrait presque effleurer, d’un souvenir, le contentement béat d’une histoire à deux. Ce qu’ils pouvaient être idiots ! Des idiots amoureux. Ce qu’ils pouvaient être heureux. Mais idiot, Danny l’est aujourd’hui d’une bien autre façon. Une qui, il ne faudrait pas l’avouer, le rend bien moins radieux. Il pourrait si aisément se réjouir. Si seulement elle n’était pas Ophelia, et qu’il n’était pas Danny. Ou plutôt, si seulement il était Daniel. Si bien que s’il a ce réflexe, cette vieille habitude (aujourd’hui mauvaise tout autant qu’elle a pu être si bonne), de goûter un plaisir gourmand à déposer son regard sur sa délicate silhouette ; ce plaisir est aussitôt rattrapé par une piqûre de rappel qui lui offre ce doigt d’honneur éhonté. Alors les prémices de son sourire paraissent aussitôt amers, comme si cet arc lui écorchant les lèvres au passage. Dorénavant, depuis trop longtemps, il a le sentiment qu’Ophelia le nargue à se balader ainsi sous son nez. A s’inviter, croiser son chemin. Parce qu’il voudrait pouvoir l’attraper au vol, comme un garçon s’impatientant d’un cadeau qui n’est pas encore entre ses mains pour pouvoir satisfaire son envie furieuse de le faire sien. Comme un homme convoitant une femme. Puisqu’ils ne sont plus ces enfants-là. Ils ont grandi. Erreur fatale. Et c’est une histoire enchantée qu’ils ont dû enterrer. Mais ce n’est pas parce qu’elle se retrouve six pieds sous terre, que le muscle, l’esprit, épris, se sont tus. Et de là, le manque, cruel, sournois. Si bien que parfois, souvent ? il en veut à sa bienaimée. De ne plus vouloir de lui. Il lui en veut surtout, de garder ses griffes sur lui quand bien même elle s’est dérobée. Elle croit qu’elle peut s’imposer comme ça, quand ça lui chante ? Lui aussi, il devrait en faire de même, tiens ! Elle s’octroie encore et encore cet effet redoutable sur lui, pour que sa carcasse soit soudain contrainte à délaisser l’insouciance au creux de laquelle il se plaît tant. Il voudrait la détester. Mais il l’aime. Lorsqu’elle aime Daniel. Cet autre. Ce scélérat. Elle en aime un autre, et il crève de jalousie. Il ne saurait l’admettre pour autant. A la place de ça, les remarques se font grinçantes, des reproches déguisés derrière de fins mots. Bien qu’il a en finesse, ce qu’il a en sagesse. D’autres fois, la tendresse se fait comme rarement maîtresse de lui. Qu’en serait-il aujourd’hui ? Si ça ne tenait qu’à lui, il s’emparerait de sa main pour l’entraîner dans cette chambre qui a pu si souvent avoir des allures de refuge les coupant du reste du monde. Il n’aurait pas un seul scrupule à la délester de ce mystérieux carton. Il est loin de se douter, qu’il renferme les précieux témoins d’un passé inestimable.
Daniel. Daniel, il est encore là, dans cette chambre qui pourrait tout aussi bien être la sienne au vu du temps qu’il y passe volontiers. Daniel, il se pince les lèvres sous le poids de la réflexion. Il ne doit pas traîner, avant qu’elle ne revienne. Daniel, il a 14 ans. Si bien qu’il lui manque encore quelques centimètres. Il a beau grimper sur une chaise accolée à la fenêtre pour tenter d’atteindre le plafond, il manque plutôt d’atteindre le sol du haut déséquilibré de ses orteils. Mais comme il est raisonné, le jeune garçon, il n’use pas de ressources abracadabrantesques pour parvenir à ses fins. Et s’il déserte la chambre, ce n’est que pour y revenir armé d’un escabeau. Et pas à pas, il se fait un peu plus grand, pour finalement frôler ces hauteurs et y accolé l’objet aux couleurs chatoyantes. Un attrapeur de rêves. Parce qu’Ophelia, elle a encore fait un cauchemar la nuit dernière. Et comme il ne fait que penser à la fée à longueur de journée, il a forcément pu se demander de quelle façon apaiser son sommeil agité. Parce qu’il est un garçon, et qu’il doit s’occuper d’elle. Qu’il doit la préserver tout comme son père s’y efforce auprès de sa mère. Daniel, ce n’est qu’un garçon, mais il voudrait être un homme à vue d’œil. A son œil. Celui d’Ophelia, qui fait son entrée dans la pièce à l’instant même où son pied touche le sol. Ce n’est pas seulement ses lèvres qui sourient lorsqu’il la retrouve, mais l’éclat de son regard, et ses traits aussi. Déjà, sa main ne sait que trop comment retrouver la sienne. Et il l’entraine. « Il faut que tu le touches, pour qu’il soit tien » Du moins, c’est ce qu’il a entendu dire. Car d’ici-là, c’est lui qui en est le propriétaire autrement. Si bien qu’il lui offre l’appui de sa main, pour qu’elle grimpe à son tour et le frôle.
« Fais comme chez toi » Et sans plus de cérémonie, il repousse davantage la porte et recule pour lui laisser ce passage libre, tout comme il lui laisse le soin de refermer la porte derrière elle. De toute évidence, pas si enclin que ça à apaiser son manque de tact aujourd’hui. Pour preuve. « Mais Matthew n’est pas là par contre » Qu’elle le sache surtout, qu’il n’est pas si idiot. Qu’il a su remarquer leur amitié. Qu’elle lui accepte, à lui, tout ce temps qu’elle lui refuse. Il est jaloux. Quand bien même il jouerait volontiers de désinvolture si elle l’accuse de ce poison envieux. Mais lui aussi, il voudrait être son ami. Et peut-être même, pas que son ami.

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MessageSujet: Re: the hottest love has the coldest end (r)   Jeu 30 Avr - 10:01

Elle était là, cette petite coupure dans la respiration. Le nœud était pourtant situé dans son ventre mais ce sont ses poumons qui se comprimèrent à la vue du jeune homme. Comment pouvait-on changer à ce point ? À ses yeux, il était toujours Daniel, il avait son visage, ses traits, ses cheveux, ses yeux, son odeur. Mais le regard du garçon qui la fixait n’avait rien à voir avec celui de son petit ami. Il était dénué de cette lueur qui égayait le cœur de la jeune femme. Avant, il aurait suffi qu’il sourie avec les yeux pour qu’elle sente son corps s’embraser et ses battements s’affoler. Mais l’espoir semblait avoir disparu, envolé durant le coma dans lequel Daniel avait été plongé. C’étaient des yeux ternes et froids qui la jaugeaient maintenant. Et Ophelia ne savait pas ce qui était le plus douloureux : qu’ils ne soient plus ensemble, qu’il soit un étranger ou qu’elle ait perdu ce point d’ancrage dans lequel elle se plaisait tant à plonger, s’immergeant dans l’amour pur qui les unissait. À présent, c’était comme si elle se sentait salie par ces yeux-là, les mêmes et différents à la fois. Ils en avaient la forme, la couleur mais plus la douceur ni la malice. Pire, elle se sentait transpercée quand, autrefois, c’était une agréable chaleur qui l’enveloppait. Jamais elle ne se ferait à cette métamorphose, elle le savait. C’était pour ça qu’elle devait couper le fil invisible qui les reliait, défaire le nœud de ses sentiments, repousser le passé, enterrer leur relation avortée. C’était peut-être naïf de sa part de s’imaginer que se débarrasser d’objets pourrait panser les plaies. Comme si un cœur brisé se réparait de la sorte ! Mais quel autre choix avait-elle ? Elle n’avait pas l’imagination fertile quand il s’agissait de rompre et d’oublier ce qui l’avait tant fait vibrer. Elle redevenait une gamine inexpérimentée. Et pour cause, jamais elle n’aurait pu imaginer qu’elle passerait par ce cauchemar un jour. Pour elle, Daniel et elle, c’était pour la vie, il y aurait eu des hauts et des bas mais ils s’en seraient toujours remis. Mais ceci n’était pas un simple creux dans leur relation, c’était un gouffre sans fond, infranchissable, infini. Il n’y avait pas moyen de passer outre. Puis ce silence. Elle se sentait comme un animal effrayé sous le microscope d’un scientifique. Démunie, impuissante. Il pourrait la manipuler comme bon lui semble qu’elle serait incapable de se débattre. Elle cillait à chaque fois qu’il faisait preuve de cynisme à son égard, elle tremblait dès que son regard empoisonné la caressait mais ce silence, cette immobilité, c’était pire que tout et elle se mordit l’intérieur de la joue pour ne pas sentir ses lèvres trembler. Quel besoin avait-elle eu de vouloir lui rapporter leur amour ? Elle aurait pu livrer la boite, l’abandonner sur le perron, ça aurait eu la même signification, n’est-ce pas ? Mais non, c’était comme si son instinct lui dictait de s’exposer au danger que représentait Danny. Comme si elle devait être certaine qu’il comprenait ce qu’elle lui confiait, comme si elle voulait le voir détruire les restes de leur passé, les piétiner sous ses yeux pour se convaincre une bonne fois pour toute que leur histoire était terminée.

Elle pédalait à toute vitesse, la poupée aux cheveux indisciplinés. Elle venait de quitter son petit cousin, avec qui elle avait confectionné un ravissant costume pour la fête de l’école. Elle avait apporté tout son matériel : paillettes, froufrous, boutons et tissus en tous genres. Si les pastilles colorées n’avaient pas impressionné le garçonnet, il s’était ingénié à découper des formes dans les étoffes aux multiples motifs. Il serait le plus beau prince de toutes les pièces qui avaient pu se donner dans leur petite école, Ophelia en était persuadée. Et elle avait souri à la vue du petit bout de langue qui se glissait entre les lèvres de son cousin, tant il s’appliquait. Elle lui avait fabriqué un beau chapeau, à la robin des bois, et avait agrémenté le couvre-chef d’une magnifique plume qu’elle avait dénichée lors d’une balade avec Daniel. Daniel. Il devait passer cet après-midi-là et elle avait constamment guetté l’heure sur l’horloge murale du salon de sa tante. Puis, emportée par sa création, elle avait fini par oublier de vérifier l’avancement des aiguilles et quand ils avaient terminé, elle avait déjà un quart d’heure de retard. Du coup, elle pédalait comme une folle, sur le chemin du retour, l’appareil photo se balançant sur sa hanche. Car, évidemment, elle n’avait pas manqué d’immortaliser le moment en prenant un cliché de son petit cousin entièrement revêtu de son costume. Quand elle parvint chez elle, elle avait des mèches hirsutes et des nœuds incroyables que sa mère aurait toutes les peines du monde à démêler. Mais qu’importe, Daniel n’y prêterait aucune attention et elle lâcha son vélo sur la pelouse avant de pénétrer comme un ouragan dans la maison et de grimper les marches quatre-à-quatre, se contentant d’un cri pour alerter sa mère de son retour. « Je suis rentrée ! » Elle traversa le couloir et ouvrit la porte de sa chambre à la volée, s’attendant à voir Daniel allongé sur son lit à lire une bande dessinée. Mais il était en hauteur et elle lâcha son sac en essayant de voir ce qu’il concoctait comme tour. Il faut que tu le touches pour qu’il soit tien. Émerveillée, l’adolescente se laissa entrainer vers l’échelle de fortune, les doigts encore un peu moites de sa course folle serrant ceux de son meilleur ami. Ophelia obéit sans se faire prier. Une main sur le dossier de la chaise, elle grimpa agilement sur l’escabeau et tendit le bras pour atteindre le cadeau de Daniel. Avec sa petite taille, elle dut se mettre sur la pointe des pieds pour toucher du bout des doigts l’objet enchanteur et elle était si absorbée par son objectif qu’elle ne prêta pas attention à son déséquilibre. Un cri étouffé lui échappa lorsque la gravité la fit basculer mais sa souplesse la fit retomber sur ses pieds, comme un chat. À moins que ce ne soient les mains rassurantes. « Merci » souffla-t-elle avant qu’une légère grimace ne crispe son visage et qu’une plainte ne s’envole : « Aouuuuuh… » Elle avait la même sensation que si elle s’était tordu la cheville et elle clopina jusqu’à son lit où elle se laissa tomber. Soulevant son pied endolori, elle plaisanta : « Heureusement que c’est un attrapeur de rêve et pas un porte-bonheur sinon je pourrais penser qu’il est envoûté ou qu’il ne fonctionne pas ». Taquine, elle ajouta en étendant sa jambe sur le lit, comme une convalescente : « Peut-être que ça ira mieux avec un bisou magique ? » Elle avait le sourire mutin, il était hors de question que Daniel se sente mal à l’aise parce qu’elle était maladroite.

La voix de Danny les sortit du silence et elle lui décocha une œillade incertaine avant de s’avancer dans la maison, à nouveau envahie par cette sensation étrange d’être noyée dans l’inconnu malgré le décor familier. Elle tressaillit lorsqu’il déclara que Matthew n’était pas là et une vague de colère la traversa. Mais il était hors de question qu’elle le laisse gagner la partie. Elle était venue pour mettre un terme à cette souffrance ingérable, elle n’allait certainement pas accepter qu’il l’écrase de ses reproches. Il n’en avait plus le droit. Un vague sentiment de culpabilité l’étreignit cependant à l’idée qu’il puisse deviner ce qu’elle avait confié à son journal intime avec tant d’empressement. Comme si cela allait exorciser quoi que ce soit. Mais seul Matthew et elle savaient et elle était à peu près certaine que l’ainé des Runshell n’avait rien dit à Danny.  « C’est mieux ainsi, ce n’est pas lui que je suis venue voir » répliqua-t-elle, un peu acide, en allant déposer le carton sur la table du salon. Qu’il soit bien en vue, c’était une bien maigre vengeance pour l’insinuation et la trahison et elle s’en voulut de s’abaisser à ce jeu-là, stérile et voué à la faire souffrir. « Je t’ai ramené tes affaires. Je n’en voyais plus l’utilité » lâcha-t-elle en se tournant vers lui. Ses affaires, comme s’il les avait oubliées chez elle, par inadvertance, ou comme si elle les lui avait empruntées momentanément. « Tu peux en faire ce que bon te semble ». Se doutait-il qu’il y avait tout, là-dedans ? Leur premier baiser, leurs inlassables balades main dans la main, leur parfum mêlé, leur première fois et maintenant leurs cendres.

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Dernière édition par Ophelia Darmody le Mar 7 Juil - 9:21, édité 1 fois
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Danny Runshell
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MessageSujet: Re: the hottest love has the coldest end (r)   Jeu 25 Juin - 15:03

Daniel n’est peut-être plus le même, mais il n’est pas seul dans ce redoutable changement. Ophelia, elle n’est plus vraiment Ophelia non plus. Du moins, celle qu’il a connu a été terrassé. A-t-elle pris son envol en même temps que Daniel a disparu ? Sont-ils partis main dans la main en vérité ? Les abandonnant tous les deux, là-bas en bas, ne sachant que faire de leur passé à deux ? Et voilà que Danny, il est contrarié par la nouvelle Ophelia. Celle qui l’a quitté. Celle aux mots cruels, qui ne croit pas faire face à un véritable être humain. Celle aveuglée par Daniel, si bien qu’elle ne saurait voir Danny. Peut-être est-ce un juste retour des choses. Après tout, combien de fois a-t-il pu heurter des sentiments sans même s’en rendre compte par le biais de son insouciant manque de tact ? Aujourd’hui, ce sont une nouvelle fois les siens qui font office de paillasson sous les pieds de son ange blond. Le jeune Runshell, il a appris à être sur la défensive en présence de la précieuse. A la fois parce qu’elle remet constamment en question son indifférence habituelle, tout autant qu’elle le met à l’épreuve de son manque de considération. Alors Danny, il la provoque d’entrée de jeu. Il pointe de sa voix, et non de son doigt, tout le temps passé en compagnie de son frère, pendant que lui se lorgne d’elle. Bien sûr, il ne lui dit pas tout ça, il le garde pour lui. Ce serait bien trop facile (ou plutôt trop difficile ?) de seulement lui avouer ses sentiments. Mais de cette rancœur si aisément dévoilée, ceux-ci ne sont-ils pas une évidence ? Et que dire de cette jalousie pernicieuse qui ne manque pas de s’insinuer lorsqu’il est question de Matthew ? Alors en réponse, Danny, il se convainc du pire des scénarios pour s'alléger un peu la tâche. Car Ophelia, elle ne peut être qu’égoïste. Elle a préféré le quitter pour ne plus souffrir, quand bien même c’est lui qui en pâti en retour. Et si l’inverse aurait fait de Danny l’égoïste, il peut bien la blâmer d’être là encore, de traîner si souvent aux alentours, aux côtés d’un autre Runshell que lui. Mais quand bien même il noircit l’exquis croquis de sa belle, il n’en demeure pas moins épris de sa silhouette lointaine. Comment pourrait-il seulement un jour se délester de l'emprise qu'elle a pu s'octroyer, qu'elle l'ait voulu ou non, sur lui ?
Ophelia et Daniel, ils sont amis. Les meilleurs amis qui soient. N'est-ce-pas ce qui est dit d'eux, au détour de regards admiratifs ou envieux, dans la cour de récréation ? Car oui, leur amitié, elle remonte à aussi loin que la maternelle. Elle a peut-être gagné en authenticité avec les années, mais lui ce fut dès leur rencontre qu'il se retrouva ébloui par le blond de ses cheveux. Si bien que sans mentir, l'enfant n'en a toujours eu que pour elle. Elle est celle qu'il guette dès son arrivée le matin à l'école, et celle envers laquelle il est incapable de prêter une attention distraite. Ses mots, il les fait prisonniers de sa mémoire, un à un, et jamais il ne manque un changement de note dans son ton. Ophelia, quand elle n'est pas bien, il n'est pas bien non plus. Mais tout va mieux, quand elle va mieux. La nuit, ce n'est plus le temps du sommeil, mais le laps de temps qu'il a à passer loin de son ange blond. Alors Daniel, il préfère le jour à la nuit. Ne serait-ce que pour les éclats de soleil qui illuminent davantage encore ses cheveux. Mais ils ne sont qu'amis, Ophelia et Daniel. Depuis toutes ces années. Il a eu 14 ans le mois dernier, mais il n'a pas encore eu droit à sa première amoureuse, parce qu'il a d'ores et déjà pu nommer son centre d'attraction Ophelia. C'est que ça lui ferait peur, de compromettre cette si belle amitié d'une ambiguïté malvenue. Non pas qu'il ne les croit pas capable de tout surmonter, tant que sa main trouve sa juste place dans la sienne. Alors lorsque ce jour-là Ophelia lui parle d'un bisou magique, ce n'est pas contre sa cheville que sa bouche tarde à s'échouer au détour d'un regard complice, mais tout contre ses lèvres qu'il ose fébrilement s'aventurer. Un baiser tendre, timide, déposé du bout de ses lèvres, sur le bout des siennes. Un baiser adolescent. Mais surtout, le premier.
Danny, il a un sourire narquois lorsqu’elle lui dit que l’aîné n’est pas celui qu’elle est venue voir. Quoi, elle en a après son père maintenant ? Tous les hommes Runshell, sauf lui ? Ce sont des pensées incisives comme celles-là, qui rendent un peu plus supportable sa proximité encore trop distante à son goût. Car Danny, il n’ose croire un seul instant qu’elle ait vraiment l’envie de le voir, lui. Et heureusement, lorsque les mots qui échappent ensuite à ses lèvres sans pitié auraient eu le don de jouer au tortionnaire avec cet espoir hypothétique. Danny, il n’est pas utile. Danny, il est de trop. Seulement si elle ne l’aime plus, lui l’aime toujours. Et comme pour enfoncer le clou, il y a ce carton, là, qui le nargue. Mais le pire, reste ses mots qui provoquent sa colère. Elle n’a plus l’utilité de ses affaires. Elle n’en a plus rien à faire, et tant pis si Danny s’y attache encore. Il la déteste, quand elle est comme ça. Il la déteste de ne plus s’en soucier, quand lui est incapable de ne plus l’aimer. Mais comme d’habitude, à l’exception de ce rictus mauvais, il n’en touche pas un mot. Il ne faudrait surtout pas qu’elle voit à quel point elle fait mouche, surtout si c’est pour l’ébranler et le bousculer sans même le toucher. « T’aurais pu tout aussi bien les jeter, qu’est-ce tu veux qu’j’en fasse Ophe ? » Le ton est implacable. Le jeune homme, il ne s'attache guère aux témoins du passé, tout ce qui l'intéresse est le présent. Et si elle peut s'y méprendre, alors qu'il a cette maladresse de désacraliser les précieux objets, c'est à la demoiselle qui lui fait face qu'il est encore cruellement attaché. « J’m’attache pas au passé, comme toi » La sentence tombe tel un reproche, parce que c'en est un. Il aurait presque l'envie de l'atteindre de ses mots, parce qu'il a ce sentiment d'injustice qui alimente inlassablement sa colère. D'ailleurs, son ressentiment ne tarde pas davantage à se retourner contre ce carton, alors qu'en un éclair il anéantit la distance et le saisit, seulement pour le retourner sans ménagement et déverser son contenu sur la table, si bien que nombre d'objets roulent et rejoignent le sol. Il est comme ça Danny, impulsif et brusque. Un bref regard inquisiteur, et s'en suit une constatation. « J’aurais pensé y trouver tes vieux journaux, qu’est-ce t’en as fait ? T’les as brulé ? »

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MessageSujet: Re: the hottest love has the coldest end (r)   Mar 7 Juil - 10:31

Fallait-il vraiment qu’elle passe par là ? Par cette souffrance interne, par ce nœud qui l’étranglait ? Fallait-il qu’elle se donne tout ce mal lorsqu’il était évident que Danny se contrefichait totalement de ce qu’elle vivait depuis son réveil ? Elle n’aimait pourtant pas remuer le couteau dans la plaie mais elle n’avait pas vu d’autre alternative que celle-ci : traverser un tumulte de chagrin et de mélancolie pour mieux enterrer ses souvenirs. C’était peut-être aberrant et si quelqu’un lui avait pointé la bonne direction, Ophelia l’aurait suivie sans poser de questions. Mais personne ne pouvait l’éclairer, personne ne savait ce qu’il fallait faire pour guérir de ce mal qui la rongeait. Car elle le sentait, son amour. Il brûlait encore, même s’il s’était affaibli avec les attaques successives. Il se débattait comme il pouvait, au milieu des cendres. Il refusait d’abandonner la partie, naïf, persuadé qu’une solution existait, qu’elle se cachait simplement particulièrement bien. Daniel ne valait-il pas la peine de se confronter à cet étranger ? Avait-elle perdu espoir au point de ne pas chercher à le déloger du froid glacial dans lequel il était emprisonné ? Son cœur martelait qu’elle était encore capable de le retrouver, de le faire renaitre, tel un Phoenix. Mais ses yeux, ils ne voyaient que l’insensibilité de Danny et elle se sentait ridicule d’imaginer une seule seconde que son influence puisse ramener le disparu. Ophelia avait beau le cacher du mieux qu’elle le pouvait, elle ne pouvait pas se mentir : Danny lui faisait peur. Elle était terrifiée par ce qu’il pouvait provoquer, d’un simple regard, d’un arc léger de ses lèvres. Il pouvait lui faire monter les larmes aux yeux ou lui crever le cœur. Il pouvait panser ses plaies ou les rouvrir cruellement et, malheureusement, Ophelia ne savait jamais à quoi s’attendre avec cette nouvelle version de Daniel. La seule chose de certaine, c’est qu’il avait plutôt tendance à mettre le feu à ses sentiments plutôt qu’à les apaiser et, en un sens, elle lui en voulait amèrement de pouvoir se jouer d’elle comme ça quand elle aurait voulu qu’il presse ses paumes contre ses joues baignées de larmes, quand elle aurait voulu caler sa tête dans le creux de son cou et inspirer profondément la chaleur rassurante qui émanait de son corps. Pourtant elle savait qu’au moindre geste esquissé par Danny, elle reculerait, de peur d’être brûlée vive… ou gelée sur place. Et cet environnement dans lequel ils s’affrontaient, il ne l’aidait absolument pas à faire la part des choses. Peut-être aurait-elle dû convenir d’un rendez-vous dans un lieu public, neutre, dépourvu de souvenirs. Mais serait-il venu ? En regardant l’inconnu qui lui faisait face, Ophelia n’aurait su le dire.

La douleur, bien que diffuse, se propageait dans sa cheville mais toute son attention était portée sur Daniel. Elle ne savait pas trop pourquoi – ou plutôt, elle ne savait que trop pourquoi – son cœur léger s’était mis à papilloter, invisible à l’œil nu mais caressant les parois de sa cage thoracique étroite. Et elle retenait son souffle, sans même s’en rendre compte. Elle retenait son souffle et elle fixait Daniel en se mordillant l’intérieur de la joue, en proie à une certaine appréhension. Parce qu’il était son meilleur ami et que par conséquent, ce geste pouvait sembler anodin mais parce qu’il était un garçon, aussi, cela pouvait prendre une autre tournure. Combien de fois n’avait-elle pas entendu ses copines pouffer de rire en lui faisant remarquer que l’amitié entre un garçon et une fille, c’était im-pos-si-ble, à moins que ledit garçon aime lui aussi les garçons. Ophelia s’était évertuée à les faire taire, à leur assurer qu’elles disaient n’importe quoi. Parce que Daniel et elle, ils étaient vraiment les meilleurs amis du monde, leur amitié était pure, sincère, sans artifices. Elle était naturelle. Elle remontait si loin, aussi, alors comment pouvait-on remettre en doute l’essence même de leur lien ? Et Daniel n’aimait pas les garçons, elle en était convaincue mais comment savoir ? Peut-être que ses camarades avaient raison, peut-être que c’était le fondement même de cette aisance qu’ils avaient à passer autant de temps ensemble. Peut-être que Daniel ne la voyait pas comme une fille mais juste comme Ophelia. À cette pensée, l’adolescente sentait invariablement son cœur se comprimer d’une émotion qu’elle ne pouvait pas identifier. Tout ce qu’elle savait, c’est que ce n’était pas particulièrement agréable. Et puis, Daniel le lui aurait dit, n’est-ce pas ? S’il aimait les garçons ? Il se serait confié à elle s’il en avait eu envie, non ? Ou bien craignait-il son jugement s’il se laissait aller à quelque confession innocente ? Sans savoir si c’était ces interrogations perturbantes qui avaient initié la suggestion du bisou magique, Ophelia ne put ignorer l’anticipation qui lui serrait le ventre. S’il s’exécutait docilement, s’il posait les lèvres sur cette cheville qui se remettait déjà de sa chute, alors ses copines avaient raison, Daniel préférait les garçons. S’il refusait catégoriquement, comme la plupart des garçons le feraient, gênés par la situation, alors elle se permettrait de croire qu’il y avait une chance pour que… Pour que quoi, d’ailleurs ? Ophelia ne le savait même pas. Elle n’avait jamais eu besoin d’y réfléchir jusqu’à tout récemment. Et elle ne savait même pas d’où lui venait ce besoin de provoquer une réaction chez Daniel. C’était instinctif. Ça faisait peur. Mais pas autant que ce qui se produisit ensuite. Parce que sa cheville n’eut pas le loisir de frissonner au contact des lèvres de Daniel et si elle n’avait pas réfléchi aux différentes alternatives qui pouvaient découler de sa suggestion, celle de la bouche de Daniel tout contre la sienne n’avait même pas réussi à effleurer son esprit rêveur. Tant cela lui paraissait improbable. Tant elle craignait la souffrance du rejet, aussi. Alors elle retint sa respiration, les yeux écarquillés, réalisant qu’elle n’avait jamais vu le visage de son meilleur ami d’aussi près. Le temps sembla s’étirer tout en se rompant trop vite et elle n’émit pas un son lorsque le contact céda la place à un silence ébahi. Elle n’osa pas ouvrir les lèvres, de peur que le baiser s’envole et s’évapore et si elle eut parfaitement conscience du rouge qui devait colorer ses joues, c’est un sourire lumineux qui vint finalement arquer ses lèvres. « Tu n’aimes pas les garçons, alors ? » se surprit-elle à demander, oubliant momentanément qu’il n’était pas dans son esprit durant ces dernières semaines, même si la sensation de leurs âmes connectées lui en donnait souvent l’impression.

Ophelia fixa le sourire sans ciller, sans laisser entrevoir à quel point il lui faisait mal. Elle aurait préféré qu’il lui soit parfaitement étranger et, en même temps, elle savait que jamais Daniel n’aurait usé de ce genre de rictus. Daniel avait le sourire doux, communicatif, lumineux quand celui de Danny était glacial et qu’il la tétanisait. Comme à cet instant précis où elle avait le sentiment d’être une statue de pierre érigée au beau milieu du salon. Il n’y avait que son cœur en souffrance pour lui rappeler que c’était bien réel et qu’il ne s’agissait pas d’un cauchemar duquel elle allait échapper en se réveillant subitement. Mais le cauchemar ne s’arrêterait pas là et quand les paroles de Danny la percutèrent, elle sentit une nouvelle vague de chagrin monter au front, prêt à dévaler ses joues rosies d’indignation. Elle les garderait toutefois, persuadée que son esprit déterminé suffirait à faire barrage contre ses émotions. Elle ne voulait pas lui donner cet ascendant. « Rien ne t’empêche de le faire » parvint-elle à déglutir, après quelques secondes à combattre son envie de le secouer, de réveiller Daniel, de le supplier de lui revenir parce qu’elle n’arrivait pas à concevoir un quotidien sans lui. Elle ignora son allusion au passé quand il était si douloureusement exposé à ses yeux nostalgiques. Elle aurait aimé pouvoir en dire autant mais c’était là sa piètre tentative de le ranger au placard, ce passé, et elle regrettait déjà sa maladresse. Il aurait peut-être mieux valu qu’elle jette tout cela, pour ne pas devoir subir cette inspection de leur amour déchu. Et elle sursauta en le voyant fondre sur le carton comme un aigle sur sa proie et fut tentée, durant une fraction de seconde, de le devancer, d’atteindre la boite avant lui et de fuir en l’emportant loin des sales mains de Danny. Mais trop tard, son hésitation scella le destin de leur relation. Interdite, elle regarda les objets s’échapper de la boite, se heurter aux meubles et tomber à même le sol. La scène lui écorcha le cœur mais elle pinça les lèvres pour ne rien dire qui envenimerait l’humeur du bourreau de leur passé. « Tu l’as très bien noté : ce sont mes journaux, ils ne te regardent pas » répliqua-t-elle, amèrement et avec un tremblement dans la voix. « Tu t’imaginais vraiment que j’allais les laisser à ta merci ? » Qu’entendait-elle par-là ? S’agissait-il d’une énième provocation ? Elle ne le savait même pas. Les mots étaient sortis tous seuls, comme un diable hors de sa boite, comme si son cœur avait franchi ses lèvres. Elle avait voulu mettre un terme à leur lien avec dignité et froideur mais, comme toujours, il avait fallu qu’il parle et réduise à néant tous ses efforts.

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MessageSujet: Re: the hottest love has the coldest end (r)   Ven 31 Juil - 13:55

Danny, il ne sait plus que dire, il ne sait plus que faire. Pourtant, par habitude, il ne cherche ni à dire ni à faire quelque chose en particulier. Il se contente d’être, seulement. Et tant pis, si ce qu’il est pousse les autres à prendre leurs jambes à leur cou. Mais avec Ophelia, c’est différent. Il ne voudrait surtout pas que déjà, elle reparte. Ce ne sont pas les objets témoins d’une autre époque qu’il voudrait faire prisonnier d’une boîte, mais davantage son ange blond qu’il voudrait garder rien que pour lui à jamais. Et à cette fin, il ne fait aucun doute qu’il devrait la faire prisonnière, au vu de ses réticences à s’accommoder de sa compagnie. Mais s’il s’attache tant à ce qu’elle reste cette fois-ci, pourquoi se révèle-t-il incapable de faire preuve de gentillesse à cette fin ? Danny, il est en colère, et il est incapable de prendre sur lui, pas même pour Ophe. Mais peut-être est-ce justement parce que son ressentiment est justifié par l’affection qu’il lui voue, qu’il revêt une telle force. Ça aurait été quelqu’un d’autre, n’importe qui, il ne l’aurait jamais pris autant à cœur. Non, ce ne sont pas ses journaux, ça ne les regarde qu’eux. Car il ne fait plus partie du nous, non ? L’évidence lui crie qu’il s’en retrouve exclu, quand bien même il ne peut faire taire cette envie d’y prendre part en retour. Si bien qu’il se demande, s’il est de fait un étranger, ou si elle est celle qui le réduit à ce rôle d’arrière-plan. Et paradoxalement à sa précédente impulsion, il finit par trouver calmement le soutien d’une chaise, poussant de son pied un attrapeur de rêves au passage pour se frayer son chemin. Le bras gauche étendu de tout son long sur la table qui accueillait précédemment le carton, son regard retrouve la seule qui le réduit d’une telle force implacable à un rôle de pantin de ses sentiments. « Pourquoi tu fais ça Ophe, hein ? Tu t’découvres l’âme d’une tortionnaire ? » Le ton est posé, cette fois-ci. Mais s’agit-il seulement du calme avant la tempête ? « Qu’est-ce que t’en ferais si j’n’en veux pas ? Est-ce que t’aurais le courage d’aller au-dessus d’une poubelle ? T’irais jusque-là ? » N’est-ce pourtant pas lui-même, qui parlait de les jeter quelques secondes plus tôt seulement ? Mais le mal qu’elle lui cause n’est pas connu pour avoir bonne foi. « T'sais, j’suis pas certain qu’il apprécie tout ça, ton Daniel, que tu t’débarrasses de toutes vos affaires. Parce qu’il a forcément foutu le camp, hein ? » Parce que lui, Danny, il n’a aucune chance. Il n’a forcément aucune des qualités de son prédécesseur, et encore moins des qualités dont il était dénué. Là est sûrement le plus douloureux : qu’elle ne lui laisse pas même sa chance. C’est tout ce que lui offre sa précieuse Ophelia dorénavant, un sentiment d’injustice. Ou est-ce davantage au mauvais sort qu’il doit s’en prendre ? Mais elle est là, devant lui. Plus près qu’elle ne l’a jamais été depuis si longtemps, et pourtant toujours plus loin.
Daniel, ce n’est plus un cœur que contient sa poitrine, mais un tambour qui menace de sortir à l’air libre. C’est tout l’effet que ça lui fait, de se jeter dans le vide après tant d’années à tergiverser au bord du précipice. C’est tout l’effet que lui procure un premier baiser avec la première et la seule fille qu’il a pu aimer. Il n’a d’yeux que pour son ange blond, et il est certain qu’il doit son envol aux ailes de celle-ci. Car s’il s’est jeté dans le vide, c’est pour mieux se surprendre à voler, grâce à la seule magie des lèvres d’Ophelia. Mais il n’en est pas moins resté fébrile, Daniel, fébrile comme il ne l’a jamais été autant. Parce qu’elle est sa meilleure amie, et qu’il craint d’avoir franchi une frontière invisible qui remettrait en cause les fondations même de leur amitié, jusqu’à les ébranler. Car Daniel sans Ophelia, il n’en veut pas. Il préférera à jamais se languir d’amour pour elle dans son coin, plutôt que de perdre leur complicité hors du commun. Alors pourquoi prendre ce risque, pourquoi céder à la tentation maintenant lorsqu’il a su si longtemps y résister ? Il faut croire que son envie de goûter à ses lèvres l’a eu, à l’usure. Car face à ce trop-plein d’amour envers son amie de toujours, il ne pouvait que déborder. Dès lors, il redoute ce qu’elle va bien pouvoir trouver à y redire, quand bien même il n’aurait jamais pu deviner l’interrogation qui échapperait à ses lèvres. « Non, j’aime pas… » Qu’il répond instantanément, avant que son esprit ne rattrape sa verbale et qu’il prenne pleinement conscience de la signification de ses propos. « Pe- pourquoi ? Tu… tu croyais que j’étais… » Il n’achève pas son évidente interrogation, incapable de prononcer le mot qui donnerait pourtant tout son sens à la question. C’est vrai que des lettres accolées les unes aux autres, ça peut faire peur. Mais elle comprendrait. Bien sûr que oui, elle comprendrait. C’est plutôt lui, qui ne comprend pas. Il ne comprend pas de quelle façon elle a pu penser qu’il n’en avait en réalité que pour les garçons, si c’est là effectivement ce qu’elle a pu penser. En même temps, qu’aurait-elle pu vouloir dire d’autre ? Qu’il est sot ! Ses mots ne sont donc pas assez clairs ? Que lui faut-il de plus ? Sa surprise a peut-être un instant pris le dessus face à l’évidence, mais à présent il se ressaisit. « Non, non, je n’aime pas les garçons. Enfin si, je n’ai rien contre eux, mais je ne les aime pas comme je t’aime… toi » Ses joues prennent alors de la couleur, lorsqu’il n’est plus capable de tenir son regard sous le poids de l’embarras. D’abord, elle le pensait gay, et à présent il fait plus encore l’étalage de ses sentiments. Il ne manquerait plus qu’il dépose son cœur à ses pieds, pour parfaire le tableau. « Tu préférerais que j’aime les garçons ? » Quelle étrange, étrange, question. Et bien sûr, il ne le réalise qu’après coup. C’est bien beau de ne pouvoir freiner sa verbale au détour d’un instant de surprise, mais ça aurait été mieux qu'il fasse sien le silence. Qu’espère-t-il qu’elle lui dise au juste ? Qu’elle préfère qu’il aime les filles, et surtout qu’il l’aime elle, si ce n’est pas trop demandé.
Le bout de ses doigts tape à intervalle régulier le bois de cette table. Son regard valse plusieurs fois de la désirable jeune femme à sa main intenable, pour finalement ne pas laisser plus longtemps le silence s’installer. Car le silence, ça le met mal à l’aise. Toujours, il faut qu’il le comble. Qu’il parle plus qu’il ne le devrait. « Et si tu pouvais, tu te charcut’rais le cerveau aussi pour te débarrasser de nos souvenirs ? » De nos souvenirs, oui. Parce que ce sont les siens, aussi. Daniel, il ne les a pas emmenés avec lui. Ça aurait été trop facile. Alors quand bien même elle tiendrait à en faire la propriété de Daniel et Ophelia, ils lui appartiennent également, et il ne les chérit pas moins qu’eux. Surtout que Daniel et lui, ils ne font qu’un, qu’importe ce que préféreraient penser les autres. « Tu sais ce que c’est ça ? » Il désigne alors le carton, et tout ce qu’il contenait éparpillé au sol, avec toujours ce doigt et ce ton accusateurs. « Ta lâcheté » Il ne le pense pas, Danny. Non, pourquoi il lui dit ça ? C’est seulement sa colère qui le pense, et sa colère n’est pas raisonnée. Douce Ophelia. Il voudrait pouvoir la réconforter par le pouvoir d’une caresse sur sa joue, d’une étreinte dans laquelle il mettrait toute sa volonté de la voir plus légère. Il voudrait pouvoir trouver les mots, les justes mots, qui soulageraient son fardeau. Il en est capable Danny, il le sait. Ce n’est pas Daniel qui a le monopole de ces bonnes intentions, et de cet amour qu’il lui porte. Seulement pourquoi ne le lui prouve-t-il pas dès lors ? Pourquoi a-t-il toujours le réflexe de donner raison à ceux qui pensent le plus de mal de ce 'nouveau' lui ?

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MessageSujet: Re: the hottest love has the coldest end (r)   Lun 24 Aoû - 20:34

Un frisson lui parcourut le corps. Son origine en était nébuleuse. Un mélange de détermination, de peur, d’indignation. Un moyen de repousser la vague qui tentait de la submerger, de la noyer. Elle respirait avec difficulté, les poumons opprimés par la tristesse qui s’abattait sur elle. Chaque seconde supplémentaire passée en compagnie de Danny ne ferait qu’aggraver son état et si elle avait inconscience qu’elle aurait mieux fait de partir au plus vite, d’abandonner là sa tentative ridicule de ramener un peu de vie dans le regard du jeune homme, elle s’en sentit incapable. Comme si, en le toisant, en notant chaque mouvement dans sa mémoire, elle allait trouver l’élément qui déclencherait son sauvetage. Un détail qui lui ôterait tout souvenir de Daniel, qui ne ferait que mettre en lumière tout ce que cet étranger n’était pas : l’amour, la gentillesse, la douceur, la complicité. Elle avait besoin de voir ses derniers espoirs s’évaporer avec l’apparition d’un rictus vengeur. Qu’il lui fasse mal, lui qui savait si bien le faire. Qu’il détruise ce qu’il restait de deux décennies d’amitié et d’amour. Elle n’en voulait plus, elle voulait tourner la page, ouvrir un autre chapitre où Daniel ne serait qu’un héro disparu, un héro qu’on ne reverrait plus. Et même si le deuil risquait de perdurer, d’être encore douloureux, au moins serait-il enclenché, avec la lueur à l’avenir, celle d’enfin pouvoir guérir de ce manque. Quant à ses journaux, elle préférerait qu’ils lui déchirent le cœur et l’âme plutôt que les lui donner en pâture. Parce que s’il y touchait, Danny, c’est Daniel qui disparaitrait pour toujours. Entre les pages de ses journaux, il était sauf, auréolé de sa lumière et elle n’aurait qu’à repaitre ses yeux tristes de quelques phrases évoquant un souvenir pour le sentir revivre dans son cœur. « Non » Elle n’avait pas l’âme d’une tortionnaire, comment pouvait-il dire ça ? Il ne la voyait donc pas, tremblante au milieu du salon ? Il ne voyait pas à quel point elle souffrait de devoir passer par cette épreuve ? C’était le seul moyen qu’elle avait trouvé pour arracher les bandages sanguinolents qui serraient son cœur. Qu’il saigne, qu’il se vide carrément, si seulement cela lui permettait de fermer les yeux un soir sans devoir d’abord s’épuiser de sanglots inconsolables. Elle se lacérait l’âme et comptait sur l’absence de la sienne pour lui faciliter la tâche. Mais même ça, Danny n’était pas capable de le faire. À la place, il retournait la situation, l’accusant, cherchant à l’accabler de ses mots durs et hargneux. « S’il le faut » Ses réponses étaient laconiques, comme si elle craignant qu’en révélant trop ce qui se tramait dans son esprit embrouillé, il parvienne à la manipuler. Ou cherchait-elle à lui prouver sa détermination à couper les ponts, à anéantir leur relation pour qu’il n’en subsiste justement que ses carnets ? La nouvelle salve assassine la fit reculer d’un pas et elle secoua la tête, refusant de l’écouter, de le laisser invoquer Daniel pour pouvoir mieux la blesser. « Arrête, tu n’as pas le droit ! glapit-elle en chassant une unique larme échappée. Daniel ne m’aurait jamais fait tout ce mal pour commencer ». Pourquoi se défendait-elle ? Elle lui offrait les munitions pour la fusiller. Mais elle se sentait incapable d’arrêter. « Il comprendrait que je ne peux plus vivre comme ça, qu’il me manque trop, que voir toutes ces choses à chaque fois que je tourne la tête me détruit petit à petit. Mais ça tu ne peux pas le voir, hein ? Tout ce qui t’amuse, c’est faire le mal autour de toi ! » Pourquoi s’adressait-elle à lui de cette façon ? Comme si Daniel était schizophrène et qu’elle se disputait avec la facette la plus sombre de sa maladie. Mais ça aurait signifié parler à un inconnu et à se casser la voix pour ravaler les pleurs comme ça, c’était comme parler à un être indifférent, sourd à son malheur.

Oh comme elle se serait sentie stupide s’il avait été question d’un autre. Mais c’était Daniel et même quand elle se ridiculisait, Ophelia ne se sentait jamais humiliée. Parce qu’être avec Daniel était le comble du bonheur. Ça l’avait toujours été. Et quand ses amies l’interrogeaient, lui demandaient si elle ne se lassait pas parfois d’être constamment en compagnie de ce garçon, Ophelia ouvrait de grands yeux incrédules. Se lasser ? De Daniel ? Mais pourquoi ? Avec lui, elle riait, ils faisaient rarement deux fois la même chose, il avait toujours des drôles de choses à lui raconter. L’ennui, il était inexistant dans le dictionnaire de leur amitié. Il n’y avait de place que pour les rires, les blagues, les découvertes. Comme cette découverte-ci, qui n’était même pas parvenue à s’immiscer en elle. Parce qu’elle se plaisait à vivre au jour le jour sans se poser de questions et parce que les choses que se faisaient les amoureux, elles ne lui étaient jamais venues à l’esprit jusqu’à ce que ses camarades la noient de questions. Avait-elle déjà voulu l’embrasser ? Se prenaient-ils parfois par la main ? Ne sentait-elle pas son cœur s’accélérer à son contact ? Avait-il un parfum masculin, comme les autres garçons de la classe ? Ophelia n’avait su que répondre et s’était contenté de haussements d’épaules incertains. Mais les points d’interrogation avaient subsisté, même si elle ne s’en rendait pas forcément compte. Par moment, ils surgissaient quand, installée à côté de lui dans le canapé, elle sentait son bras reposer contre le sien. C’était innocent, ils l’avaient déjà fait des milliers de fois mais c’avait tout à coup pris plus d’importance, trop d’importance. Alors elle s’était efforcée de chasser ces idées et avait repris ses jeux d’enfants. Jusqu’à ce que la provocation naisse d’elle-même. Jusqu’à ce que les lèvres de Daniel effleurent les siennes. Jusqu’à ce que son cœur implose, la laissant émerveillée. Et que les mots surgissent, sans plus de réflexion. Elle s’en voulut d’avoir parlé trop vite en voyant la confusion envahir les traits de son meilleur ami. Qui nia. Et Ophelia esquissa un sourire tout pâle, tout intimidé, si loin de celui qu’elle arborait généralement avec lui. Son cœur chavira à la déclaration et elle se mordilla la lèvre inférieure, sans pour autant se sentir capable de réagir. D’ailleurs, comment était-elle censée réagir ? Elle n’avait pas réfléchi plus loin que le moment présent. Elle ne l’avait même pas préparé, ce moment, il était apparu comme par magie et à présent il flottait entre eux tandis qu’elle le dévorait des yeux, découvrant son ami sous une toute nouvelle lumière. Tu préférerais que j’aime les garçons ? Ophelia ne retrouva pas la voix, alors elle se contenta de secouer la tête de droite à gauche, une esquisse de sourire mutin sur les lèvres. Elle se redressa doucement, replia sa jambe sous elle, la douleur dans la cheville soudainement envolée et rapprocha son visage de Daniel. « Non, j’avais peur que tu les préfères » confia-t-elle avec un murmure. Elle n’irait pas lui avouer que c’était la faute de ses copines, qu’elle avait prêté plus d’attention à leurs discussions qu’à ce que son cœur tentait de lui souffler.  Du bout des doigts, elle caressa le front de son meilleur ami, qui ne pouvait plus vraiment porter ce nom-là. Elle passa les bras autour du cou de Daniel, l’attira un peu plus vers elle et lui glissa à l’oreille, sur le ton du secret : « Embrasse-moi encore, s’il te plait… »

Elle ne chercha pas à répondre à sa suggestion macabre. La moue déçue, méfiante, elle haussa les épaules, comme elle le faisait si bien lorsqu’elle boudait. Sans détourner les yeux. Parce que détourner les yeux aurait signifié rendre les armes, lui donner raison. Qu’est-ce que ça pouvait lui faire, ce qu’elle voulait faire de ses souvenirs, puisqu’il n’était plus capable de l’aimer comme avant ? Ne voyait-il pas que leurs chemins étaient voués à se séparer ? Qu’elle devait le laisser partir pour se reconstruire ? Et lui ? Qu’est-ce qu’il attendait pour continuer sa route, pour trouver d’autres âmes à torturer ? Il y avait sûrement quelqu’un, là, dehors, pour mieux apprécier sa nouvelle personnalité. Elle, elle ne s’en sentait pas la force et quand bien même elle le ressentait comme une trahison vis-à-vis de Daniel, elle se persuadait qu’il comprendrait, qu’elle ne pouvait aimer que lui et que d’essayer de trouver sa douceur dans les traits glacés de Danny reviendrait à le tromper. Tu sais ce que c’est ça ? Ta lâcheté. Ophelia ne baissa les yeux que pour contempler le désastre qu’elle avait provoqué. Elle aurait voulu rembobiner, voir les objets revenir dans la boite, la boite lui revenir et elle franchir le seuil. Ne jamais être venue se donner en pâture à cet être insensible qui ne l’aiderait jamais à enterrer son amour pour Daniel. « À quoi tu t’attendais, Danny ? » finit-elle par souffler en relevant vers lui un regard qui ne retenait plus les larmes.  Elles roulaient librement sur ses joues encore rouges d’indignation. Son nez coulait, elle n’avait rien d’une petite poupée chagrinée. D’un geste rageur, elle se passa le bras sur le visage, sa manche s’imbiba de perles salées et de morve. Qu’importe si elle le dégoûtait. Pourvu qu’elle le dégoûte, même. Pourvu que ça sonne le glas de Daniel et Ophelia, en même temps que celui de Danny et elle. « J’aurais dû faire quoi, à ton avis ? Peut-être que tu as raison. J’ai été lâche. J’aurais dû tout jeter sans venir ici. Qu’est-ce que ça aurait changé, hein ? » Elle se détourna un instant, inspira profondément pour chasser son envie de se rouler en boule sur le tapis et d’y rester jusqu’à la fin de ses jours. Pas ici. Pas devant lui. « Tu salis tout, tu te rends compte de ça ? Tu salis tout et je ne sais plus quoi faire ». Elle lui tournait le dos, à présent. Il n’y avait que quelques pas qui la séparaient de ce seuil qu’elle n’aurait jamais dû franchir. « Alors appelle ça comme tu veux. Lâcheté, trahison, abandon mais c’est comme ça et ça ne changera pas ». Et sans avoir le courage de lui jeter un regard supplémentaire, elle se dirigea vers la porte avec la sensation d’être Alice courant dans un tunnel sans fin. Étourdie avec l’impression que plus rien ne tournera jamais rond.

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MessageSujet: Re: the hottest love has the coldest end (r)   Dim 4 Oct - 21:10

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Aïe. Doit-il le crier pour que son ange blond comprenne qu’il n’est pas le gamin insensible qu’elle pense voir en sa soi-disante réincarnation ? Est-ce que leur mal est semblable ? Est-ce qu’il rouvre des blessures sanguinolentes, autant qu’elle remue le couteau dans la plaie ? Pourtant, ils étaient si beaux à deux, à s’aimer éperdument comme seuls des adolescents peuvent s’y risquer. Aujourd’hui, ils ne sont plus bons qu’à s’autodétruire – et ils exécutent un travail acharné à cette fin. Danny en serait presque malade, si seulement il ne l’était pas déjà, malade. Et sans aucun doute permis, il préfère mille fois la fièvre qui a pu les embraser tous deux durant tant d’années. Ils étaient autrefois si beaux, oui, mais aujourd’hui ils ne sont plus qu’à vomir. Elle a un mouvement de recul, la fée, et lui corrige aussitôt cette distance par un pas en avant, comme s’il craignait de la voir disparaître déjà. Ce manque n’est qu’un trou béant dans sa poitrine, mais s’il tient tant à la voir rester, pourquoi se montre-t-il si peu conciliant ? C’est qu’il ne sait plus que faire, pour s’attirer ses faveurs, et se faire voir tel qu’il la voit, et qu’il l’a toujours vu. Danny, il juge qu’il a ce droit, puisqu’il est Daniel. Danny n’est qu’un surnom, un doigt d’honneur faits aux plus intolérants d’entre eux. Mais Daniel est Danny. « Et tu crois qu’Ophelia, elle, m’aurait fait tout ce mal ? Qu’elle m'aurait quitté ? » Il lui manque, et pourtant il lui fait face. Elle ne peut plus vivre ainsi, si bien qu’il a à s’accommoder, lui, de ce poids, d’une existence sans Ophelia, quand une vie avec Danny lui est si insupportable. Mais est-ce qu’elle le voit, elle, seulement ? A quoi s’attendait-il ? Qu’elle l’aime pour ce qu’il est, en tant qu’ami, ou amant, comme elle a toujours su le faire avant cet accident. Qu'elle ouvre les yeux sur celui qui lui fait face, au lieu de s’enfoncer dans ce déni qui lui crève les yeux. Mais il en demande certainement trop, le jeune Runshell. Il se découvre même intransigeant avec elle, dès lors qu'il est question de son affection pour son ange blond désormais aux abonnées absentes de son quotidien. Cela fait depuis bien longtemps que cette relation bancale, autrefois cosmique, ne va plus qu'à sens unique, et le gamin se révèle incapable de s'y résigner. Il la veut, sa Ophelia. Elle lui manque, et il lui est impossible de le tolérer. Comment ont-ils pu en arriver jusqu'là, lorsque l'évidence parlait pour eux huit ans plus tôt ?
Daniel, il est embarrassé. Non pas qu'on puisse penser qu'il aime les garçons, mais qu'elle puisse le penser plus que tous les autres. Lui qui était trop occupé à redouter de compromettre leur amitié par une quelconque ambiguïté s'il laissait deviner ses sentiments, n'avait pas un instant songé que la menace venait d'ailleurs. Mais le jeune garçon, il serait incapable de regretter son embarras, alors qu'il lui permet d'être la proie volontaire d'un soulagement gourmand face à la précieuse réponse de sa meilleure amie. Rien qu'un mot, un seul mot au cœur de sa phrase, suffit à lui coller un sourire mièvre aux lèvres. Peur. Elle en avait peur. Est-ce que cela signifie ce qu'il voudrait tant en déduire ? Il n'ose s'emballer l'adolescent, mais son cœur n'a pas attendu de se voir accorder cette permission. Et toute sa peur, à lui, s'envola très haut dans les cieux, dès l'instant où elle lui fait cette demande si particulière. Et à être dorénavant si proche de lui, elle ne peut que trahir ce palpitant qui a des allures de tambour alors qu'il tarde à oser retrouver sa bouche, non ? Et puis finalement, il goûte à nouveau à ses lèvres, timidement. « Encore ? » Qu'il souffle ensuite sur celles-ci, un sourire diablement espiègle égayant son visage. Et déjà, l'arc bienheureux toujours collé aux lèvres, il picore sa bouche de baisers, déposés tour à tour, en prenant tout leur temps, comme si eux aussi savourent cet instant. Mais bientôt, il n'a plus le cœur à les quitter, même pour un bref instant, si bien qu'il s'y attarde longuement et clôt enfin ses paupières. Alors peut-être bien qu'elle avait tort Ophelia, et que cet attrapeur de rêves est aussi un porte-chance, car en provoquant indirectement sa chute, il vient également de conduire ses lèvres jusqu'aux siennes. Et aussi simplement que ça, Daniel, il est heureux.
« Tu vides ton sac et tu prends la fuite. C’est trop facile, et oui c’est lâche, Ophelia » Des mots qu’il livre lorsque sa main embarrasse un avant-bras qu’il a pu autrefois embrassé du coude jusqu’au poignet. C’est ainsi, qu’il met un brusque frein à son avancée, à sa fuite. Et comme s’il n’en demande pas assez déjà, il a l’espoir de la voir se retourner, lui faire face, et d’ici-là il ne saurait rompre ce contact qui ne fait que pâle figure face à ceux qui ont pu autrefois les unir. « Tu vois pas que j'suis l'même ? Ça peut p't-être te faciliter la tâche de m’appeler Danny comme tous les autres, et d'parler d’un soi-disant Daniel à la troisième personne, mais Daniel c’est moi. Tout ça, c’est d’la poudre aux yeux pour t’justifier, t'excuser. Tu crois quoi ? Que le p’tit papa Noël et les contes de fée existent ? Qu’une entité est venue pour terrasser Daniel d’ce corps ? Mais Daniel c'est moi, bon sang ! » Heureusement qu’ils ne se l'étaient pas encore faite, cette promesse que tant d’autres voyaient pourtant en eux, pour le meilleur et pour le pire. « Daniel Runshell, un mètre soixante-quinze, né le 8 juillet 1993. Tu vois ? Tu sens ? Qu’est-ce qu’il t’faut d’plus ? » Et après lui avoir collé sous le nez sa carte d'identité qu'il a pu débusquer dans la commode voisine, sa main s'empare à présent de la sienne, pour ainsi articuler la poupée, l’obligeant, la contraignant, à le toucher, à plaquer sa main, et bientôt la seconde, contre son torse, puis ses joues, pour qu’elle puisse s’assurer qu’il ne s’agit pas là d’une illusion, et qu’il est bien fait de chair et d’os, de cette épiderme palpable sous ses doigts. Mais ce petit manège n’a que le don de le frustrer davantage, de cette envie terrible qu’il a, qu’elle s’attarde à le toucher sans qu’elle n’y soit forcée par sa poigne. « J’en ai marre de tout prendre sur l’dos, c’est toi qui m’a quitté, c’est toi qu'a rendu les armes ! Tu t'es pas battu, t'as juste abandonné, baissé les bras, aussi simplement que ça… regarde tes mains, Ophe, elles sont aussi sales que les miennes, sauf que jamais j’ai voulu t’abandonner comme tu l’fais. Imagine, rien qu’une seconde, qu'on t’reproche de n’plus être toi, qu’on parle de toi comme si t’existais plus, comme si t’étais mort et regretté ? Et qu’on te tourne le dos, comme ça, en méprisant le sentiment qu’tu peux en avoir ? » Et Danny, il est usé par cette impuissance que d’autres font peser sur ses épaules. Sa douce Ophelia n’est pas la seule, mais elle est l’unique qu’il a tant pris à cœur. Une lueur, criante, déchire alors son œil. « Moi, j’étais un peu plus heureux, un peu plus libre, mais t’as tout gâché, et si t’es toujours l’Ophelia qu’j’ai pu connaître, tu dois avoir autant d’mal qu’moi à t’assumer dans l’reflet du miroir » Danny, maintenant, il va au bout du bout, il ne sait plus lâcher prise, quand bien même l'évidence voudrait faire saigner ses poumons à lui crier qu'il est plus que temps. Et pas même ses larmes ne sauraient l'arrêter, quand elles paraissent être celles d’une étrangère. « C'est qu’ça t’faciliterait la tâche, hein ? Que j’sois le vilain ? Celui qui gâche tout sans scrupules ni remords, que j’cause volontairement ce mal autour d’moi pour mieux m’en débecter ? » N’est-ce pourtant pas un sourire amer qui s’invite sur ses lèvres ? Mais amer, il l’est, de cette impasse. « Si tu veux me haïr, fais-le pour les bonnes raisons, mais pas parce que j’mettrais le feu à notre histoire par les deux bouts quand j’n'ai jamais voulu y mettre fin » Tant de mots, tant d’aveux. Il en vient à vider son sac comme jamais auparavant, le jeune Runshell. Mais où est-ce que ces confessions pourraient les mener ? Un ailleurs qu’il ne saurait soupçonner ? Ou est-ce davantage celui qu’il craint ? « C’est injuste Ophelia, t’es injuste » Là voilà, cette voix qui déraille dans les aiguës, tentant d'étreindre un trémolo qui ne demande pourtant qu'à s'échapper. Si bien qu'il se tait, enfin. Le regard soudain plus si courroucé, mais écorché vif, et les sourcils navrés. Certainement qu'il est parvenu au bout de lui-même. Il s’arrête là. Là où tout n’est plus que feu ravageant les fondations d’un amour que les plus rêveurs d’entre eux ont pu envier de toute leur force. Quel gâchis on peut faire, à deux.
Une pluie fine finit par tomber de ce ciel nuageux devenu sombre, si bien qu'il écourte son escapade pour mieux se rapatrier à l'abri. Mais il ne s'y résout pas la mort dans l'âme, Daniel. Pas quand il retrouve sa dame de cœur sous cette toile de tente. Car cette nuit est la dernière de l'automne, et comme toutes les dernières nuits d'automnes, ils les passent à la belle étoile. Ou, quand le ciel ne se montre pas conciliant, sous une tente. Et prenant le soin de se secouer les cheveux avant d'approcher la belle, c'est avec entrain qu'il zippe dans le sens inverse la fermeture pour mieux s'allonger de tout son long aux cotés de sa petite-amie (que son esprit aime faire résonner ces deux mots à sa pensée), tout en se redressant sur ses deux coudes pour déposer un baiser sur son épaule. Et il a, dans ce même temps, le réflexe de jeter un œil à ce qu'elle peut faire. « Pardon, je ne dois pas regarder c'est ça ? » C'est sûrement un sacrilège de regarder ce qui écrit dans un journal intime, même en présence de sa jolie rédactrice, non ? Alors pour se faire pardonner, il aventure ses doigts dans une mèche de cheveux pour la rabattre derrière son oreille tout en y déposant une fleur qu'il avait trouvé en chemin. Oui, Daniel est de ceux qui deviennent idiots lorsqu'ils sont amoureux. Car il est amoureux de son Ophelia comme il ne l'a jamais été, et comme il ne souhaite jamais l'être à nouveau tant que cela signifie que leur histoire à deux ne connaîtra jamais de fin. Et comme pour davantage l'amadouer et se faire pardonner, il réfugie son visage là où il a pu abandonner ce baiser, au creux de son épaule, tout en lui adressant un regard implorant autant que complice.

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Ophelia Darmody

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ONCE UPON A TIME
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MessageSujet: Re: the hottest love has the coldest end (r)   Mar 3 Nov - 21:02

Elle avait été si bête de venir, si bête de croire que ça changerait quoi que ce soit. Si bête de s’imaginer que la voir en finir ramènerait Daniel, surtout. Comme si, dans un sursaut de lucidité, son petit ami coincé dans le corps de Danny reprendrait le dessus et lui reviendrait, parce que c’était à ce point qu’il l’aimait. Au lieu de quoi elle n’avait pu qu’affronter le froid polaire et les accusations injustes. Mais l’étaient-elles tant que ça ? N’avait-elle pas fait preuve de cruauté à son tour en venant lui jeter tout à la figure ? Qu’espérait-elle au juste ? Qu’espérait-elle vraiment ? Ophelia ne le savait plus. La seule chose qu’elle découvrait avec certitude, c’est que son cœur pouvait être encore plus meurtri, encore plus piétiné, ce qu’elle n’avait pas cru possible jusque-là. Ce cœur qui s’emballa quand il miroita son pas, tandis qu’elle reculait, il avançait. Comme si la relation qui les liait auparavant ne s’était pas complètement rompue, juste effilée au point de ne plus former qu’un fil ténu qui irait d’un cœur à l’autre. Mais comment serait-ce possible quand il était évident qu’il n’avait pas plus de cœur que d’âme, désormais ? « Ne me parle pas comme si je n’étais pas moi-même » siffla-t-elle entre ces dents, à deux doigts de la suffocation. « Ce n’est pas moi qui ai changé du tout au tout » Elle détestait qu’il retourne la situation comme si elle était comparable. C’était bien là la preuve qu’il n’était plus Daniel, n’est-ce pas ? Car jamais Daniel ne se serait comporté comme ça. Jamais.

La lampe éclairait faiblement la tente mais c’était suffisant à Ophelia pour décrypter sa propre écriture. Après tout, elle avait le coup de poignet large et arrondi. Ses mots, ils faisaient toujours une taille démesurée, ce que lui avaient souvent reproché ses professeurs. Mais elle ne savait pas écrire petit, la jeune Darmody, elle préférait des pages aux grandes boucles et aux points en forme de petits cercles. Parfois, on aurait dit que les lignes s’emmêlaient les pinceaux, s’étiraient l’une vers l’autre pour se rejoindre et ça faisait une arabesque un peu bancale mais qui lui plaisait bien. En attendant Daniel, Ophelia noircissait les pages de son carnet. Elle y cacha un bout de son cœur et beaucoup de ces sensations qu’elle voulait pouvoir garder en mémoire pour toujours. Elle voulait pouvoir relire ces mots et se rappeler avec la même intensité les caresses de la brise sur sa peau, l’odeur singulière de la nuit qui tombe sur la forêt, la sensation rigolote qui lui chatouillait le ventre. Ça ne partait pas, ça ne faisait que croitre, comme quelque chose qui éclot et plante ses racines dans ses veines et dans son âme. Ça se produisait à chaque fois que Daniel la rejoignait et ne s’estompait que bien longtemps après qu’il soit parti. Mais ce soir, il ne rentrerait pas chez lui parce qu’ils passaient la nuit dehors, comme le voulait la tradition, et elle souriait à l’idée que ce ne serait pas pareil que les autres années parce qu’ils n’étaient plus ‘que’ des amis, ils étaient bien plus que cela. Le bruit de la fermeture Eclair la tira de ses pensées et elle sourit en s’efforçant de garder les yeux rivés à ses pages manuscrites. Un petit rire, presque un gloussement, lui échappa lorsque ses lèvres effleurèrent son épaule. Cesserait-elle donc un jour d’être émerveillée par les sensations que procurait un si petit échange ? Elle espérait que non. Et même si elle oubliait momentanément, elle n’aurait qu’à se plonger dans les secrets confinés entre les lignes pour se rappeler le bonheur intense que cela représentait. Elle ne répondit pas à sa question, se contentant de se mordre un peu plus la lèvre mais lorsqu’il fourra son nez tout froid tout contre sa peau, Ophelia ferma d’un coup sec son journal intime et proclama : « J’ai fini ! » sans même se rappeler ce qu’elle venait d’y inscrire. Son esprit s’était évaporé dès que Daniel était entré dans la tente, de toute façon. Repoussant le carnet sous son oreiller, Ophelia roula sur un coude et passa sa main libre sur la joue du jeune homme. Ses doigts virevoltèrent dans les boucles humides de Daniel et elle s’exclama : « Mais tu es tout mouillé ! » Et comme s’il fallait y remédier au plus vite, Ophelia se redressa pour se retrouver agenouillée. Elle fouilla un sac de toile calé contre le fond de la tente et en sortit une serviette éponge d’un rose pelucheux qu’elle passa ensuite autour de la tête de Daniel pour lui sécher la chevelure. « Je ne voudrais pas que tu t’enrhumes, ta maman ne serais pas contente du tout » le taquina-t-elle en prenant un air faussement maternel avant de se rasseoir, un sourire espiègle sur les lèvres. « D’ailleurs, si tes vêtements sont aussi trempés, tu ferais mieux de les enlever… » Elle n’avait rien prémédité mais quand les mots lui échappèrent, une lueur mutine illumina ses yeux clairs.

Les mots la tétanisèrent autant que la pression de ses doigts sur sa peau. Interloquée par l’attaque comme par son audace, Ophelia fit volte-face dans le vain espoir que cela le ferait lâcher prise. Il ne pouvait pas la toucher, il ne pouvait pas l’empêcher de partir si elle en ressentait un besoin vital. De quel droit la retenait-il dans cette maison où elle étouffait sous le poids des souvenirs ? Un voile outré au fond des yeux, elle le fixa comme si elle le voyait pour la première fois, chacune de ses paroles l’imprégnant douloureusement, chaque syllabe décochant une flèche dans son cœur déjà trop meurtri. « Non, ce n’est pas toi ! » gronda-t-elle alors que la sensation d’étourdissement l’envahissait comme une tornade. « Je ne veux pas que ce soit toi. Je veux que tu disparaisses, je veux retrouver celui que tu étais avant l’accident » Elle parlait comme si elle s’étouffait à moitié sous ses aveux. Elle n’avait pas prévu d’être autant sur la défensive, elle n’avait pas prévu de lui lâcher ce mal qui la rongeait depuis qu’un appel téléphonique lui avait annoncé la nouvelle. Il ne pouvait ou ne voulait pas comprendre que rien n’était plus pareil et que s’il avait les traits de Daniel, il n’en avait pas l’aura, il n’en avait même plus le parfum. Mais si elle lui disait ça, il allait lui rire au nez, n’est-ce pas ? Il allait faire exploser ce qu’il restait de son chagrin parce qu’il ne pouvait saisir que tout avait changé chez lui au point que même ses doigts froids sur son bras lui paraissaient l’étau d’une mauvaise plaisanterie, d’un cauchemar dont elle ne parvenait à s’éveiller. « Rien, je ne veux rien de plus, je ne veux plus rien du tout venant de toi ! » Elle se sentait comme un lion en cage, comme un animal pris au piège qui devrait se ronger la patte pour pouvoir espérer survivre. Mais la détresse qui émanait de Danny ne lui permettait pas d’agir et elle contemplait sa colère avec une stupéfaction effrayée. Elle le regarda, la mine effarée, jouer avec ses mains, la forcer à le toucher, à sentir qu’il était bien – trop – réel sous ses doigts et les larmes roulèrent de plus belle, tandis que la douleur se faisait plus forte, plus perçante. Elle se diffusait partout, lui brûlait le ventre, la tête, la peau, là où elle le touchait. « Arrête ! » le supplia-t-elle en cherchant à se dérober à sa poigne trop solide. « Arrête ! » Cette fois, c’étaient les mots qui la percutaient et elle cacha ses yeux de sa main libre, pleurant sous sa paume, gémissant sans plus pouvoir s’arrêter. « Pourquoi tu me fais ça ? Pourquoi es-tu si cruel ? » Elle hoquetait sans se contrôler, regrettant amèrement sa venue, maudissant encore plus sa stupidité. Elle avait espéré une fin brutale, aussi effilée qu’une lame de rasoir, mais c’était un déchirement qu’elle avait provoqué. Un déchirement de l’âme, du cœur, d’une relation qu’elle chérissait et de tout un pan de son existence. Et maintenant qu’il semblait s’être calmé, ses mots avaient toujours des accents accusateurs, Ophelia en était réduite à sangloter sans pouvoir le regarder en face. Ses doigts avaient machinalement agrippé son poignet et elle restait immobile, la bouche tordue dans un sourire à l’envers tandis que ses joues étaient baignées de larmes. Où étaient les autres quand on avait besoin d’eux ? Pourquoi personne n’arrivait pour mettre fin à ce carnage ? Où était Matthew, qu’elle fuyait autant que possible, quand elle avait le plus besoin de lui ? C’est injuste Ophelia, t’es injuste. La main de la jeune femme lâcha celle de Danny et elle la porta instinctivement à son visage, comme pour le couvrir encore plus, comme pour le protéger des assauts du regard amer et blessé de son ex-petit ami. Elle tangua quelques secondes sur ses jambes puis finit par cesser de se cacher, laissant retomber ses bras pour observer son bourreau. « Je ne te hais pas, Danny, souffla-t-elle, un masque de douleur collé à ses traits d’habitude si souriants. Je ne pourrais jamais te haïr » C’était au-dessus de ses forces, ça. Haïr quelqu’un qui avait le visage de son beau et tendre Daniel ? Jamais. Elle rassembla cependant toutes ses forces et même si son visage trahissait les ravages internes, la chute vertigineuse que son cœur venait d’expérimenter, c’est un voile de détermination qui vint figer ses traits : « Mais je ne t’aime plus ». Le mensonge l’asphyxia mais elle tint bon. Il fallait qu’elle parte en sachant que c’était fini. Il fallait qu’elle parte en sachant qu’il avait compris que c’était fini. Il n’y avait que comme ça qu’elle pourrait mettre un terme définitif à leur histoire. Mais y croyait-elle seulement ?

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