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 everybody wants to rule the world.

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Brandon Rose
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MessageSujet: everybody wants to rule the world.   Lun 24 Fév - 22:37

roxane + bran

Bran avait des goûts simples dans la vie. Il n'exigeait que le meilleur, et ce mantra passait par tous les aspects de sa vie, des vêtements jusqu'aux objets en passant par le sexe et la conversation. Bien sûr, une telle exigence le condamnait souvent à la solitude mais ce n'était pas quelque chose dont il se plaignait. Il méprisait la médiocrité, et n'était pas du genre à rabaisser ses exigences si ses attentes n'étaient pas rencontrées. C'est pourquoi il avait pris l'habitude de déjeuner seul au Petit Coq lors de sa semaine de travail. Là, au milieu des dorures et des mets raffinés, il se sentait parfaitement à sa place, et pouvait se laisser aller à ses activités favorites (c'est-à-dire jauger la plèbe avec classe et élégance) sans que personne n'y trouve à redire. Au contraire, ici, il se sentait même encouragé et ne se privait donc pas pour faire savoir au monde entier qu'il était assurément issu d'une classe supérieure, et ce, sans même ouvrir la bouche. Sa seule attitude confirmait la première impression qu'on avait de lui et il tenait particulièrement à ce que le reste, merci bien. Penché au-dessus d'un plat aussi snob que minimaliste (mais délicieux), il prenait bien soin d'en savourer tout le parfum alors qu'il lisait d'un oeil distrait les nouvelles du jour, imprimées par le Fairview Tribune. Non pas que ça l'intéresse grandement, mais quand même il trouvait sa conversation intérieure des plus passionnantes, il ne voulait pas avoir l'air de regarder mélancoliquement dans le vague. Coupé du reste du monde, il entendait à peine les conversations autour de lui, le tintement discret des couverts d'argent contre la porcelaine fine, le murmure des serveurs, le bruit des pas sur le parquet ciré. Enfin, presque. Une voix plus élevée qu'une autre vint troubler brusquement sa quiétude, et il releva un visage agacé vers le comptoir, d'où provenait le bruit, afin de foudroyer d'une traite l'importun qui menaçait la tranquillité de son déjeuner. « Si vous n'avez pas de réservation, mademoiselle, vous devez vous en aller. » La voix sèche et désagréable du serveur lui indiqua la nature du problème, et Bran se pencha légèrement en avant pour repérer la gueuse indigne qui venait dérégler la mécanique bien huilée du Petit Coq. Seulement, il ne s'attendait pas à reconnaître Roxane. Toujours la même, vêtue des mêmes fripes, la même allure de chat sauvage, décoiffée et l'air perpétuellement effrayé du monde qui l'entourait. Bran resta figé quelques secondes, les yeux écarquillés, pris de court par cette irruption du passé. Là non plus, Roxane n'avait pas changé : elle parvenait toujours à le surprendre, là où il ne s'y attendait pas. Et soudain, mû par un instinct qui ne lui appartenait pas - ou plutôt, qui ne lui appartenait plus - il éleva la voix : « C'est bon, elle est avec moi. » Le serveur lança vers lui un regard étonné - et sans doute agacé, non mais pour qui il se prend encore celui-là - mais laissa finalement passer la jeune femme malgré sa réticence visible à la laisser pénétrer le saint des saints. Bran ne lui prêta plus attention. Il était tout entier concentré sur Roxane qui avançait vers lui, toujours aussi vacillante. Peut-être ne l'avait-elle pas reconnu, depuis le temps ? Lui, en tout cas, était bien incapable d'oublier sa silhouette de chaton famélique. « Assieds-toi, je t'en prie. Tu veux quelque chose ? » fit-il en lui désignant la chaise en face d'un geste de la main. Sa voix avait repris, inconsciemment, des accents protecteurs, comme s'il venait de s'adresser à une enfant plutôt qu'à une femme. Mais Roxane était une enfant. Elle l'avait toujours été, une gamine perdue au milieu d'un monde trop grand pour elle.

flash-back, ~10 ans plus tôt.
Un verre à la main, Bran observait tout ce petit monde se défoncer allègrement sur les précieux canapés en cuir de zébu du salon des parents de Mike, évaporés pour un énième voyage d'affaires. Sitôt la nouvelle du départ ébruitée, la rumeur avait circulé dans les couloirs du lycée, de casiers en casiers, chaque clique se targuant être l'invitée privilégiée du monarque auto-proclamé, se vantant à qui voulait bien l'entendre que Mike avait personnellement exigé leur présence, preuve que ça signifiait bien quelque chose. Les malheureux étaient bien loin de se douter que Mike se foutait éperdument d'eux et du sens qu'ils pouvaient trouver à son invitation. Ce qu'il voulait, c'était une cour qui pourrait le divertir de son ennui doré, une pléthore de courtisans qui se ridiculiseraient selon son bon vouloir. Quand à Bran, il avait arrêté d'essayer de comprendre l'intérêt - réel, semble-t-il - que lui portait ce gosse de riches aux idées folles, et acceptait son amitié avec réserve mais sincérité, faisant acte de présence à ses soirées, s'asseyant avec lui pour déjeuner (un privilège accordé à de rares élus) et passant même du temps avec lui après les cours. Du haut de ses dix-huit ans, Bran avait compris que les êtres humains se regroupaient par similarités plutôt que par différences, et Mike voyait certainement en lui un égal, riche, beau, intelligent et au-dessus de toute cette plèbe adolescente aussi naïve qu'agaçante. Tammy avait sans doute intercédé en sa faveur mais ça n'avait pas d'importance. Il entendit d'ailleurs le rire mélodieux et calculé de son amie retentir par-dessus la musique, et il tourna la tête pour la voir toute occupée à son jeu préféré, assise à côté de Mike, sa main posée sur la cuisse du garçon. Bran ne put retenir un sourire qu'il noya aussitôt dans son verre. Ces deux-là s'étaient décidément bien trouvés. Autour d'eux se jouait une étrange pièce, où la romance le disputait à la débauche. Les couples se faisaient et défaisaient au fil de la soirée, ou parfois ne faisaient que s'additionner, déshinibés par l'alcool et la drogue qui circulaient librement, en grande quantité, trop grande peut-être, mais ça n'aurait pas été une soirée chez Mike si la coke et les magnums de vodka n'avaient pas été de mise. Bran s'en était tenu à deux ou trois verres. Il avait suffi qu'il arrive une seule fois ivre et défoncé à son cours de danse pour que l'envie lui passe à jamais de réitérer l'expérience - et malgré la mauvaise foi évidente de son professeur, il maintenait qu'il n'avait jamais été aussi performant que cette fois-là. Il n'avait aucune envie de compromettre ses chances pour plus tard, et si ça signifiait mener une vie de saint avant de jouer les rock-stars capricieuses - car il ne doutait aucunement que la vie de danseur étoile était aussi excitante que ça - il s'y pliait volontiers. De toute façon, quand il voyait le résultat déplorable sur ses camarades, il préférait se tenir loin de ces conneries. Il n'y avait qu'à voir les corps avachis ou bien recroquevillés sur les canapés, les rires bêtes, les yeux grands ouverts, vides de toute lucidité. Bran lança un regard circulaire sur la pièce, et un couple attira son oeil. La silhouette fragile et titubante d'une brune malingre, accompagnée de celle, bien plus imposante, d'un garçon invité à la fête. Bran plissa les yeux et une vague alarme se déclencha. « Hey, Mike. C'est pas Roxane là-bas ? » Mais il n'obtint aucune réponse de son acolyte, sans doute déjà occupé à fourrer sa langue dans la bouche (ou autre) d'une éphèmère conquête. La silhouette vacillante disparut derrière une porte, suivie de celle du grand type qu'il reconnut comme étant l'un des vaillants imbéciles de l'équipe de football.  L'équation ne plaisait pas du tout à Bran, et une sensation désagréable entrava sa gorge. Il fallait qu'il en ait le coeur net. Il posa brusquement son verre sur la table, enjamba deux ou trois corps vautrés sur le sol, et gagna la chambre dans laquelle avaient disparu les deux adolescents. Il ouvrit la porte sans attendre et tomba sur le corps étendu et immobile de Roxane sur un lit, le garçon penché au-dessus d'elle dans une étreinte qui n'avait certainement rien d'amicale. Putain d'enfoiré. « Je suppose que t'es pas en train de la border. » Sa voix glaciale stoppa le garçon dans ses gestes. Le coupable se retourna lentement et ses traits prirent une expression apeurée lorsqu'il reconnut le visage de Bran. Etre l'ami de Mike avait ses avantages au quotidien, et Bran bénit le ciel d'être arrivé à temps. Le footballeur leva les mains en l'air, comme s'il était menacé avec un revolver et commença une minable tentative de justification. « J-je... C-c'est elle q-qui m'a allumé t-toute la soirée... J-j-'ai r-rien f-fait de mal... » Bran ne pit même pas la peine de lever les yeux au ciel. Bien sûr. Roxane, allumer un mec ? Autant demander à un glaçon de démarrer un feu de forêt. C'était tellement pitoyable qu'il en avait presque la nausée. « Et ça justifie que tu la baises alors qu'elle est à peine consciente ? C'est quoi ton problème, t'as peur de pas réussir à bander si elle est réveillée ? Dégage. » persifla-t-il, les poings serrés, les jointures toutes blanches à force de contracter ses nerfs. Le garçon ne se fit pas prier et s'enfuit lâchement sans demander son reste, laissant derrière lui le corps prostré de Roxane. Bran ferma la porte pour les isoler des bruits de la fête et s'approcha doucement de la jeune fille, s'agenouillant auprès d'elle. Roxane, il ne la connaissait pas très bien. Bran ignorait tout de cette drôle de fille aux grands yeux tristes, si ce n'est qu'elle était plus ou moins avec Mike. Et que ce dernier semblait s'en foutre éperdument. « Hey. Sshh, tout va bien. Ca va ? Tu te sens bien ? Tu veux un verre d'eau ? » murmura-t-il, la voix particulièrement douce.

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Roxane Bedelia

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MessageSujet: Re: everybody wants to rule the world.   Dim 6 Avr - 11:08

C’est la frustration qui l’étreignit en premier, l’humiliation ensuite. Ses joues pâles prirent une teinte rose et ses yeux se teintèrent d’indignation tandis qu’elle fixait l’homme en face d’elle. Elle avait réservé. Elle avait épelé son nom – trois fois, même, comme s’il était si compliqué que ça ! – et la personne au bout du téléphone lui avait dit que sa réservation était notée et qu’on l’attendrait donc. Alors comment se pouvait-il que, maintenant qu’elle se trouvait devant le pupitre du hall d’entrée, on la regarde comme si elle fabulait ? Pendant une seconde, Roxane fut traversée par une idée qui lui donna des sueurs froides. Et si c’était un coup de Mike ? Et s’il avait payé quelqu’un pour la ridiculiser quand elle se présenterait au restaurant ? Mais comment aurait-il pu savoir qu’elle comptait venir ici ? C’était idiot, incohérent, mais Roxane ne sut pas quelle autre explication trouver à cette situation grotesque. Non, il ne lui vint pas à l’esprit qu’il y ait pu avoir un problème avec la réservation, que la personne ayant noté son nom ne l’ait pas immédiatement inscrit dans l’agenda ou le registre ou quelle que soit la chose qui permettait de vérifier qu’elle avait bien réservé une table à son nom. La colère lui oppressa la poitrine et elle fusilla le jeune homme du regard, comme si cela allait le faire subitement changer d’avis. Face à son regard impavide, Roxane serra les poings. Quelles options lui restaient-ils, finalement ? Elle pouvait exiger la venue du directeur mais il serait certainement du côté de son employé et encore moins impressionné que ce dernier. Si elle avait  eu le physique et l’allure de Tammy, les choses en auraient certainement été autrement, songea-t-elle amèrement avant de s’offrir une dernière fois en pâture au ton condescendant du garçon. « Pouvez-vous au moins me dire qui prend les réservations ? Peut-être que lui pourra s’en souvenir… » Elle détestait cette sensation de devoir supplier pour exercer son droit de s’asseoir à une table. Pourquoi avait-il fallu qu’elle désire venir dans cet endroit superficiel et qui n’hésitait pas à dénigrer ses clients potentiels ? Elle avait voulu se prouver quelque chose, au moment où elle avait téléphoné, mais maintenant, elle ignorait ce qu’elle fabriquait là en premier lieu. Si vous n’avez pas de réservation, mademoiselle, vous devez vous en aller. Il avait sciemment élevé la voix, pour la mettre encore plus mal à l’aise, répétant de sa voix mécanique et intraitable l’impossibilité d’accéder à sa demande. Mortifiée d’être traitée de la sorte, elle eut l’impression d’être renvoyée à son adolescence, le pire moment de son existence. Elle formula son attaque toute prête – qu’ils devraient se fier au portemonnaie de leur client, pas à leur apparence (un regard méprisant du serveur avait suffi à Roxane pour comprendre la véritable nature du problème) – quand une voix masculine s’éleva. Roxane reconnut son timbre sans même le voir et elle reporta les yeux sur le visage désormais surpris de l’employé. Quand il se concentra à nouveau sur elle, elle n’eut même pas la force de lui adresser une sourire victorieux – car il n’y avait aucune victoire dans le fait d’être secourue par Brandon Rose – mais elle passa la frontière invisible qui la séparait des gens ‘biens’, découvrant le jeune homme attablé, à quelques mètres de là. Elle se sentit désormais mal à l’aise, comme une fraudeuse qui n’avait rien à faire là. Rejoignant la table de Brandon, elle s’y assit – ou plutôt, s’y laissa tomber, comme si ses jambes allaient subitement l’abandonner – et émit un soupir. Elle n’était pourtant pas soulagée. Que du contraire, le poids qui écrasait son cœur venait de s’alourdir et elle s’accouda à la table, se prenant la tête dans les mains. « Je ne suis même pas sûre d’avoir encore faim » confessa-t-elle, dépitée. Toute cette histoire lui avait coupé tout envie de manger – surtout quelque chose qui venait des cuisines de cet établissement prétentieux et irrespectueux. « Heureusement que Brandon Rose est toujours là pour veiller sur moi, hein ? » ajouta-t-elle, d’une voix légèrement cynique tandis qu’elle caressait distraitement la nappe sans oser le regarder.

flash-back, 10 ans plus tôt.
Elle n’avait pas bougé de son coin depuis une bonne vingtaine de minutes. Les yeux rivés sur Mike, elle ne le quittait pas du regard, le cœur broyé par ce qu’elle voyait, par l’habitude que c’était devenu de le voir agir ainsi, en public. Toutes les filles semblaient tout à coup exister à ses yeux. Toutes les filles sauf elle. Subitement, c’était comme si elle était devenue transparente, voire invisible, et le désintérêt dont elle était victime la rendait malade. Et la dose de cocaïne qu’elle avait ingérée la demi-heure d’avant n’aidait pas à calmer les battements fous de son muscle cardiaque. Au milieu de cette fête surpeuplée, Roxane ne voyait que Mike. C’était comme si tous les détails qui l’auréolaient étaient devenus flous, incertains. Il n’y avait que Mike qui gardait sa netteté et le sourire ravageur qu’il arborait suffisait d’achever l’âme en peine de la jeune femme. Tétanisée par la jalousie, elle était réduite à l’état de spectatrice, recluse dans son coin, tandis que les rires et la musique l’assourdissaient. Ses doigts jouaient avec un gobelet en plastique et elle baissa les yeux pour observer le liquide sombre et indéfinissable qui tournoyait légèrement au fond. Elle n’avait plus soif, plus envie de rien, mais pourtant elle plongea le nez dans son verre et le but d’une traite, malgré la forte dose d’alcool qui lui brûla l’œsophage.  Quand la dernière goutte coula sur sa langue, elle lâcha le verre et ferma les yeux, prise de vertiges. Tout plutôt que de voir les deux blonds collés l’un à l’autre, beaux comme des dieux, si bien accordés, offrant une vision parfaite. Tout plutôt que de se comparer à Tammy, à qui elle n’arrivait pas à la cheville. Et cette constatation ne fit qu’accentuer son interrogation : comment avait-elle seulement pu atteindre les draps de Mike quand le monde était peuplé de filles comme Tammy – enfin non, personne n’égalait Tammy – des filles sexys et hypnotisantes, des filles qui n’avaient qu’à esquisser un sourire pour obtenir les faveurs de l’homme qu’elles désiraient. Roxane, personne ne la voyait comme ça. Elle n’était que la gamine effrontée qui trainait dans leurs sillages et à qui Mike concédait parfois son attention, absorbant par la même occasion tout le mal être qu’il lui avait fait ressentir. Un baiser de Mike et Roxane oubliait l’humiliation. Une caresse, un mot soufflé à l’oreille et c’est tout son corps qui se soumettait au jeune homme. Et c’était à chaque fois la même rengaine : elle le haïssait, le maudissait d’être aussi insensible à sa détresse, se demandait ce qu’elle espérait encore de cette relation et se promettait de ne plus céder, de quitter ce cercle vicieux, puis il tournait son regard vif vers elle et elle se sentait transpercée, il lui adressait un sourire charmeur et son cœur fondait comme neige au soleil, il s’approchait, glissait un bras autour de sa taille et l’attirait à lui et elle abandonnait toute raison. Mike avait cet effet-là et c’était pour ça que Roxane se retrouvait à nouveau à graviter autour de lui, attendant qu’il se lasse de ses conquêtes et se consacre à elle. Cela pouvait prendre des heures – c’était d’ailleurs le cas, la plupart du temps – mais elle pouvait aussi attendre indéfiniment et réaliser, quand tout le monde était vautré dans un canapé ou à même le sol que Mike avait disparu et qu’elle n’était pas celle qu’il avait choisie pour le rejoindre dans son lit. C’était là que c’était le pire, lorsqu’elle se tenait au milieu d’une pièce pleine de dépravés endormis, seule consciente du lot, seule avec sa conscience qu’elle avait une fois de plus attendu en vain. Ce soir, elle n’en était pas encore à ce stade mais le voir avec Tammy la compressait plus que de le voir avec n’importe quelle autre fille et elle peina à détacher son regard trouble du couple parfait. Elle profita de cet instant de détermination pour se décoller du mur et attraper la première veste à lui passer sous les doigts. Elle devina le symbole de l’équipe de football et, sous le tissu, le bras musclé de l’un des joueurs. Il tourna les yeux vers elle en sentant sa prise et un sourire étincelant brilla entre ses lèvres charnues tandis que son regard glissait sur le corps décharné de Roxane. Elle savait qu’elle n’avait pas la poitrine opulente, les hanches apparentes ou les courbes requises mais elle avait depuis longtemps appris qu’en des moments pareils, c’était bien le dernier des soucis des garçons. À ce stade d’ébriété, ils prenaient ce qui leur passait sous la main et elle se laissa donc aller contre lui, plus parce que ses jambes flageolaient que parce qu’elle cherchait le contact, consciente qu’un rejet éventuel était fort peu probable. Elle ne l’aurait pas supporté, d’ailleurs. Le type lui glissa quelque chose à l’oreille et Roxane acquiesça, comptant sur sa poigne de fer pour l’aider à avancer. Elle n’avait plus la force de rien, de toute manière. La vision de Mike avait suffi d’exterminer son envie de rester là, en spectatrice pathétique. Elle perdit toute notion de distance et de temps, tant les secondes étaient autant sujettes aux distorsions que les meubles qui habillaient la pièce. Une porte s’ouvrit, de ça elle se rendit compte vaguement et elle trébucha jusqu’au lit où elle se laissa glisser, rassurée par la douceur des draps. Elle réalisa vaguement qu’on la retournait, qu’on soulevait son t-shirt à l’effigie d’un groupe de rock, qu’on s’attaquait au bouton de son jean. Elle songea vaguement au fait qu’il n’essayait même pas de la dénuder complètement. C’était ça, l’effet qu’elle faisait : elle n’était même pas désirable au point qu’on cherche à la déshabiller. Il suffirait qu’elle écarte les cuisses et l’autre serait satisfait. Mike, au moins, avait la décence de faire ça convenablement, même si la dose de respect qu’il y mettait devait être aussi signifiante que celle qui animait les mains du joueur de football. Ne cherchant même pas à adoucir ses gestes, elle fixa le plafond avec l’étrange sensation de ne plus appartenir à son corps, de flotter dans l’air et d’assister à la scène. Elle perçut vaguement une présence supplémentaire mais elle ne chercha pas à l’identifier. L’idée même que plusieurs mecs puissent profiter de son état ne lui effleura même pas l’esprit et elle resta immobile, sans volonté propre, tandis que les voix s’accrochaient. La vague chaleur du corps du garçon s’écarta, disparut et les zones où il l’avait touchée une seconde plus tôt furent à nouveau les victimes de la solitude imposée. Qu’importe. Instinctivement, elle tira sur son t-shirt pour couvrir son ventre plat et pâle, les doigts serrés autour du tissu. Elle devina partiellement l’approche et frissonna à l’idée que le garçon revienne. Tout à coup, elle ne voulait plus être libérée de sa phobie d’être seule. Elle
voulait être seule. Mais c’est une voix douce qui l’interpela et elle tourna la tête pour identifier les traits du garçon accroupit près du lit. Elle le fixa sans sembler le reconnaitre mais l’aura qu’il dégageait l’enveloppa d’un sentiment de sécurité qui emporta ses dernières réserves d’impassibilité. Des larmes voilèrent ses yeux clairs et roulèrent sur son nez et sa joue, imprégnant la couverture sur laquelle elle reposait. « Pourquoi il fait ça ? » souffla-t-elle en pleurant en silence. « Pourquoi il ne m’aime pas ? » Elle ne parlait pas du joueur de football, bien sûr, mais Bran devait s’en douter.

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MessageSujet: Re: everybody wants to rule the world.   Sam 3 Mai - 17:21

Roxane Bedelia au Petit Coq. Le contraste était aussi incongru qu'intéressant, mais ce n'était pas ça qui frappait Bran. Roxane faisait parti d'un passé révolu, un endroit dans sa mémoire où il ne se rendait que rarement. La revoir, c'était y repartir à nouveau, malgré lui, alors qu'il n'avait pas la moindre envie de croiser l'adolescent de dix-huit ans qu'il avait été un jour. Il se demandait ce que Roxane voyait là, en face elle, si elle voyait toujours ce garçon un peu plus blond, les yeux un peu plus pétillants, il se demandait comment il avait changé avec les années, si son visage s'était modifié, s'il était toujours le même au fond des prunelles claires de la jeune femme. Lui, il se sentait différent. Il était à mille lieues du garçon rebelle et enflammé qui pouvait vivre dans les souvenirs de Roxane. S'il en était heureux ou pas, là n'était pas la question. Il avait perdu le droit de s'interroger sur ce genre de choses le jour de son accident de voiture, et avait verrouillé ces questions à double-tour. Le regard perçant, il dévisagea alors Roxane, qui n'avait pas changé, à quelques détails près. Elle portait en elle, sur elle, ce même air méfiant, cette fragilié qu'elle dissimulait sous un regard indéchiffrable, une force portée comme une armure. Comme un chat sauvage, elle semblait prête pour l'attaque à la moindre erreur et pourtant, il ne pouvait s'empêcher d'avoir envie de l'aider lorsqu'il la voyait comme ça, méfiante mais aussi effrayée. Sa remarque le fit même sourire et il pencha la tête sur le côté, comme l'aurait fait un grand frère indulgent des attaques d'une petite soeur rebelle. En d'autres circonstances, avec quelqu'un d'autre, Bran aurait été offensé. Si un gueux n'était pas capable d'apprécier l'aide précieuse qu'il daignait lui offrir, grand bien lui en fasse: Bran avait d'autres chats à fouetter. Mais il savait mieux que ça. Alors il ne s'en formalisa pas et se contenta de répondre, avec une pointe d'humour : « Tu pourrais commander et tout renvoyer en cuisine. Ca leur apprendrait à se montrer désagréable envers la clientèle. Et puis, c'est moi qui invite. » La compagnie de Roxane n'était pas à celle à laquelle il s'était attendu, mais il l'accueillait bien volontiers. Maintenant qu'elle était là, il réalisait qu'il y avait une éternité qu'il ne l'avait pas croisé dans les rues de Fairview. Il se doutait vaguement de la raison - il avait entendu les rumeurs et le reste - et si elle était là, devant lui, c'était qu'elle avait enfin réussi à s'échapper de ses addictions infernales. Peut-être pas de la plus nocive d'entre toutes, mais ça, ça n'était pas à Bran d'en juger. Il n'y avait que Roxane pour combattre les démons de son propre coeur. « Je suis content de voir que tu vas bien. » dit-il d'une voix douce. Je suis content de voir que tu ne mets plus ta vie en danger. Et comme elle ne le regardait toujours pas, il rajouta sur le même ton : « Roxane, tu n'as rien à craindre. » C'était un vieux réflexe, une litanie qu'il répétait souvent quand il la récupérait, complètement défoncée et ivre morte, à deux doigts du coma, t'as rien à craindre, je suis là, je vais m'occuper de toi, tout ira bien, tu verras.

flash-back, 10 ans plus tôt.
Il émanait de Roxane une détresse réelle, palpable, quelque chose de désespérement sincère qui justifiait les larmes qui roulaient de façon brouillonne sur ses joues, et Bran sentait cette fragilité le toucher en plein coeur. Elle faisait craqueler son masque d'indifférence et perçait sa froide réserve. Un sanglot secoua plus violemment le corps de la jeune fille et Bran contracta légèrement la mâchoire. Mike, t'es vraiment un pauvre con. On n'avait pas idée de faire pleurer des filles comme ça, surtout cette fille-là, aussi vulnérable qu'un oisillon tombé de son nid. Doucement, Bran avança la main mais se ravisa brusquement, gêné de la toucher sans sa permission, désemparé face à la fragilité de la jeune fille. Mais il ne pouvait la laisser comme ça, ou alors elle allait se noyer dans sa tristesse, toute petite, toute perdue au milieu de ce naufrage qui semblait l'avaler de l'intérieur. Il regarda autour de lui et avisa la porte de la salle de bain adjacente. Rapidement, il se leva et alla chercher un verre qu'il posa sur la table de chevet et s'assit sur le rebord du lit. « Allez viens. Il faut te redresser. » l'encouragea-t-il. A vrai dire, il n'en avait aucune idée. Elle avait visiblement pris de la drogue, et comme il ne cotôyait une faune qui semblait miraculeusement échapper à tous les effets nocifs de ces petites pilules de bonheur artificiel, il ignorait s'il y avait une marche à suivre. « Je vais t'aider, d'accord ? » souffla-t-il tout doucement, et joignant le geste à la parole, il passa son bras sous la nuque de Roxane pour la forcer à s'asseoir à côté de lui. A cet instant, Bran se fit la promesse de ne jamais avoir un corps à transporter - ou bien d'avoir assez d'argent pour payer des hommes de main. La silhouette si frêle de Roxane, devenu un poids mort à cause de son état léthargique, lui parut à la fois immensément lourde et fragile, et il eut toutes les peines du monde à caler la jeune fille contre lui sans qu'elle ne se relaisse tomber en arrière. Bran passa son bras autour de son épaule et il sentit sa respiration fragile, les contours osseux de son corps un peu trop mince, son parfum discret. Tout chez cette fille semblait se faire petit, menu, comme si elle cherchait à ne pas prendre de place, à ne pas faire de vague, comme si elle demandait en permanence la permission d'exister. A nouveau, Bran eut envie d'insulter Mike à haute voix mais ça n'aurait fait qu'empirer les choses, et à la place, il tendit le verre d'eau à Roxane. « Bois, ça ira mieux. » promit-il gentiment. Mais Roxane était glacée, recroquevillée contre lui, en proie à une souffrance qui semblait lui labourait le coeur et il savait qu'elle attendait plus qu'un verre d'eau de sa part pour aller mieux. Bran le savait, mais il n'avait aucune idée de ce qu'il s'était sensé dire. Il n'était pas comme Mike mais il n'était pas le prince charmant. Des filles, il y en avait eu quelques-unes et ça ne s'était jamais très bien terminé - et il était sans doute le moins désigné pour aider Roxane à surmonter ses problèmes de coeur. L'amour était un sentiment abstrait et lointain qui ne l'avait jamais effleuré, de près ou de loin. Il ne pensait pas qu'on puisse tomber amoureux à dix-huit ans. Il était trop jeune et trop impétueux, et puis il n'était pas prêt à se faire briser le coeur, il n'avait pas envie d'avoir mal. Il jetait un regard à Roxane et il voyait exactement ce qu'il ne voulait surtout pas être, un coeur à vif, écorché. « Tu sais, Mike, il est un peu compliqué. Mais ça n'a rien à voir avec toi. » C'était un peu hasardeux, un peu bancal, mais c'était tout ce qu'il avait trouvé pour adoucir la peine de la jeune fille. Il ne voulait surtout pas lui mentir, il ne voulait surtout pas tempêter et lui assurer que Mike l'aimait contre vents et marées mais il ne voulait pas non plus lui infliger encore plus de tourments. Bran se mordit la lèvre, conscient que ça ne suffisait pas, et resserra un tout petit peu sa prise autour de l'épaule de la jeune fille, comme pour la réchauffer. « Ce que je veux dire, c'est... C'est qu'il ne faut pas pleurer comme ça pour un garçon. On en vaut vraiment pas la peine. » chuchota-t-il maladroitement. Est-ce qu'il avait déjà fait pleurer une fille ? Peut-être. Sans doute.

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Roxane Bedelia

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MessageSujet: Re: everybody wants to rule the world.   Mer 30 Juil - 14:26

Même si tout le monde connaissait plus ou moins le passé de Roxane, rares étaient ceux qui pouvaient prétendre vraiment savoir. Ils avaient tous vaguement entendu parler de Mike, évidemment, ils se doutaient de la raison de sa disparition – si tant est qu’on ait remarqué l’absence de la jeune femme – et bien des histoires circulaient entre ceux à qui il arrivait encore d’aborder le sujet Bedelia. Ils étaient, pour la plupart, plus intéressés par les détails sordides que par la vérité et se délectaient probablement d’éléments humiliants, insignifiants ou même inexistants. C’était à celui qui livrerait le plus beau récit de la déchéance qu’avait été l’existence de Roxane. Comme si elle n’était déjà pas suffisamment pathétique à ses propres yeux. Mais, au fond, elle s’en fichait. Elle ne s’en était pas toujours contrefichée mais après des mois de remise en question et de pure réflexion sur ce qu’était son quotidien, la jeune femme en était venue à la conclusion qu’elle ne pourrait jamais changer ce qu’il s’était passé et qu’ils continueraient à l’accabler de leurs moqueries si elle semblait affaiblie par celles-ci. Mais si elle s’en fichait ? Si elle ignorait volontairement leurs attaques et agissait comme si elle était passée à autre chose, ils se lasseraient plus vite de leurs discussions stériles. Malheureusement, c’était une chose plus facile à dire qu’à faire. Et puis il y avait ceux qui avaient, un jour ou l’autre, été témoins de sa non-existence quand elle était avec Mike. Roxane la taciturne devenait le fantôme d’elle-même, si c’était encore possible. Elle se laissait entrainer par un courant trop fort, trop tumultueux et elle se noyait, plusieurs soirs par semaine, ce qui ne l’empêchait pas de recommencer, quelques jours plus tard. Mais Bran n’avait pas seulement assisté de loin à sa chute, il avait fait partie du cercle proche et presque fermé, l’élite, qui entourait de près Mike Neeson. Il était donc l’un des – si pas le – plus à même de se rappeler des  moments où Roxane avait été plus bas que terre. Elle n’avait aucune envie de replonger dans ce passé confus qu’elle avait eu tant de mal à quitter mais que pouvait-elle faire d’autre, maintenant qu’elle était assise face à l’un des témoins de cette ère lointaine et si proche à la fois ? Elle ne leva les yeux que lorsqu’il fit une suggestion qui la laissa perplexe et elle fixa sur lui un regard incertain, comme si elle se demandait s’il plaisantait ou non. Il n’en avait pas l’air, en tout cas, mais il fallait dire qu’elle ignorait pratiquement tout de Bran, malgré leurs rencontres passées. Elle en savait encore moins maintenant, après tant de temps passé ailleurs. Elle ne pouvait donc imaginer une seule seconde à quel point le cynisme l’avait gagné et l’avait emporté comme un ras de marée, comme elle l’avait été par la faute de Mike Neeson. Dès lors, elle ne pouvait qu’essayer de déchiffrer un mystère humain. Une vaine tentative, elle le savait parfaitement, car il n’y avait jamais eu plus mauvais juge du genre humain qu’elle. Elle ne répondit rien, faute de trouver quelque chose à dire, tout comme elle ne réagit pas quand il déclara être content qu’elle aille bien. Elle garda son masque, son impassibilité et ne réalisa qu’elle avait détourné les yeux que lorsqu’il prononça son prénom. Tu n’as rien à craindre. Son cœur coula au fond de son estomac. Et le mot s’échappa sans qu’elle ait le temps d’y réfléchir : « Pourquoi ? » Pourquoi l’invitait-il ? Pourquoi était-il content qu’elle aille bien ? Pourquoi lui assurait-il qu’elle n’avait rien à craindre ? Pourquoi avait-il toujours été de son côté quand elle n’avait jamais rien fait pour mériter sa sollicitude ? Toutes ces questions devaient, pour une fois, transparaitre dans le regard qu’elle darda sur lui, attendant sa réponse. Puis, comme si elle changeait brusquement d’avis, comme si elle ne voulait rien savoir, elle lui posa une autre question, presque accusatrice, comme si elle voulait le repousser, lui reprocher quelque chose quand elle n’avait rien à faire peser contre lui : « Tu le vois encore ? »

Flash-back, 10 ans plus tôt.
Elle étouffait. Tout son corps la faisait souffrir mais c’était sa gorge nouée qui était la plus douloureuse. Et son cœur. Son cœur meurtri, piétiné, réduit en pièces, en miettes. Était-il possible qu’un muscle subisse autant à cause d’une simple émotion ? Une émotion qu’elle ne pouvait même pas qualifier d’amour car, pour qu’il y ait de l’amour, il aurait fallu qu’il y ait de la tendresse, de l’attention. Or, à chaque fois qu’elle était le sujet de l’intérêt de Mike, elle se consumait sous lui, empoisonnée par son aura destructrice et égoïste. Elle savait à quel point il était nocif, pourtant, mais c’était comme une drogue. Une drogue plus forte et plus addictive que n’importe quelle substance illicite. Elle n’avait pas besoin de l’absorber puisqu’elle l’avait dans la peau à longueur de journée. Elle était incapable de se dépêtrer de cette illusion, elle avait beau se débattre, tenter de se raisonner, elle retombait toujours au point de départ, comme si un élastique l’empêchait de s’éloigner suffisamment pour qu’il se rompe. À un moment ou un autre, elle faiblissait toujours et était projetée contre la paroi qui entourait Mike et le rendait inaccessible. Et là, elle se maudissait de craquer devant Bran. Ç’aurait pu être quelqu’un d’autre, le résultat aurait été le même. Roxane n’était pas censée pleurer. Jamais. Elle était supposée garder son masque d’indifférence, tenir tout le monde à distance. Mais Bran était là et, au fond, elle s’en doutait, personne d’autre ne serait venu à son secours alors ça n’aurait pas pu être quelqu’un d’autre et c’était probablement pour cela qu’elle lâcha prise, s’enfonçant dans le tourbillon de ses tourments, ignorant si elle parviendrait à se remettre, à refermer le couvercle de son cœur trop petit pour contenir tout ça. À un moment, alors qu’il s’était levé et s’était éloigné, Roxane avait même cru qu’elle ne se calmerait jamais, qu’elle mourrait ainsi, étranglée par son humiliation, par la sensation de rejet qui l’anéantissait constamment. Mais Bran revint et sa voix lui envahit à nouveau la tête, malgré les larmes qui persistaient à s’échapper. Elle ne résista pas lorsqu’il s’efforça de la redresser, tout comme elle ne chercha pas à le repousser lorsqu’il s’installa à côté d’elle. À vrai dire, elle ne savait pas trop ce qu’il se passait parce que son corps refusait d’être contrôlé et c’est avec toutes les peines du monde qu’elle parvint à prendre le verre. Sa main tremblante fit entrechoquer ses dents avec le bord du verre lorsqu’elle pressa les lèvres contre celui-ci et si l’eau ne lui fit aucun bien particulier, elle eut au moins le mérite de ne pas aggraver son malaise. Elle fixa un bout de moquette qui se décollait, dans un coin de la chambre, tout en écoutant la tentative maladroite de Bran de la réconforter. Elle eut d’ailleurs beaucoup de mal à saisir le sens de ses mots, tant ils lui paraissaient lointains et creux. Fronçant légèrement les sourcils, elle tourna la tête mais ne la releva pas, la proximité avec Bran étant trop réduite. Amorphe, elle ne sentit pas ses doigts se relâcher et le verre lui échapper. Celui-ci émit un son étouffé en atterrissant à ses pieds, éclaboussant la moquette en silence, l’imprégnant comme l’esprit de Roxane était imprégné par la mélancolie. « Toi, tu n’as pas l’air comme les autres » dit-elle d’une voix qu’elle ne reconnaissait pas en redressant péniblement la tête, s’écartant juste assez pour distinguer les traits de Bran dans la semi-obscurité. « Qu’est-ce que tu fais ici ? » La question pouvait paraitre étrange mais c’est tout ce qui traversa les pensées de Roxane tandis qu’elle levait la main vers son visage pour en dessiner les contours, traçant des lignes d’un geste tremblant. Un geste qu’elle n’aurait jamais eu si elle avait été dans son état normal.

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MessageSujet: Re: everybody wants to rule the world.   Mer 17 Sep - 22:29

Bran connaissait le sens caché derrière ce pourquoi. Il le connaissait parce qu'il s'était souvent posé la même question, alors qu'il s'éloignait de la fête pour suivre la silhouette osseuse de la jeune femme. Pourquoi s'extirper brusquement des bras d'une demoiselle alanguie contre lui, pourquoi quitter ses amis beaux et brillants, pourquoi lâcher son verre, pourquoi faire fi de tous ces plaisirs qui lui revenaient de droit pour aller courir et rattraper Roxane, bien souvent titubante, à peine consciente du monde qui l'entourait, l'esprit embrumé par les fausses promesses de bonheur qu'elle ingérait à vitesse grand V sous forme de petites pilules. S'ils s'étaient croisés à une soirée de ce genre aujourd'hui, Bran savait qu'il n'aurait pas bougé le petit doigt. Chacun ses problèmes, et il en avait déjà bien assez de son côté pour s'occuper de ceux d'une droguée qui semblait prendre plaisir à se rendre toujours plus misérable. L'image de cette petite brune maigre occupée à traîner dans les pattes des grandes personnes ne lui aurait inspiré qu'un vague agacement, au mieux une royale indifférence.  Mais il y a dix ans, ça avait été une toute autre affaire. Il y a dix ans, il récupérait Roxane sans hésiter, tenait ses cheveux au-dessus de la cuvette des toilettes et l'écoutait pleurer pendant des heures. Sa douleur n'avait qu'une seule cause : Mike. Mike l'insouciant, le prince, l'enfant-roi que rien ni personne ne tenait attaché, libre d'aller et venir, de prendre et de jeter, de se souvenir et d'oublier. Au début, Bran avait tenté de la convaincre. De lui mettre du plomb dans la cervelle, de lui dire qu'elle n'obtiendrait jamais ce qu'elle désirait. Mais les filles comme Roxane ne carburent qu'à deux choses : la drogue et l'espoir. Et quand la drogue en question revêtait des traits aussi séduisants et enjôleurs que ceux de Mike, alors Bran savait qu'il n'y avait plus rien à faire, si ce n'est écouter Roxane répéter la même litanie, soir après soir. Il l'avait regardé se brûler les ailes aux soleils noirs des paradis hallucinés, lui avait ôté des mains un nombre incalculable de verres, lui avait répété les mêmes conseils, les mêmes mises en garde, qu'elle balayait d'un geste de la main, comme si un soir plutôt qu'un autre, Mike allait soudainement réaliser que son jouet était en fait l'amour de sa vie. L'envie de la secouer un bon coup, ou pire (mieux ?), de débouler sur Mike avec une autre fille, pour lui faire comprendre qu'elle se meurtrissait pour rien, avait souvent traversé Bran. Mais il n'avait jamais osé en arriver là, et pour se faire pardonner, pour racheter l'inconstance de Mike, pour éponger ses travers, il avait endossé le rôle du panseur de plaies. Un rôle qu'il avait repris il y a peu, d'ailleurs, lui souffla une petite voix mesquine alors qu'un serveur lui apportait son dessert, et les conséquences de son dernier "raccomodage" lui revinrent en mémoire, le poussant à s'éclaircir la gorge. Dardant sur Roxane un regard à la fois limpide et opaque, il reçut la question de la jeune femme avec résignation. La Roxane d'aujourd'hui, bien qu'assurément plus forte, lui paraissait toujours aussi fragile, aussi menue. Et si elle allait à la rencontre de Mike, en sortant ? Et si la première chose qu'elle choisissait de faire était de l'appeler, de se jeter dans ses bras ? Bran n'avait jamais eu la naïveté de croire qu'il pourrait sauver Roxane d'elle-même, ou qu'il avait eu la moindre influence sur ses décisions. Mais savoir que la jeune femme pourrait, si elle le décidait, retomber dans ses vieux travers remuait une sensation désagréable en lui, quelque chose qui s'apparentait vaguement à de la compassion. Il reposa la cuillère qu'il avait saisi pour attaquer son dessert - qui semblait tout aussi minimaliste que le reste du déjeuner - et une moue légèrement réprobatrice naquit au coin de ses lèvres. « Parfois. » consentit-il à répondre, tout en restant le plus sybillin possible. Il soutint le regard inquisiteur de son ancienne camarade, et se redressa sur sa chaise, comme si les prunelles claires de Roxane creusaient un peu plus sa carapace qu'il ne voulait l'admettre. « J'ose espérer que tu vas être plus intelligente que moi et te tenir aussi loin que possible de tout... problème. » continua-t-il sans sourciller. Bran reprit sa cuillère mais ne toucha pas à son dessert, se contentant de faire glisser l'ustensile sur le bord de l'assiette. L'espace d'une seconde, il ressembla à l'adolescent un peu boudeur, un peu hautain qu'il avait été des années plus tôt, arborant un air absorbé pour qu'on le laisse tranquille, mais bien vite, le temps reprit ses droits et il leva à nouveaux les yeux vers Roxane. « Tu es sûre que tu ne veux rien ? Sans vouloir te vexer, ça ne te ferait pas de mal de reprendre des couleurs. » proposa-t-il. Si Bran pouvait déployer des trésors de subtilité quand il s'agissait de signifier à quelqu'un qu'il souhaitait voir sa tête se balancer au bout d'une pique rouillée, il ne démontrait que peu de talents pour démontrer sa sincère amabilité.

flash-back, 10 ans plus tôt.
A travers la pénombre, Bran observa Roxane saisir le verre avec difficulté et enregistra tous ses gestes. Il nota la difficulté avec laquelle elle se déplaçait, la faible emprise qu'elle semblait posséder sur le monde extérieur et lorsque le verre lui échappa des mains, il ne put rien faire pour le rattraper. Il contempla l'eau s'épanouir en une large fleur sur la moquette moelleuse puis s'en désintéressa presque immédiatement pour reposer les yeux sur Roxane. Un subtil changement semblait s'être opéré en elle, sans que Bran sut en dire la cause et il se redressa, à l'affût d'une parole, d'un son qui aurait pu lui indiquer quoi faire. Seulement, son étrange compagne semblait avoir d'autres plans en tête et il sentit ses joues se colorer légèrement à la remarque aussi naïve qu'inattendue de la jeune fille. « Tu parles sans savoir. » marmonna Bran, gêné par la franchise abrupte de Roxane. Et par la facilité avec laquelle elle avait percé son beau masque de froideur. Rien de tout ça ne l'intéressait. Ni la drogue, ni les conversations. Quand aux filles, il les préférait conscientes et capables de rendre la pareille, et même la brune au regard charbonneux qui avait glissé dans son cou des promesses sans équivoque un peu plus tôt dans la soirée n'était pas parvenue à capter son attention. Bran ne se sentait rien de commun avec la clique qui entourait Mike, et pourtant il gravitait dans leur orbite. Il n'avait pas envie de chercher plus loin, pas quand c'était la dernière année de lycée. Il n'en voyait plus l'intérêt. Il allait partir d'ici. Il le savait, il le sentait. Il n'était pas fait pour rester à Fairview. L'inconnu l'appelait, de toute sa force, de toutes ses lumières. Il allait partir d'ici, sans se retourner, sac au dos et sans un sou en poche s'il le fallait, il ferait du stop, il irait jusqu'à Portland et puis il prendrait le train, le bus, le camion jusqu'à New York, il s'inventerait un nouveau nom, une nouvelle vie, qu'importe ce qu'il fallait pour mettre le plus de distance possible entre lui et cette ville de malheur où il s'était toujours senti enfermé. Il n'aurait ni à se cacher, ni à mentir sur ce qui le faisait vraiment vibrer. Et il passerait ses journées, ses nuits, sa vie, avec des gens qui partageaient la même vision, qui poursuivaient le même rêve, car c'était ça, au fond, tout au fond, ne plus être seul, ne plus endosser le costume d'un autre, ne plus avoir à se plier aux convenances étriquées que lui imposaient le milieu ridicule duquel ses parents croyaient être sortis. Il allait le faire, il le savait, il était tellement certain, tellement ivre d'espoir. Si autrefois il ne faisait que caresser ce rêve, il savait aujourd'hui qu'il pouvait en faire sa réalité. La réalisation lui était parvenue sous la forme d'une lettre arrivée il y a quelques jours, la lettre, tamponnée d'un logo qui avait fait sursauter son palpitant. Et il n'avait eu besoin que de lire les premiers mots - "Cher Mr. Rose, nous avons le plaisir de vous informer..." - pour se mettre à danser sur place, une danse sauvage, folle, qui lui avait donné le tournis et l'avait contraint à s'asseoir sur son lit, le corps tremblant comme une feuille. Il était allé passer les essais pour cette école en cachette, poussé par son professeur qui avait organisé des examens à Portland. Sans y croire, mais avec la rage au coeur - la rage de voir tous ces autres mieux équipés, plus doués, plus avancés - il s'était lancé. Et aujourd'hui... Cette lettre, c'était son billet pour la liberté. Il allait danser à New York et rien ne l'empêcherait de partir, pas même ses parents et leur air pincé. Bien sûr, il ne leur avait pas encore dit. Mais il s'en irait, quoiqu'il arrive et c'était ce qui lui permettait de tenir pour ces quelques mois qui semblaient tirer en longueur. Jamais la vie à Fairview ne lui avait paru plus monotone, plus dénuée d'intérêt. Toujours les mêmes gens, les mêmes conversations, les mêmes petites intrigues idiotes et mesquines. Il lui semblait d'ailleurs que Roxane était souvent au centre de ces ragots dont se délectait l'aristocratie lycéenne. Elle non plus, elle n'était pas comme les autres. Elle était encore plus atypique, encore moins à sa place. L'interrogation fragile de la jeune fille le prit même un peu au dépourvu. Bran se mordit la lèvre et baissa les yeux, même si dans la pénombre il y avait bien peu de chance que Roxane remarque son regard dérouté. « Je n'allais pas te laisser toute seule comme ça. » répondit-il, un peu hésitant. Il était presque certain que ce n'était pas ce que Roxane souhaitait savoir, mais il ne voyait pas comment il aurait pu lui expliquer l'ouragan qui grondait en lui depuis qu'il avait appris à mettre un pied devant l'autre. Et puis, toute tentative d'explication mourut lorsque la fraîcheur des doigts de Roxane rencontra sa peau. Pris par surprise, Bran faillit opposer un mouvement de recul mais la fragile exploration n'avait rien d'une menace. Au contraire. La surprenante douceur de Roxane contrastait avec son corps tout en angles et en brisures, comme si elle cherchait à tout prix à cacher ce qu'il y avait véritablement à l'intérieur d'elle et qu'elle ne le révélait que dans ces fugaces, remplis d'ombres. Il sentit la frêle caresse parcourir sa mâchoire, retracer l'arête de son nez et c'est quand les doigts vinrent s'égarer sur ses lèvres qu'il se décida à reculer. Doucement, il posa sa main sur celle de Roxane et la laissa glisser jusqu'au poignet de la jeune fille pour l'écarter avec une extrême précaution.  « C'est plutôt à toi que je devrais poser la question. » chuchota-t-il avec un sourire dans la voix. Il se déplaça de quelques centimètres pour augmenter la distance entre le corps de Roxane et le sien, et releva les yeux. Dans la pénombre, il distingua le visage anguleux de sa camarade. Qu'est-ce qui pouvait bien la pousser à une telle chute ? Les sentiments qu'elle éprouvait pour Mike ? « Ce n'est pas pour toi, ici. » Et si elle continuait à s'obstiner, alors Bran ne donnait pas cher de la peau de Roxane. Car plus elle serait ignorée, plus elle s'enfoncerait dans les paradis artificiels, le répit que lui offrait toutes les saloperies qu'elle prenait pour oublier l'indifférence du monde à son encontre. « Tu mérites mieux. Et tu le sais. » affirma-t-il d'une voix douce. Mais jamais il n'avait été aussi incertain de ce qu'il avançait. Car il ignorait s'il parlait juste de Mike, ou d'une existence toute entière.

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MessageSujet: Re: everybody wants to rule the world.   Dim 28 Déc - 23:50

Roxane détestait se sentir dans cet état, incapable de savoir quoi faire de son corps et des secondes qui s’écoulaient. Elle détestait être en tête-à-tête avec sa conscience, avec son passé. Bran n’y pouvait rien, pourtant, mais à lui seul, il remuait beaucoup de choses. Trop de choses. Des éléments disparates, des éléments condensés, des éléments mélangés. Roxane avait pourtant fait un bout de chemin, pensait s’être remis les idées en place mais, à présent, elle n’en était plus si sûre. Pas quand elle se sentait si chamboulée par ce visage et cette voix. Elle était son pire ennemi, elle le savait. Elle donnait du pouvoir à un fantôme qui n’était même pas assis à cette table. Mais c’était comme s’il lui adressait son éternel rictus, installé confortablement derrière l’épaule gauche de Brandon Rose, l’annihilant d’une moue moqueuse, la réduisant à sa plus pâle copie. Elle aurait, au contraire, voulu dégager l’image d’une femme changée, une femme forte et indépendante, qui se contrefichait de son passé ou, en tout cas, s’en accommodait sans honte. Mais elle n’avait rien de cette wonderwoman, elle n’était qu’une gamine enfermée dans un corps malingre et sans saveur. Brandon voyait-il cela ? Pouvait-il déceler cette ombre qui la suivait partout ? La réponse, Roxane la connaissait. Évidemment. Bran semblait toujours avoir eu l’œil pour discerner ce double qui la malmenait, ce diable invisible mais loin d’être muet. D’ailleurs, c’était comme s’il criait plus fort, ricanant au creux de son oreille, à chaque fois que Bran la jaugeait, voyant en elle, voyant à travers elle. Il lui faudrait toute son énergie pour faire taire cette langue venimeuse. Il faudrait pour cela qu’elle se rappelle les exercices qu’elle avait appris en thérapie mais, préoccupée comme elle l’était par ce lien d’un autre temps, elle était incapable de se concentrer, de faire suffisamment le vide dans son esprit pour parvenir à revenir à des bases saines. Toute la théorie et la pratique s’étaient envolées dès qu’elle avait posé les yeux sur le jeune homme et ce n’était pas les minutes qui s’égrenaient qui allaient lui faciliter la tâche. La mine sombre, elle attendit la réponse, guettant celle-ci sur les traits de son interlocuteur. Elle voulait savoir avant que les mots n’échappent aux lèvres de Bran, elle voulait se préparer au choc d’aborder ce sujet qui lui remuait encore le cœur, bien que ça ne soit pas de la même façon qu’auparavant. Parfois. La nausée s’agita en elle, comme elle se figurait leurs discussions lorsqu’ils se voyaient. Se rappelaient-ils du bon vieux temps ou agissaient-ils comme si rien de tout cela n’était arrivé ? Nul doute que Mike devait jouer les nostalgiques – à supposer qu’il ait un jour cessé ses fêtes intempestives – mais Bran ? Il était indéchiffrable, aujourd’hui plus qu’autrefois même, et malgré son attention exacerbée, Roxane ne sut dire ce qu’il pensait réellement de Mike Neeson. Un rire lui échappa à l’insinuation du jeune homme et une grimace lui écorcha les lèvres. Instinctivement, elle avait détourné les yeux, comme pour ne pas voir la lueur sceptique dans le regard de son ancien sauveur. Elle se résolut toutefois à élaborer en haussant les épaules : « Tu crois vraiment que j’ai envie de retenter l’expérience ? » Le coup d’œil qu’elle lui jeta dénotait néanmoins d’un manque d’assurance, non pas à l’égard de ce qu’elle disait mais du fait qu’il la croie. « Je n’ai jamais eu de couleurs » répliqua-t-elle simplement, sans la moindre agressivité. Elle ne faisait qu’énoncer un fait, une triste description de ce qu’elle avait toujours été, adolescente comme adulte. Cela lui avait valu des moqueries, à une époque, mais ces dernières s’étaient muées dès qu’elle avait pénétré le cercle – du moins croyait-elle en faire partie à ce moment-là – de Mike. Consciente qu’elle devait avoir l’air d’une gamine ingrate, elle se mordilla la lèvre inférieure et fronça légèrement les sourcils en fixant le dessert que le serveur venait d’apporter. « Qu’est-ce que c’est ? » Puis, comme si elle se rappelait soudainement où ils se trouvaient, elle détailla la salle : « Ça t’arrive souvent de venir manger là ? » Elle n’avait pas voulu émettre le moindre jugement à son égard mais les choses étant ce qu’elles étaient, il ne serait pas étonnant que le Petit Coq soit un lieu familier pour Bran. Parfois, elle en oubliait qu’il était plus proche de Mike que d’elle quand il était question d’argent.  

Flash-back, 10 ans plus tôt.
Elle n’avait pas oublié qu’un instant plus tôt, elle était à deux doigts d’être abusée par un type dont elle ne se rappelait même pas le visage. Mais Bran, sans qu’elle le connaisse réellement, lui inspirait un sentiment de sécurité. Il n’était pas venu la secourir pour s’en prendre à elle dès que l’autre aurait déguerpi. Du moins c’est ce qu’elle en avait conclu devant tant de sollicitude mais maintenant qu’il se trouvait si près, à portée de ses doigts tremblants, Roxane ne savait plus trop quoi penser de cette approche. Bran avait toujours été là, dans le paysage, vaquant à ses occupations en arrière-plan mais elle était trop absorbée par Mike pour se soucier des allées et venues du jeune homme. Et puis, comme une image qui cesserait de trembler pour devenir plus nette, voilà qu’il était là, assis, la soutenant avec une douceur qu’elle n’avait pas l’habitude d’expérimenter. Cette constatation lui comprima l’estomac et elle réprima une nouvelle salve de larmes. À quoi bon pleurer encore ? Si elle en était là, c’était par sa propre faute et elle devait savoir, depuis le temps, qu’un peu de tendresse à son égard ne signifiait pas pour autant qu’on se souciait d’elle. La preuve, Bran répliqua qu’elle parlait sans savoir et un voile sombre vint se poser sur ses yeux trop maquillés et las. Elle ne lui en voulait même pas. Il avait raison, après tout. Elle parlait sans savoir, elle n’avait jamais rien compris à ce qu’il se tramait autour d’elle, s’était laissée portée par la vie, sans s’inquiéter des conséquences et même quand elle était malheureuse, au fond du trou, elle se laissait bercer d’illusions. Naïve, qu’elle était. Ridicule, pathétique, lamentable. Les mots dansèrent devant ses yeux vides qu’elle fixait sur ses doigts plus que sur le visage de Bran. Elle n’émit aucun son pour se débattre, pour le contredire, pour lui prouver à quel point il avait tort. Elle le laissa la juger comme les autres le faisaient, sans se demander ce qu’elle pouvait ressentir face à ces remarques et accusations. Alors, pourquoi était-il là ? Pourquoi était-il intervenu ? Avait-il été guidé par une quelconque conscience ou avait-il été envoyé par Mike pour récupérer son trophée ? Ah. Il fallait qu’elle soit folle pour se figurer que Mike puisse s’interroger sur son sort, elle le savait, mais y penser ne faisait que l’égratigner un peu plus, elle n’en était plus à ça près. Je n’allais pas te laisser seule comme ça. Elle ne sembla même pas l’entendre, tant elle était immobile, absorbant les sons étouffés de la fête qui battait son plein derrière la porte, enivrée par le parfum délicat et masculin qui se dégageait de Bran, consciente du malaise qu’éprouvait son corps et incapable de stopper son exploration presque aveugle. Un frisson lui parcourut les bras, hérissant sa peau au moment où il se déroba, s’écartant d’elle quand elle effleura les lèvres trop promptes à énoncer des faits blessants. Elle parlait sans savoir mais comment était-elle censée savoir de quoi elle parlait quand personne ne lui disait la vérité, quand personne ne faisait preuve de sincérité ?  Elle battit à peine des paupières lorsqu’il la força à cesser ses gestes maladroits. Elle ne chercha pas à se dérober à la prise, se contentant de refermer les doigts, les pressant en un petit poing serré, démasqué, fatigué. Elle l’écouta prétendre que ce n’était pas pour elle, ici, qu’elle méritait mieux. Et qu’elle le savait. Les larmes revinrent assaillir ses yeux, ceux-ci à peine secs, mais plutôt que d’éclater en monstrueux sanglots, elles roulèrent sur ses joues blafardes, silencieuses. « Tu parles sans savoir » lâcha-t-elle finalement, d’une voix blanche et étranglée. « Je serai toujours moi. Avant, j’étais invisible. Maintenant, je suis la pauvre conne qui s’est vautrée aux pieds de Mike. Alors dis-moi ? Qu’est-ce que je mérite, au juste ? Qui voudrait me regarder une seconde fois en sachant ce qu’il s’est passé ? » Si ses mots étaient d’une extrême lucidité, son esprit n’en était pas moins retourné, perdu dans le chaos de ses regrets et de ses complexes. « La preuve, tu ne supportes même pas que je te touche » ironisa-t-elle, les lèvres écorchées par un sourire polaire. En d’autres circonstances, si elle avait eu les pensées moins brumeuses, elle aurait eu honte de ce rejet, aurait cherché à tout prix à fuir sa présence. Mais elle ne s’en sentait pas la force et n’était même pas certaine de s’en soucier assez. Au lieu de ça, elle se passa les paumes sur les joues, noyant son maquillage dans les larmes en trainées nuageuses et disgracieuses. « Je vais rentrer chez moi » annonça-t-elle simplement sans toutefois effectuer le moindre geste pour s’exécuter.

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MessageSujet: Re: everybody wants to rule the world.   Jeu 20 Aoû - 16:17

Il regrettait un peu ce « parfois », il le regrettait pour Roxane mais aussi un peu pour lui, parce que cela montrait qu’il avait échoué sur toute la ligne. Son but initial avait été simple : couper tout contact avec Fairview et partir sans se retourner. Et aujourd’hui ? Son rêve s’était brisé un soir sur une route de campagne, il avait repris l’affaire de ses parents et il avait les mêmes amis qu’il s’était promis d’oublier sitôt la remise des diplômes passée. Il aurait donné n’importe quoi, Bran, n’importe quoi pour tout recommencer à zéro. Il ne se l’avouait pas souvent mais nier l’évidence, c’était bon pour les idiots. Il en voulait au monde entier, à cette pluie qui les avait fait déraper, à son père et à ses idées bornées, à leur dispute, à ses jambes idiotes qui n’avaient su que se briser, et puis à lui-même, pour avoir eu cette idée complètement stupide en premier lieu… Mais à quoi bon ressasser le passé ? Il ne pourrait jamais avoir la vie qu’il avait mis si longtemps à élaborer, qu’il avait si minutieusement préparé… Il ne vivrait jamais à New York, il n’aurait jamais son nom en haut de l’affiche et sa passion s’était éteinte au moment où il avait entendu ses os se briser. Alors oui, ce parfois, il le regrettait mais il ne pouvait pas faire  comme s’il était possible de le changer. Ce qu’il pouvait faire, en revanche, c’était s’assurer que Roxane ne commette pas la même erreur que lui, surtout quand elle avait la chance de reprendre sa vie là où elle l’avait laissée. Il savait l’influence néfaste que Mike avait eu sur la vie de cette fille et il ne recommencerait pas une autre mission-suicide. « Je pense bien que non, mais je voulais juste être sûr. » répondit-il avec parcimonie. Il comprenait la sécheresse de sa voix et l’acceptait. Il n’était pas un ange non plus ; il y avait eu des moments où il aurait pu se montrer plus prévenant avec elle et il ne l’avait pas fait, la pression sociale, cette idiotie qu’on apprenait dans les mauvais films, se tenant entre eux comme une hyène féroce. Mais désormais, ils étaient adultes et ces fausses barrières n’existaient plus. S’il prenait à Bran la fantaisie d’inviter la jeune femme à déjeuner, aucun serveur pompeux n’avait le droit de s’y opposer. Et c’était bien ce qu’il comptait faire. « Bien sûr que si, tu en avais. Comme une aquarelle. » répondit-il malicieusement au triste dénigrement que Roxane s’infligeait. Il n’allait pas mentir et prétendre qu’elle était un chef d’œuvre botticellien, mais elle était assurément jolie malgré son teint pâle et ses yeux un peu cernés. Et quand elle s’enquit de la nature du dessert, Bran y vit là une opportunité. « C’est toi qui vas me le dire. » annonça-t-il en fourrant la cuillère dans la main de son ancienne camarade. Ravi de son petit tour de passe-passe, il la gratifia de ce petit sourire en coin qu’elle connaissait bien et qui signifiait qu’il n’accepterait aucune reddition de sa part. Ca t’arrive souvent de manger là ? Il aurait pu vouloir lui dire que non, il n’y était presque jamais et d’ailleurs n’était à Fairview que pour une brève période de temps, mais il n’aurait jamais osé lui mentir. « Assez souvent, oui. Même si ça risque de changer vue la façon dont tu as été traitée à l’entrée. » Le ciel pur de ses yeux fut soudainement gagné par une ombre qui transforma le firmament immaculé en une voûte sombre. Autant lui dire la vérité. « Je n’ai pas quitté Fairview comme je l’avais prévu. J’ai dû m’y faire... Mais il y a pire, je suppose. » Oui, il y avait certainement pire, comme presque mourir d’une overdose, devenir la cible de tous les ragots de la ville et tenter par la suite un retour qui serait certainement des plus douloureux. Roxane en avait dans le ventre, il n’y avait pas à dire. « Comment est-ce que ça se passe pour toi depuis que tu es… de retour ? » Il avait essayé d’hasarder avec une certaine élégance, et espéra que sa légère hésitation était pardonnée, au mieux passée inaperçue. Ce qu’il cherchait surtout, c’était de détourner la conversation. Il n’avait pas envie qu’on parle de ses échecs, surtout avec Roxane.


flash-back, 10 ans plus tôt.
Aussitôt les mots échappés de sa bouche, Bran comprit que le doute qu’il avait éprouvé un instant plus tôt avait également franchi la barrière de ses lèvres, et que Roxane, petit corps tendu à fleur de peau, l’avait immédiatement perçu. Il perçut les soubresauts électriques des épaules frêles, témoignage d’une souffrance contenue. Trop contenue, peut-être. C’était peut-être ça qui la brûlait, Roxane, l’acide corrosif de ses propres larmes, le goût amer de sa solitude qui coulait dans tout son corps pour ne faire d’elle qu’une chair morcelée de blessures. Ceux qui chantaient les beautés tragiques de l’âme humaine n’étaient que des poètes aveugles qui ne s’étaient jamais confrontés à la détresse presque désespérée de Roxane Bedelia. Bran, il ne voyait que cette douleur qui privait une fille de son sourire, de ses espoirs, de sa vie. Y avait rien de beau là-dedans, c’était qu’une litanie de mensonges tissés par des beaux parleurs qui se cachaient à eux-mêmes la violence dont ils pouvaient faire preuve. Roxane ne portait pas de trace de coups mais c’était tout comme. Recroquevillée sur sa douleur, elle avait fini par s’en faire une chrysalide dont on ne ressortait pas papillon. Bran frissonna à l’idée, il se demanda vaguement ce que ça faisait que d’être prisonnier dans ce long couloir de verre qui permettait de voir la vie mais pas de l’effleurer. Lui, il voulait vivre. Il avait la rage au cœur et le feu au ventre, sans savoir d’où lui venait cette passion pour l’existence. Il voulait tout faire, tout voir, tout gagner ; il ne concevait sa vie et son succès qu’en dehors du périmètre étroit de Fairview. Bien sûr, certains éléments lui manqueraient – les soirées avec Felix, la porte de derrière de l’Apollo Theater qui permettait d’entrer dans le cinéma sans payer, l’aube fraîche et bleue qu’il respirait à plein poumons tout au long du chemin vers le lycée et toutes sortes de minuscules autres détails dont il se fichait éperdument pour le moment  - mais il savait, Bran, il savait que là n’était pas son destin et qu’il quitterait Fairview sans un regret. Mais Roxane ? Elle allait en faire quoi, de son avenir en vrille ? Si jamais elle en avait un… La possibilité glissa le long de son dos comme si on lui avait appliqué un morceau de glace sur la base de sa nuque. Inconsciemment, Bran resserra légèrement sa prise autour des poignets de la jeune fille. La pulpe de ses doigts  timides se mit à tracer des cercles délicats sur la peau douce et tendre des poignets pour vérifier qu’aucune cicatrice ne barrait la route à cette fugace exploration. A son grand soulagement, aucune marque ne venait entraver la peau de Roxane, mais elle était en proie à d’autres démons, à ceux qui profitaient des faiblesses laissées par les froids baisers de Mike Whitman. Elle éclatait, Roxane, comme un ballon crevé auquel un enfant désœuvré aurait donné un dernier coup de pied avant de se désintéresser de son jouet. Et la sensation de déchirure qui éclatait contre la peau de Bran faisait mal. Il sentit ses joues s’enflammer. Venait-il de rejeter Roxane sans le réaliser ? « Non, Roxane… Tu te méprends, je… » Je quoi ? Je ne te veux pas comme ça ? Il l’avait repoussé à ce stade parce qu’il ne voulait pas qu’elle croie pouvoir aller plus loin. Il voulait lui éviter des regrets et des souvenirs brouillés qui l’auraient laissé dans le flou… Puis elle lança son dernier coup d’éclat et tout le corps de Bran se tendit. « C’est hors de question. Je ne te laisse pas rentrer chez toi comme ça. » répliqua-t-il de ce ton directif et déterminé qui lui obtenait à peu près tout ce qu’il désirait dans la vie. Un regain d’énergie venait de lui être insufflé et il se remit debout pour tâtonner quelques secondes et retrouver l’interrupteur. La lumière inonda la pièce, jetant une douce clarté sur Roxane. Seigneur Jésus. Il ne s’en était pas rendu compte des dégâts dans la pénombre. La vue de la jeune fille ratatinée  contre le lit alla se ficher en lui comme une flèche, et il planta ses poings sur ses hanches, comme pour mieux mettre les points sur les i. « Maintenant, ça suffit. » déclara-t-il. Il regarda autour de lui – par chance, l’occupant régulier de la chambre semblait être une femme au goût certain, et il en était de même pour la salle de bain. « Redresse-toi et écarte-moi ces cheveux de ton visage. » ordonna Bran sans expliquer à Roxane le but de sa démarche. Sans attendre, il se rendit dans la salle de bain, s’empara de tout le maquillage qu’il pouvait trouver et trempa un gant de toilette dans de l’eau chaude. Revenu dans la chambre, il jeta le maquillage sur le lit et s’assit face à Roxane, qu’il contempla quelques instants avant de glisser sa main dans le gant de toilette encore tiède. Il approcha doucement du visage de la jeune fille, lui saisit le menton et commença à effacer les marques de sa tristesse avec des gestes circulaires et lents. Le visage de Bran avait repris son allure de masque, mais le léger froncement de ses sourcils trahissait la fausseté de son indifférence. « T’as pas besoin qu’on te regarde pour exister, tu sais. » lâcha-t-il soudain, la voix grave. Il continuait de lui nettoyer le visage, comme si le fait de prendre soin d’elle lui libérait aussi un peu l’esprit. « Ton problème, Roxane, c’est que t’attends que l’prince charmant se retourne sur toi pour te sauver. Tu penses que si un mec se met à t’aimer, t’auras subitement de l’importance, de la valeur. » La peau de Roxane se trouva bientôt dénuée de toutes traces noires et Bran ôta le gant avec un soupir. « Mais t’en as déjà, c’est ça le truc. Tu as de l’importance parce que tu es quelqu’un. Toi. Toute seule. Tu comprends ce que je veux dire ? » Est-ce que ce qu’il racontait avait seulement un sens ? Il l’espérait. « Un jour, j’te promets que ça arrivera. Que tu croiseras un type, n’importe lequel, ton voisin, un mec dans la rue, à ton travail – il se retournera sur ton passage. Mais pas avant que toi, tu commences à croire en toi. Et si au début, il faut faire un peu semblant et user d’artifices, ça n’a aucune importance. Tout le monde le fait. Fake it until you make it. » Il ouvrit un petit pot de ce qui s’avéra être une sorte de crème hydratante – les mystères féminins ne cesseraient jamais de lui inspirer le respect par leur merveilleuse complexité rituelle – et il en appliqua une couche satinée sur la peau de Roxane. Puis il déposa une pointe de fond de teint sur le bout de ses doigts et commença à ombrer délicatement le visage de la jeune femme, tout en la regardant dans les yeux. « Et j’veux dire, ça passe pas forcément par les fringues, le maquillage ou toutes les choses comme ça. Mais ça aide de porter un costume. Jusqu’à ce que tu trouves la personne ou l’endroit où tu peux être à poil. » La conclusion incongrue lui tira un sourire en coin et il releva les yeux vers Roxane. « Okay, pas forcément littéralement. Mais tu vois ce que je veux dire. » Il en avait terminé avec le fond de teint et poudra légèrement le visage de la jeune fille. Faire attention à elle était étrangement thérapeutique. « Fairview, Mike, le lycée… Tout ça, ça ne durera pas, Roxane. Il faut voir plus grand. Aller plus loin. Tu veux que je te dise un truc que j’ai presque dit à personne ? Dès que j’ai mon diplôme, je pars à New York. J’ai été accepté dans une école là-bas. Une école de danse. Tu penses que mes parents m’auraient soutenu ? Un garçon qui danse dans ce patelin paumé ? Je serai mort à l’heure qu’il est. Alors j’ai porté un costume, un masque. Mais là-bas, j’en aurai pas besoin. » souffla-t-il. Il avait fait cette révélation dans le feu de l’action, mais ne s’en formalisait pas. Bran savait qu’il pouvait compter sur elle pour garder ce secret. Comme si de rien n’était, il attrapa un tube de rouge à lèvres et l’ouvrit pour en faire apparaître la couleur. Il compara avec la peau de Roxane et parut satisfait. La couleur rosée mettrait en valeur ses traits délicats. Il saisit doucement le menton de la jeune fille et s’approcha légèrement, tellement concentré sur sa tâche qu’il en tirait la langue. Il releva furtivement les yeux et prit un air presque bougon. « Hey, ne me regarde pas comme si j’étais dingue. Je suis fils unique. Il fallait bien que je déçoive mes parents un jour ou l’autre. » Il se redressa et saisit un tube de mascara qu’il dévissa avec minutie, avant de l’approcher des cils de Roxane. « Mais je danse pas pour que mes parents aient honte de moi. Je danse parce que pour moi, c’est comme… » Comme quoi ? Danser, c’était vivre et vivre, c’était danser. Il ne voyait pas le monde autrement. « Enfin, c’est ce que j’aime. » En même temps,  il ajoutait la touche au final au maquillage de Roxane. Elle était diaphane, éthérée. Mike était un bel idiot de la laisser s’en aller comme ça. « Il faut que tu trouves ton ‘plus loin’, Roxane. » conclut-il avec une intensité qui l’étonnait lui-même. Comme si en répétant ce mantra, il venait de réaliser pleinement son importance.

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Roxane Bedelia

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MessageSujet: Re: everybody wants to rule the world.   Ven 18 Sep - 12:20

À quoi rimait cette conversation ? Roxane commençait à se le demander. Bran et elle ne se seraient jamais rencontrés si ce n’était par le biais des soirées de Mike. Et maintenant que cette ère semblait s’être achevée, il n’y avait plus vraiment de raison pour qu’ils se forcent. Parce que Bran s’était senti obligé, n’est-ce pas ? Toutes ces tentatives de sauvetage vouées à l’échec, il y avait été poussé… Consciente d’être injuste avec le jeune homme, Roxane ne pouvait s’empêcher d’éprouver une certaine rancœur à son égard. Parce qu’il était ce lien avec le passé, parce qu’il la ramenait invariablement à cette ombre qu’elle cherchait à oublier, à renier. Et même si rien dans son attitude ne soulignait que ce soit volontaire, ça n’empêchait pas Roxane de se sentir mal à l’aise, d’avoir l’impression d’être sur la sellette. Alors elle croisa les bras sur sa poitrine comme pour se protéger de cette sensation qui s’insinuait en elle et tant pis si cela lui donnait l’air d’une gamine boudeuse. Et elle en voulait à Bran d’avoir encore des contacts avec son bourreau. C’était profondément injuste et puéril mais elle aurait voulu qu’à ce stade, tout le monde ait abandonné le diable. Au lieu de ça, elle restait l’éternelle marginale et Mike poursuivait sa route sans se soucier des conséquences de ses actes. Pourquoi fallait-il que le monde tourne autour de cet être égocentrique et égoïste ? Pourquoi fallait-il que son monde à elle tourne encore autour de lui ? Et pourquoi restait-elle là à se torturer lorsqu’il aurait suffi qu’elle se lève et s’en aille ? Son regard sombre glissa sur son interlocuteur. Parce que d’entre tous, c’était à Bran qu’elle faisait face et si elle voulait se convaincre qu’elle ne lui devait rien, qu’ils n’étaient que des étrangers, elle savait aussi qu’elle se mentait, qu’il avait fait bien plus que d’autres et que même s’il s’y était senti forcé, il avait agi quand le reste de l’univers se contentait de détourner les yeux. Alors elle n’avait pas vraiment le droit de le snober quand il n’avait rien fait pour le mériter, quand bien même ses sentiments vis-à-vis de lui étaient mitigés. Et son aveu ne provoqua qu’un haussement de sourcils teinté de mépris. Bien sûr. Pourquoi aurait-il cessé de voir Mike ? Il n’était pas sous son joug, il était maitre de son destin, il n’avait pas à éprouver de l’amertume en ce qui le concernait. Mais ça ne rendait pas la constatation moins douloureuse et Roxane réprima la boule qui naissait au creux de sa poitrine. Bien sûr que si, tu en avais. Comme une aquarelle. Roxane guetta la moquerie dans son ton et son regard méfiant se posa sur lui alors qu’elle affichait toujours cette moue butée, blessée, irrémédiablement collée à ses traits usés. Elle chercha quelque chose qu’elle ne trouva pas et haussa juste les épaules, faute d’avoir la réponse adéquate à sa déclaration. Détourner cette attention sur le dessert n’était qu’un moyen de ne pas s’enfoncer dans un échange qui, elle le savait, la paralyserait. Comme tout ce qui la touchait de trop près. Elle fixa la cuiller et vit son reflet dans le métal. Son visage était déformé mais elle pouvait aisément déceler son teint cadavérique et les ombres sous ses yeux mornes. Lentement, elle avança la main en direction de la part de gâteau et enfonça la cuiller dedans. C’était mou, onctueux et son bras trembla un peu lorsqu’elle porta la bouchée à ses lèvres tandis qu’elle écoutait la réponse de Bran. « Ne dis pas ça » souffla-t-elle quand il réévalua son envie de revenir à la façon dont elle avait été accueillie. « Ce n’est plus nécessaire de jouer les chevaliers à l’armure étincelante » continua-t-elle avec un pâle sourire. N’en avait-il pas assez fait ? Elle ne voulait plus être à l’origine du moindre changement, elle voulait juste qu’on oublie son double jeune et inexpérimenté. « Pourquoi ? Qu’est-ce qu’il s’est passé ? » s’enquit-elle lorsqu’il confessa n’avoir jamais quitté Fairview. Cela semblait être la source d’un trouble qu’elle n’arrivait pas à saisir. Mais s’était-elle seulement un jour assez souciée des autres pour les connaitre suffisamment ? Elle ne savait plus rien des aspirations avortées de Brandon Rose et pourtant, jusqu’à cet instant, elle s’était comportée comme si rien ne pouvait l’étonner. Et lorsqu’il lui demanda comment cela se passait pour elle, elle laissa passer quelques secondes avant de répondre, le ton mystérieux : « Il ne se passe rien ». C’était dit un peu abruptement mais n’était-ce pas la pure et simple vérité ? Elle avait investi un appartement, certes, était harcelée par son voisin (celui-là même qui lui prêtait de l’argent sans qu’elle ne lui ait rien demandé, sans raison valable, juste parce qu’il en avait trop, probablement) et passait son temps à lire les petites annonces sans jamais trouver un emploi qui lui permette de désirer sortir de sa coquille. « Je devrais être soulagée, non ? Une vie calme, sans tracas. Que pourrais-je demander de plus ? » dit-elle, cynique, en prenant une nouvelle bouchée du gâteau.

flash-back, 10 ans plus tôt.
Elle se sentait mal. Elle voulait juste s’enfoncer dans le lit et ne plus jamais en émerger. Elle voulait s’endormir et ne plus jamais se réveiller. Elle voulait que cette nausée la quitte, que son esprit soit délesté de l’étau qui l’enserrait douloureusement. Elle voulait que Bran s’en aille, aussi. Qu’il l’oublie, comme le faisaient si bien tous les autres. Qu’il retourne vaquer à ses occupations. Parce que tôt ou tard, il la délaisserait, lui aussi, et elle n’aimait pas entrevoir cette lueur d’espoir en sachant qu’elle allait disparaitre bientôt, happée par le désintérêt qu’elle suscitait chez tout le monde. Pourquoi serait-il différent, malgré sa sollicitude actuelle ? Pourquoi se soucierait-il d’elle quand elle n’était qu’un pantin qu’on manipulait à sa guise et abandonnait dès qu’on s’en lassait ? Son rejet n’était qu’une pierre supplémentaire à l’édifice qui se formait autour d’elle. Emmurée dans son malheur, elle était probablement vouée à mourir de solitude et de détresse. Alors pourquoi ne la laissait-il pas faire ? Pourquoi s’acharnait-il quand la laisser là aurait été plus rapide. Elle s’éteindrait d’elle-même, comme toujours, perdant toujours un peu plus foi en elle-même et la prochaine fois que Mike reviendrait vers elle, la lueur dans ses yeux serait moins brûlante, plus lasse. Bran ne faisait que retarder l’inévitable et en repoussant ses gestes maladroits, il n’avait fait que renforcer cette sensation qui prenait racine dans la tête de Roxane. « Ah bon ? » demanda-t-elle d’une voix si morne que cela trahissait l’inutilité de sa réponse. Elle se méprenait ? Vraiment ? Ou était-il juste coincé dans son rôle de sauveteur ? Mais même ce rôle-là avait ses limites et elle venait de les effleurer, les faisant reculer, lui faisait perdre pied. Elle cilla au son de la réplique, comme soufflée par la détermination qui en suintait. Mais l’écoutait-elle seulement lorsqu’elle était absorbée par le trou noir qu’elle voyait se former au mur et qui disparut lorsque la lumière éclaira la pièce. Habituée à cette obscurité, Roxane battit des paupières en grimaçant et pressa une main contre ses yeux pour les protéger de l’agressivité lumineuse, quand bien même l’intensité de celle-ci était faible. Maintenant, ça suffit. Sourde aux ordres du jeune homme, Roxane ne bougea pas d’un millimètre, ravalant la nausée qui s’invitait au bord de ses lèvres. C’était comme si tout avait été aspiré dans le trou béant entraperçu une poignée de secondes plus tôt. Elle se contenta alors de respirer, à défaut d’avoir la force de faire quoi que ce soit d’autre. Elle ne chercha pas à identifier les gestes de Bran aux sons qui lui parvenaient. L’eau coula. Elle décela bien les mouvements de son acolyte mais il fallut qu’il revienne à elle et lui fasse face pour que sa main retombe, noircie de maquillage ruiné. Le regard morne, Roxane le fixa sans sembler le voir. Et si ses paupières se fermèrent à l’approche de la main gantée, c’était plus par réflexe qu’autre chose. Frissonnant au contact des doigts sur son menton, elle ne chercha pas à esquiver sa main impérieuse et le laissa effacer les dégâts d’un air concentré, en silence. T’as pas besoin qu’on te regarde pour exister, tu sais. Elle soupira mais garda les lèvres closes. « Et j’ai tort ? Quelle valeur ai-je, à être seule, tout le temps ? » lui demanda-t-elle, la voix rauque, éreintée. « Non » Elle rouvrit les yeux lorsque les gestes cessèrent et elle darda sur Bran un regard trouble. « J’en demande trop, c’est ça que tu essaies de me dire ? Je n’ai qu’à laisser faire le temps ? Tu ne te rends pas compte que ça me pèse ? De n’être que ça ? Un jouet, une ombre ? Personne ne s’intéresse à moi en dehors de lui.
Toi, tu ne m’aurais jamais remarquée si tu ne ressentais pas le besoin soudain de me venir en aide ». Elle ne lui en voulait pas, pourtant. Elle se contentait d’énoncer un fait. Parce qu’il avait visiblement une conception très idéaliste de ce qu’elle était. Mais il n’avait jamais ressenti ce mal qui la rongeait. Il ne savait pas ce que c’était que de se sentir seule constamment et de n’avoir personne à qui se confier. Elle l’observa tandis qu’il s’évertuait à la convaincre. Elle aurait aimé absorber un peu de ses certitudes mais elle finit par seulement baisser les yeux. Ce doux rêve, qu’il énonçait, il était lointain, inaccessible. Il n’arrivait qu’aux autres. Elle le laissa faire, pourtant, même si elle n’y croyait pas une seule seconde. Juste parce que le contact lui faisait du bien. Il n’était pas brutal, égoïste, trop franc. Il était précautionneux, soigneux, tendre. Si bon qu’elle aurait voulu que ça dure toujours. Mais le mot ‘toujours’ ne rimait pas avec l’existence de Roxane Bedelia.  Alors elle se contenta de l’écouter tout en appréciant les gestes attentifs. Elle le laissa déverser son assurance sur elle, tout comme ses confessions. « Tu as menti. En gros. Tu as menti à tout le monde. Et à toi-même » l’accusa-t-elle doucement sans bouger d’un cil. « Mais je n’ai pas cette force. Tu le vois bien, ça, non ? Et puis tu avais un but. Moi je n’en ai aucun ». N’était-ce pas cela le plus triste ? Qu’elle n’ait aucune perspective en dehors de Mike et que c’était précisément ce qui la retenait à lui ? Si seulement elle avait eu un rêve, elle aussi, elle aurait peut-être pu être distraite, déviée de sa course folle et vouée à l’échec. Mais la seule chose qui la rendait vivante, c’était quand Mike Whitman s’intéressait un minimum à elle. Alors, seulement, elle pouvait sentir son palpitant s’activer. « Je ne sais pas comment le trouver » se contenta-t-elle de répondre lorsqu’il conclut son sermon. « Tu pourrais m’emmener avec toi, quand tu partiras ? Juste le temps que je me retrouve… Je ne prendrai pas de place… » Pathétique, vous dites ? Le pire c’est qu’elle le savait parfaitement. Mais si l’engouement de Bran n’était pas parvenu à l’atteindre, elle voyait en la mention de New York un moyen d’échapper à cet univers clos dans lequel elle se noyait. Là-bas, personne ne se soucierait d’où elle venait ou de ce qu’elle avait fait. Elle aurait tout le loisir d’être celle qu’elle voulait être, même si, à cet instant précis, elle ignorait qui était cette personne. « Ah, mais qu’est-ce que je raconte » poursuivit-elle pour effacer cette prière ridicule. Elle voulait fuir, maintenant. Le masque fabriqué par Bran fonctionnait peut-être déjà, même si elle n’avait pas pris la peine de voir ce que cela donnait. Elle voulait juste oublier cette soirée lamentable et ne plus exister. Alors elle se redressa lentement, chancelante, et entreprit de se diriger vers la porte mais quand elle ouvrit celle-ci et que le brouhaha ambiant la percuta de plein fouet, elle trembla de tout son corps et referma aussi sec, s’adossant au mur  en peinant à respirer. « Va-t’en, s’il te plait » murmura-t-elle, s’enfonçant chaque seconde un peu plus dans son malaise. « Je ne veux pas être ce fardeau. Je ne veux pas que tu te fatigues inutilement. Je veux juste être seule ». Ne venait-elle pas de se plaindre du contraire? Elle le supplia du regard, comme si rien de ce qu’il avait dit ne lui était parvenu, ignorant que ses paroles pleines d’espoir glissaient doucement en elle, se creusant un nid pour germer à leur aise. Car il faudrait plus qu’une conversation isolée dans une maison pleine à craquer pour que les barrières épineuses qui la cernaient s’effritent et la libèrent enfin.

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