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 if you call for me you know I'll run (Roxcy)

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Eliott Green

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MessageSujet: if you call for me you know I'll run (Roxcy)   Mar 2 Sep - 13:31

Parfois, Eliott était pris d'idées idiotes et celle-ci n'échappait pas à la règle. Aujourd'hui, rien n'allait. Au travail, le scientifique avait ruiné deux mois d'efforts pour une ridicule faute d'inattention et il avait décidé de quitter le laboratoire en claquant la porte, ce qui ne lui arrivait pour ainsi dire jamais. Après tout, autant limiter les dégâts, non ? Il traîna des pieds jusqu'à l'abribus, bougonna tout le long du trajet, réussit à rester coincé au deuxième monde de Mario Bros sur sa DS – la honte, en effet – et décida de se cloîtrer chez lui ce qui lui apparaissait comme la seule option valable. Mais voilà, une fois confiné dans le calme apparent de son appartement, Ginger lui sauta aux yeux. Partout. Depuis son départ, Eliott n'avait touché à rien, refusant de faire ainsi disparaître un pan entier de son existence. Parfois – d'accord, souvent – ça faisait mal parce qu'il s'imaginait que sa petite-amie allait surgir soudainement de leur chambre ou de la cuisine et venir se lover près de lui, sur le canapé. Mais sur le canapé, il ne restait de Ginger que sa couverture toute douce qui sentait un mélange de cannelle et de son après-shampooing fruité qu'il adorait. Humer les cheveux de Ginger, c'était encore mieux qu'un week-end à la campagne mais après plusieurs mois d'absence, l'appartement entier filtrait les embruns sucrés de son ancienne fiancée pour ne laisser qu'une vague odeur de pizza brûlée et de plastique réchauffé. Et c'était naze. Incapable de rester en place, Eliott se releva comme monté sur ressorts, s'empara du plaid incriminé et le jeta en boule dans la poubelle, la remplissant au passage. Voilà une bonne chose de faite. Mais à peine la couverture disparue, d'autres souvenirs lui sautèrent aux yeux. Il y en avait partout et tous lui rappelaient qu'il était dorénavant seul et qu'il le resterait sans doute jusqu'à la fin des temps parce qu'il doutait fortement qu'une fille puisse voir en lui ce que Ginger avait su discerner, attiser et aimer. Alors, armé d'une colère désespérée, Eliott s'empara d'un grand sac poubelle et fit le grand ménage. Il le fit de façon méthodique, les pensées ailleurs, comme dans un état second. Cela lui prit presque quatre heures et il ne se réveilla à aucun moment, sauf à la fin. Il ne restait de Ginger rien d'autre que ce portrait à la con au salon, entouré d'un joli cadre en argent. Elle, lui, des sourires qui lacéraient le cœur et un bonheur qui lui donnait envie de hurler. Eliott avait toujours cru qu'il n'était pas si triste que ça, que Ginger lui manquait mais qu'il le vivait plutôt bien, que c'était la vie, qu'ils resteraient toujours amis et que c'était ça, qui comptait. Que son existence n'était au fond qu'une succession d'habitudes et que celle-ci, l'absence de petite amie, en deviendrait une autre et prendrait la place de couple dans sa routine bien huilée. Mais il s'était fourvoyé, avait remisé au plus profond de lui-même son mal-être et aujourd'hui il revenait le frapper alors qu'il ne s'y attendait plus. Voir Ginger aussi souriante, aussi douloureusement jolie alors qu'elle pensait peut-être déjà à la quitter, alors qu'elle n'était pas si épanouie que ça en secret, lui fit monter les larmes aux yeux. Eliott ne pleurait pourtant jamais, il se contentait de peu, de tout, et se complaisait dans une vie simple et dénuée de drames. Mais aujourd'hui, il laissa ses yeux s'épancher et les sanglots convulser dans sa gorge sans essayer de les refréner. La photo disparut à l'intérieur du sac, avec le reste et il sortit en claquant la porte (pour la seconde fois de la journée) afin de jeter ces ordures où elles devaient être : à la déchetterie avec son avenir et ses rêves. Une bonne chose de faite, alors pourquoi son cœur pesait-il si lourd dans sa poitrine ? Incapable de se remettre, Eliott continua dans les idées stupides et s'empressa de se rendre au refuge. Il avait de l'affection à donner et un animal l'aimerait sans doute jusqu'à la fin des temps, ils se câlineraient sur le canapé, se blottiraient l'un contre l'autre et Eliott allait tellement l'aimer que la petite boule de poils serait la plus heureuse du monde. C'est sûr, elle n'aurait pas l'envie de fuguer pour retrouver sa liberté en se dépoilant devant tous... Bon, il s'égarait. L'heureuse élue ne ressemblait pas à grand chose. C'était un chaton maigrichon, blanc et roux et incroyablement poilu, tout craintif parce qu'il avait été caillassé par des imbéciles pendant des heures. Pauvre bébé. Eliott s'empara de Zelda – puisque c'était dorénavant son nom – et après les achats de première nécessité, décida de se terrer jusqu'à la fin des temps dans son appartement. Sauf que quelques heures plus tard, rien n'allait. Il regrettait d'avoir balancé à la benne son passé avec Ginger, il pleuvait des cordes et malgré sa bonne volonté, il n'était pas parvenu à retrouver la photo qu'il souhaitait récupérer. Et en son absence, Zelda avait pissé partout, sauf dans sa litière en miaulant à la mort tout en griffant copieusement le mur du salon. Bien sûr, on lui avait dit qu'elle était craintive et ne supporterait pas la solitude, au début, mais quand même... Dépité, trempé, dégageant une légère odeur d'ordures et à deux doigts de pleurer, Eliott se sentit terriblement dépassé par les événements. Alors il tenta de ravaler ses larmes dans un reniflement très viril, se saisit de Zelda, sa litière et le sac poubelle déjà plein d'immondices de tous ceux qui avaient jeté leurs merdes par-dessus lui et... sonna chez Roxane.  « Roxane, Roxane, Roxane !!! » Il se mit à frapper en même temps qu'il sonnait, lâchant la litière et le sac pour s'aider. Bien entendu, sa voisine l'ignora et le pire, c'est qu'il savait qu'elle était là, derrière sa porte, à retenir sa respiration jusqu'à ce qu'il parte. Mais ça ne fonctionnerait pas, pas cette fois. Aujourd'hui, il ne voulait pas l'aider. Il se fichait même de ses problèmes, de ses états d'âme et de sa brusquerie à son égard. Il souhaitait seulement qu'elle lui tende la main en retour.  « Merde Roxane ouvre-moi j'ai besoin d'aide. J'ai tout jeté les affaires de Ginger mais je voudrais récupérer une photo très importante,  je la trouve pas ça me rend dingue et Zelda pisse partout. »

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Roxane Bedelia

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MessageSujet: Re: if you call for me you know I'll run (Roxcy)   Mer 11 Fév - 20:03

Il y avait quelque chose de familier à fixer les gouttes qui glissaient sur la vitre, comme un reflet brumeux de ce qu’il se passait dans sa tête. Le front appuyé contre la fenêtre, elle avait le regard perdu, incapable de discerner le paysage extérieur. De toute façon, il était trop triste, trop monochrome pour qu’on y voit quoi que ce soit. Tout ce qu’elle décelait, elle, c’était le froid qui se diffusait à travers le verre, comme si l’humidité perçait la paroi pour venir s’immiscer par tous les pores de sa peau. Elle était pourtant douillettement emmitouflée dans une vieille couverture, elle était installée sur l’appui de fenêtre, juste au-dessus du chauffage et un thé fumant lui réchauffait les paumes. Mais rien n’y faisait, c’était comme si son corps était incapable de contenir la chaleur, comme si elle s’évaporait par tous les moyens, la laissant frigorifiée, vidée, désertée. Désertée, c’était bien le terme qu’elle trouvait le plus juste. Désertée de tout, du moindre effort, de la moindre force, de la moindre envie. Elle regardait les gouttes égrener le temps, sablier trempé qui faisait passer la journée à une vitesse d’escargot. Si elle avait eu un loisir, au moins, elle aurait pu chercher une activité qui ne lui donne pas la sensation de se noyer. Malheureusement, rien ne semblait pouvoir l’intéresser suffisamment et quand elle cherchait des idées, quand elle tentait d’identifier ce qu’elle aimait faire, elle se trouvait devant un mur. Rien. Le mot dansait devant ses yeux. Elle n’aimait pas lire, elle ne voulait pas se vautrer devant la télévision et toute action qui requérait de sortir la faisait frissonner. Et pour cause. Dehors, il y avait le danger, celui de croiser la route de Mike, celui d’affronter les regards d’inconnus, celui d’être écrasée par sa solitude. Au moins, ici, personne ne pouvait lui enfoncer ce couteau dans le cœur, personne ne pouvait lui rappeler qu’elle ne manquait à personne et que personne ne lui manquait. N’était-ce pas triste à dire ? N’était pas pathétique d’être aussi sauvagement mise face à la réalité ? Et pourtant, elle ne cherchait pas à se voiler la face. Elle était seule et il valait mieux qu’elle le soit plutôt que d’être mal accompagnée mais comment émergeait-on d’un tel désert relationnel ? Sa famille ne comprenait pas mais sa famille l’avait-elle seulement un jour comprise ? Elle en doutait fortement. Elle avait toujours été le vilain petit canard, l’énergumène qu’on cherchait à disséquer et qu’on définissait d’un haussement d’épaules. À quoi pense Roxane ? Haussement d’épaules. Pourquoi est-elle si effacée ? Haussement d’épaules. Pourquoi n’essaie-t-elle pas d’être un peu plus féminine, plus souriante, plus avenante ? Assurément, les choses seraient bien plus aisées si elle faisait un petit effort… Haussement d’épaules. Elle-même ne le savait pas. Elle se regardait dans le miroir et ne voyait qu’un nez, une bouche, des yeux clairs et sans vie, des cheveux peu soignés, des épaules voûtées, une poitrine menue, des jambes fines, des mains tremblantes, des taches de rousseurs éparses, des ongles rongés, un ventre creux, des hanches dissimulées sous des vêtements informes. Elle peinait même à observer ce reflet qui la jaugeait et finissait toujours par s’en détourner, comme si sa réflexion était à même de la juger comme le faisaient tous les autres. Alors elle était mieux là, à regarder la pluie fine tremper les feuilles d’arbres, avec pour seule notion de sa propre présence la buée formée par ses expirations, sur la vitre, à quelques centimètres de son visage.
Des coups se firent subitement entendre contre sa porte et son premier réflexe fut de resserrer ses membres contre elle, pensant qu’il s’agissait de Mike qui, terrassé par un ennui soudain, s’était rappelé son existence. Elle sentit son cœur cogner comme un forcené, à lui donner l’impression qu’il allait s’extraire de sa maigre cage thoracique mais quand la voix d’Eliott perça l’atmosphère, l’air hagard de Roxane se mua instantanément en regard assassin. Bien sûr, qui pouvait-ce être d’autre ? Il devait pratiquement être le seul à connaitre son adresse. Et pour cause… Déterminée à ne pas se trahir, elle resta prostrée sur son appui de fenêtre, les jambes recroquevillées contre elle, les coudes serrés contre ses cuisses, les paumes plaquées contre sa tasse de thé. Il se lasserait, il comprendrait qu’elle n’était pas là – elle avait une vie, après tout, qu’est-ce qu’il s’imaginait ? – et repartirait d’où il était venu. À aucun moment les accents désespérés de sa voix ne firent flancher la volonté de Roxane. C’était Eliott, après tout. Ses réactions étaient toujours disproportionnées ou mal venues alors qu’il s’égosille si cela l’amusait, elle n’était pas obligée d’accéder à ses demandes à chaque fois. Consciente qu’elle lui en voulait encore un peu pour ce qu’il s’était passé sur le bateau, elle darda sur la porte close un regard sombre. Encore quelques coups et il se fatiguerait. Encore quelques coups et le silence reviendrait régner sur sa journée. Ou pas. Eliott persista et si Roxane l’écouta sans savoir de quoi ou de qui il parlait, elle resta pétrifiée. Ce n’est que la mention de l’être qui pissait partout qui la fit abandonner son perchoir. Lentement, comme si elle craignait que ses membres craquent et ne divulguent sa présence, elle se déplia, posa précautionneusement la tasse près d’elle et retrouva la fermeté de son carrelage. Pieds nus, elle s’avança à pas de loups vers la fenêtre qui donnait sur le devant de l’appartement et jeta un œil à l’extérieur pour entrevoir la silhouette du jeune homme exaspéré. Ses yeux avisèrent la petite boule de poils qu’il tenait contre lui et, piquée par la curiosité, elle finit par entrouvrir la porte, bien heureuse d’avoir fait installer une chaine qui ne laissa paraitre qu’une partie de son visage.  « Qu’est-ce que tu fabriques avec un chat ? » demanda-t-elle, comme si elle n’avait rien enregistré de ce qu’il venait de lui crier à travers la porte. Ses yeux clairs se posèrent sur le pauvre animal et elle fronça le nez. « T’es dégueu, Eliott ». Pourtant, contre toute attente, cette constatation ne la poussa pas à refermer le battant et si elle le fit, ce fut uniquement pour défaire la chaine et ouvrir plus grand. Instinctivement, ses mains se tendirent vers Zelda. Car derrière ses airs obscurs, Roxane restait une jeune femme et la tendresse qu’elle voulut témoigner à l’animal fut un tel élan naturel qu’elle ne se rendit compte de son geste que lorsque ses doigts effleurèrent le pelage humide du félin.

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Eliott Green

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MessageSujet: Re: if you call for me you know I'll run (Roxcy)   Lun 1 Juin - 23:00

Roxane était une mégère, une vraie de vraie, pensa Eliott alors qu’il tambourinait contre une porte close et bien partie pour rester ainsi – de surcroit. Il savait qu’elle était brutale et sauvage, laconique et cinglante mais au fond de lui, il avait imaginé qu’ils étaient… des amis, ou une appellation qui y ressemblait, du moins. Mais apparemment pas parce qu’aucune amie digne de ce nom ne se montrerait aussi perfide et sans cœur que Roxane Bedelia, qu’il compara mentalement à toutes les méchantes de comics qu’il détestait tant, en éliminant de facto les plus jolies : ce n’était pas censé être un compliment. Son énumération mentale ne lui prit qu’une poignée de secondes puisque 95% des filles de l’univers DC/Marvel étaient des bombes et aucune ne ressemblait à Roxane. Aucune ne pouvait imiter sa moue boudeuse et son air renfrogné, sa mine triste à fendre le cœur même quand elle balançait des sarcasmes blessants et ce corps malingre qui semblait s’estomper, se gommer de lui-même avec les années. Aucune. Malgré le silence qu’elle lui opposait, Eliott persista. Il continua de frapper cette porte quitte à démettre l’un de ses os fragiles sans cesser de répéter en boucle sa litanie composés de geignements inaudibles qui signifiaient tous à peu près la même chose : ouvre cette putain de porte. Sans réponse. Il était seul, seul, seul et cette idée pourtant parfaitement fausse lui fit un mal de chien. Harry, Luke ou Rosalie furent rayés de la nouvelle existence dessinée par sa détresse et il eut l’impression d’être livré à lui-même, condamné à ne recevoir le salut que de Roxane Bedelia, qui manifestement ne lui donnerait pas. « Allez ouvre, tu me dois bien ça ! » couina-t-il quelque part à la frontière du pathétique et de la perfidie parce que ce qu’il était en train de faire, c’était bas. Il insista lourdement sur le verbe ‘dois’ comme pour lui rappeler la dette gigantesque qu’elle avait envers lui. C’était parfaitement faux, Eliott n’attendait rien d’elle si ce n’est un vague sourire de temps en temps mais Roxane et sa fierté gigantesque persistaient tellement à remettre le sujet sur le tapis et à avancer toutes les raisons ridicules pour lesquelles elle allait tout rembourser qu’il décida d’affûter ses armes et de les retourner contre elle. En fait, il ne décida rien du tout parce qu’il n’était pas en mesure de réfléchir. Son cerveau était en train de se noyer dans l’océan de larmes contenu dans ses yeux grands comme des soucoupes et Eliott était dans l’incapacité totale de formuler une pensée cohérente. S’il se laisser aller à penser, il ne pourrait que regretter. Comment aurait-il pu en être autrement ? Il venait de balancer sa vie entière à la poubelle, ses plus belles années aux ordures juste parce qu’elles faisaient mal et s’il émettait la moindre transmission nerveuse, ce serait pour regretter, hurler à la mort et devenir encore plus dingue que maintenant. Zelda manifesta son impatience en mordillant allègrement la main qui la maintenait contre le torse noueux de son maître et Eliott perdit patience. Vraiment. Il ne demandait pas grand chose, juste un peu de compassion, de l’aide, une main tendue. Roxane n’avait qu’à fouiller un sac d’immondices pour retrouver sa photo et il la laisserait en paix. Pour la vie entière, promis. Mais au lieu d’exposer les choses aussi simplement, il décida de jouer dans la cour de Roxane en se montrant d'aussi bonne composition qu’elle ce qui, dans son état de détresse avancée, était tout sauf difficile. « J’te préviens, je vais… je vais… » Entre deux reniflements désespérés, son visage tout crispé tenta de trouver une menace, un truc intimidant, quelque chose qu’il pourrait faire pour l’obliger à la sortir mais rien ne vint. Eliott ne faisait pas de coups d’éclat, il vivait sa vie, jour après jour, répétition après répétition. Il adorait sa routine bien huilée, partir et rentrer à heure fixe, vivre sans surprise et accueillir chaque journée identique comme une bénédiction, la preuve que le monde lui souriait. « JE VAIS DEFONCER CETTE PORTE . » grogna-t-il de son timbre minable qui grimpait dans les aigus dès qu’il était contrarié. C’est ça, Eliott, tu vas défoncer la porte, tout le monde te croit, affirma le regard farouche que Zelda posa sur lui. Génial, même son chat se moquait de lui au lieu de l’aimer pour la vie comme un bon animal de compagnie. Qui plus est, un pauvre malheureux sorti du refuge. Soupirant d’avance face au futur échec qui arracherait ce qui lui restait de dignité, Eliott se mit en position. Il  glissa Zelda sous son long bras ballant, là où elle ne risquerait rien, et roula des mécaniques… ou plutôt de l’épaule qu’il était prêt à sacrifier juste pour sortir Roxane de sa vilaine léthargie. Il ferma les yeux, prit son élan et esquissa une tête de constipé – aussi tragique que comique – en attendant de trouver le courage de foncer. Il allait se rater, c’était évident mais fort heureusement, la porte s’ouvrit à l’instant même où il allait s’élancer avec fureur. Et ridicule. Enfin, ouvrir est un bien grand mot, disons que Roxane joua avec ses nerfs jusqu’au bout, faisant naître un brin d’espoir pour l’écraser sur la chaussée. Mais ça ne fit rien. La porte s’entrouvrit et avec elle, Eliott sentit sa gorge se dénouer un peu. Le noeud n’était pas défait, il était seulement moins serré à lui broyer la trachée. Elle ne s’intéressa absolument pas à tout ce qu’il venait de proférer, fidèle à elle-même et Eliott ressentit presque l’envie de tourner les talons et de ne plus jamais lui adresser la parole jusqu’à la fin des temps. S’il était vexé ? Et comment, cette fille était un monstre et elle ne se lassait jamais de lui prouver l’intensité de sa cruelle absence de sentiments. A la place, il n’en fit rien et s’offusqua pour une broutille parce qu’il en avait besoin, de montrer son mécontentement de gosse boudeur, mature la plupart du temps mais incapable de faire face à la pire blague de tous les temps. Le départ de Ginger. Et c’est con parce que ça allait au début, il avait cru que ça serait toujours comme ça, une nouvelle réalité à laquelle s’acclimater jusqu’à ce qu’elle devienne sa nouvelle vie. Sauf que non, le contre-coup le percuta violemment aujourd’hui et il ne comptait partir nulle part. Comme il ignorait comment lutter contre un truc qu’il ne comprenait même pas – les émotions, ce truc de fille – Eliott régressait. Et c’est Roxane qui en fit les frais. « Déjà, c’est pas un chat. C’est Zelda. » bougonna-t-il en couvrant les oreilles de sa nouvelle copine pour la vie pour lui éviter de subir les ondes négatives de Roxane. « C’est ma protégée et on va s’aimer pour toute la vie, elle, elle me quittera jamais pour aller faire du gringue à tous les mecs de la terre. » soulignat-il, s’enfonçant à chaque mot qui faisait glisser Zelda de son statut de chat à celui d’une Ginger bis. Pathétique. « Enfin ce que je veux dire c’est qu’elle est stérilisée. » Haussement d’épaules penaud. Mais son air niais et triste à mourir s’effaça bien vite quand Roxane le qualifia de dégueu avant de… lui claquer la porte au nez ? Eliott sentit son cœur – enfin ce qui en restait – s’écraser en miettes sur le trottoir face à tant de mauvais traitements et au lieu de le ramasser, il préféra rétorquer un très inspiré : « C’est toi qui est dégueu, la pire amie au monde ! » pile quand Roxane rouvrait la porte, faisaint réapparaître aussi sec son air contrit de grand benêt. Qui s’accentua lorsqu’elle entreprit d’effleurer le pelage tout doux de Zelda. Eliott voulut protester, expliquer de façon très scientifique qu’en période d’acclimation, elle ne devrait voir que lui parce que si elle commençait à s’attacher à un courant d’air qu’elle ne reverrait jamais, elle en souffrirait et qu’il ne pouvait pas accepter que son âme sœur débute sa vie sous d’aussi tragiques auspices mais il se tut. Il voulut ajouter qu’il était hors de question que Zelda aime Roxane plus que lui mais les mots moururent dans sa gorge parce qu’il sentait qu’il assistait à un moment rare. Alors il se contenta de regarder, de contempler Roxane agir avec une douceur insoupçonnée et c’est tout naturellement qu’il demanda : « Tu… tu veux la prendre ? » Et sans lui laisser l’occasion de refuser, Eliott lui fourra Zelda dans les bras – non sans la cajoler au passage – attrapa le sac d’ordures et la litière bien remplie et pénétra à l’intérieur sans y avoir été formellement invité. Mais connaissant Roxane, ce moment n’arriverait jamais alors il lui fallait bien prendre les devants, à un moment donné… Il traîna son sac derrière lui comme une âme en peine et s’assit sagement en tailleur sur le sol, près de la table basse, parce qu’il reconnaissait bien volontiers que son odeur de rose et les tâches suspectes sur son pantalon ne seraient pas du meilleur genre sur le canapé de la jeune femme. « Quand t’auras fini de t’approprier ma Zelda, on pourra peut-être parler de mon problème ? » morigéna-t-il une nouvelle fois tout en pointant son visage d’un index longiligne. Là, elle la voyait pas sa gueule défaite et ses yeux qui voulaient chialer et sa pâleur encore plus fantomatique qu’habituellement ? Non ? Non, bien sûr. Bon, tant pis. « Je disais donc qu’il faut que tu m'aides parce que j’ai fait une connerie, j’ai jeté tout ce qui me rappelait Ginger à l’appartement et maintenant c’est tout vide et triste et j’ai balancé une photo que je veux récupérer et je la trouve pas et ça me rend dingue. Je suis retourné chercher mes ordures à la déchetterie mais j’arrive pas à mettre la main dessus et j’ai besoin que tu le fasses et que tu dises que tout ira bien même si tu le penses pas. S’il te plaît. » Respire Eliott, respire. Mais c’était peine perdue : à peine eut-il déversé son sac (pas celui qui contenait leur vie commune et des immondices diverses et variées) que les larmes se mirent à couler d’elles-mêmes sans qu’il n’essaye de les retenir. Tant pis pour sa dignité, tant pis pour sa fierté de mâle qu’il n’avait jamais possédée et tant pis pour tout. Il avait le droit d’être malheureux, lui aussi. « J’arrive pas à comprendre pourquoi elle m’a fait ça. Même si elle me l’a dit, je peux pas comprendre. On s’aimait non ? Tu crois pas qu’on s’aimait et que ça devrait suffire ? Moi je crois que si mais maintenant j’en sais rien du tout. » Il prononça ces mots difficilement, entre des hoquets, des sanglots et des reniflements qui lui donnaient l’air encore plus misérable qu’il ne l’était vraiment. Pauvre Roxane. Et pauvre Zelda.

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Roxane Bedelia

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MessageSujet: Re: if you call for me you know I'll run (Roxcy)   Mer 10 Juin - 10:20

Eliott se vexerait sûrement s’il réalisait qu’elle n’avait ouvert la porte qu’à la mention du petit félin. Car elle ne lui aurait pas ouvert, sinon. Elle serait restée sourde, à défaut d’être insensible, à ses appels et l’aurait laissé se débattre avec l’obstacle jusqu’à ce qu’il se lasse ou qu’un voisin vienne voir qui était à l’origine du grabuge. Car Eliott était bruyant. Bruyant et ridicule, à s’égosiller de la sorte devant sa porte close. Pourquoi ne pouvait-il pas saisir son besoin de solitude ? Pourquoi ne pouvait-il pas comprendre qu’elle n’était pas d’humeur ? Pourquoi ne pouvait-il pas tout simplement s’imaginer qu’elle puisse être absente ? Était-ce si improbable qu’elle puisse être ailleurs, en compagnie de quelqu’un, n’importe qui ? Elle détestait l’idée qu’il parte du principe qu’elle serait toujours là, cloitrée chez elle, dès qu’il aurait besoin de causer à quelqu’un. Et elle ne comprenait pas qu’il s’acharne encore à chercher son contact quand elle se montrait la plupart du temps odieuse ou en tout cas désagréable avec lui. Y avait-il un défaut de fabrication chez le jeune homme ? Ou appréciait-il particulièrement d’être constamment rejeté par les moues renfrognées de la jeune femme ? Roxane ne se l’expliquait pas mais en même temps, pouvait-elle expliquer le phénomène Eliott en connaissant son intervention dans sa vie actuelle ? Pourquoi s’évertuait-il à l’aider ? Et maintenant, pourquoi s’efforçait-il de la tirer de sa tanière ? Il devait être le seul habitant de cette maudite ville à ne pas voir la même chose que les autres lorsqu’il s’agissait d’elle. Pourtant elle ne lui était en aucun cas reconnaissante. Pire, elle éprouvait une sorte de ressentiment à son égard parce qu’il avait forcé le passage, pétri de bonnes intentions comme il l’était. Et elle ne pigeait toujours pas cet entrain qu’il démontrait à aider quelqu’un qui n’estimait pas son aide à sa juste valeur. De plus, elle détestait lui être redevable, surtout lorsqu’il y faisait allusion, quand bien même elle avait conscience qu’il ne le faisait pas exprès ou en tout cas pas dans le but de la dominer, contrairement à d’autres. « Allez ouvre, tu me dois bien ça ! » Elle lui aurait bien rétorqué qu’elle ne lui devait rien du tout mais ça aurait signifié trahir sa présence. Et même si être l’instigatrice de tant d’agitation lui oppressait la poitrine, elle ne pouvait se résoudre à lui obéir. Elle n’était pas d’humeur, elle voulait juste rester là, à se refroidir contre la vitre, à observer le ciel gris qui dépeignait parfaitement son état d’esprit. Et puis il allait l’épuiser, elle le savait. Parce qu’il avait beau être foncièrement gentil, Eliott était fatigant, une véritable boule de nerfs dont les ondes la traversaient de part en part dès qu’elle était en sa présence. Elle se faisait l’éponge des moindres émotions du jeune homme. Dès lors, la porte close était le meilleur moyen de la protéger de cette interaction qui la rendait fébrile quand elle se sentait suffisamment faible comme ça. Mais Eliott persistait, changeant de tactique en voyant que sa tentative de pression s’avérait inefficace. Le regard porté vers le mur qui les séparait, Roxane écouta son revirement sans s’émouvoir le moins du monde. S’il s’imaginait que la menacer aller le mener quelque part, il était loin du compte. Il s’en éloignait, même, lui qui avait peu de chance de la faire bouger de son perchoir. Elle roula des yeux lorsqu’il déclara bruyamment qu’il allait défoncer la porte et soupira. Qu’il s’y essaie, si cela pouvait le calmer, au moins n’aurait-elle plus à subir sa voix stridente quand il rentrerait chez lui, la queue entre les jambes, dépité devant son échec. Qu’est-ce qu’il lui voulait, d’ailleurs ? Qu’est-ce qu’elle pouvait faire ? N’avait-il pas compris qu’elle était loin d’être la personne idéale pour lui être d’une aide quelconque ? Les rapports humains n’étaient pas son fort et sa relation avec Ginger, il ferait mieux de la régler lui-même, ce serait plus vite fait que s’il l’y mêlait. Roxane n’avait de toute façon jamais aimé mettre son nez dans les affaires des autres et vu qu’elle connaissait Ginger, elle avait encore moins envie de se voir confrontée à une relation qui ne la regardait pas. Mais Zelda… Une fois la curiosité piquée, Roxane ne put s’empêcher de vouloir découvrir l’identité de l’animal. Quitte à regretter son geste. C’était plus fort qu’elle : si les contacts humains, elle les avait en horreur, il n’y avait rien de plus apaisant que la chaleur d’un animal contre son corps gelé pour lui redonner l’illusion que la vie coulait toujours en elle. C’était d’ailleurs le seul plaisir qu’elle trouvait à retrouver la maison qui l’avait vue grandir : les animaux qui peuplaient la bâtisse et qui se pelotonnaient contre elle quand elle se recroquevillait sur son ancien lit. À croire qu’ils cherchaient à combler le vide qu’ils sentaient chez elle et qu’ils étaient les seuls à percevoir.  Attirée par la perspective d’un pelage doux et rassurant, ce fut donc la seule et unique raison qui poussa Roxane à ouvrir à l’énergumène. Ni ses plaintes ni ses menaces n’auraient eu d’effets. S’en rendait-il compte, de ça, alors qu’elle couvait le chat du regard, ignorant la litanie qui avait précédé cette rencontre ? Le sous-entendu qu’il crachota provoqua cependant un froncement de sourcils chez la jeune femme qui l’observa, confuse. Il en avait visiblement après Ginger, mais elle était incapable de savoir quoi répondre à ce reproche. Perturbée par cette façon de se parler à travers un interstice de porte, Roxane rouvrit, pile au moment où il l’accusait d’être la pire amie au monde. La qualification la laissa perplexe, non pas parce qu’elle avait gagné un titre péjoratif mais parce qu’il la considérait visiblement comme son amie. Pourquoi ? eut-elle envie de demander. Pourquoi ? Qu’est-ce qui avait pu lui laisser entrevoir, dans son attitude, qu’ils pouvaient être amis ? Elle n’avait jamais rien fait que le contraire. Elle ne le lui fit pas remarquer, toutefois, de peur de relancer la machine à pleurnicherie, elle n’avait vraiment pas besoin de ça. « Tu… tu veux la prendre ? » Instinctivement, Roxane hocha faiblement la tête et accueillit l’animal, la serrant contre son cœur endolori en passant les doigts dans le pelage doux. Le petit palpitant s’agitait vaillamment sous la cage thoracique minuscule et Roxane pressa son nez dans le cou du félin, comme pour le rassurer, comme pour lui dire que tout irait bien. Assurément, la boule de poils devait être aussi sensible qu’elle aux émotions qui émanaient d’Eliott mais à côté de lui, le corps de Roxane devait paraitre bien terne. Sans vie. Distraite par Zelda, Roxane ne réagit pas à l’intrusion du jeune homme dans son appartement et quand elle réalisa qu’il s’était installé au milieu de son salon, elle émit un soupir las, refermant tout de même la porte. À quoi bon chercher à le chasser, maintenant ? Il avait eu ce qu’il voulait et, surtout, elle rechignait à se séparer si vite de Zelda à qui elle caressait le ventre rond en approchant de son maitre. « J’ai le choix ? » demanda-t-elle. Une question rhétorique, elle le savait et elle se mordilla la lèvre lorsqu’il se lança dans une exclamation enflammée. Les yeux clairs passèrent du jeune homme au sac poubelle et quand les larmes perlèrent sur ses joues, une grimace vint voiler les traits de la jeune Bedelia. Oh, comme elle détestait ce genre de rôle. Parce qu’elle était profondément inutile, parce qu’elle ne savait pas comment gérer cet élan émotionnel et parce qu’il allait forcément être déçu en constatant qu’elle ne trouverait jamais les mots adéquats pour le consoler. N’avait-il pas encore compris qu’il avait face à lui une handicapée des relations, quelles qu’elles soient ? « Je ne sais pas, Eliott » avoua-t-elle en venant s’asseoir face à lui, le chat toujours serré contre elle, sous la couverture. Elle le dévisagea, mal à l’aise, confuse, mais aussi surprise par la nécessité qu’elle ressentait à regarder en face la douleur du jeune homme. « Je crois que tu t’es trompé de porte… Tu aurais dû aller voir tes amis… » Tes vrais amis, ceux sur lesquels tu peux compter pour trouver les mots justes. Consciente que ce n’est pas ce qu’il espérait entendre, elle posa les yeux sur le sac et dit, dans un murmure distrait : « On ne sait jamais vraiment ce qu’il se passe dans la tête des gens, de toute façon… » Sortant un bras de son cocon, elle entrouvrit le sac pour jeter un œil à l’intérieur. « Attends ». Rendant Zelda à son propriétaire, Roxane se releva et se dirigea vers la cuisine où elle ouvrit une armoire, cherchant quelque chose de précis des yeux. Lorsque son regard tomba sur une large plaque de chocolat, elle la saisit et revint au jeune homme éploré. « Tiens » souffla-t-elle en s’agenouillant à côté de lui, cassant un morceau conséquent avant de le tendre à Eliott. « Généralement, ça me fait du bien ». Elle mordit dans un carré et confia le reste au jeune homme avant de s’intéresser au contenu du sac en plastique. « Elle ressemble à quoi, ta photo ? » s’enquit-elle en découvrant le passé d’Eliott, sauvagement jeté en vrac. Ses doigts délicats entreprirent d’extraire les objets qui ressemblaient aux reliques de sa relation avec Ginger et elle les posa devant lui. Parce qu’il n’y avait sûrement pas que la photo qui l’intéressait et elle aurait voulu lui dire que si jeter son cœur à la poubelle lui semblait une bonne idée, cela ne réglait en rien la douleur qui persistait. Sinon il y a longtemps qu’elle aurait jeté Mike aux ordures, là où il appartenait.

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Eliott Green

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ONCE UPON A TIME
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MessageSujet: Re: if you call for me you know I'll run (Roxcy)   Dim 19 Juil - 23:50

Il était sans doute tombé sur la tête pour s’imaginer trouver un soutien tangible auprès de Roxane mais Eliott n’avait pas réfléchi, il n’était plus en état de réfléchir. La seule chose qu’il pouvait faire, c’était lancer une fusée de détresse, un SOS et en recueillir au plus vite les fruits. Enfin pour la vitesse il repasserait vu la non-réactivité de Roxane. C’est marrant, elle était pourtant beaucoup moins apathique lorsqu’il s’agissait de lui voler dans les plumes, de le contredire, de l’humilier sans même essayer – c’était sans doute ça, le pire, la facilité avec laquelle elle lui faisait ravaler sa fierté, sa dignité, sa virilité et tout le reste sans avoir l’air d’y toucher – ou tout simplement de l’ignorer, ce qu’elle faisait de mieux d’ailleurs. Bon, disons qu’il avait cherché le soutien au plus près parce qu’il était à deux doigts de la crise de nerfs et que Roxane était par chance – ou malchance, question de point de vue – sa voisine. Mais maintenant qu’il assiégeait son salon, armé de son sac poubelle odorant, Eliott se demandait ce qu’il était venu chercher ici, près d’elle. En fait, il se demandait même ce qu’il cherchait tout court. C’était son problème ça. Non pas qu’il baissât les bras trop facilement, ce n’était pas le cas, mais il se révélait terriblement émotif sans pour autant savoir gérer le flux de sentiments qui l’inondait. Ca montait en lui, ça noyait son cerveau de scientifique et l’abandonnait quelque part entre l’idiotie et la bêtise, bien incapable de réagir convenablement, de réfléchir convenablement, de respirer convenablement. Il devenait juste une bestiole soumise à son instinct de survie qui ne lui dictait que des conneries, un peu comme ces papillons qui courent gaiement à leur perte en allant se brûler contre une lumière quelconque ou les insectes aveuglés qui se crashaient contre un pare-brise. Eliott, lui, allait s’écraser chez Roxane, témoin forcé de sa déchéance du jour et ce n’était pas une décision très glorieuse, il s’en rendait compte maintenant. Non pas parce qu’elle était Roxane, emmerdeuse insensible mais parce qu’Eliott réalisait un peu tardivement qu’il comptait se plaindre de son ex-copine à elle. Elle, la fille qui avait eu le malheur de s’enticher de la crevure du lycée et dont tout le monde connaissait de près ou de loin la descente aux enfers. Lui aussi, même s’il prenait bien soin de ne jamais l’arborer. Eliott n’était pas doué avec les mots, il n’était d’ailleurs pas très doué tout court mais il aurait été incapable de dire quelque chose à Roxane sans la rendre encore plus misérable en s’apitoyant sur son sort avec sa propension à l’exagération et aux geignements ma foi forts virils. Dorénavant penaud, il regardait autour de lui comme un gosse pris la main dans le sac, hésitant sur la suite. Il devrait partir, la laisser en paix et l’abandonner à… ce qu’elle faisait avant qu’il ne la dérange – Eliott se demandait d’ailleurs ce qui composait ses journées, c’était à ses yeux un mystère au moins aussi trépidant que faire ployer les virus qu’il étudiait – mais il ne put s’y résoudre. Déjà parce que son corps tout entier refusait de quitter la chaleur de son foyer pour retrouver le sien, vidé de toute son essence, de ces dernières années et de tout ce qui lui était cher. Bon, accoler les termes chaleur et Roxane étaient sans doute malvenus mais à côté de son appartement amputé de son âme, le salon de la jeune femme lui semblait extrêmement chaleureux. Et en-dehors de son corps malingre qui refusait catégoriquement d’aller nulle part, son esprit lui aussi s’était fait la malle. Il s’était retranché dans le tiroir de sa mémoire et revivait les souvenirs envolés, jetés aux ordures, pendant que les grands yeux de hibou d’Eliott fixaient Roxane comme un alien. Roxane le monstre, l’amie indigne, sa kryptonite et tout et tout… toute mignonne face à Zelda. Il venait de trouver sans le savoir l’arme ultime de super-héros capable de triompher du mal sous la forme d’un chaton adorable. Les yeux grands ouverts, stupéfaits, il la fixait sans détour sans pouvoir se détacher de son spectacle délicat, doux, presque tendre, comme si un parasite avait soudainement pris possession du corps de Roxane et la faisait agir selon sa propre volonté. Parce que ce n’était pas sa voisine qui témoignait ainsi de l’affection à un autre être humain, ce n’était pas elle qui caressait le ventre rond d’un chat et la regardait avec une lueur dans ses yeux ternes qu’il ne lui avait jamais vue. Lentement, quelque part au milieu de son océan de tristesse et de désespoir qui finirait par s’estomper, un îlot surgit. C’était le petit éclair d’espoir au milieu de la mer et c’était Roxane qui venait de le faire émerger sans doute sans le savoir. Sa vulnérabilité nouvelle rendit l’ombre d’un sourire à Eliott, mais celui-ci disparut bien vite derrière une grimace dès que Roxane rouvrit la bouche. L’île devint Atlantide sous sa question rhétorique vilaine et il soupira bruyamment, se laissant lui aussi submerger par ses émotions et les larmes trop longtemps refoulées, tant pis pour son ego. De toute façon, il était inexistant avec Roxane qui s’amusait à la piétiner avec application. Et entre deux sanglots, d’une voix qui tremblait au rythme de sa lèvre inférieure, il vida son sac. Ce sac si lourd, alourdi par des mois de déni, d’auto-persuasion que tout irait bien, que la vie sans Ginger continuait, que ce serait juste un peu différent mais pas moins bien. Eliott l’avait cru, qu’il s’en remettrait facilement parce qu’il était un homme routinier et que sa routine le sauverait. Il avait cru qu’il se ferait à ce changement majeur, qu’il s’adapterait et que Ginger serait toujours dans le paysage. Il avait cru qu’ils pourraient refaire l’amour comme si rien n’avait changé sans pour autant se remettre ensemble, il avait cru qu’elle serait toujours là, son amie et que ça suffirait. Mais non. Ca suffisait pas, il ne pouvait pas coucher avec elle et l’imaginer dans d’autres bras le soir suivant, il ne pouvait pas se contenter de son amitié alors qu’elle lui faisait mal et puis zut, il ne savait pas comment ça se passait les ruptures, lui. Il n’avait jamais eu qu’elle. Eliott n’avait jamais embrassé une autre femme que Ginger, jamais caressé un autre corps que le sien, il devait tout réapprendre. Il ne savait pas séduire, il ne savait pas aimer, il savait l’aimer elle, mais c’était différent, il la connaissait par cœur, sur le bout des doigts, depuis l’enfance et ça l’abattait ce constat. Parce qu’il savait qu’il serait incapable de recommencer ce long processus, d’amitié, de confiance, de complicité et puis enfin d’amour, et d’ici là il aurait soixante dix ans voire plus et serait mort d’un infarctus à cause de toutes les pizzas et cookies ingurgités dans sa vie. C’était couru d’avance, sa vie était fichue et Roxane ne trouvait rien de mieux à dire que ça, qu’elle ne savait pas en le regardant avec une pitié qu’il n’aurait jamais cru déceler en elle. Sans lui laisser le loisir de parler, il enchaîna parce qu’il en avait gros sur le cœur et que les larmes avaient fini de faire disparaître le peu de dignité qu’il possédait en lui. « Mais tu comprends pas » gémit-il avant de poursuivre. « C’est pas juste une rupture. » En fait si, c’était juste une rupture, comme il y en avait tous les jours mais pour Eliott c’était la fin de partie, c’était aller jusqu’au bout d’un jeu et perdre contre le boss final, devoir tout recommencer sans armes, sans vie, sans map, sans rien du tout. « Ginger, c’est pas juste ma copine, c’était ma meilleure amie. Et y a toujours eu qu’elle, j’ai jamais fréquenté une autre fille, j’ai jamais regardé une autre fille, je sais pas faire tout ça et je sais pas si je sais aimer quelqu’un d’autre, tu vois ? Ginger je la connais par cœur et je l’aime et je veux juste qu’elle revienne… Et elle le fera pas, je le sais parce qu’elle a l’air heureuse et c’est pas juste qu’elle soit heureuse et moi non, on devrait l’être tous les deux ou pas du tout et puis elle a déjà du rencontrer quelqu’un parce qu’elle est merveilleuse et moi je suis condamné à finir ma vie avec Luke… » conclut-il d’un air prophétique. Sa complainte dura longtemps et il ne reprit son souffle que pour renifler, sans chercher à faire des phrases cohérentes, bien au-dessus de ses forces. En fait, maintenant qu’il avait dit ce qui lui pesait, Eliott se sentait fatigué, trop fatigué pour faire quoi que ce soit d’autre que geindre dans les jupes de Roxane. Et ça tombait bien, puisqu’elle ne cessait de lui donner de nouvelles occasions de le faire : « Euh, on est amis, j’te rappelle. Enfin moi je suis ton ami et du coup, un peu de réciprocité ferait pas de mal. C’est pas comme si t’en avais plein en plus. »  rétorqua-t-il de sa voix plaintive en haussant les épaules. Que Roxane le voulût ou non, il fallait qu’elle se rende à l’évidence : il était son ami et il n’irait jamais nulle part parce que contrairement aux Ginger qui s’en allait du jour au lendemain sans prévenir, lui, il était loyal et resterait sans doute près d’elle jusqu’à la fin de ses jours, comme une moule accrochée à son rocher, Harry, Luke, Rosalie, Kitty ou Roxane, du pareil au même. « Et puis t’es la plus près… » avoua-t-il finalement, espérant la faire sourire. Même si c’était la pure vérité. Roxane émit l'idée qu'on ne connaissait jamais vraiment les gens et il ouvrit une bouche indignée, prête à répliquer qu'elle ne l'écoutait pas puisqu'il venait de lui expliquer qu'il connaissait Ginger depuis toujours. Seulement, elle lui ordonna d'attendre et Eliott, docile derrière son coeur lourd, referma bien sagement la bouche comme un enfant écoutant la maîtresse dont il était secrètement amoureux. Non pas qu'il fut secrètement amoureux de Roxane, une telle idée semblait bien trop incongrue, il n'imaginait pas quel homme aurait pu tomber pour une fille qui ressemblait à la muraille de Chine. Pourtant, elle le méritait, derrière son absence totale d'efforts pour se montrer sous un jour plus agréable. Eliott récupéra Zelda dans ses bras élastiques et le chaton se mit à lécher ses joues inondées de larmes de sa langue toute râpeuse, provoquant chez le geek un large sourire doublé d'une grimace cocasse, nez froissé et yeux fermés, sous cette sensation un peu étrange. Roxane disparut et Eliott s'imagina que le spectacle qu'il offrait avec Zelda l'avait répugnée mais finalement elle revint bien vite armée de chocolat et il lui décocha un sourire dégoulinant de reconnaissance avant d'attraper le carré, et la tablette. « Merci, t'es super. » nota-t-il avec sa sincérité habituelle avant de rebondir sur ce qu'elle venait d'avouer en filigrane. Parfois ou souvent, il n'en savait rien après tout, elle allait mal et se jetait sur le chocolat. « Pourquoi tu viens pas à la maison quand ça va mal ? Moi aussi je peux faire du bien ! » répondit-il très sérieusement en observant le visage fermé de Roxane, sans prêter attention à sa maladresse qui pouvait prêter à confusion. Heureusement, Eliott se révélait plutôt bavard une fois la gêne des premiers contacts envolée, alors il précisa bien entendu toutes les façons dont il pourrait lui faire du bien. « On pourrait se faire un Tekken, un vieux Street Fighter ou un Call of Duty en imaginant Mike dans tous ceux qu'on tabasserait, je te laisserais gagner une course à Mario Kart, on pourrait faire une partie de Risk ou de Just Dance et là ce serait drôle parce que je suis nul. On pourrait même regarder des trucs dans le microscope, c'est incroyable tout ce qu'on ne voit pas, moi ça me fascine et puis ça détend. Et je fais de super-cookies. » Eliott énumérait le champ des possibles sur ses longs doigts de pianiste et réfléchir à comment apaiser Roxane le tirait un peu de ses propres tourments. Et c'était agréable, parce qu'il retrouvait la normalité de leur relation où il lui tendait la main sans qu'elle ne la saisisse au lieu que ça soit lui qui vienne ramper jusqu'à chez elle et l'ennuyer sans y avoir été invité. Mais Roxane ne l'écoutait qu'à moitié, déjà absorbée par sa fouille archéologique et à la voir ainsi, pleine d'une délicatesse touchante, il fut frappé par une vague de reconnaissance envers elle qu'il n'aurait jamais cru ressentir. Eliott avait envie de la serrer dans ses bras maigres malgré qu'il ne soit pas friand de ce genre de contact avec les filles, de lui dire mille mercis en lui promettant qu'il ferait tout ce qu'elle voudrait jusqu'à la fin de ses jours. Sauf qu'il n'en fit rien, à son tour hypnotisé par ce qu'elle déposait devant lui et qui faisait mal. Chaque objet lui renvoyait des souvenirs disparus en plein visage et seuls les ronronnements apaisants de Zelda parvinrent à l'empêcher de s'allonger en position foetale jusqu'à la fin des temps. « Bah c'est une photo. Dans un cadre. Une photo de nous deux prise à l'Arcadian, le soir de l'ouverture. Ginger est belle, elle a son sourire qui étincelle, ses cheveux défaits et une jolie robe. Blanche. Non, rose claire. Elle ressemblait à une fée. » Il aurait pu la détailler des heures durant parce qu'il se souvenait exactement de comment elle était ce soir la, de ce qu'elle avait dit, fait, bu, porté. Parce que chaque détail comptait puisqu'ils la composaient toute entière. Et qu'il l'aimait, elle et chaque parcelle d'elle-même, la plus infime, la plus cachée comprise.

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MessageSujet: Re: if you call for me you know I'll run (Roxcy)   Dim 16 Aoû - 19:45

Ça n’avait rien de réconfortant d’être celle qui semblait avoir le contrôle de ses émotions. Malgré le déballage larmoyant d’Eliott, Roxane se sentait impuissante. Elle connaissait les gestes de réconfort basiques, pourtant, mais elle se sentait incapable de les esquisser en direction du jeune homme. C’aurait été étrange, inconfortable et elle préférait dès lors le laisser geindre plutôt que de lui tapoter l’épaule. Qu’espérait-il, au juste, d’elle ? Quels mots attendait-il de ses lèvres hermétiquement closes ? Pourquoi s’imaginait-il qu’elle pourrait mieux intervenir que les autres ? Mais au fond, elle le savait. Ce n’était pas le mieux qu’il attendait d’elle, c’était la facilité, la proximité. Voilà ce qu’il avait vu en elle. Roxane n’était pas loin et puis, elle devait forcément être chez elle. Parce que c’était comme ça : Roxane Bedelia n’avait pas de vie. N’est-ce pas ? N’était-ce pas ce qui avait traversé l’esprit éploré du jeune homme désespéré ? Oh, si elle le confrontait, elle savait qu’il nierait en bloc, qu’il prétexterait quelque chose. Mais elle ne le croirait pas. Elle avait beau ne pas comprendre Eliott, elle ne pouvait imaginer une seule seconde qu’il cherche une réelle consolation auprès d’elle. Il avait juste opté pour la rapidité sans se soucier de l’efficacité de l’aide apportée. Mais elle tâcha de ranger cette amertume. À quoi bon accabler le jeune homme davantage ? Il ne ferait que se plaindre encore plus, il chercherait à se faire plaindre, prétendrait qu’elle était sans cœur, un monstre d’égoïsme. Pas une véritable amie. Était-ce neuf, cependant ? Bien sûr qu’elle était sans cœur, elle préférait cela au palpitant meurtri qu’elle avait emporté partout avec elle. Elle se sentait mieux lorsque son monde était dépourvu des aléas humains. Préservée des états d’âme d’autrui, Roxane se sentait plus en sécurité. C’était pour ça qu’elle restait chez elle, qu’elle évitait les sorties qui menaient invariablement à une rencontre. Mais c’était sans compter sur ceux qui venaient à elle, quoi qu’elle fasse. Et dans cette catégorie-là, Eliott était le seigneur incontesté. Mais tu comprends pas. Pour toute réponse, Roxane posa un regard fixe sur Eliott. Évidemment qu’elle ne comprenait pas, comment aurait-elle pu saisir quoi que ce soit de ce qui ébranlait Eliott ? Elle n’avait jamais vécu une relation comme celle qu’il avait eue avec Ginger. Roxane ne s’était jamais intéressée à ce couple, à l’époque. Parce qu’il n’y avait que Mike qui l’obsédait et même si elle essuyait humiliation sur humiliation, à toujours espérer que les sentiments de son amant changent, qu’il lui montre enfin une once de respect, elle n’avait eu que lui autour de qui concentrer son monde. Ginger, elle évoluait avec aisance dans ces hautes sphères à l’époque et elle avait tenté de mettre Roxane en garde  mais Roxane n’avait rien vu, rien entendu. Elle avait considéré les avertissements de Ginger d’un air perplexe. Comment pouvait-elle lui dire ces choses-là quand elle côtoyait Mike autant qu’elle ? Roxane devait se l’admettre, elle avait attribué la jalousie à Ginger. Elle s’était dit qu’elle voulait Mike pour elle seule, raison pour laquelle elle s’était évertuée à la détourner du jeune homme. En vain. À présent, Roxane aurait souhaité avoir écouté les plaidoiries plutôt que de s’obstiner dans cette voie sans issue. Mais il était trop tard et puis à quoi bon vouloir refaire le passé quand elle n’aspirait qu’à l’enterrer et ne plus y penser. L’effacer de son ardoise. Ne plus jamais être associée à la droguée qu’elle avait été. Alors peut-être que Ginger avait une bonne raison d’avoir quitté le lymphatique Eliott mais ça elle ne pouvait décemment pas le dire au jeune homme désespéré. Et puis, elle se demandait comment deux êtres aussi différents avaient pu se compléter si longtemps. N’était-ce pas le cours naturel des choses que de voir leur destin s’étioler et se diviser ? Mais qu’est-ce que cela signifiait pour elle, dans ce cas ? Qu’elle n’avait jamais eu aucune chance d’avoir Mike pour elle seule, qu’il y avait peu de chance pour que quelqu’un en vienne désormais à s’intéresser à l’âme brisée qu’elle était, incapable d’entretenir le moindre rapport humain. Le seul art dans lequel elle excellait, c’était celui qui consistait à maintenir tout le monde à distance, à s’isoler, à ne devenir qu’une ombre que le reste du monde ne manquerait pas d’oublier. À part Eliott. Il n’y avait qu’Eliott pour se rappeler qu’elle existait. Et, honnêtement, ça n’avait rien de réconfortant. C’est pas juste une rupture. Roxane pinça les lèvres en dévisageant Eliott, muette, les mots s’emmêlant trop pour être extraits de manière concluante de sa bouche close. Le visage légèrement froissé par la concentration, elle écouta la litanie de l’envahisseur et se surprit à souhaiter que quelqu’un ait pu un jour dire cela d’elle, tout en sachant que non. Elle n’avait jamais évoqué ce genre de sentiment chez quelqu’un et cette constatation ne fit qu’ajouter une couche à l’aigreur de son désespoir. Il aurait dû aller voir ses véritables amis et elle le laissa maladroitement le sous-entendre. Eux auraient su quoi dire pour apaiser les tourments, pour coller des sparadraps sur le cœur écorché du jeune geek. Elle, tout ce qu’elle parvenait à faire, c’était le regarder, embarrassée par cette démonstration de douleur à laquelle elle ne savait comment réagir. Mais quand elle tenta de le lui faire remarquer, la réponse vint spontanément. À nouveau, la maladresse légendaire d’Eliott la percuta de plein fouet et si elle ne chancela pas, semblant impassible face à l’attaque naïve du jeune homme, elle sentit tout de même son cœur faire des roulés-boulés contre ses côtes douloureuses. Seules ses mâchoires se serrèrent sous ses joues pâles. C’est pas comme si t’en avais plein en plus. Elle aurait voulu l’envoyer chier, lui dire que si c’était pour avoir ce genre de réflexions, elle préférait qu’il prenne la porte. Mais même pour ça, elle ne se sentait pas de taille. C’est la lassitude qui la couvrait, pas la rancœur, et elle fixa l’intrus sans un mot. S’était-il seulement rendu compte de la méchanceté de ses propos ? Pensait-il vraiment qu’elle avait besoin qu’on lui rappelle qu’elle était seule au monde, que tous ceux qu’elle pensait proches l’avaient abandonnée sans un regard en arrière ? Que son univers s’était écroulé le jour où elle n’avait plus été d’aucune utilité à Mike ? Et puis t’es la plus près… Ce ne fut pas une surprise mais Roxane regretta presque qu’il rende cette vérité plus réelle en l’énonçant à haute voix. Alors elle changea de sujet, lui fit remarquer qu’on ne savait pas ce qu’il se passait dans la tête des autres. La preuve, il n’avait aucune idée du mal qu’il lui faisait avec ses propos spontanés. Mais elle ne le lui dirait pas non plus. À quoi bon ? Elle pouvait deviner l’embarras qui naitrait sur les traits d’Eliott, mêlée au chagrin provoqué par la rupture qui le rendait inconsolable. Or, gérer cette dernière était suffisamment pénible sans qu’elle ajoute des éléments qui risquaient d’accabler les épaules de son visiteur inopiné. Le seul remède qui lui vint à l’esprit fut le chocolat. Pour lui autant que pour elle. Et c’était un moyen d’imposer un intermède aux accusations et aux révélations d’Eliott. Merci, t'es super. Tentée de lui rappeler que ce n’était pas ce qu’il disait un instant plus tôt, Roxane s’en abstint toutefois et mordit dans son carré de chocolat pour empêcher toute réflexion de lui échapper. Puis elle se concentra sur l’objet réel de la détresse de son voisin. Sa quête de la photographie tant recherchée fut cependant mise en suspens quand Eliott lui demanda pourquoi elle ne venait pas chez lui, quand ça allait mal, prétextant qu’il pouvait aussi faire du bien. « Parce qu’au cas où tu ne l’aurais pas remarqué, Eliott, je suis plutôt du genre à intérioriser » dit-elle, légèrement narquoise. Et honnêtement, il ne lui était jamais venu à l’esprit de se tourner vers lui pour être consolée. Elle ne voulait pas l’être. Elle voulait vivre avec son fardeau pour se rappeler à quel point elle avait été bête, naïve, désespérée et pathétique. Et puis, aussi, il restait la dette qu’elle avait envers lui et qu’elle n’avait aucune envie d’aggraver. C’était suffisamment pénible de savoir qu’il pouvait lui rappeler son intervention dès qu’il se sentait en position de faiblesse. L’évocation claire et nette de Mike la fit légèrement tressaillir mais elle garda l’attention portée sur le sac, n’ayant aucune envie de voir la lueur interrogatrice qui pourrait traverser les pupilles larmoyantes de son interlocuteur. « Non merci, Eliott » se contenta d’elle de murmurer, la voix rauque, le cœur en vrac. Elle se sentait incapable de tout cela, de faire comme si presser des boutons allait exorciser son malheur. Et puis elle préférait souffrir dans son coin. C’était bien plus simple lorsque les larmes menaçaient de l’étouffer et que le seul moyen de s’en préserver était de libérer le barrage pour les laisser tomber en cascade sur ses joues blafardes. Du moins c’est ce qu’elle aurait souhaité, si seulement elle avait su pleurer. Mais c’était comme si elle avait érigé de hautes murailles pour empêcher quiconque de l’approcher. Et parce qu’il fallait qu’elle se préserve du déluge qui menaçait un jour de la rompre en deux, elle voulait s’isoler, se dérober aux regards scrutateurs des gens qu’elle croisait. Pouvait-il comprendre tout cela ? Bien sûr que non. Pour lui, il était tellement aisé de s’imposer chez les autres et de déverser son mal-être sur autrui, comme si cela était sans conséquences. Le vexa-t-elle ? Était-ce pour cela qu’il lui répondit de telle manière, un peu mordant, comme s’il s’adressait à une demeurée ? Mais elle constata rapidement qu’il répondait simplement, comme il le faisait pour tout. Spontanément. Sans réfléchir. Sans un mot, Roxane persévéra dans sa fouille et finit par entrevoir le couple radieux qu’ils formaient à l’époque. Les avait-elle vus ainsi ? Roxane n’en avait en tout cas aucun souvenir mais en extrayant le cliché du sac, elle se surprit à le détailler, une lueur envieuse au fond de son regard terne. Car Eliott et Ginger formaient un couple ravissant. Ils avaient l’air heureux, complices, au comble du bonheur. Et elle, elle n’avait rien qui arrive à la cheville de ce duo désormais séparé. Comme quoi, même quand tout semblait parfait, rien n’était jamais acquis… « Tiens, vous voilà… »  dit-elle en tendant l’objet à Eliott. Elle esquissa un faux sourire et se releva. Pour aller où ? Elle ne le savait même pas. Elle avait juste besoin de s’écarter, de s’éloigner, de le laisser savourer ces retrouvailles. Traversant l’appartement, elle alla s’enfermer dans sa chambre et s’assit sur son lit. Elle savait pourtant que ça ne se faisait pas, qu’on ne délaissait pas quelqu’un chez soi, quand bien même ce quelqu’un s’était invité de lui-même. Mais assister à la souffrance dégoulinante d’Eliott n’avait fait que raviver l’impression de vide qui s’emparait d’elle dès qu’elle pensait à ce qu’elle ratait et à l’illusion qu’avait été sa misérable adolescence. Cela lui donna même envie de pleurer. Elle pouvait le sentir, le trou qui se creusait dans sa poitrine. Mais ça ne resterait que ça : une douleur inexpliquée qui s’enfonçait dans sa cage thoracique, la laissant épuisée mais incapable de se défaire du gouffre qui menaçait de l’avaler toute entière. Tout ce qu’elle parvint à faire, c’est resserrer les pans de sa couverture autour d’elle dans une maigre tentative pour réchauffer son corps glacé. Elle aurait voulu pouvoir faire tant de choses : se redresser, retourner au salon et engueuler Eliott en lui disant qu’il n’avait pas le droit de venir l’accabler de la sorte, que s’il aimait Ginger, il fallait qu’il persévère, ou de simplement lui demander de partir. Ça aurait été si simple. Mais au lieu de cela, elle ferma les yeux et laissa les larmes rouler à l’intérieur, avec l’illusion que cela remplirait son cœur troué comme une passoire.

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MessageSujet: Re: if you call for me you know I'll run (Roxcy)   Lun 19 Oct - 0:07

Eliott vidait son sac, infiniment. Il le déversait sur Roxane sans relâche, l'ensevelissait sous son malheur, son amour perdu et toutes ses balafres nouvellement acquises qui le rendaient à fleur de peau sans réfléchir. Parce que si son palpitant avait été moins en vrac, si ses nerfs n'avaient pas lâchés, il aurait compris. Il aurait compris que chaque mot, chaque souvenir heureux était un coup de poignard acéré qu'il lui lançait en pleine tête. Parce que Roxane et Mike n'avaient jamais été Eliott et Ginger et il le savait. Il ne s'y était jamais intéressé parce qu'il n'aimait pas les ragots et surtout, il n'aimait pas les cons finis dans le genre du roi de la basse-cour mais il savait quand même. En filigrane, en pointillés, il avait eu vent de la lente descente aux enfers de Roxane et de son amour à sens unique. C'est la raison pour laquelle il avait payé pour tout : il avait rencontré ses parents et leur détresse l'avait ému. Parce qu'il était comme ça, Eliott, une véritable éponge émotionnelle, à l'opposé de Roxane et de son visage distant qui ne laissait rien entrevoir. Lui avait une mine de chien battu où tout se lisait. Il ne savait pas cacher la tristesse ou la souffrance, il n'avait jamais su. Quand son papa était mort, sa peine s'était muée en kilos sur ce corps élastique comme des remparts érigés à la va-vite pour se couper du monde. Il avait souhaité agir comme Roxane, pour se protéger, mais il n'avait fait que s'isoler et depuis l'âge adulte, l'âge de la prétendue raison, de la maturité, il faisait exactement le cheminement contraire. Il refusait de se cacher, de s'empêcher de ressentir. Il aimait, il le disait, il le clamait avec sa spontanéité, sa gêne et sa maladresse. Il souffrait ? C'était pareil. C'était sans doute délicat à gérer, mais c'était ainsi. Malheureusement, Eliott n'avait pas choisi pas la bonne personne pour recueillir toute sa douleur. Le silence de Roxane se révélait éloquent, même pour lui, et au fil des minutes, il se mit à comprendre. A réaliser son erreur de jugement. Le visage contrit de Roxane dissimulait tout, absolument tout mais ses silences parlaient pour elle : elle était gênée. Par son spectacle sans doute, son sac poubelle odorant et son chaton même pas propre. Mais Eliott sentit qu'il y avait autre chose puisque généralement, elle ne se gênait jamais pour le remettre à sa place d'une façon bien à elle. Si bien à elle, qu'elle réduisait sa dignité comme peau de chagrin. Mais Roxane restait de marbre, silencieuse et ce fut encore plus dur à encaisser. Eliott mit un terme à sa litanie et il la fixa de ses grands yeux de chouette hallucinée, sans comprendre. Et il comprit encore moins lorsqu'elle daigna ouvrir la bouche pour dévoiler l'évidence. Elle intériorisait, tu parles d'une surprise. Ce qu'il ne parvenait pas à comprendre, c'est pourquoi elle agissait ainsi. Tout garder pour soi, c'était prendre le risque de se transformer en cocotte-minute et exploser. Un peu comme lui aujourd'hui à la différence notable qu'il n'avait jamais vraiment tout gardé pour lui, seulement minimisé le contrecoup d'une rupture subie. « Mais faut pas ! Après ça te ronge, ça te rend malheureuse et aigrie.  » essaya-t-il de lui faire comprendre en haussant les épaules. Roxane était déjà aigrie, songea-t-il sans le dire à voix haute et sans doute était-elle désespérément malheureuse parce qu'Eliott ne l'avait jamais vue autrement qu'avec son visage fermé et ses répliques mordantes ou lasses. Au début, il se figura qu'elle était ainsi, une personne cynique et sauvage, comme ces filles fortes de jeu vidéo qui l'avaient toujours fait rêver. Et puis finalement, non. « ...  » Eliott ouvrit la bouche pour ajouter quelque chose, n'importe quoi, mais les mots refusèrent d'en sortir. Que pouvait-il dire ? Il ne savait rien d'elle, pas assez pour essayer de lui offrir un conseil, surtout lorsqu'elle n'en voudrait pas. Et puis, Eliott se révélait souvent démuni devant les filles. Comme Luke. Comme Kitty devant un garçon. Comme toute cette génération biberonnée aux écrans et laissée un peu à l'abandon des hautes sphères de la popularité. Eliott ne savait pas comment agir avec Roxane qui était un mystère insoluble là où tous lui cédaient. Il savait rester des jours entiers planté devant un microscope jusqu'à y lire la réponse, il savait résoudre des équations, réciter des trucs par coeur et impressionner par sa science infuse, mais dans le domaine du relationnel, il était novice. Affreusement novice. Il ne connaissait le mode d'emploi d'une seule femme et elle ne voulait plus d'elle alors. Et puis Roxane refusa son offre, l'offusquant un peu et son visage sembla se brouiller davantage. Il était déjà froissé de larmes et de peine et elle venait d'y inscrire une nouvelle entaille. Superficielle, sans aucun doute, mais quand même. Eliott tendait la main, toujours, et chaque fois que Roxane la refusait, il sentait un coup de griffe rayer son palpitant. Parce que c'était épuisant, de donner, de donner vraiment, toujours, sans cesse, et de ne rien recevoir en échange. Il prétendait toujours que ça n'était rien, que ce n'était pas grave et quand il était d'humeur égale, normale, c'était peut-être le cas, peut-être qu'il le pensait vraiment et qu'il continuerait à l'aider envers et contre tout même contre elle. Mais quand il se révélait fragile et démuni, comme aujourd'hui, Eliott se montrait étrangement plus lucide et en réalité, cette relation branlante et à sens unique le blessait. Parce qu'il tenait à Roxane, même s'il le montrait peut-être mal. Il tenait à elle comme il tenait à Harry, à Luke, à Kitty, à Rosalie, à Ginger et aux rares personnes qui composaient l'intégralité de son existence. Eliott n'avait pas beaucoup d'amis, ils tenaient sur les doigts d'une main et c'est la raison pour laquelle ils étaient le centre de son existence, quelque chose de précieux et d'important qui valaient bien tous les sacrifices du monde. Il n'exigeait rien, ne demandait pas grand chose mais un peu de réciprocité ne ferait tout de même pas de mal. Et Roxane, elle, n'en montrait jamais. Généralement il n'en faisait pas, décidait de tout prendre au second degré mais le second degré ? Il était hors d'atteinte parce que le manque de Ginger le brûlait de l'intérieur. « Mais pourquoi ? » gémit Eliott, avant de reprendre immédiatement. « C'est ce que les gens font, se changer les idées, s'aider même sans le dire, se reposer sur leurs amis, accepter les mains tendues. C'est trop dur sinon, c'est trop lourd à porter et puis ce serait bien trop triste la vie si on devait tout affronter seul, sans aide et sans personne. Je te demande pas de me choisir, moi, j'ai bien compris... mais juste, ouvre-toi à quelqu'un. Arrête de toujours dire non, de t'enfermer, tu peux pas continuer à être seule comme ça. » Sa voix jamais maîtrisée vibrait d'impuissance et Eliott crut qu'il allait se remettre à pleurer. Non pas pour lui, mais pour elle, pour ce que le chagrin lui permettait de percevoir plus distinctement que d'habitude. Pourquoi ignorait-il toujours son mal-être ? Pourquoi fallait-il toujours qu'il le diminue, qu'il l'élude pour aller jouer au clown, l'ennuyer, décider de lui imposer sa compagnie ou ses activités sans réfléchir. Comment tu vas Roxane, cette question complètement bête, il ne la lui posait jamais. Parce que lui, allait bien. Et parce qu'elle, elle se cachait, elle jouait le jeu, elle n'avait jamais l'air malheureuse, juste éteinte et revêche. Mais derrière le voile encore humide de ses prunelles, Eliott voyait peut-être trouble, mais mieux. Mais Roxane lui tendit la photo et tout son constat fut balayé derrière l'égoïsme du soulagement, noyé sous une vague naïve qui disait que maintenant, tout irait mieux. C'était idiot, ce n'était qu'une photo, mais il esquissa néanmoins un sourire reconnaissant et la serra entre ses doigts pour la regarder de plus près, sans même réaliser qu'une Roxane plus discrète qu'un ninja venait de se lever pour s'éloigner. Eliott ne voyait plus rien d'autre qu'une Ginger étincelante dans sa robe pâle. Elle irradiait, comme toujours. Son sourire faisait de l'ombre au soleil, sa peau sentait le sable chaud même en plein hiver et à ses côtés, tout semblait moins terne et nul. Lui inclus, il se trouvait presque belle allure à côté d'elle, le visage mangé par le bonheur tout simple d'être près d'elle. Eliott exagérait, comme à sa désastreuse habitude. Il y avait autre chose, son visage était éclairé par une autre lueur qui n'avait rien à voir avec Ginger : il brillait parce qu'il venait d'accomplir quelque chose de beau. L'Arcadian ouvrait ses portes et c'était son bébé, à lui et à ses deux meilleurs amis, une réelle satisfaction qui continuait à les combler. Mais Eliott oublia tout ça, alors qu'il frottait désespérément la photo souillée de son pull. Tout ce qu'il voyait, lui, c'est combien il était heureux avec Ginger et terne maintenant. Ce fut Zelda qui le tira de son auto-apitoiement. Elle frottait sa minuscule tête contre son genou et comme cela ne suffit pas, se mit à miauler pour attirer son attention. Eliott caressa machinalement son minuscule cou qui se mit à vibrer sous les ronronnements et c'est à cet instant qu'il réalisa l'absence de Roxane. Hébété, il s'adonna à un tour d'horizon mais il eut beau promener son regard penaud partout, elle n'était nulle part. Dans le doute, il lui accorda quelques minutes. Après tout, elle était peut-être aux toilettes ? Mais Zelda le fixait comme s'il était le dernier des idiots et Eliott maugréa un « Oh ça va, tu vas pas t'y mettre. » à son attention avant de déplier ses longues jambes pour redresser sa silhouette dégingandée. Même son chat le jugeait. Sa photo toujours serrée contre lui, Eliott s'avança prudemment dans l'appartement avec la désagréable impression d'entrer par effraction ou de violer un temple sacré. Un peu comme Lara Croft, mais en largement moins sexy. Son visage penaud s'effaça au profit d'un air réellement inquiet lorsqu'il distingua la silhouette recroquevillée sur son lit, de dos. Roxane. Eliott hésita, sur le seuil, et retint même son souffle en pénétrant dans la pièce, comme s'il craignait déclencher par sa seule présence un piège sophistiqué. Mais non. Rien ne se produisit, si ce n'est son coeur qu'il sentit se liquéfier dans son ventre. C'était à son tour d'être impuissant face à sa détresse et pire que tout, il avait le sentiment d'être un affreux voyeur. Lui, il avait choisi de pleurer devant sa porte, de tambouriner, de s'imposer et de la laisser entrevoir toute sa peine. Roxane, elle, avait décidé le contraire : la fuite, l'isolement. Et il foulait du pied sa volonté. Pour autant, Eliott ne fit pas demi-tour, c'aurait été une erreur qu'il ne se serait jamais pardonnée. Après tout, c'était constant chez lui de s'imposer dans la vie de cette fille qui ne voulait pas de lui, de l'aider contre son gré et d'essayer de se frayer une petite place, de lui rendre la vie un peu plus facile. C'était un échec, un échec constant, mais en la sentant ainsi, aussi vulnérable, Eliott sut qu'il n'abandonnerait jamais. « Roxane... je suis désolé, je voulais pas... » geignit-il de son timbre vacillant, entre panique et culpabilité. Il ignorait de quoi il était coupable mais il savait qu'il était responsable de son état, au moins en partie. Qu'il avait appuyé sur un détonateur inconnu, enclenché un mécanisme dont il ignorait tout et causé une part de son chagrin. Et il aurait aimé réparer ça, vraiment. Mais comment faire, alors que Roxane refusait toutes ses tentatives de communication ? Planté bêtement devant ses yeux clos, le cerveau d'Eliott montrait des signes de surchauffe car il était mal-armé contre ce genre d'émotions fortes, de proximité, d'intimité et de détresse inconnue. Les bras ballants, les mains moites, il sentait le stress monter sans savoir comment faire. Quoi faire. Oscillant entre Roxane et la porte, Eliott ne savait pas quoi faire. Devait-il la laisser noyer sa peine ? L'épauler ? Une nouvelle fois, Zelda lui apporta la réponse. Ou plutôt, sa conscience eut besoin de se voir confortée par des signes fantaisistes. Sa chatte le fixait et Eliott imagina un signe de tête qui le poussa à s'asseoir près de Roxane, à distance respectable. Lentement, maladroitement, il réduisit l'écart entre eux et resta là, assis à côté d'elle sans la toucher. Son bras entreprit un chemin, il envisagea d'entourer ses épaules mais Eliott fut incapable de s'y résoudre. Là encore, il craignait créer quelque chose de dingue, une faille dans l'espace-temps, une catastrophe naturelle, l'apparition des chevaliers de l'apocalypse, quelque chose. « S'il te plaît, parle-moi. » C'était un s'il te plaît aux allures de fusée de détresse, un s'il te plaît de môme qui a été sage et attend quelque chose. Eliott était pitoyable. Il essayait de ne pas l'être, mais ne pouvait qu'être mis devant le fait accompli : il ne savait pas l'aider. Il ne savait pas faire ça parce qu'elle ne lui avait jamais fourni les clefs pour le faire. Alors il tenta l'impossible. Son bras élastique vint entourer ses épaules secouées de soubresauts, lentement, précautionneusement. Il la rapprocha ainsi de lui, de son épaule osseuse et de son torse noueux et sans oser presser son épaule, caresser ses cheveux ou juste ne pas risquer une crampe à force d'être aussi contracté, il reprit la parole. Doucement, presque avec tendresse. Ce n'était pas glorieux, ça restait du Eliott, mais il était lancé. Alors qu'importe s'il allait droit dans le mur, il n'arrêterait pas. « Je veux t'aider Roxane. Je sais que tu veux pas mais je peux pas te laisser comme ça et juste prétendre que j'ai rien vu. Je vais rester là. Et j'aimerais que tu me dises ce que je peux faire pour te soulager un peu parce que sinon je vais juste rester près de toi et te serrer dans mes bras et on sait bien que t'aimerais pas ça. » Il se mit à déblatérer, de sa façon bien à lui, alors qu'en même temps il réfléchissait à comment il pourrait lui venir en aide. Mais Eliott ne savait pas, tout ce qu'il savait c'est qu'il resterait là aussi longtemps que nécessaire, peu importe la réaction de sa voisine.

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MessageSujet: Re: if you call for me you know I'll run (Roxcy)   Sam 21 Nov - 13:28

Elle se concentra sur sa respiration qui lui semblait laborieuse, comme freinée par un poids invisible, mais ça n’arrangea pas cette impression de s’enfoncer dans un sol boueux. Les chevilles, les genoux, les hanches. Ça grimpait lentement, ça l’ensevelissait. Et Roxane savait ce que c’était. Le désespoir dans sa forme la plus pure et la plus dangereuse. La dernière fois que ça lui avait pris, elle avait exagéré sur sa prise quotidienne. Résultat : hôpital, regards peinés teintés de désapprobation, envoi dans un centre de désintoxication. Elle avait été arrachée à sa propre vie ce jour-là et si elle n’était pas morte au sens propre du terme, Roxane avait parfois le sentiment de ne jamais s’en être réellement sortie. Seule son enveloppe charnelle y était parvenue. Il y avait son cœur qui cognait faiblement dans sa poitrine pour lui prouver qu’elle vivait mais pour le reste, ça ne paraissait pas réel. Est-ce que les choses auraient été différentes si, comme Eliott, elle avait lâché tout ce qui lui pesait sur l’âme au lieu de fermer les yeux et d’ingérer une autre pilule, une autre bande de poudre blanche ? Est-ce que son destin aurait été différent si elle avait hurlé au lieu de pleurer ? Si elle avait eu quelqu’un vers qui se tourner pour lâcher du leste. Peut-être. Probablement. Après tout, Ginger avait été là. Elle s’était évertuée à la préserver du monstre d’égoïsme et d’insensibilité qu’était Mike mais Roxane, dans son fol amour aveugle pour le jeune homme, avait refusé d’écouter, de voir la vérité en face. Pire, elle avait semblé vouloir s’obstiner quand bien même sa conscience lui prédisait le danger imminent. Mais même maintenant, même après tout ce temps, Roxane savait qu’elle n’aurait jamais pu ouvrir la bouche et livrer la vérité. Car sa vérité était la suivante : si elle n’avait pas Mike sur qui concentrer son attention, qui avait-elle ? Eliott n’était pas comme ça. Il avait toujours eu des amis pour écouter ses gémissements. C’était pour ça que ça paraissait un don inné chez lui d’exposer ses maux, ses douleurs. Parce qu’à plusieurs, c’était plus facile de porter un tel fardeau. Mais qui l’aurait soutenue, elle, quand elle ployait sous le rejet et l’indifférence ? Eliott n’y pouvait rien, évidemment. Il n’empêchait qu’en se pointant de la sorte, il faisait resurgir ces démons que Roxane s’efforçait d’enfouir au fond d’elle comme si les enterrer permettrait de les oublier, de les renier. Erreur monumentale. Eliott et elle ne se comprendraient probablement jamais. Ils étaient deux êtres que tout opposait, à commencer par leur façon d’appréhender les malheurs. Roxane aurait aimé se penser plus forte, plus apte à affronter le malaise mais ne se voilait-elle pas la face ? Après tout, si Eliott pleurnichait comme un bébé, elle avait failli perdre la vie. À tout intérioriser, comme elle s’était complu à le lui signaler, elle s’était noyée dans ses propres maux. Et maintenant il était trop tard pour qu’elle dise quoi que ce soit. Ça semblerait sorti de nulle part, ça n’attirerait que des froncements de sourcils. Et le principal intéressé, celui qu’elle aurait dû accabler de griefs, elle connaissait déjà sa réaction : un sourire méprisant, un haussement de sourcils éloquent, l’air de dire ‘mais avec quoi tu viens, ma pauvre ? je ne t’ai forcée à rien, c’est toi qui en redemandais sans cesse’. Et il n’aurait pas tort, c’était ça le plus triste. Elle était la fautive, elle était celle qui avait persisté quand tous les éléments la suppliaient de cesser de se faire du mal inutilement. Mike ne l’avait jamais aimée, il ne l’aurait jamais aimée, malgré tous ses efforts et quand elle regardait la fille qu’elle avait été à l’époque, elle ne comprenait toujours pas qu’il se soit ennuyé avec un sac d’os insipide comme elle quand il pouvait se taper des femmes séduisantes aux corps parfaits. Il n’avait pris plaisir avec elle que parce qu’elle se soumettait entièrement à ses moindres désirs, acceptant un traitement qu’aucune personne sensée n’aurait toléré. Et elle avait honte. Roxane avait profondément honte que tout le monde soit conscient de ça. De ce qu’elle avait été. Alors que pensait réellement Eliott, au fond ? Était-ce par pitié pour la fille d’autrefois qu’il agissait ainsi maintenant ? Cette possibilité la dégoûtait plus qu’elle ne voulait l’admettre. Parce que ça la dégoûtait profondément d’elle-même, comme si elle ne se détestait pas déjà suffisamment. Et la réponse d’Eliott l’aurait fait sourire si elle n’avait pas été si véridique. Ça l’avait rongée, ça l’avait rendue malheureuse et aigrie. La preuve, elle ne souriait pratiquement plus. Son visage portait constamment le masque de la méfiance, elle vivait l’approche d’inconnus comme une menace, elle redoutait les rappels, les questions. La moindre attention, en fait. Et même si celle d’Eliott ne représentait pas le même danger que celle des autres – pourquoi, d’ailleurs ? Parce qu’il pleurnichait ? Parce qu’il ne semblait pas attendre plus d’elle qu’une oreille attentive à ses déboires sentimentaux ? – elle pesait quand même sur elle. Elle ne savait pas ce qu’il attendait réellement, ce qu’il espérait de leur relation. Ne voyait-il donc pas qu’ils ne parlaient pas le même langage, que tout les séparait ? Aussi, quand il lui avait demandé pourquoi elle ne venait pas à lui et, Roxane se dit en elle-même pourquoi elle n’acceptait pas son aide, même quand elle paraissait aussi innocente et spontanée, elle haussa les épaules. « Tu ne peux pas comprendre » avait-elle répondu comme si c’était une réponse valable. Elle aurait pu lui dire, plutôt, qu’elle craignait qu’en ouvrant les vannes, elle ne puisse plus jamais les refermer. Qu’elle ne voulait pas lui ressembler, à geindre continuellement. Il ne pouvait concevoir qu’elle s’était sentie si faible par le passé qu’elle ne voulait plus jamais être bousculée. Elle ne voulait plus jamais ressentir la détresse qu’elle avait vécue durant des mois, des années. Tenir les gens à distance requérait moins d’énergie et de courage que les laisser pénétrer son univers. Et puis elle avait honte, aussi, de les laisser voir à quel point elle était sans relief, sans saveur. Elle ne voulait plus jamais être délaissée. Alors elle avait trouvé le remède parfait : si personne ne comptait, personne ne pouvait la délaisser. Point final. Mais Eliott dirait probablement que c’était lâche. Ou que c’était impossible pour un être humain de vivre complètement seul. Mais n’était-elle pas la preuve que c’était possible, après tout ? « Roxane... je suis désolé, je voulais pas... » La jeune femme resta immobile, même si un léger froncement vint arquer ses sourcils, comme un enfant qui s’emploierait à faire croire à ses parents qu’il dormait vraiment. Sauf qu’assise ainsi, il était clair qu’elle n’était pas assoupie. Ses doigts se resserrèrent autour de la couverture et elle retint son souffle, sans même s’en rendre compte. Pourquoi ne voyait-il pas qu’elle ne pouvait pas lui parler, qu’elle ne voulait pas le laisser entrer, qu’il prenait déjà suffisamment de place comme ça ? Elle sentit le matelas s’affaisser doucement sous le poids du fauteur de trouble. « S'il te plaît, parle-moi. » Roxane déglutit mais s’obstina à rester silencieuse, espérant que malgré ses facultés bancales de communication, Eliott finirait par saisir qu’ils ne fonctionnaient pas comme ça, qu’il ne pouvait pas s’inviter chez elle sans permission, qu’il ne pouvait pas la noyer avec son chagrin disproportionné, qu’elle n’avait pas les mots ni l’envie de le consoler, qu’elle vomissait son attitude parce qu’au lieu de pleurer ce qu’il avait perdu, il aurait dû s’estimer heureux d’avoir eu ces instants de bonheur-là. Elle, en tout cas, c’était comme ça qu’elle aurait fait le deuil d’une relation pareille. Mais qu’en savait-elle, hein ? Elle ne pouvait appréhender cet élan d’amour qui poussait un grand dadais à l’âge adulte à venir pleurnicher avec un sac poubelle et un chaton chez sa voisine. Non, il n’y avait qu’Eliott Green pour se comporter ainsi. Et quand il s’essaya à une étreinte pour la réconforter, si Roxane se raidit sensiblement, elle ne se déroba pas. Pas immédiatement, en tout cas. Depuis combien de temps n’avait-elle pas été approchée de la sorte, avec une innocente si parfaite ? Quel était la dernière personne à l’avoir seulement touchée ? Était-ce encore Mike, dont les empreintes brûlantes semblaient marquer tout son corps, chaque parcelle de sa peau ? Non. Bien sûr que non. Elle aurait voulu se complaire dans cette idée mais il y avait eu Eliott, toujours Eliott, depuis qu’il s’était invité plus que dans son appartement, dans sa vie entière. Il y avait eu la fête sur le bateau, il y avait eu toutes ces tentatives et même si elles paraissaient moins intimes que ce geste de consolation, elles avaient bel et bien existé. Et les derniers mots qu’il lâcha, bien qu’ils avaient pour but de la calmer, de l’amadouer, n’eurent que l’effet contraire et lorsque le corps de Roxane se mit à trembler plus fort, ce fut à cause de la frustration, de la colère et de la peur. La jeune femme poussa un grondement sourd, presque animal et se redressa brusquement, abandonnant le cocon réconfortant de sa couverture pour se lever et faire face à Eliott : « Je veux que tu me laisses tranquille, Eliott ! » s’écria-t-elle, une lueur rosée envahissant ses joues sous le coup de l’émotion. « Tu veux m’aider ? Ne viens pas m’emmerder avec tes pleurnicheries ! Je ne peux pas écouter ça. De quoi te plains-tu ? Tu as été heureux avec Ginger, non ? Console-toi en te disant que tout le monde ne vit pas ça. Et si tu l’aimes tant, si elle te manque tant, va la reconquérir au lieu de t’imposer chez moi ! Tu crois vraiment que je suis celle qui va te faire aller mieux ? Tu crois vraiment que j’ai besoin de me soucier de quelqu’un d’autre quand je ne sais pas me soucier de moi-même ?! » Elle n’avait plus de souffle, son ventre lui faisait mal. Parce qu’elle n’avait plus de force et parce qu’elle se détestait déjà d’infliger des mots pareils au jeune homme – le seul – qui ne lui voulait aucun mal, qui s’évertuait à l’approcher alors qu’elle ne méritait pas une telle attention. Elle réalisa trop tard que les larmes avaient commencé à rouler sur ses joues et elle les chassa d’un coup de poignet : « Regarde ce que tu as fait ! » siffla-t-elle comme s’il venait d’abimer un meuble ou de renverser un vase. Mais c’était toute une muraille qu’il venait de faire effondrer. « Je ne veux pas t’écouter, je ne veux pas te parler, je veux qu’on me laisse seule, qu’on m’oublie, qu’on m’efface des mémoires. Je voudrais ne jamais être revenue, tu peux le comprendre, ça ? Ou dans quelle maudite langue faut-il que je te parle pour que tu comprennes que je ne veux pas de ton aide, que je ne t’ai jamais rien demandé ! » Elle était injuste mais elle lui en voulait tellement d’être à l’origine de ces larmes. « Alors, s’il te plait, dit-elle en prenant la même voix geignarde qu’Eliott, va voir tes copains, va voir Ginger, va voir n’importe qui mais fous-moi la paix, ok ? » Son regard dévia vers la petite boule de poils qui assistait à cet éclat, une lueur presque réprobatrice dans les yeux. Une onde passa sur le visage de Roxane et elle inspira douloureusement. « Tu ne peux pas m’aider, Eliott » souffla-t-elle, faute de pouvoir s’excuser. « Il n’y a que moi qui peux parvenir à me sortir de là et il me faudra du temps. Tu ne peux rien y faire ». Ça sonnait presque comme une sentence mais pouvait-elle être plus claire que ça ? Car il venait d’ajouter une plaie à son cœur. Par sa faute, elle se sentait monstrueuse, en plus d’être faible et pathétique. Elle n’avait pas besoin de plus.

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MessageSujet: Re: if you call for me you know I'll run (Roxcy)   Dim 24 Jan - 20:18

Bien sûr qu'il ne pouvait pas comprendre, Eliott n'imaginait pas un seul instant comprendre ce que Roxane pouvait ressentir, ce qu'elle avait enduré et ce qu'elle éprouvait au quotidien mais ce n'était pas parce qu'il ne la comprenait pas qu'il ne pouvait pas l'apprécier et essayer, à sa triste manière, de l'aider, de lui tendre une main amie, de lui prouver que la solitude ne serait jamais une solution. Il s'y prenait comme un pied bien sûr et sans doute préférait-elle être seule que subir sa compagnie hasardeuse, plaintive et intrusive mais il était là et n'irait nulle part. Foi d'Eliott. Seulement, son incompréhension grandit encore lorsqu'il pénétra dans la pièce interdite pour trouver Roxane recroquevillée comme une enfant et mutique comme un vieillard attendant la mort. La dureté de la scène le cloua sur place et il sentit quelque chose en lui se briser car pour la première fois, il touchait du doigt le mystère opalescent de Roxane, il apercevait les contours de sa tragédie et leurs terribles conséquences. Elle n'avait pas trente ans pourtant, toute la vie devant elle, elle était belle et malgré tout, à cet instant elle ressemblait à un élément de la belle au bois dormant. Pas à la belle endormie, non, mais aux ronces qui assiégeaient tout et transformaient toute vie en objet figé, inanimé. Incertain de la marche à suivre, Eliott eut besoin du soutien indirect de Zelda pour pénétrer dans les terres interdites, le souffle coupé. Il était un ami mais il se sentait comme un voyeur, un assiégeant. Rien ne l'autorisait à être ici et pourtant il ne pouvait rebrousser chemin. Pas quand sa souffrance se faisait si forte qu'elle devenait palpable, partout dans la pièce. Alors Eliott tenta de l'envelopper d'un peu de douceur, d'un peu de sa gentillesse profonde, d'un peu de la compassion qu'il éprouvait pour elle et qui n'avait rien de pitié. Roxane était son amie, qu'elle le voulût ou non. Elle était son amie et il rêvait du jour où elle irait mieux, où elle sourirait vraiment, pas des esquisses fausses qu'elle lui servait quand il l'agaçait. Elle n'était pas seulement l'une des bénéficiaires de sa fondation, elle était devenue une amie et les siens ne partaient pas, jamais. Eliott se montrait constant, dans ses sentiments comme dans le reste de son existence et Roxane était dorénavant liée à son existence. Elle sembla se laisser approcher, au moins un peu et Eliott se surprit à penser que peut-être ils étaient moins lointains qu'elle se le figurait. Peut-être qu'à l'instar du renard du petit prince, il était parvenu à l'apprivoiser au moins un peu, assez pour que son bras élastique contre son omoplate saillante ne la révulse pas tout à fait. Il crut que c'était gagné, qu'il pourrait aspirer toutes ses peines ou au moins essayer de l'aider juste en restant là, tant qu'il conservait lèvres closes pour ne pas la noyer davantage sous ses mots maladroits. Il se surprit même à expirer profondément, presque de soulagement, mais ce fut de courte durée. Sans comprendre (mais il ne comprenait que très rarement les affres des sentiments humains), Eliott fut pétrifié de surprise par l'accès de violence de Roxane. C'est ainsi qu'il le ressentit, avant d'être heurté par la force de son rejet. Comme une violence trop longtemps contenu, un marasme de sentiments qui venait de lui exploser au visage. Il ne le prit pas vraiment pour lui, lui ou un autre, cela aurait eu le même résultat du moins osait-il l'espérer. Mortifié par sa réaction, Eliott n'eut le temps ni de l'appréhender, ni de réagir. Il sursauta au cri guttural de Roxane et la laissa le repousser sans faire un geste pour la contenir, ayant l'impression qu'une bourrasque folle venait de remplacer la jeune femme. Il la fixa de ses grands yeux écarquillés, en pleine torpeur, ignorant tout de la réaction appropriée. Eliott ne savait pas consoler, ni aider, il était d'une nullité inénarrable lorsque les gens allaient mal car leurs propres souffrances l'ensevelissaient, le rendant inapte à toute réaction jugée digne. Lui ce qu'il pouvait faire, c'est compatir, geindre à leurs côtés, pleurer de concert ou offrir une orgie de nourriture ou des blagues minables. Mais c'était tout et c'était clairement insuffisant. Alors les mots de Roxane le frappèrent comme une vague et il se sentit trembler à l'intérieur, trembler pour elle et à la fois d'indignation. Une indignation contenue mais bien présente, qui grimpait en lui sans qu'il n'ose jamais la proférer. Pourquoi détruisait-elle tout ? Pourquoi faisait-elle ça alors qu'il essayait juste de lui venir en aide, de lui tendre une main, de lui prouver que le monde n'était pas aussi moche et gris qu'elle ne le se figurait et que la terre entière n'était pas là pour  la contrer, la blesser. Il voulait lui prouver, à sa manière, que tous ne l'abandonnaient pas, que certains resteraient là contre vents et marées, qu'elle pouvait compter sur lui, qu'elle devait le laisser entrer, qu'elle pourrait se reposer sur lui même s'il ne pesait pas lourd. C'est tout ça qu'il voulut gémir comme un gosse heurté mais il en était incapable, frappé par la tornade Roxane. Et puis, elle avait raison. Aujourd'hui, il avait été nul. D'une nullité incomparable et aucune justification n'effacerait jamais la véracité des propos de Roxane. Durs mais mérités. Il ouvrit la bouche, puis la referma comme un poisson, le bec cloué par sa virulence. « Je-je suis désolé » balbutie-t-il pour la deuxième fois en l'espace de cinq minutes. Eliott l'était, vraiment, mais ça ne suffisait pas ni à le faire se sentir moins coupable ni à apaiser les tourments de Roxane. « J'aurais pas du agir comme ça, je me suis montré égoïste mais je voulais pas, j'ai pas fait exprès, je-j'en parlerai plus. Et je me... je me plaindrai plus, jamais. D'accord ? » D'accord, supplia-t-il en essayant de retenir ses lamentations qui l'agaçaient tant. Eliott tentait de l'apaiser, en baissant la voix et en s'excusant. Il se montrait sincère, le coeur à découvert, mais rien n'y fit et il ne put que constater les dégâts de son comportement : Roxane se mit à pleurer. A pleurer comme il n'avait jamais vu quelqu'un pleurer, comme si quelque chose en elle venait de se briser et que jamais rien ni personne ne pourrait réparer les dégâts. Elle pleurait et Eliott crut un instant que jamais elle ne s'arrêterait. Qu'il la voyait là comme elle était réellement, à nue et les cicatrices rouvertes, et il se sentit pris d'un vertige terrible. Celui de l'impuissance et d'une tristesse trop importante pour qu'il sache l'ingérer. Incapable de soutenir son regard plus longtemps, Eliott baissa la tête, toujours penaud sur son lit, et sentit dans ses propres pupilles monter un océan de larmes salées. Ses prunelles scintillaient mais il serra la mâchoire, refusant de se montrer aussi faible. Il lui fallait l'aider, pas pleurer dans ses bras. Et puis Roxane détestait ses grandes effusions sentimentales, il lui devait bien ça. « Roxane » débuta-t-il timidement. Eliott ignorait quoi dire pour l'apaiser, il ignorait quoi faire et restait là, grand dadais aux bras ballants. Il aurait voulu s'approcher et la prendre dans ses bras. Pas les siens en réalité, des bras rassurants qu'elle n'aurait pas repoussés. Il aurait aimé lui dire tous ces mots qui viendraient sans doute ce soir ou demain, quand il repasserait leur conversation en boucle en regrettant son manque d'initiative et de répartie. Mais paralysé par sa détresse, le coeur brisé par son chagrin, Eliott était incapable d'agir convenablement et Roxane reprit déjà la parole, court-circuitant en lui quelque chose. Etrangement, sa dureté fut le signal qu'il attendait pour enfin devenir acteur de cette scène tragique au lieu de la subir en spectateur ballotté par les flots. Il redressa sa silhouette dégingandée sous l'acidité de ses mots pour enfin l'affronter. Il n'allait pas lui foutre la paix, pas maintenant, ni jamais. Electrisé par ses paroles, Eliott se sentait hors de lui, au sens littéral. Il avait l'impression de flotter hors de son corps, de ne plus être entravé par celui-ci et  aussi, de pouvoir s'exprimer plus librement sans se montrer aussi fébrile et désastreusement brouillon. « Non, je comprends pas ça. Je comprends pas de quoi tu as si peur et surtout je comprends pas pourquoi toi, tu refuses de réaliser que je suis ton ami et que j'irai jamais nulle part. Va falloir te résoudre à ma présence parce qu'il en faudra plus que je te fiche la paix. Je t'abandonnerai pas Roxane, tu m'entends ? Je t'abandonnerai pas, jamais. Je sais pas ce qu'il te faut, je sais pas ce que tu veux ou comment te l'apporter mais je suis là et je vais nulle part, ni maintenant, ni demain, ni jamais et tu devrais commencer à l'assimiler parce que mes copains, comme tu le dis si bien, t'en fais partie. Et ils sont peut-être pas nombreux, mais ça fait des années que ça dure. Des dizaines d'années, même. Tu vois, je vais nulle part, jamais, et si tu me laissais entrer un peu, rien qu'un peu, si t'arrêtais de lutter de toutes tes forces tu découvrirais peut-être que c'est pas aussi affreux que ça d'être mon amie et que je laisserais jamais rien de mal t'arriver. » Il balança tout ça d'une traite, haussant parfois la voix sans colère, juste par emphase, pour faire pénétrer ses mots jusqu'à son palpitant en morceaux, jusqu'au confins de son cerveau. Eliott voulait qu'elle lâche les armes pour lui, qu'elle cesse de lutter contre lui et apprenne à avancer avec lui à la place. C'était si dur ? Il voulait l'aider, il voulait lui redonner confiance, lui prouver que le meilleur était à venir pour elle et le pire déjà derrière, c'était fini, pourquoi refusait-elle de vivre ? Mais Roxane se montra inflexible et si l'ouragan menaçant en elle semblait calmé, elle ne lâcha pas du lest. Il hocha la tête à son tour, lentement, debout face à elle et lui adressa un sourire. Une esquisse simple et innocente, qui n'appelait à rien, ne demandait rien, elle était là, c'est tout. Comme un cadeau ou une offre de paix implicite. « Je comprends. » dit-il doucement. « Je vais te laisser du temps, tout le temps que tu voudras, jusqu'à ce que tu réalises que le pire est derrière toi et que le meilleur est à venir, qu'il y a des gens ici qui tiennent à toi et ne te veulent aucun mal. Qu'il est important de leur ouvrir la porte, rien qu'un peu. Mais en attendant, je serai là quand même. J'essayerai de pas être encombrant, un peu comme une plante verte qu'on oublie dans un coin, mais je serai là. » souligna-t-il en approchant à minuscules enjambées qu'il imaginait discrètes. C'était une sorte de compromis, non ? Il lui laisserait du temps, accepterait de moins l'aider mais en échange, elle devrait souffrir sa présence discrète. Eliott doutait de sa capacité à se montrer discret et silencieux mais il essayerait si c'était le prix à payer pour ne pas se retrouver tout à fait hors de sa vie. « Je peux ? » réclama-t-il devant elle, les bras autrefois ballants dorénavant dressés dans sa direction. Sans attendre de réelle réponse, trop craintif à l'idée de se manger une négation en pleine poire, Eliott l'enveloppa maladroitement dans une étreinte dénuée de toute barrière. Il pressa sa silhouette toute fine contre la sienne et resserra ses bras trop longs autour d'elle, caressant doucement son dos avec une tendresse insoupçonnée lorsqu'il s'agissait d'eux. Il voulait l'apaiser, il voulait absorber toutes ses larmes et ses tremblements, il aurait bien voulu rester ainsi durant tout ce temps qu'elle venait de mentionner mais à la place, il osa déposer un bref (très bref, à peine effleuré) baiser sur son front avant de reculer, fébrile et pétri de gêne quoique satisfait d'avoir réussi à prendre autant sur lui. C'est maintenant que l'embarras empourpra ses joues parce qu'il avait l'impression d'avoir profané quelque chose de sacré en la touchant ainsi, sans approbation tacite. C'était pourtant un geste dénué de la moindre ambiguïté, mu seulement par l'affection qu'il éprouvait pour elle. « Je... Tu. Hum. Je vais te laisser un peu de... temps pour, pour enfin tu vois. » Sécher tes larmes, aller mieux, reprendre tes esprits, n'importe quelle fin de phrase aurait été acceptable mais Eliott se sentit dépassé par toutes ses émotions qui éclataient en lui comme des bulles de savon. Il sortit de la pièce à reculons, heurtant le lit puis un meuble non identifié et retenir un "aïe" de circonstance fut compliqué. Zelda attendit qu'il fut sorti pour miauler et venir se frotter contre les jambes de Roxane comme si elle aussi, espérait la délivrer du malheur qui l'habitait. Eliott, loin de pouvoir rester inactif deux minutes, errait dans le couloir en faisant les cent pas. Il ne pouvait pas partir, pas maintenant, pas alors qu'elle allait si mal. Et soudain, l'illumination. Il fouilla dans la poubelle malodorante pour retrouver un sachet de sels de bains égaré par Ginger, qui n'avait pas résisté à sa grande destruction. Ils sentaient bon la pomme d'amour et avec un peu d'effort, il réussit à dégoter le bain moussant au même parfum. Aussi, tout naturellement, Eliott pénétra dans la salle de bains (une autre pièce dont l'accès lui avait été jusqu'à alors interdit) pour faire couler dans la baignoire une eau chaude et teintée de rose, mousseuse à l'odeur sucrée et réconfortante.  Il prépara un bain avec la tendresse rassurante et protectrice d'une mère avant  d'haranguer Roxane, sans oser rentrer à nouveau dans sa chambre. « Je t'ai fait couler un bain si tu veux pour te... dét-reposer. » Détendre, changer les idées, reposer, là encore sa langue fourcha mais il parvint tout de même à terminer sa phrase. Et de retour à la cuisine, ignorant comment s'occuper en l'absence de la maîtresse de maison (non, rentrer chez lui ne l'effleura à aucun instant), il décida d'appeler le livreur de pizzas. Roxane aurait peut-être faim ? Se rappelant soudainement qu'il devait devenir une plante verte le temps qu'il lui faudra, il se laissa choir sur le canapé et attendit, l'esprit embrumé par les éclats de voix de Roxane et les souvenirs douloureux de sa perte de contrôle.

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THIS IS THE WAY YOU LEFT ME, I'M NOT PRETENDING. NO LOVE, NO HOPE, NO GLORY, NO HAPPY ENDING. THIS IS THE WAY THAT WE LOVE, LIKE IT'S FOREVER. THEN LIVE THE REST OF OUR LIFE BUT NOT TOGETHER.
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if you call for me you know I'll run (Roxcy)

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